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Full text of "Revue des études juives 1913"

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DES 



ETUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



REVUE 

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DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-SIXIEME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE DURLACHER 



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142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS ** Z^"^ Mf 

1913 fr • ^ * 



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NOE SANGARIOU 

ÉTUDE SUR LE DÉLUGE EN PHRYGIE ET LE SYNCRÉTISME 
JUDÉO-PHRYGIEN 

(suite * ) 

Teste David cum Sibylla. 



III 



Quelles sont les raisons qui ont pu amener à placer à Apamée 
de Phrygie la montagne de l'Arche? 

Par eux-mêmes, les vers de la Sibylle n'en suggèrent qu'une : 
l'antiquité delà Phrygie, présentée comme la première nourrice de 
l'humanité. C'est là une opinion fort ancienne. Il suffit de rap- 
peler l'anecdote qu'Hérodote a probablement entendu raconter en 
Phrygie : les enfants élevés par Psammétique dans une cabane 
isolée font entendre pour premier cri : bec, bec, son dans lequel 
on reconnut le mot phrygien békos, « du pain ». On en conclut que 
les Phrygiens étaient le plus ancien peuple du monde 2 . A côté de 
cette anecdote, l'expression proverbiale, xà Nawàxou « le temps de 
Nannakos », paraît avoir été prise au sens où nous disons « temps 
antédiluviens ». Cette expression nous amène ainsi à rechercher 
les vestiges d'une tradition phrygienne du Déluge. Nous verrons 
que, si les Phrygiens ne semblent pas partager l'idée sémitique 
d'un déluge général par la chute des eaux du ciel, ils paraissent 
avoir eu, dans la plupart des régions volcaniques de leur pays, des 
traditions d'un cataclysme causé par les eaux souterraines. On a 

1. Voir Revue, t. LXV, p. 161. 

2. Hérodote, II, 2. Cf. Aristoph., Nuées, 398 et scol. On sait pourtant qu'Hérodote 
lui-même et Xantlios le Lydien (Strabon, VII, 3, 8; XIV, 3, 29) ne font passer les 
Phrygiens en Asie qu'après la guerre de Troie, à l'époque de l'invasion cimmérienne 
d'après Arrien (ap. Eust., ad Dion. 322). On ne peut faire remonter leur invasion au 
xin e siècle que si l'on voit des Phrygiens dans les Mouski, dont le roi Mita entre en 
lutte avec Ïiglat-Phalazar I. 

T. LXVI, n° 131. 1 



1 REVUE DES ETUDES JUIVES 

déjà vu que ces traditions paraissent avoir influé sur le récit 
biblique dans l'arrangement qu'en donne la Sibylle : à côté des 
eaux du ciel et plus que par elles, le déluge est causé par l'envahis- 
sement des eaux souterraines jaillissant en trombes dévastatrices. 
De bonne heure, la légende de la ville engloutie semble s'être 
mêlée à ce thème en Phrygie, légende qui devait prêter singuliè- 
rement à des contaminations avec l'histoire de Sodome et de 
Gomorrhe. En tout cas, Apamée-Kélainai a été le théâtre d'une 
des plus vivaces d'entre ces traditions. 

On rencontre d'abord quelques traces d'un mythe du déluge 
attachées à trois noms importants dans la tradition phrygienne : 
Dardanos, Ogygès et Nannakos. 

Dardanos, l'éponyme de la tribu thraco-phrygienne des Darda- 
niens, paraît avoir été le héros d'une légende diluvienne. Il 
aurait été roi de Samothrace quand le déluge survint. Il se sauva 
en fabriquant avec des peaux une sorte d'outre, qu'il se passa 
autour du corps comme une ceinture de sauvetage 1 . Elle lui 
permit de surnager et d'aborder dans l'Ida, où il fonda Dardania 2 . 

Une autre version grecque du déluge, celle du déluge d'Ogygès, 
n'est pas non plus sans rapport avec la Phrygie. Du moins, les 
légendes mettent-elles Ogygès en relation avec l'Asie du Sud- 
Ouest. Il serait fils de Terméra ou de Terméros, éponyme de la 
ville carienne connue sous ces deux noms ; Ogygia, sa fille, 
aurait eu quatre fils de Trémilès, éponyme des Trémiles (ce nom 
indigène des Lyciens qui n'est probablement pas sans relation 
avec Terméros) ; et ces fils portent le nom d'autant de toponymes 
lyciens : Kragos, Pinaros, Tlos et Xanthos ; cette Ogygia passait, 
déjà chez Hellanikos, pour fille de Niobé 3 . 

Enfin, et surtout, à côté du rapprochement avec Okéanos-Ogé- 
nos, celui avec Gygès n'est pas moins séduisant. Gygès — Gougou 
en assyrien — a été classé par Kretschmer parmi les Lallnamen : 
ce serait le redoublement d'un simple gu ou gou, et le sens que 

1. LycophroD, 72-85, avec les scholies de Tzetzès aux vers 29 et 73. Ne peut-on 
pas se demander si cette légende n'a pas pour origine une image de Dardanos 
portant l'outre à la façon du Marsyas de Rome (statue originaire d'Apamée, comme je 
l'ai montré dans Klio, 1913)? On sait que les monuments assyriens représentent et 
qu'Hérodote décrit (I, 194) des outres gonflées d'air employées comme moyen de 
navigation sur l'Euphrate. Cf. H. de Villefosse, Bull, arch., 1913, p. 116. 

2. Denys d'Halicarnasse substitue à cette légende celle d'une migration de Dardanos, 
fuyant l'Arcadie inondée, à Samothrace, puis en Troade (A?it., i, 61); Nonnos place un 
déluge de Dardanos après ceux de Deukalion et d'Ogygès (Dion, III, 204-19). 

3. Hellanikos, ap. Schol. Eur. P/wen., 159. Les autres textes sont indiqués dans l'art. 
Ogyyos du Lexikon de Roscher, col. 683 et 688. A cet article ajoutez H. Ehrlich, Rhein. 
Muséum, 1908, p. 636: wyuyiov uowp aurait désigné d'abord Veau souterraine. 



NOE SANGÀRIOU 3 

les lexicographes attribuent à ce mot (yuyaî = Tpnràxopeç) 1 convient 
à cette division du mot; ce serait la répétition d'une racine indi- 
quant la paternité. On peut trouver une confirmation de cette inter- 
prétation clans la glose 'ABocyuouç-Ôsdç tiç Trapà <I>puçcv, £p(j.acpp6o'.TOç 2 . 
Ce nom me paraît, en effet, composé de celui de deux divinités, 
Acla, une Aphrodite phrygienne, et Guès-Guons, dieu mâle dont on 
pourrait retrouver le nom dans celui du dieu de Mylasa, Osogôa 
ou Osogôs. Comme les Grecs mirent le trident et un crabe dans les 
mains d'Osogos, qu'ils racontaientl'histoire d'une vague apparaissant 
périodiquement dans son temple et qu'ils l'appelèrent Zénoposéidon, 
on peut voir en lui une divinité des eaux. De même, la légende de 
Gygès est liée au lac qui porte le môme nom, la Gygaié limné, qui, 
chez Homère, est la patrie des Méoniens. Selon une légende bien 
connue, un tremblement de terre suivi d'une pluie diluvienne avait 
formé le lac, dans lequel Gygès serait descendu pour trouver son 
anneau merveilleux au doigt d'un cadavre colossal gisant dans le 
ventre d'un cheval de bronze 3 . Sans doute Gygès était-il, à l'origine, 
associé à la déesse de Koloé, dont le temple au bord du lac resta 
célèbre \ renouvelé qu'il fut par les éléments iraniens et hellé- 
niques qui valurent à la Mêler Koloéné les noms d'Artémis Per- 
sique et d'Athéna Gygaia. Il y a donc lieu de croire que le dieu 
Gygès, ancêtre des Mermnades, avait déjà les traits d'un dieu des 
eaux. Or, on sait que ses descendants durent faire des travaux pour 
mettre Sardes à l'abri des débordements du lac Gygéen; peut-être 
doit-on expliquer par ces débordements la disparition d'Hydé, la 
capitale de la Méonie homérique 5 . 
La légende que nous avons supposée pour le lac Gygée a laissé 

1. Cf. Hésychius, Suidas, s. v., et Elym. Magn. p. 768. 

2. Hésychius, s. v.; cf. 'Aôa^veïv xb çiXeTv. Kôù <ï>pOyeç tôv cpîXov àôâ[Ava )iyou<jiv. 
Dans le gréco-cappadocien actuel, bien aimée se dit encore (à)6a[jwc<m<ja (doit-on 
penser au latin adamare ?). Il serait d'autant moins étonnant qu'Ada (la princesse 
carienne bien connue) ait porté un nom divin, qu'il en est de même de son frère 
Mausole — exactement Ma-ussôlos (Oso dans Osogôa doit être sans doute rapproché de 
Osas, Ossas, Ussos) — et de sa sœur Artémisia ; Hékatomnos et ldrieus, les deux 
autres noms qu'on rencontre dans cette dynastie, paraissent également tirés de noms 
de divinités cariennes. Le nom d'homme carien Idagugos est peut-être une variante 
d'Adaguous. Klausen (Aeneas und die Penaten, p. 126) rapproche Adaguous de 
àTT7]Y6; - altagus, qui serait le nom phrygien du bouc adopté par les Ioniens (Eust. 
ad Od. t ix, p. 1625 ; Aruob., V, 6), et par là, de Agdistis-Attis. 

3. Platon, Rep., n, p. 350 ; Cicéron, De Off., ni, 9, 38; Philostrate, Heroica, p. 659. 

4. Hérodote, I, 93. L'Artémis de Koloé au sud-est du lac était dite par certains 
Athéna Gygaia. Le nom de T\>y]ç ou Tuy^ était également resté attaché à un géant, 
fils d'Ouranos et de Gè. Près du lac se trouve la région des Arimoi, qu'on disait brûlée 
par la foudre, Strabon, XIII, 626. 

5. Sur Hydé, cf. Radet, La Lydie des Mermnades, p. 68. 



4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des traces pour le lac Saloé. Dans une version que connaissaient 
déjà les anciens logographes Hellanikos et Phérécyde, en punition 
des crimes de Tantalos, sa capitale, Tantalis, passait pour avoir été 
engloutie dans un lac, où s'effondra la hauteur du Sipylos qui la 
portait '. On aurait vu encore, au temps de Pausanias, les vestiges 
de la ville au fond de l'eau 2 . Il y a lieu de chercher cette àijxvt) 
SaXoii, qu'on semble avoir appelée aussi Xî^wi TavxàXou 3 , au pied de 
la roche où était sculptée Niobé pleurant éternellement 4 . Ce n'est 
peut-être pas sans dessein que pour cette personnification de la 
force terrestre qui se manifeste dans les cimes neigeuses sa tête a été 
taillée sur un pan de roche où un suintement d'eaux souterraines 
a donné naissance à la légende des pleurs de Niobé 5 . Sœur ou 
fille de Tantalos selon la tradition phrygienne, fille ou épouse de 
Phoroneus, le premier homme, ou dTnachos, né de l'Océan, 
d'après les légendes argiennes, Niobé, avec ses nombreux enfants 
et son peuple changé en pierre 6 , peut fort bien avoir été l'héroïne 
d'une légende diluvienne. Son nom, qui paraît désigner une source 
neigeuse 7 , permet de la rapprocher de notre Noé. Son culte per- 

1 . S. Reinach a montré que Tantale avait dû être représenté englouti par le même 
cataclysme : il s'enfonçait clans le lac cherchant en vain à se raccrocher à des branches 
d'arbre, tandis qu'un rocher menaçait de l'écraser ; telle serait l'origine des trois 
supplices prêtés à Tantale, cf. Cultes, Mythes et Religions, II, p 180. Le thème de la 
ville engloutie par un lac avait dû être amené de Thrace par les Phrygiens, puisqu'on 
le retrouve au lac Bistonis près d'Abdère, aux lacs Aphnitis et Askania sur la Propon- 
tide. On peut aussi rappeler cette notice de Stéphane de Byzance : AoxoÇoç* nokic, <ï>^yiaç 
r,v to^ouv 0pàx£ç AoxôÇkh* xarexÀucrOïi ôè w; Sàv6o; ô Auôà;, FHG, I, 37 6. 

2. Paus., VII, 24, 13, avec la note de Frazer. 

3. Sur les textes concernant ces deux lacs (Strabon, p. 58, 17; 571, 2; Pline, II, 
205, etV, 117; Pausanias, 11,22, 3; V, 13, 7 ; VII, 24, 13,; VIII, 17, 3), voir Weber, 
Le Sipylos, p. 9-19 ; Thraemcr, Pergamos, p. 85-95. 

4. Voir l'article Niobe par Enmann, dans le Lexikon de Roscher. Rappelons que 
Lewy [Die Semitische?i Fremdwœrter ira Griechischen, p, 197) a voulu voir en 
Niobé, avec ses dix enfants tués d'un seul coup, une transposition de Job (Ijjob, 
vulgo Hiob), qui perd en une seule fois sept fils et trois filles. 

5. Le miracle delà «pierre qui pleure » est expliqué par une scholie à Soph., EL, 
151 : le sculpteur avait amené du fond de chaque œil un filet d'eau dérivé d'une 
source. Notons, pour montrer l'étroite parenté de toutes ces légendes, qu'une des 
filles de Niobé est généralement appelée Ogygie, une autre Néaria (cf. Noé-Noéria). 

6. Déjà dans Ylliade, xxiv, 610. 

7. Hésychius : vîêor yiova. xai xp^vriv. Quintus de Smyrne parle du IitcuXo) vicpôev-n. 
Source nommée Niobé à Argos, Pline, IV, 17; une autre, pétrifiante, à Magnésie du 
Sipyle, Hellanikos, Fr. 125. La tradition alexandrine, en faisant de Niobé une Pléiade 
ou une Hyade, jouait sans doute sur la légende de la Niobé rupestre « pleureuse». A 
côté de la tradition ordinaire qui la montre changée en pierre, une autre la faisait 
changer en glace, Schol. IL, xxiv, 602. 



NOÈ SANGARIOU 5 

sistait en Cilicie au temps de l'apologiste Athénagoras et elle a pu 
prêter au christianisme anatolien quelques traits de sa « mère des 
douleurs * ». 

Avec Nannakos — dont le nom suffit à évoquer un parèdre de 
Na-Noé et un doublet de Zeus Nineudios, — on arrive à une 
légende exclusivement phrygienne. 

D'après Suidas et Stéphane de Byzance 2 , on racontait qu'à 
Ikonion avait régné, un peu avant, le déluge de Deukalion, un 
saint homme appelé Annakos ou Nannakos, qui l'avait prédit et 
avait occupé le trône pendant plus de trois cents ans. Le déluge 
survenu, c'est à Ikonion (Konia) qu'Athéna et Prométhée auraient 
modelé la nouvelle race d'hommes dans de l'argile humide, à qui les 
vents inspirèrent une âme : de ces ikônes viendrait le nom iï Iko- 
nion. Sans doute, Lenormant et Babelon ont eu raison de remar- 
quer la ressemblance de cet Annakos et du Hanoch biblique avec 
ses trois cents [soixante-cinq] ans de vie dans les voies du Sei- 
gneur. Mais la découverte des Mimes d'Herôdas a montré que la 
forme authentique du nom était Nannakos 3 et que le proverbe xà 
Nawàxou xXaucstv \ — pour lequel Zénobios allègue, d'ailleurs, Hérô- 
das, — était déjà populaire au 111 e siècle av. J.-C. « Nannakos, dit 
le parœmiographe, était un roi des Phrygiens avant les temps de 
Deukalion. Prévoyant le cataclysme menaçant, il rassembla tout 
son peuple dans les sanctuaires et se prit à implorer les dieux en 
versant des torrents de larmes 5 ». Stéphane de Byzance ajoute les 



1. On sait, par l'apologiste Athénagoras, que les Ciliciens de son temps adoraient 
Niobé comme déesse. Cf. Maass, Neue Jahrbucher, 1910. 

2. S. v. Ixôviov. Comme dans la légende de Marsyas, Athéna a certainement rem- 
placé ici Cybèle ou une de ses hypostases et Prométhée Attis, avec qui il fut confondu 
à titre de premier homme, notamment par les Gnostiques. 

3. Pour le suffixe, cf. Dipsakos, héros bithynien, Lampsakos, éponyme de la ville 
du même nom. Des noms sémitiques à suffixe semblable, comme Thapsakos, devaient 
faciliter le travail d'assimilation de Nannakos à Hénoch. 

4. Hérôdas, Mime m, 10. On connaît précisément à Kos, vers l'époque où y écrivit 
Hérôdas, des personnages nommés Nannakos, Paton-Hicks, Inscr.of Cos, 10, 51 et 1(30 
(d'autres, à Délos, sont des artisans phrygiens, IG., XI, 2, 144 et 219 ; cf. un Nannakos 
à Athènes au n e siècle, Nachmanson, Att. Hist. Inschr. n° 9) et il est bon de 
rappeler que Bérose a travaillé à Kos. 

5. Zénobios, vi, 10, d'après Hermogénès (F H G, III, p. 524). L'expression xà Nocwà^ou 
était peut-être prise dans le même sens que xà cb^uyia xaxà (Suidas et Photius 
s. v. ; Paroemiogr. Gr. i, append. 5, 42, p. 406). C. Muller voit, dans cet Hermogénès, 
Hermogénès de Tarse, rhéteur contemporain de Marc Aurèle ; mais Radermacher ne lui 
attribue aucun Ilepi ^puyia; dans l'art, qu'il lui consacre dans le Pauly-Wissowa. 
Il vaut mieux penser au médecin Hermogénès de Smyrne, qui vécut au n e s. et qui peut 
être identique au médecin d'Hadrien. La liste de ses œuvres, fournie par une inscrip- 
tion métrique (CIG, 3311; Kaibel, 305), comprend notamment des 'Acriaç xtiaei; 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trois cents ans qu'aurait régnés Nannakos avec l'oracle qui révèle 
que le déluge suivrait la mort du roi et localise la légende à 
Ikonion ; une autre tradition parle de Pessinonte', où le bain 
rituel de l'idole de la Magna Mate?' dans le Sangarios peut être 
interprété comme destiné à attirer la pluie. L'oracle était, sans 
doute, attribué à la déesse ou, comme on le verra, à la Sibylle, sa 
propbétesse. 

Il est évident que Nannakos est un dieu déchu dont on a fait 
un roi légendaire. Il n'est pas moins manifeste qu'il a pu avoir pour 
parèdre la déesse Nanas que nous avons appris à connaître comme 
fille de Sangarios à Pessinonte, tout comme Nineudios a pour 
parèdre Ninoé à Aphrodisias. Nineudios et Nannakos sont des formes 
phrygiennes de ce que les Grecs expriment dans le vocable Naos 
ou Naios du Zeus de Dodone. C'est donc comme dieu des eaux que 
Nannakos a été associé au déluge. Quant aux trois cents ans qu'au- 
rait duré son règne, on a vu que ce trait, emprunté à l'Hénoch 
biblique, n'est pas attesté avant l'époque d'Hadrien 2 . A cette 
époque, on a des preuves documentaires de la présence de prosé- 
lytes juifs et chrétiens à Ikonion 3 . On peut ainsi leur attribuer ces 
traits nouveaux introduits dans la légende. Ils n'y ont peut-être 
été amenés que par la ressemblance des noms : Hénoch paraît 

et des A(7ta; aTocoia<ju,6t, dont un livre peut avoir été un Ilept 4>puyiaç. Des trois fragments 
réunis par C. Muller à celui qui concerne Nannakos (2), un (4) se rapporte à une 
plante aphrodisiaque, deux aux étymologies des noms de Sangarios (d'un SàyYa; qui s'y 
serait jeté pour avoir commis un sacrilège envers Cybèle, cf. t. LXV, p. 164)etd'Aizanoi, 
dont il dit que le nom ancien serait 'E^ovdcvouv, signifiant èyivulûnz-rfe (avec une 
curieuse distinction entre les dieux et les démons où l'on sent l'influence judéo-chré- 
tienne). Gela porte à croire que, bien que Stéphane de Byzance ne le cite pas comme 
source, c'est à cet Hermogénès qu'il emprunte les traits judaïsants des 300 ans de vie 
et de l'homme modelé avec de l'argile humide. 

1. Le ms. Bodleianus de Zénobios, loc. cil. Peut-être une autre trace de syncrétisme 
gréco-phrygien opérant sur les mêmes données doit-elle se voir dans le passage où 
Valère Maxime (vin, 13 ext. 7) parle d'un rex Latmiorum qui aurait régné 800 ans, 
sur la foi du Périple d'un Xénophon. Ne s'agirait-il pas d'une légende du Latmos en 
Phrygie rapportée par ce Xénophon qui écrivit sur la Syrie un livre dont Alexandre 
Polyhistor s'est servi? (F. H. G., III, 228-32). 

2. Si certains morceaux du livre d'Hénoch remontent aux environs de 110 et de 40 av. 
J.-C, la traduction grecque n'est pas nécessairement antérieure au début du n e s. ap. 
Les citations les plus anciennes qui en sont faites se trouvent dans les épîtres de Jude 
et de Barnabe et dans Irénée, soit vers le milieu du n° s. ap. Cette traduction peut 
donc être contemporaine d'Hermogénès de Smyrne, qui aurait enrichi son Nannakos 
de ce trait emprunté au Hénoch judéo-chrétien. 

3. Pour la communauté chrétienne du n e s., voir à propos de la légende ikonienne 
de sainte Thékla, dont le culte semble précisément avoir recouvert en Cilicie celui de 
Noé-Niobé (cf., p. 5, n° 1), Ramsay, The church in the Roman Empire, p. 423. 
Le fait que saint Paul vint à Ikonion suffit à attester l'existence d'une communauté 
juive (Voir notre 3 e article). 



NOÉ SANGARIOU 7 

avoir rempli le rôle dévolu plus tard à Noé dans une tradition qui 
est encore présente à l'esprit de l'auteur du Livre d'Hénoch, et 
les Announaki ont une place dans la légende babylonienne du 
Déluge. 



#*# 



Maintenant que l'existence d'une tradition phrygienne du Déluge 
est hors de doute, nous pouvons passer aux versions localisées 
dans la région qui nous intéresse particulièrement ici : celle delà 
haute vallée du Méandre et de son affluent, le Lykos. 

Là, comme au Sipyle, le caractère volcanique qui a valu à une 
partie de la région le nom de Brûlée, — Phrygia Katakékauméné 
ou Combusta, — paraît avoir amené la localisation d'une légende 
d'inondation et d'engouffrement des eaux. Nous en trouvons des 
traces à Hiérapolis *. Elle doit d'avoir été la « ville sainte » de la 
tribu phrygienne des Hydréleitai — dont le centre politique était 
Hydréla ou Kydrara, où Xerxès s'arrêta avant de passer le Méandre, 
— à deux phénomènes naturels qu'explique la nature volcanique 
du sol : les eaux chaudes chargées de calcaire qui naissent sur le 
plateau où elles ont enseveli à mi-hauteur les ruines de la ville et 
d'où elles se précipitent, par une grandiose cascade, dans la vallée 
du Lykos, — une faille par où s'échappaient des vapeurs méphi- 
tiques. Le temple était établi sur ce ploutônion : tandis que tout ce 
qu'on y plongeait périssait, des prêtres eunuques, seuls, pouvaient, 
encore au temps de Strabon et de Pline, s'y engager impunément. 
Dans l'espèce d'adyton où s'ouvrait ce soupirail des enfers, on 
paraît avoir adoré un grand serpent femelle que les textes grecs 
appellent Échidna et qui avait même valu à la ville le surnom 
ftOphiorumé « force des serpents ». A l'époque classique, ce ser- 
pent, premier objet du culte, maintenant relégué au fond de la 
grotte, avait cédé le temple à la Déesse-mère, adorée sous le nom 
de Létô avec tous les attributs ordinaires de Cybèle. Le dieu à la 
bipenne, qui lui avait été associé de longue date, probablement 
Mên Lairbènos pour les indigènes, était devenu Apollon ; il était 
vénéré sous le vocable à'Archégétès — comme maître et ancêtre 

1. Je résume ici les faits dispersés dans le chap. ni des Cities and Bishoprics of 
Phrygia de Ramsay et dans le volume de Cichorius-Judeich-Humann, Hiérapolis 
(Ergânzungsheft du Jahrbuch) et dans deux articles de Léo Weber, Philologus, 
1910, p. 178-252, et Journal Intern. d'Archéologie numismatique, XIV (1912), p. 65- 
118. Sur l'aspect d'Hiérapolis, voir les pages évocatrices de F. Sartiaux, Villes morte 
d'Asie Mineure, 1911. Je parle également de visu pour toute cette région. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de la cité, — et sous celui de Pi/tJwktonos, par application sans 
doute de la légende delphienne où l'Apollon, qui avait remplacé 
comme ici le culte de la Terre adorée sous forme de serpent, 
passait pour avoir tué ce python '. 

Le Ploutônion avait disparu au temps d'Ammien Marcellin. On 
doit sans doute attribuer sa disparition au grand tremblement de 
terre de 64-5, qui détruisit Hiérapolis de fond en comble et dont 
l'écho se retrouve dans les Livres Sibyllins 2 . Des légendes ont dû 
bientôt se développer dans le peuple autour de la fermeture de 
cette bouche du monde souterrain. La version des païens a dis- 
paru; mais, à travers celle des chrétiens, on croit pouvoir en 
retrouver quelques traits. 

Cette version nous est conservée dans les Actes apocryphes de 
Philippe 3 . On remarquera que cet apôtre de la Phrygie, dont on 
faisait un disciple de saint Jean, passait pour né à Hiérapolis, où 
l'on vénérait sa tombe et celle de son père du temps d'Eusèbe. La 
façon dont est rapportée la destruction du temple de l'Échidna 
montre une exacte connaissance des lieux et des coutumes locales : 
ainsi, avant que la malédiction de l'apôtre supplicié ne précipite le 
temple dans le gouffre qui se referme au-dessus, on voit les prêtres 
se plaindre de ce que la seule présence de l'apôtre dans le temple 
a fait périr l'Échidna et les petits serpents, ses fils. Que devien- 
dront-ils, maintenant qu'est vide l'autel sur lequel on posait le vin 
sacré qui assoupissait l'Échidna? Joignez à cette plainte si précise 
l'existence d'un vin renommé à Hiérapolis A et mettez en regard 
que l'hôte de Philippe s'appelle Stachys — l'épi ou la grappe — et 
que de son sang naît une vigne dont tous les nouveaux convertis 
doivent boire le vin, — et n'entrevoit-on pas un second élément 
païen venir s'associer à celui qu'indique le nom même du saint? 
Comme le nom de Philippos a pu recouvrir le culte de Lairbênos, 
le héros cavalier, la légende de la vigne née de son sang fait 
penser à l'amandier qui naît du sang d'Attis. En tout cas, une 

i. La fusion peut avoir été ancienne. Il suffit de rappeler un fait qui montre la 
popularité de l'Apollon Pythien dans le royaume de ce Crésus qui lui avait envoyé de 
si riches présents: le richissime Lydien qui donne, à Kélainai, l'hospitalité à Xerxès 
s'appelle Pythios, fils d'Atys. Cf. Pythios, fils de Crésus. C'est donc dès cette époque que 
Mên-Attis commence à se fondre avec Apollon, et sa mère Létô avec Cybèle. 

2. Eusèbe, Hist. eccl., III, 31, 4; Orose, VII, 7; Syncelle, p. 636. 

3. Publiés dans les Acta Apostolorum Apocrypha de A. Lipsius et M. Bonnet, II, 2, 
p. 41. 

4. Vitruve, VIII, 3, et les nombreuses monnaies d'Hiérapolis au type de Dionysos. 
Comme saint Philippe a dû se substituer à une divinité aux sources chaudes d'Hiéra- 
polis, l'évêque Aberkios d'Hiéropolis y est devenu le saint guérisseur des sources 
chaudes locales (Piamsay, Ciliés, p. 713J. 



NOÉ SANGARIOU 9 

légende locale d'inondation, liée à des mouvements sismiques ', 
paraît attestée pour Hiérapolis comme pour sa voisine Laodicée : 
« Malheureuse Laodicée, s'écrie la Sibylle, un tremblement de 
terre te ruinera 2 . * 

La légende des eaux dévastatrices s'est perpétuée dans cette 
région. Ainsi, elle a contribué au culte de saint Michel de Khônai, 
si florissant au ix e siècle que Khônai devint archevêché et métro- 
pole, bien que la ville fût réduite à une place forte qui, d'un épe- 
ron du Kadmos, dominait l'entrée de la gorge du Lykos et les 
ruines de Kolossai et de Laodicée 3 . L'église de Saint-Michel se 
trouvait sur la rive Nord de la rivière, au-dessus de la gorge. On 
racontait qu'en ce lieu, dit Kérétapa 4 , les apôtres Jean et Philippe, 
venant d'Hiérapolis, avaient fait sourdre une fontaine guérisseuse; 
les païens essayent de détruire Yayasma en y jetant les eaux du 
Chrysès 5 ; mais la rivière, pour éviter le sacrilège, se divise en 
deux bras; alors les païens canalisent vers la fontaine sainte le 
Lykokapros et le Kouphos ; Yayasma allait être atteint et tout le 
pays inondé quand saint Michel, du tranchant de son épée, lui 
ouvrit son passage actuel avec un bruit de tremblement de terre. 

On comprend la légende quand on a traversé la gorge, qui s'al- 
longe sur environ 7 kilomètres, dominée par des roches à pic de 50 
à 60 pieds qui, parfois, ne laissent aux trois cours d'eau qui y unissent 
leurs eaux qu'un lit de trois pieds de large. L'un de ces cours 
d'eau, l'Ak-Sou, a des eaux calcinantes comme celles d'Hiérapolis; 
elles forment des stalagmites, et, à un endroit, le Lykos passe 
ainsi sous une arche naturelle. Ce phénomène, ajouté aux tremble- 
ments de terre, a pu fort bien menacer une fois de boucher la 
gorge et d'inonder la vallée de Kolossai. D'ailleurs, la légende, que 
nous ne possédons que sous sa forme chrétienne, peut être très 
ancienne : Hérodote 6 montre le Lykos, après Kolossai, s'engouf- 

1. Pour les tremblements de terre en Asie, les théories savantes et les croyances 
populaires qui s'y rattachent, voir W. Capelle, Neue Jahrbûcher, 1908, 603-33. 

2. Cf. Renan, V Antéchrist, p. 328. 

3. Cf. Bonnet, Navratio de Miraculo Chonis patrato (Paris, 1890). Je ne connais 
cette publication que par W. Ramsay, The church in the roman Empire before 170 
(6° éd. 1900, ch. xix). 

4. Les formes varient : KepsT&Tra, KoctperaTOx (l'archange aurait salué le lieu du 
miracle : Xaïpe, -zôizt). La forme primitive était sans doute Karataba ; ce me paraîtrait 
un nom de lieu très vraisemblable dans cette région où l'on connaît d'un côté Karoura, 
de l'autre Tabai [taba signifierait pierre en carien, Stéph. Byz., s. v. ; FHG, IV, 311, 9)» 

5. Ramsay a rapproché ce Chrysès du Chrysorrhoas, nom du cours d'eau sacré 
d'Hiérapolis sur les monnaies. Les ruines de l'église de Saint-Michel seraient effective- 
ment entourées par deux bras d'un cours d'eau, dont l'un artificiel. 

6. Hérodote, Vil, 30. 



10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

frantdans une faille pour reparaître cinq stades plus loin ; Strabon 
parle de son cours « à plusieurs reprises souterrain qui prouve à 
quel point le terrain y est perforé et propice aux tremblements de 
terre 1 », et Khonai semble précisément signifier les tunnels 2 . 
L'idée d'une gorge ouverte par l'arme d'un dieu pour laisser 
s'écouler les eaux d'un déluge menaçant est connue dans la ver- 
sion lliessalienne du déluge de Deukalion. Poséidon aurait frayé 
un chemin aux eaux en ouvrant la vallée de Tempe d'un coup de 
son trident; nous retrouverons, en Arménie, Jason ouvrant de 
même la voie à l'Araxe. 



#*# 



De toutes les villes de la région, aucune n'était mieux prédes- 
tinée par la nature que Kélainai à voir se former une légende dilu- 
vienne. Dans sa plaine cinq rivières prennent leur source : le 
Méandre et ses quatre premiers affluents, Marsyas, Obrimas, Orgas 
et Therma. Le Méandre et le Marsyas paraissent tenir leurs eaux 
du lac Aulokrène ou Aurokrène ; elles y disparaissent dans deux 
duden que les anciens semblent avoir appelés le Pleureur et le 
Rieur, pour reparaître, le Méandre dans un étang du plateau où 
s'étendait le « Paradis » des rois de Perse, le Marsyas au pied 

1. Strabon, XII, 8, 16. Weber a contesté Je témoignage d'Hérodote (Ath. Milt., 1891, 
j). 195) et Ramsay, Cities and Bishoprics, p. 210, en se ralliant à son opinion, a 
proposé d'interpréter le texte de Strabon de façon à ce qu'il s'applique, non à la gorge 
du Lykos, mais à sa résurgence. Une croyance encore générale dans la région voudrait 
que le Lykos naquit du lac Hadji-Tuz-Geul (remarquer ce nom qui signifie: saint lac 
salé et voir p. 12.), le Lacns Sanaus de Pline. Son nom lui vient de T'Avaua d'Hérodote, 
Sanaos des listes épiscopales (La forme correcte est sans doute Anava, composé de 
l'Ana d'Anaïa-Anaitis et du digamma phrygien ; son évèque se dit, en effet, parfois 
Sanabensis). Le Lykos disparaîtrait au sortir du lac pour reparaître, de 10 à 15 km. 
plus loin, dans un lagon (le duden de Kodja-Bash). Mais un pareil phénomène, qui, au 
reste, paraît se reproduire pour les sources du Méandre (on sait d'ailleurs que 
le Lykos fut appelé, plus tard, Petit-Méandre), n'est guère de nature à frapper assez 
Timagination pour qu'il soit venu aux oreilles d'Hérodote et qu'une légende en soit née; 
il fallait aussi que cette «perte» du Lykos eût atteint une véritable célébrité pour que 
Pline, II, 225, le cite comme l'un des trois fleuves connus par ce phénomène ; il cite 
également la rivière pétrifiante de Kolossai, XXXI, 20. 

2. Hamilton (Asia Minor, I, 1842, p. 512) a relevé une expression de l'historien 
byzantin Curopalatès (p. 652) : parlant de la gorge du Lykos, il ajoute èv omep 
oi 7cappéovT&; 7toTa|xoi iv.ùaz xwv£u6^.evot. 11 en résulte : 1° que, au X e siècle, le 
lit que le Lykos s'était frayé a travers la gorge n'était pas encore partout à ciel ouvert ; 
2° que le nom de Khônai n'a été attribué à la forteresse dominant l'entrée de la gorge 
que parce que c'était le nom donné, à l'époque byzantine, à l'Eglise de Saint-Michel des 
Tunnels et à l'agglomération qui l'entourait, dont le nom est resté Chonos. 



NOÉ SANGARIOU 41 

de l'Acropole, d'où il se précipite avec une force telle qu'elle 
lui a valu le nom de Katarrhaktès ; le Méandre est rejoint, avant 
le Marsyas, par l'Orgas, dont le cours paisible s'oppose à l'impé- 
tuosité du Marsyas, et par l'Obrimas, plus torrentueux ; après 
le Marsyas, par les eaux chaudes qui ont donné leur nom au 
Therma. Autour de ces cours d'eau, on entrevoit que légendes et 
cultes se pressaient : sacrifices faits au Méandre et au Marsyas en 
jetant des offrandes dans le gouffre commun où ils s'enfoncent à la 
sortie de l'Aulokrène; ce lac même, dont le nom indigène d'Aurokra 
devint AùW.p7)V7J pour en faire le théâtre du concours d'Apollon et 
de Marsyas et dont les roseaux émettaient un son mélodieux; le 
platane où Marsyas avait été écorché ; la peau de Marsyas con- 
servée dans la grotte d'où s'élançait le torrent de ce nom et fré- 
missant au son de la double flûte ; les légendes d'Olympos, fils de 
Marsyas, et des deux fils de Midas, Lityersès et Anchouros ; les 
deux sources du Klaiôn et du Gélôn, dont les noms étaient sans 
doute en rapport avec la légende de Marsyas et où les indigènes 
voient toujours la vraie origine du Méandre. Aujourd'hui encore, 
une source voisine de celle du Marsyas, qui fournit l'eau potable 
aux habitants, a été appelée en reconnaissance « Hudaverdi », 
dieu-donnée 4 . 

Tous ces cours d'eau étaient si réputés que Dion Chrysostome, 
parlant à Apamée, félicite ses habitants de ce que « les plus grands 
et les plus abondants des fleuves y ont leurs sources 2 ». 

Le caractère particulier de ces fleuves, les grottes d'où ils sour- 
dent, les pertes où ils s'enfoncent sous terre, la chaleur de cer- 
tains, la fraîcheur des autres, — tout cela était de nature à les faire 
mettre en communication avec le monde souterrain. S'il n'y a pas 
eu à Apamée de Gharônion tel que celui qu'on a vu à Hiérapolis et 
comme les anciens en montraient d'autres dans la même région, 
près de Nysa du Méandre et à Karoura près de Laodicée, il est pro- 
bable que Kélainai a eu aussi sa faille profonde qui passait pour 
une bouche des enfers. La nature volcanique de la région, qui a 
amené les Grecs à interpréter Kélainai par sombre et à placer à 
tort la ville dans la Phrygie noire — on a retrouvé cette confusion 
dans les vers de la Sibylle —, cette nature ne s'était que trop 
violemment manifestée à eux pour ne pas devenir objet de légendes 

1. Pour tous ces faits, voir Ramsay, op. cit., p. 397-415 et 450-53. Je signale un 
texte oublié par Ramsay, où la chute du Marsyas dans le Méandre est comparée à une 
des cataractes du Nil : Philostr., Vita Apoll., vi, 26. 

2. Dion Chrys., Or. 35 (H, p. 68 Reiske) : tôW uoTocfjuov oî [iiyioToi xoù itohjuye- 
Xéstoctoi ty)v àp/riv evÔevoe i^ovctv. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et de cultes. C'est le tremblement de terre du temps d'Alexandre 
qui ruina assez la ville pour qu'Antiochos I er pût la reconstruire 
sous le nom d'Apamée ; c'est encore celui pour lequel Mithridate 
avait donné cent talents à la ville 4 . Combien ce dernier cataclysme 
avait frappé les imaginations, c'est ce qu'on voit par la description 
qu'en donne Nicolas de Damas : « Des lacs apparurent là où il n'y 
en avait jamais eu, des fleuves et des sources furent ouverts par 
l'ébranlement, d'autres, en nombre, disparurent et tant d'eau, 
si salée et amère, inonda le pays, qu'il fut tout couvert d'huîtres 
et de tous les poissons qui sont propres à la mer 2 . » Puisque, 
à quarante ans de distance à peine, la légende s'est déjà 
emparée de l'histoire — car on reconnaît ici le thème de la 
vague d'eau de mer qu'on rencontre aux temples de Mylasa et 
d'Hiérapolis 3 — à plus forte raison la légende a-t-elle pu 
s'emparer des inondations anciennes pour en faire un déluge. 
Dans les nombreux passages où les Livres Sibyllins décrivent « la 
terre secouée par la main de l'Éternel », on sent l'influence de la 
terreur que de pareilles secousses sismiques ont inspirée aux Juifs 
de Phrygie. Peut-être est-ce à la perte du Méandre et au cataclysme 
d'Apamée que pense la Sibylle quand elle prophétise : « Les villes 
des Cariens qui dressent leurs superbes citatelles au bord des eaux 
du Méandre périront par la famine, quand le Méandre cachera 
sous terre son eau profonde 5 . » 

Une ville où les eaux jaillissantes et les tremblements de terre 
jouaient un pareil rôle devait avoir sa légende du déluge. Nous 
pourrions la supposer. Mais nous n'y sommes pas réduits. Un 
texte, qui n'aurait pas dû échapper à nos prédécesseurs, nous 
en a conservé un souvenir très net 5 . Midas régnait à Kélainai 



1. Strabon, XII, 8, 18. 

2. Nicolas de Damas (cité par Athénée, VIII, p. 332), FHG, III, 416. Strabon et Nicolas 
ont pour source Posidonios, contemporain du cataclysme. 

3. Sur la légende de la vague d'eau infernale, cf. Gruppe, Archiv fur Religions- 
geschichte, 1911. Pour Mylasa, cf. plus haut, p. 3 ; pour Hiérapolis de Syrie, plus 
bas, p. 36. 

4. Peut-être s'agit-il de la famine que Galien (VII, 739 K.) décrit au début du 
règne de Marc Aurèle. Cf. Keil-Premerstein, Reise in Lydien, II, p. 16. 

5. Ce récit est emprunté au livre II des Métamorphoses de Kallisthénès (sans doute 
Kallisthénès de Sybaris, auteur de Galatika, dont un fr. relatif à la bataille livrée à 
Boosképhales entre Attalos II et Prusias II fixe l'époque et porte à croire qu'il a tra- 
vaillé a Pergame ; il fut une des sources de Timagène). 11 est donné comme tel par 
Plutarque, Parall. Min., 5, p. 377 Didot, et par Stobée, Floril., VU, 69 (ce passage 
est reproduit comme fr. 45 de Kallisthénès dans les Scriptores Alexandri Magni de 
Didot). 



NOÉ SANGARIOU 13 

quand Zeus Idaios 1 y ouvrit un abîme plein d'eau bouillonnante 
où s'engouffrèrent la plupart des maisons avec leurs habitants. Un 
oracle révéla au roi que l'abîme se comblerait s'il y précipitait ce 
qu'il y avait de plus précieux pour l'homme. On eut beau y jeter 
de l'or, de l'argent et des bijoux, l'abîme restait béant. C'est alors 
qu'Anchouros 2 , fils de Midas, résolut de s'y précipiter, ayant 
compris l'oracle : nul bien plus précieux pour l'homme que la vie. 
Aussi, après avoir embrassé son père et sa femme Timothéa 3 , il se 
jeta à cheval, d'un bond, dans l'abîme. La terre, aussitôt, se referma. 
Midas fit dresser au-dessus un autel à Zeus, autel qui, tou- 
ché de sa main, se transforma en or. — Toute mutilée que la 
tradition nous soit parvenue dans ce récit, on peut y reconnaître 
plusieurs éléments. Deux éléments légendaires : 

1° La légende du déluge sous le type approprié aux pays volca- 
niques : la faille qui s'ouvre et d'où les eaux destructrices sortent 
pour y rentrer quand la divinité a été propitiée. 

2 a Une autre légende, probablement en partie iconologique : le 
héros cavalier, fils de dieu, se sacrifiant pour sauver les siens. On 
sait que le héros cavalier est souvent appelé Théos Sozon « dieu 
sauveur », en Phrygie, et on pense d'une part au sacrifice de Cur- 
tius, d'autre part à l'engloutissement d'Amphiaraos. On pourrait 
voir un indice du culte du héros cavalier à Kélainai dans les nom- 
breuses monnaies de la ville qu'ornent des pilei surmontés de 

1. C'est le dieu de l'Ida phrygien, figurant ici comme parèdre de la Mater Idsea. 
On sait qu'on faisait de celle-ci la mère de Midas (Plut., Caes., 1) ; cf. la n. 3. 

2. 'Ayxoùpo;, nom très important à relever qui fournit la transition entre les deux 
noms dont j'ai signalé ailleurs la similitude (Rev. arch., 1910, I, 41) : d'une part, 
le roi des Philistins de Gath, "Ayic, ou mieux 'Ay^ouç (les Philistins sont, on le sait 
parents et voisins des Tchakara-Teukriens), qui se retrouve dans une liste de noms 
keftlou sur une tahlette de la XIX e dynastie sous la forme : A-ka-sou (on peut 
rapprocher aussi Akiamos, nom d'un roi lydien) ; d'autre part, 'Ayxicrrçç, Anc/iises, le père 
d'Enée, le héros des Teukriens et Dardaniens, vieille divinité locale de l'Ida, où il appa- 
raît comme le parèdre de la Magna Mater. — Ayxoùpo;, fils de Midas, — en vérité, on le 
voit, nom du héros cavalier de Kélainai, — ne fournit pas seulement le lien entre 
ces deux formes du même nom ; il suggère la véritable raison de l'attribution à 
Midas de Yinventio ancorœ ainsi que du nom des deux Ancyre de Phrygie et de 
Galatie, que les anciens cherchaient à expliquer par des ancres trouvées ou conquises 
(Stéph. Byz., s. v.): un des rois divinisés des Phrygiens a dû s'appeler Anchur (cf. 
l'Anxur étrusque représenté en Jupiter imberbe) et donner son nom à ces villes (Voir 
plus bas, p. 17). 

3. Le nom de TifxoOsa donné à l'épouse du héros Anchouros ne saurait l'avoir été 
sans motif. Il ne serait pas étonnant que ce soit une nymphe des eaux comme Amphi- 
théa, Hémithéa ou Leukothéa (surtout Hémithéa, qui aurait été exposée dans un coffre 
aux flots et qui avait un culte à Ténédos et sur la Ghersonèse Carienne) ; on sait 
qu'on appelait la mère de Midas MtSaôeô; ; elle paraît avoir été une forme hermaphro- 
dite de la Mater Idala (Cf. Dieterich, Kleine Schriften : Die Gœttin Mise). 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'étoile des Dioscures et dans les monnaies, plus rares, qui mon- 
trent Mon cavalier l . 

Deux éléments cultuels : 

3° Un rite consistant à jeter des objets précieux, et même des 
victimes humaines, dans un gouffre pour apaiser la divinité des 
eaux qui y bouillonnent. 

4° Un autel de pierre dressé au bord du gouffre — ou au-dessus 
quand celui-ci est censé refermé, — comme on le voit aux deux 
Hiérapolis de Phrygie et de Syrie. S'il se transforme en or, c'est 
que telle est la propriété caractéristique de Midas: c'est précisément 
à Kélainai que, pour sauver son armée de la soif, il aurait fait 
sourdre une fontaine d'or, que Dionysos, invoqué par lui, changea 
en cette eau impétueuse qui fut depuis le Marsyas 2 . 

Kélainai a donc eu sa légende locale d'inondation. Si la version 
qui nous en est parvenue n'est due qu'à un écrivain qui travaillait 
en Asie au début du ne siècle av. J.-C, on voit qu'elle conserve des 
traits assez primitifs et des détails assez précis pour qu'on puisse 
y voir l'écho des traditions locales. Il en ressort qu'on devait mon- 
trer à Kélainai l'autel élevé à Zeus par Midas. Or, les monnaies de 
Kélainai font voir et nomment un Zeus Kélaineus 3 ; à sa place, 
on trouve parfois un Dionysos, également surnommé Kélaineus ou 
Kéléneus, un Poséidon, un Hadès, enfin le héros Kélainos *. Si 

1. B. M. C. : Phrygia, n° 193: Bronze de Volusien : cavalier à bonnet phrygien et 
manteau flottant s'uvançant sur la droite ; derrière ses épaules, le croissant. 

2. Ps. Piutarque, De fluviis, X, 1, d'après les Phrygiaca d'Alexandre Polyhistor, et 
Eustathe à Denys le Périégète, v. 321. La légende d'Anchouros donne l'impression d'une 
contamination entre deux versions : dans l'une, l'autel se transformait de pierre en or 
au seul contact de la main de Midas; dans une autre, l'autel, en pierre à l'état ordi- 
naire, parait servir comme de pierre de touche pour les mouvements sismiques : il se 
transmuait en or à l'approche des tremblements de terre. 

3. Le surnom de Kélaineus se trouve donné à Zeus [I. G. B. M., 652 a et monnaies), 
à Dionysos (monnaies), à Attis (Martial, v, 42, 2), à Marsyas (ibid. t vin, 62, 9). Si 
le grand dieu de Kélainai — Mèn ou Attis sans doute pour les Phrygiens, — est 
devenu Zeus, il est possible que le culte de l'aigle attaché au sien y ait contribué. Les 
monnaies d'Apamée montrent souvent l'aigle soit isolé, soit volant entre les pilei que 
sépare un méandre ; au-dessus des pilei et de l'aigle, une étoile. Le méandre étant 
une allusion manifeste au fleuve de ce nom, je croirais volontiers que l'aigle entre les 
pilei se rapporte au culte d'un dieu du ciel, père de un ou deux héros cavaliers : notre 
Anchouros aurait été assimilé par les Grecs à un Dioscure. D'ailleurs, l'aigle divin — qui 
joue un rôle dans les légendes de Tantale, Ganymède et Gordios, — a pu être trouvé 
par les Phrygiens dans l'héritage des Hétéens. 

4. Pour ces monnaies, voir Brit. Mus. Cal.: Phrygia (1906), s. v. Apamea. La chèvre 
occupe seule les revers dans certaines pièces, B. M. C: Phrygia, p. 300. Pour Zeus Aséis 
et le bouc, voir plus bas. Peut-être la nymphe nourricière était-elle plutôt nommée 
en Phrygie Adrastéia, ce nom y étant un vocable, — puis une hypostase — de la Grande 
déesse (Elle paraît aussi avoir été vénérée à Apamée sous le vocable d"AvYÔi(mç). J'ai 



NOÉ SANGARIOU 15 

l'on admet que Zeus et Dionysos, Poséidon et Hadès sont ici autant 
de différenciations, dues aux influences gréco-romaines, d'une seule 
et même divinité indigène, on devra en conclure à un culte qui 
s'adressait surtout au maître des eaux fécondantes du ciel et de la 
terre. Quelques indices peuvent encore être groupés à l'appui de 
cette conjecture : une monnaie de la ville montre Zeus nourri par 
une nymphe en qui la chèvre qui l'accoste permet de voir Amal- 
theia; ce Zeus nourri par une chèvre rappelle le Zeus de Laodicée 
qui a une chèvre à son côté; Midas semble porter une corne de 
bouc sur les monnaies dePrymnessos, et les traits dérivés de l'âne 
et du bouc se mêlent dans sa légende comme dans celle de Mar- 
syas ; il en est de même de Lityersès, cet autre fils de Midas qui, 
jeté par Hercule dans le Méandre, avait laissé son nom au chant des 
moissonneurs de la région de Kélainai. Autour de Marsyas, il faut 
grouper Hyagnis, son père, et Olympos, son fils, qui aurait appris 
de lui, ou de Pan, l'aulétique *. 

C'est au compte de ces trois personnages et de Mariandynos, 
qui serait le maître d'Hyagnis, que les traditions phrygiennes met- 
taient l'invention de la musique particulière au culte de Gybèle, 
musique thrénétique ou extatique dont la flûte accompagnait les 
lamentations. Le lien établi entre ces quatre musiciens légendaires, 
qui sont en même temps des dévots de la Grande Mère phrygienne, 
est évidemment factice et destiné à concilier quatre traditions dif- 
férentes. Il est probable que ces personnages sont nés de la per- 
sonnification des chants qui portaient les mêmes noms. Or, pour 
Hyagnis, dont l'invention paraît avoir été placée à Kélainai 2 , on 

essayé d'établir l'existence d'un dieu bouc en Phrygie dans la Rev. d. Et. Grecques, 
1913. n° 3. Rappelons ici que, sur des monnaies de Laodicée, est figuré un dieu barbu, 
portant dans le bras gauche un dieu enfant; il tend la droite vers une chèvre ; sur 
d'autres pièces, les Kurètes dansent autour de Zeus, porté dans les bras d'Atnalthée ; 
sur une monnaie de ce type, à Tralles, la légende est Aïo; yovat ; comme le sommet de 
l'Ida, celui du Tmolos passait pour le théâtre de la naissance de Zeus. Zeus a ici rem- 
placé Attis, qui passait pour nourri par un bouc (Paus., III, 17, 9; Arnob., V, 6) et 
dont le nom a été rapproché (Vatlagos, bouc en phrygien. (Cf. p. 3, n. 2). 

1. La différence des noms paraît due autant à des divergeuces régionales qu'à celles 
que les chants pouvaient présenter entre eux : ainsi, si Marsyas et Lityersès sont propre- 
ment Phrygiens, Olympos paraît être Mysien et Mariandynos Bithynien, comme Hylas 
etBormos. Le caractère agraire de ces chants a été établi par Mannhardt et par Frazer. 
Ils n'ont pas noté que les Lydiens connaissaient encore d'autres chants dits Torrliébia, 
dont le caractère devait être semblable (fr. 22 de Nicolas de Damas). On a proposé de 
rapprocher élegos de mots arméniens qui désignent la flûte de roseau {elegn), Perrot, 
Histoire de l'Art, V, p. 29. Sur les influences phrygiennes en Arménie, voir plus 
bas, p. 35. 

2. Marbre de Paros, I, 19 : Tayvtç ô <I>pù£ àuXoùç upàkoç rjvpev èy KeXatvaT? irp 
<I>puy'aç. Sur cette restitution et tout ce qui concerne Hyagnis, cf. Félix Jacoby, Dus 
Marmor Parium (1904), p. 47-54. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

oe saurait s'empêcher de rapprocher son nom du cri Hyès Attès, 
refrain des lamentations d'Attis, de 'Teuç, vocable de Sabazios, de 
'Tac, vocable de Dionysos, et, surtout, de la glose d'Hésychius . 
'Ttjç* Zsùç "OaSpioç, rapprochée de ce sommet du ïmolos où Ton 
plaçait rovaî A-.bç Ye-cfou '. Ne doit-on pas voir ici une confirmation 
nouvelle du culte à Kélainai d'un dieu des eaux fécondantes, 
Hyès ou Hyagnis 2 , parèdre naturel de notre Noé? 

Les images de sa grande déesse, que montrent les monnaies 
dApamée, la font rentrer dans le groupe des déesses chthoniennes 
de Phrygie. La figure qui revient le plus fréquemment est une idole 
du type de l'Artémis d'Ephèse à mains étendues que soutiennent 
des supports accostés chacun d'une biche ; elle est coiffée du haut 
polos d'où tombe un voile ou d'une coiffure naophore; parfois, elle 
semble tenir un flambeau dans chaque main ; parfois, ce caractère 
lampadophore s'accentue pour donner la triple Hécate qui porte 
le nom de Sôteira; le type le plus intéressant pour nous est 
peut-être ce grand bronze de Sévère dont le revers montre Athéna 
assise sur un rocher se mirant dans le lac Aulokrène, à l'étonne- 
ment de Marsyas 3 . Si l'histoire d'Athéna et de Marsyas n'est pas 
une pure invention grecque, il faut admettre qu' Athéna a remplacé 
une déesse associée à Marsyas sur les bords de ce lac, donc une 
déesse des eaux. Nous avons vu Athéna se substituer de même, au 
bord du lac Gygée, à une déesse indigène apparentée à Gybèle. 

Après avoir examiné ce que les dieux d'Apamée peuvent nous 
apprendre pour notre recherche, voyons quelle lumière peut 
rejaillir des deux noms antiques qui sont attachés à la ville, Kélainai 
et Kibôtos. Le nom même de Kélainai a été mis en rapport avec 
les dieux de la cité. Les Grecs l'avaient expliqué par Kélainos, 
héros éponyme. Après avoir rappelé les tremblements de terre 
qui avaient ruiné la ville au temps d'Alexandre et au temps de 
Milhridate, Strabon remarque : « Aussi comprend-on que Poséi- 
don y soit vénéré et qu'on explique le nom de la ville ou par 
son éponyme Kélainos, fils de Poséidon et de Kélainô, l'une des 
Danaïdes, ou par la noirceur de ses roches, due à l'action du 



1. La pluie diluvienne envoyée par Zeus est dite Oeto; chez Apollodore, I, 7, 2, 1. 

2. Tous les textes sont cités par Stoll, art. Hyes, Hyetios du Lexikon de Roscher. 
La forme Hyamos est probablement anatolienne (cf. sur ces noms en « amos » comme 
M en Tiamou,G. Meyer, Karier dans lieilr. z. Kunde d. indogerm. Sprache, X, p. 182). 
.]« trouve que Klausen a déjà écrit: « Hyagnis ist vermutlich vom Regen genannt, wie 
i i ii Hyakinthos dièse Bedeutung von Welckcr nachgewiesen ist» (Aetieas und die 
Penalen, 1839, p. 121). 

3. Pour toutes ces monnaies voir Barclay Head, Ç. B, M. Plirygia, s. Apameia. 



NOÉ SANGARIOU 17 

feu 1 . » Hamilton et Ramsay ont affirmé que les environs de 
Kôlainai ne présentaient nulle part les roches sombres que sup- 
pose cette dernière étymologie (de xeXaivd;, noir, sombre) que nous 
avons vue adoptée par la Sibylle. Quant au héros Kélainos, il 
n'est pas nécessairement une invention grecque, car l'existence 
de héros éponymes des villes semble un des traits de la religion 
phrygienne : Tabos, iUabandos, Akmon, Otreus, Dorylaos, 
Téménos, Kibyras, peuvent être cités à côté de tous ces noms de 
villes dont la forme même montre qu'ils ont été tirés du nom 
d'un fondateur : Midaeion, Gordieion, Dorylaion, Daskylion, 
Nakoleion, Tyriaion. Donc Kélainos — ou Kéléneus, si l'on adopte 
l'orthographe que les monnaies et une inscription donnent du 
vocable du Zeus local 2 , — peut avoir été un héros phrygien. 

L'apport des Grecs, c'a été de lui assigner Kélainô pour 
mère, bien qu'en choisissant une Danaïde ou une Pléiade ou 
Hyade, symbole elle-même des eaux pluvieuses et connue surtout 
pour ses amours avec Poséidon, on ait sans doute eu conscience 
de l'importance des divinités des eaux dans les cultes de la ville. 
Parmi les enfants qu'on donnait à Kélainô, trois, Lykos, Chimaireus 
et Tragasia, — celle-ci mère, par Milètos, de Kaunos et de Byblis, 
— la rattachaient à l'A.sie. Deux traits sont à noter ici: Chimaireus 
et Tragasia sont les éponymes de deux localités lyciennes, toutes 
deux célèbres par des phénomènes neptuniens, Tragasai par ses 
sources salines, Chimaira par les solfatares et fumerolles qui y 
ont donné naissance à la légende de la Chimère ; quant à Byblis, 
éponymede Byblos, elle se rattache à la tradition que nous retrou- 
verons avec Mopsos à Hiérapolis, l'antique contamination des 
légendes phrygiennes avec les légendes syriennes 3 . 

Plus intéressante encore pour nous est la tradition que rapporte 
Pausanias 4 , qui connaissait personnellement la Phrygie. 11 appelle 
Kélainô la fille de Hyamos que d'autres sources nomment Mélanis; 
le nom de Hyamos paraît rentrer dans la même série qu'Hyagnis. 
On faisait de lui l'époux de Mélantheia, la fille de Deukalion, et, 
après le déluge de Deukalion, il aurait fondé Hya, plus tard Hyam- 
polis. Un autre éponyme de cette ville, Hyas, passait pour avoir 

1. Strabon, XII, 8, 19. 

2. S. Reinach, Rev. Num/sm., 1888, p. 222. 

,3. Voir les textes aux articles visés du Lexcion de Rosclier. 

4. Paas., X, 6, 2. On expliquait aussi par Hyamos ou par ses doublets Hyas et 
Hyapos, les villes de Hyampolis et Hyanteia en Locride, de Hyapeia en Phocide, la 
roche Hyampeia à Delphes. Sur ces noms et le peuple des Hyantes, les « pluvieux », 
cf. Wilamowitz, Hermès, 1883, p. 430. 

T. LXVI, n» 131. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rétabli alors les hommes sur la terre 1 . Mélanis-Mélantheia sont 
des doublets — mi -traduction, mi-transcription — de Kélainô, qui 
insistent sur le caractère sombre — parce que volcanique — de la 
région; Hyas-Hyamos paraît donc bien avoir été un dieu phrygien 
des eaux devenu à Apamée héros du déluge. Ainsi, non seulement 
Apamée passait pour avoir subi les ravages d'une inondation sur- 
naturelle, mais c'est là aussi que l'humanité aurait reparu. On 
commence à voira quel point les légendes locales étaient faites 
pour y fixer la tradition biblique du déluge. 

Quoi qu'il en soit, l'étymologie véritable de Kélainai n'est pas 
nécessairement grecque 2 . Ramsay pense que la racine est kelen 
— et rapproche Klannouda en Lydie 3 . Kélendéris en Gilicie offre 
un rapprochement plus satisfaisant ?, et, si l'on s'étend aux topo- 
nymesanatoliens en A'#/(Kalynda, Kalanda, Kalykadnos) et en kol, 
(Koloé, Kolossai', la série des noms semble indiquer une racine 
asianique dont le sens reste incertain. 

Il en est de même, je crois, du surnom de Kibôtos que Kélainai 
reçut pour la distinguer des autres Apamée, lorsqu'elle fut refondée 
par Antiochos I er en l'honneur de sa mère Apama. On a générale- 
ment voulu voir dans ce Kibôtos une allusion à l'arche qui, d'après 
les monnaies et les oracles Sibyllins, se serait arrêtée à Apamée. 
Mais il est invraisemblable que la légende biblique ait pu se fixer à 
Apamée dès l'époque d'Antiochos I er . On a vu que notre plus ancien 
témoignage, les vers de la Sibylle, ne remontent probablement 
pas au-delà du début du 11 e siècle avant. 

Plus récemment, Barclay Head :i a proposé de reconnaître dans 
ce surnom une conséquence des nombreux emballages qu'on 
devait faire dans ce grand centre de commerce. On croirait à une 
plaisanterie, si le savant numismate ne s'était appuyé surdesmon- 



1. Schol Hom. II., I, 250. Je me demande si cette mise en rapport de Hyas-Hya- 
pos avec le déluge n'avait pas pour but de permettre de l'assimiler avec Japetos-Japhet. 
On sait qu'une version faisait de Japetos et d'Asia les parents de Prométhée, père de 
Deukalion. Ce sont manifestement là des combinaison de Grecs judaïsants de Phrygie. 

2. La forme plurale de Kélainai indique peut-être une agglomération de villages. 
Pour conclure, il faudrait examiner toute cette série de toponymes lydo-phrygiens : 
Peltai, Grimeno et Téménothyrai, Kadoi et Aizanoi, Sardeis et Hyrgaleis etc. Le nom 
de Kélainai resta en usage à côté de la désignation officielle d'Apameia et paraît être 
redevenue en vogue au n« siècle. Dion Chrysostome parle de KéXoctvat tïj; «Êpvytaç 
(Oral., XXXV) ainsi que Maxime de Tyr et Pausanias. Peut-être la Me)aivat que Sté- 
phane place en Lycie s'appelait-elle eu réalité KéXouvou. 

3. Op. cit., p. 435. 

4. Le village moderne de Kelendrès, près d'Otrous, serait-il un antique Kélendéris de 
Phrygie ? 

5. Op. cil., p. xxxii. 



NOÉ SANGARIOU 19 

naies de l'époque d'Hadrien qui montrent Marsyas étendu dans sa 
grotte au-dessus de laquelle sont placés deux, trois ou cinq cof- 
frets monnaies dout certaines portent en exergue 'Aira^scov Map- 
duaç KiêwToï. Mais, si môme ce sont bien là des xtêcoxot — ce dont 
je doute pour ma part ' — , il est évident que le symbole moné- 
taire n'a été inventé que pour fournir à la curiosité grecque une 
explication du nom de Kibôtos. Les pièces en question ayant été 
frappées sous Hadrien, on pourrait en conclure que l'explication 
par l'arche n'avait pas encore été adoptée à cette date. Une expli- 
cation semblable paraît avoir été en vogue pour le nom de Kibyra, 
si l'on en croit le panier ou la corbeille en osier qui est placé sur 
la plupart de ces monnaies comme une armoirie parlante. 

En réalité, Kibôtos doit rentrer dans la même série de noms 
indigènes que Kibyra et que Kibyza en Bithynie, dont Kibôtos 
paraît une forme hellénisée, que Kybistra, en Cappadoce, et que 
Kybéla, localité ou montagne d'où l'on faisait venir le culte de 
Gybèle 2 . Il y a lieu de croire que la Kibyza de Bithynie a été égale- 
ment appelée Kibôtos 3 . Kibôtos serait donc la forme hellénisée 
du nom d'une localité phrygienne qui se fusionna avec Kélainai 
lors de la fondation d'Apamée. La racine commune à ces noms 
paraît avoir désigné une faille ou entonnoir et Ton en vient aussi- 
tôt à se demander si cette faille, comme Yêrechthèis thalassa à 
l'Acropole d'Athènes, ne serait pas celle où, sur l'Acropole d'Apa- 
mée, Anchouros se serait précipité et où Midas aurait dressé son 
autel. 

.J'y vois plutôt des blocs de pierre figurant la grotte à stalactites d'où sourd le 
Marsyas. 

2 La racine de Kibôtos ne s'explique pas par le grec. On peut en rapprocher xiëêa, 
xî6uatç, xuëia-iç, termes asianiques hellénisés qui signifient sac ou besace ; la célèbre 
Kybisis, passée par Hermès à Persée, est donnée par Hésychius comme une glose chy- 
priote ; Hésychius fait aussi connaître xuëa; au sens de coffre funéraire, sarcophage. 
On a voulu expliquer ces mots par l'hébreu tèbah, dont ou avait rapproché égale- 
ment Thèbes et Tabai, ou pnr l'assyrien kuppa, qui signifierait boîte, récipient. Pour 
ma part, si la racine est indo-européenne, tous ces noms géographiques me semble- 
raient s'expliquer aisément comme des creux, des concavités ou des entonnoirs, en les 
rapprochant de cupa, de xvtieX).ov, de xu[x6oç et de yvizr\. xotXoofxa yïfc (Hes.). Les Korykos 
de Cilicie et d'Ionie, avec leurs grottes sacrées, devraient pareillement leur nom à leur 
ressemblance avec un entonnoir ou une besace, s'il faut les expliquer par le grec xcopuxoç. 
Il y avait une colonie juive à Korykos, cf. R. E. J., X, 76, et Oehler, n° 85. Si le port 
intérieur d'Alexandrie s'appelle Kiêwxo;, c'est évidemment à cause de la forme de coffre 
carré qu'on lui a donnée. — KtSwxo; est très usité à l'époque hellénistique au sens 
financier où nous disons « la caisse » (Wilcken, Ostraha, I, p, 7, 19). 

3. Sur Kibyza-Kibôtos, cf. Ramsay, Historical Geography of Asia Minor, p. 186. 
Les exemples d'assimilation de ce genre ne sont pas rares en Anatolie: ainsi Souagéla 
«tombe du roi » en carien devient Théaggéla; le phrygien Kawania devient EUôvtov; 
le cappadocien Tyana devient Thoana (ville de Thoas). 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

De toute façon, le nom dut permettre à la légende juive de faire 
fortune à Apamée. Depuis la traduction des Septante, c'est, en 
effet, sous le nom de xi&otôç qu'on désignait l'arche de Noé * ; 
c'est le même nom 2 que les Grecs employaient, concurremment 
avec Xapva; et nfor?i, pour désigner le coffre dans lequel Deukalion 
et Pyrrha ou d'autres héros exposés en coffre à la mer s'étaient 
sauvés des flots dévastateurs. 

Même si Kibôtos a eu pour les Phrygiens la signification que son 
nom a pour les Grecs, ce nom a pu s'appliquer à une hauteur présen- 
tant l'aspect d'un coffre. Qu'on pense à la ville allemande de Laden- 
bourg. On peut se demander si ce nom de Kibôtos n'était pas celui 
qui désignait l'Acropole; Kélainai, la ville basse, aurait disparu 
par suite du tremblement de terre contemporain d'Alexandre ; 
Ramsay a montré que la ville a dû être reconstruite au bas de son 
Acropole 3 ; ne serait-il pas naturel qu'elle ait pris son nom : Apa- 
meia Kibôtos? On s'expliquerait ainsi que KIBQTOS figure en 
exergue des monnaies représentant Marsyas dans sa grotte ; on 
sait déjà par Xénophon que la grotte d'où sourdait le Marsyas 
s'ouvrait au pied de l'Acropole, plus exactement dans un vallon 
qui sépare l'Acropole proprement dite (dont le théâtre ornait le 
flanc qui regardait la nouvelle Apamée) d'une hauteur plus élevée; 
la ville est à 900 mètres d'altitude, le premier sommet de l'Acro- 
pole à 1.000, le deuxième à 1.150. Bien que ce deuxième sommet 
ne semble pas avoir été habité à l'époque impériale, il porte les 
restes d'une église que certains détails architecturaux permettent 
de faire remonter au m e siècle 4 . Pour qu'une église ait été élevée 
à cette date dans une pareille situation, il a fallu une raison spé- 
ciale : aussi a-ton supposé que c'était le sanctuaire de l'arche. Sa 
forme apporte un précieux argument à cette manière de voir : 
l'église consiste en un naos qui forme un carré presque parfait de 
15 mètres de côté, avec narthex à la face antérieure, petite abside 

1. Voir, parmi les écrivains chrétiens, Épiphane, Ancoratus (Patr. Gr., XLIII, col. 
189) ; pour l'usage populaire, voir une peinture de la nécropole égyptienne d'El-Bag- 
houàt reproduite dans Gabrol-Leclercq, Dict. d'Arch. chrétienne, art. Arche, fig. 906. 

2. Je n'en ai pas trouvé d'exemple pour Deukalion, pour qui le terme >àpva£ 
paraît consacré (on prétendait même expliquer comme une déformation de Larnassos 
le nom du Parnassos où son arche se serait arrêtée); mais on le rencontre dans les 
histoires d'enfants mis dans des caisses confiées aux flots; cf. Usener, Die Sintflut 
sagen, p. 106 (Bonn, 1899). Pour la question du déluge en Grèce, G. Gerland, Der 
Mythus von der Sintflut (Bonn, 1912), n'ajoute rien à Usener (rien non plus pour les 
autres peuples à B. Andrée, Die F/utsagen, 1891). 

3. Op. cit., p. 390. 

4. La description la plus complète de ces ruines se trouve dans G. Weber, Dinair, 
Célènes, Apamée Cibotos (Besançon, 1892). 



NOE SANGARIOU 21 

à la face postérieure. « Cette forme carrée doit nous retenir, écrit 
Dom Leclercq. parce que nous savons que, dans le symbolisme pri- 
mitif, l'arche, représentée comme un coffre carré, était la figure de 
l'Église. L'accord des plus anciens monuments, fresques, gemmes 
sarcophages, ne varie pas, et l'arche qu'ils nous font voir est dans 
un rapport constant de dimensions avec le « sanctuaire de l'arche » 
à Célènes 1 . » 



#** 



Si la communauté chrétienne, qu'on verra florissante à Apamée 
dès le 11 e siècle, a pu, vers la fin du 111 e , faire élever cette église, et 
si cette montagne de l'arche est bien, comme le veut la Sibylle, 
celle au pied de laquelle sourd le Marsyas, j'ai cependant peine à 
croire que ce soit à ce sommet, qui domine à peine de 250 mètres 
la plaine avoisinante, qu'on ait transféré le nom glorieux d'Ararat. 
Pour arrêter l'arche, ne fallait-il pas une cîme assez élevée pour 
qu'on pût croire qu'elle avait émergé la première des flots ? Or, le 
Samsoun-Dagh, « Mont du Soleil » 2 , qui s'allonge à Test d'Apamée, 
culmine au sud à 1.765 mètres avec l'Aï-Dogmush-Dagh, « Mont de 
la Lune » et, au nord, à 2.500 mètres, dans l'Ak-Dagh, « Mont 
Blanc ». Ce dernier sommet, couronné de neiges, dominant toute 
la Phrygie centrale du Salbakos au Dindymos et surplombant les 
plaines fluviales qui se succèdent d'Apamée à Euméneia, ne serait-il 
pas l'Ararat phrygien? Il n'est séparé que par les ravins du 
Glaukos du haut plateau où les Montanistes plaçaient la Jérusalem 
céleste. 

Pour le caractère sacré des montagnes qui dominent Apamée, 
il existe un texte important qui semble ne pas avoir été mis en 
lumière. C'est, dans le chapitre du De Fhiviis consacré au 
Marsyas, le paragraphe 4 3 : « Il y a une montagne là auprès 

1. H. Leclercq, Dictionnaire d'Archéologie chrétienne, p. 2907. 

2. C'est le sens que le nom évoque aujourd'hui pour les Turco-arabes ; en 
réalité, il dérive sans doute du nom de Samsadon que porte une localité du voisinage 
d'Apamée. Je ne crois pas qu'on puisse tirer parti du texte de Pline dans son chapitre 
sur les tremblements de terre : terra devoravit Cybotum allissimum montent, cum 
oppido Curite (11, 93); sans doute il faut corriger Durite et penser à la fameuse catas- 
trophe de Boura en Achaie ; en ce cas, il faudrait apparemment écrire Sybotum. 

3. C'est le seul paragraphe où aucune source ne soit indiquée. Il faut sans doute 
l'attribuer, ainsi que le suivant, aux Phrygiaka d'Agatarchide ; ce § 5 parle de la 
pierre nommée machaira qu'on recueille dans le Marsyas. semblable à du fer ; il 
suffit de la trouver au cours des mystères de la déesse pour être possédé (et, devait 
jouter l'histoire, pour se couper les genitalia dans la fureur sacrée). Ces mystères de 



•2-1 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

appelée Berecynthe, lequel nom lui est demeuré à cause de 
Berecynthus, qui avoit esté le premier prebstre de la Mère des 
Dieux » (Amyot). Il semble avoir été admis par les anciens que 
Cybèle devait son surnom de Berecynthia à un Mont Berecyn- 
the ', taudis qu aujourd'hui on y voit plutôt un vocable tiré de la 
tribu phrygienne des Berekyntes, dont le tracius Berecyntius con- 
serverait le nom 2 . Or, cette région semble placée par Pline 3 à la 
frontière delà Phrygie et de la Pisidie ; c'est précisément celle 
d'Apamée. D'autre part, Festus puise chez Agathoklès de Cyzique, 
qui écrivait vers 200 av., la tradition qu'il résume ainsi : Aeneam 
sepultum in urbe Berecynthia proxime flumen Nolon\ Ne 
pourrait-on pas tirer parti de ce renseignement, inutilisable sous 
cette forme évidemment corrompue?Il suffirait de corriger: in monte 
Berecynthio proxime flumen (ou urbem) Noricon. On s'appuie- 
rait sur cet extrait des Phrygiaka d'Euéméridas de Cnide, que 1 on 
trouve encore dans le De Fluviis, pour expliquer le nom du Mar- 
syas : « La peau de Marsyas consumée par le temps et tombée par 
terre fut poussée en la fontaine de Midas, et peu à peu fut trans- 
portée auprès d'un pêcheur; et, suivant le commandement de 
l'oracle, Pisistratus Lacedaemonien bastit une ville auprès du 
monument du Satyre, pour cet accident et rencontre, et la nomma 
Noricum, duquel nom les Phrygiens en leur langage commun 
appellent un outre 5 ». 

Cybèle devaient avoir le Bérékynthos pour théâtre. — Ce fr. est attribué par C. Muller à 
Agatarcbide de Samos, parce que c'est cet auteur que le de Fluviis cite à propos d'une 
autre pierre consacrée à Cybèle qu'on trouve dans le Méandre (FHG, III, 198). Mais il 
y a lieu de rapporter plutôt ces fr. à Agatarchide de Cnide, qui a écrit dans la 
deuxième moitié du 11 e siècle av. J.-C. 

1. Outre l'ôpoç BcpexuvOiov cité (Ps.-Plutarque, De Fluviis, X, 4, et Ps.-Arist., De 
mir. Ausc. 173), un nions Berecynthus est nommé par Vibius Seq., De mont., p. 155 
Rjese, dasjuga Berecyntia par Claudien, In Eutr., II, 300. Une autre localité de Bere- 
eyntus est citée sur le Sangarios, Serv. ad Aen., VI, 785 ; Acr. in Hor., III, 19, 15 ; 
Vib Seq., De/lum.,p. 151 R. 

2. Par l'intermédiaire de Phorkys on voudrait même faire de Berekys = Brekys une 
forme de Phrygios ; on sait que les Bpiyeç sont les Phrygiens restés en Macédoine, où 
la Brygi a primitive (littoral de l'Émathie) est connue par les jardins de roses de Midas 
et la légende du Silène surpris par lui. 

3. Pline, V, 108; cette contrée était pleine de buis, XVI, 71. Stésimbrote dans 
Strabon, X, 472, parle d'un mont Kabeiros èv ty] Bepexuvriç {FHG, II, 58, 14); mais 
son texte ne permet aucune identification ; le passage se trouve dans sa discussion sur 
la provenance des Korybantes et les deux Ida de Phrygie et de Crète. Il y a aussi un 
mont Berekynthos en Crète : Diod., V, 64, 5. Il ne paraît pas douteux que le second 
élément du nom est un terme préhellénique désignant une hauteur; cf. pour la forme 
simple: Kynthos, le Cynthe de Délos, comme composés : Zakynthos, Arakynthos, etc. 

4. Festus, p. 269 éd. Muller ; F H G, IV, 290, 8. 

5. De Fluv., X, 2; F H G, III, 408. Le texte ne parle pas de monument du Satyre 
Tiaç-a /styava toù Eoctupou se rapporte à l'endroit où la peau de Marsyas s'arrêta. 



NOÉ SANGARIOU 23 

La môme notice se trouve dans les commentaires d'Eustathe au 
vers de Denys le Périégète où le Norique est mentionné *. 

Ce n'est pas le lieu d expliquer le rôle prêté au Lacédémonien 
Pisistratos 2 ; mais il importe de comprendre comment on a pu 
localiser près d'Apamée le tombeau d'Enée. Nous avons vu que le 
lac Askania était proche de la ville et qu'on y montrait l'endroit 
où le héros Anchouros s'était jeté dans le gouffre. Qu'on se rap- 
pelle l'importance de la colonie romaine à Apamée dès le milieu du 
11 e siècle 3 ; n'est-il pas vraisemblable que la flatterie intéressée 
des Grecs aura voulu lui montrer Ascagne à l'Askania, Anchise 
dans Anchouros, et la tombe d'Enée dans le Bérécynthe? Le 
Bérécynthe serait notre Ak-Dagh, et rAï-Dogmush qui lui fait pen- 
dant à l'extrémité Sud du Samsoun-Dagh, le « Mont de la Lune », 
devrait son nom au culte du dieu qui, pour les Phrygiens, person- 
nifiait cette planète : Mon. En raison de la proximité du lac Askania, 
on peut supposer que ce Mên avait pour vocable Askaénos ; il 
aurait été un frère aîné du Mên Askaénos dont on visitait le 
temple avec tant de ferveur au-dessus d'Antioche de Pisidie. 
Ascagne, aimé d'Aphrodite et père d'Enée, n'est-ce pas la transpo- 
sition grecque d'une trinité phrygienne : Mên Askaénos et Rhéa- 
Cybèle, parents d'Aineias-Attis 5 ? 

Que vwpixov ait voulu dire àaxoç en phrygien, non seulement cela 
nous explique l'outre que portait Marsyas 5 sur la fameuse statue du 
Forum et cela permet de se demander si cette statue n'est pas 
venue a Rome d'Apamée en même temps que la légende d'Anchou- 
rosqui y aurait été nationalisée sous les traits de Mettus Curtius; 
mais nôrikon doit manifestement son sens d'outre à ce que la 
racine nô désigne l'eau, — on a vu toute la chaîne des formes qui 
relient Noé à Norique. N'est ce pas une raison de plus de croire 
qu'un nom comme Noé a pu être porté par la grande déesse 

1. Eust. ad Dion. Per., v. 381 (Geogr. gr. Min., II, p. 274). La source n'est pas 
citée, mais les termes employés sont si semblables à ceux du De FLuviis que la source 
doit être la même. On ne possède que ce fr. d*EOr,[X£ptôaç KvîSioç; probablement 
n'était-il connu qu'à travers son concitoyen Agatharchide de Cnide. Cf. p. 21, n. 3. 

2. On pourrait y voir un indice que la première colonie grecque d'Apamée est venue 
des villes doriennes de Carie ou de Pamphylie, dont beaucoup se vantaient d'œkistes 
Lacédémoniens. 

3. Cf. Ramsay, op. cit., p. 424-6. 

4. J'ai repris toute cette question d'Ascagne et d'Enée à Apamée et du transfert de 
la statue de Marsyas, que j'attribue à Manlius Vulso en 189, dans mon mémoire : 
L'origine du Marsyas du Forum qui est sous presse dans Klio. 

5. On a rappelé que S. Reinach. dans son étude sur Marsyas (Cultes et Mythes, 
t. IV), a voulu expliquer son nom et l'outre qu'il porte par (xapcuiroç, mot asianique 
adopté par le grec et signifiant sac (d'où marsupiaux). 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Apamée, et la colonie judéo-chrétienne n'a-t-elle pas dû y trou- 
ver un nouvel argument pour placer l'Ararat de Noéau Bérécynlhe 
qui dominait Apamée-Nôrikon ' ? 



#*# 

On connaît maintenant les quatre éléments locaux qu'Apamée 
put offrir pour lajfixation de la légende de Noé : 1° l'histoire d'un 
déluge dont les eaux avaient disparu dans le gouffre qui s'ouvrait 
sous le sanctuaire du grand dieu de la cité, histoire à laquelle la 
surabondance des eaux courantes et leur disparition dans les 
fissures d'un terrain volcanique prêtaient plus de vraisemblance ; 
2° le culte de toute une série de dieux fluviaux culminant en celui 
d'un couple divin dispensateur des eaux fécondantes qui, pour les 
indigènes, avaient peut-être conservé les noms de Hyès et de Noé, 
forme locale du couple Attis-Cybèle ; 3° le nom de kibotôs,où l'ima- 
gination grecque ne pouvait pas ne point voir une arche ou un 
coffret; 4 J ce nom appliqué à une Acropole, contrefort d'une chaîne 
qui culmine dans un des sommets dominants de la Phrygie, aujour- 
d'hui « Mont Blanc » et « Mont de la Lune », peut-être jadis Béré- 
cynthe, sommet où Cybèle demeurait avec Mên, le cavalier 
lunaire ; 5° le nom de Nôrikon donné au quartier d'Apamée avoisi- 
nant le Marsyas, parce qu'il aurait été celui de l'outre du dieu, nom 
qui devait aider les judaïsants d'Apamée à inventer leur Noria, fille 
de Noé. 

Nous pouvons maintenant faire un pas de plus. Demandons- 
nous si, avant toute influence judaïsante, une légende de l'arche 
n'a pas existé en Phrygie. Plusieurs indices portent à le croire. 

La mise en rapport du surnom d'Apamée avec une des 
légendes grecques où un kibôtos jouait un rôle n'a-t-elle pas dû 
se présenter d'elle-même aux Grecs d'Apamée 2 ? On sait le rôle 

i. Voir p. 1G. Le nom serait à rapprocher de Kwpuxôç, qui présente une forme 
et un sens semblables. Nôrikon ou Nôrykos a pu désigner le quartier d'Apamée qui 
se trouvait au pied de la grotte de Marsyas. Je crois, comme S. Reinach, op. cit., 
que ce qu'on conservait dans la grotte de Marsyas, c'était une peau d'àne empaillée. 
Ce caractère asinin de Marsyas et de Midas a pu être un élément de syncrétisme judéo- 
phrygien, s'il faut voir un àne dans le Silène dont Pausanias dit « on voit le tom- 
beau rie Silène au pays des Hébreux et un autre au pays des Pergaméniens », Paus., 
VI, 24, 8. Cf. la tombe de la nourrice de Dionysos à Scythopolis, Plin., V, 74. Mais 
nous ne saurions rouvrir ici la question de l'âne de Balaam et du culte de l'âne en 
Palestine. 

2. Sur les coffres flottants, Usener a complété son travail Die Sintflutsagen (très 
insuffisant de toutes façons) dans le Rltein. Muséum de 1901 ; mais il n'a fait que toucher 



NOÉ SANGARIOU 25 

que ce coffret confié aux flots jouait dans la légende de Persée et 
la popularité de cette légende, non seulement sur les côtes de 
Cilicie, mais, dans l'intérieur, à travers toute la Phrygie. La coif- 
fure ailée de Persée est devenue un bonnet phrygien. Les monnaies 
royales attestent la vénération dont le héros était l'objet aux cours 
de Bithynie, de Cappadoce et, surtout, du Pont; celles des villes, 
font connaître que sa légende avait pris racine en Cilicie à Tarse, 
Iotapé, Ànémourion, Mopsouhestia et Aigai ; en Pisidie à Saga- 
lassos; en Isaurie à Koropissos; en Cappadoce à Tyane; en Phrygie 
à Ikonion, Hiérocésarée, Daldeis, Sébasté*. Sans doute, chacune 
de ces villes avait sa légende propre; il ne nous est resté de ces 
traditions que de rares fragments épars qui mettent Persée en 
connexion avec Proitos de Lycie, lui font combattre les Gorgones 
en Lycaonie, laisser l'empreinte de son pied à Tarse et la tête de 
Méduse à Ikonion; le kétos 2 qu'il tue a été mis en rapport avec les 
Kétéens de Cilicie et sa harpe, qu'on retrouve comme attribut 
d'Attis, est une arme nationale en Lycie et en Isaurie Dans ces 
conditions, on peut se demander si une légende n'a pas expliqué 
par l'arrivée du coffret contenant Persée et sa mère le nom de 
Patara en Lycie : Alexandre Polyhistor 3 voyait dans ce nom un 
équivalent de xi'ctt) (cf. paiera) et le montrait dû. à un coffre que 
les flots y avaient poussé. Sans rechercher ici les autres traces de 
la légende d'un Persée-Deukalion en Lycie 4 , rappelons que le 

à la question qui nous occupe ici. Pour le coffre, le bateau et le sac comme moyens 
d'exposition ou de remise à la justice divine, voir le chap. consacré à cette question par 
G. Glotz dans VOrdalie dans la Grèce primitive. (1904). Sa remarque (p. 25) sur l'influ- 
ence de la ciste mystique transformant en corbeille le primitif coffre quadrangulaire 
est bonne à rappeler pour expliquer la forme que prennent les Kibôtoi sur les monnaies 
de Kibyra (cf. p. 20). Au pays des cistophores, cette transformation devait être plus 
naturelle qu"ailleurs : il est d'autant plus caractéristique que la Kibôlos de Noé y ait 
résisté à Apamée. 

1. Voir pour les références aux textes l'article Perseus du Lexicon de Roscher ; 
pour les monnaies dans le C. B. M. aux villes citées ; pour Persée dans les royaumes 
gréco-macédoniens d'Asie, mou mémoire du Journal intern. d'arc h. num., 1913. 

2. Généralement localisé à Joppé, ville plus ancienne que le déluge, dit Pline, V, 69. 
Il n'aurait sans doute pas caractérisé ainsi la ville si elle n'avait joué un rôle dans une 
tradition diluvienne de Syrie. 

3. Fr. conservé par Stéphane de Byzance, s. v., FHG, 111, 235. 11 explique autrement 
l'origine du coffret, mais la présence à Patara d'une Tr^éçou xpr)VY) (Stéph. Byz.) peut 
être un indice en faveur de notre hypotbèse, Téléphos passant, comme Persée, pour 
avoir été jeté à l'eau dans un coffret. Il en était de même de Hémithéa, qui avait un 
temple célèbre sur la môme côte, dans la Pérée rhodienne [cf. p. 13, n. 3. 

4. Rappelons seulement que Persée passait pour être parti, comme Deukalion, du 
mont Apésas (du départ) près d'Argos (fr. d'Arrien, dans FHG, III, 591). On pourrait 
voir l'indice d'une confusion entre Persée et Deukalion dans le fait que Stéphane de 
Byzance donne Kandybos, fils de Deukalion, comme éponyme à Kandyba en Lycie (notice 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

IV e chant Sibyllin mentionne le cataclysme, une sorte de raz-de- 
marée qui aurait détruit «le peuple impie de Patara» 1 . 

Nous avons vu la légende de l'exposition sur les eaux en rapport 
avec un héros indigène en Phrygie. Il s'y agissait du fils de Nanas- 
Noé, Àttis, dont Persée semble avoir souvent usurpé la harpe en 
Asie. Attis Agditis ou sa mère Kyba-Cybèle paraissent avoir été 
souvent adorés sous la forme d'une pierre : la pierre noire de Pessi- 
nonte est célèbre. Or, ces pierres sacrées furent mises en rapport, 
elles aussi, avec la légende diluvienne. Ce serait sur le Mont Agdos, 
au-dessus de Pessinonte, que Deukalion et Pyrrha auraient jeté les 
pierres dont serait sortie la race nouvelle des hommes-. C'est donc 
qu'une légende faisait aborder Deukalion sur cette montagne. 

Il nous est parvenu une trace plus nette d'une légende de l'arche 
dans cette région. Nous avons rappelé déjà, à propos de Mên- 
Anchouros, le fils du dieu Midas, que son nom permettait de 
mieux s'expliquer Yinventio ancorœ attribuée à Midas. Cette ancre 
était encore conservée du temps de Pausanias dans le temple de 
Zeus, à Ancyre 3 . Or, qui a vu Ancyre sait combien, sur son 
éperon rocheux, elle domine le vaste cirque de vallées où coulent 
paresseusement les eaux qui vont rejoindre celles de Pessinonte 
dans la plaine de Gordion, pour y former le Sangarios. Aussi, 
l'endroit où l'on conservait l'ancre était-il probablement celui où 
elle passait pour avoir été trouvée, et c'est à cette hauteur détachée 
des grandes montagnes de la Galatie pontique que s'applique le 
vers d'Ovide : 

Et vêtus inventa est in montibus ancora summis 4 . 

que Meineke reporte à Hécatée) ; on s'attendrait à voir intervenir plutôt Persée comme 
œkiste légendaire sur cette côte. 

1. Patara est impie à cause du fameux oracle d'Apollon qu'on estimait opibus et 
oraculi ficle Delphico similis (Mêla, I, 15) et peut-être à cause du rite signalé par 
Hérodote, I, 181. 

2. Paus., I, 4, 5. On pourrait peut-être justifier par cette légende le texte de 
Strabon (IX, 437) qui appelle AeuxàXXia une carrière de marbre en Phrygie (sur les 
corrections à ce texte, cf. Ramsay, op. cil., I, p. 125). 

3. La théorie rappelée ici a été mise en avant par S. Reinach, Cultes et Mythes, 
II, p. 250. Je ne diffère de lui que sur ces deux points : 1° il s'agit d'Ancyre en Galatie 
et non d'Ancyre en Phrygie, ville beaucoup moins importante; 2° ces deux "Ayxupa 
comme 'AyxooY] aux bouches du Sangarios, la future Nikaia, comme 'Ayxvptov près de 
Nicomédie, comme le cap 'Ayxvpaîov sur la côte asiatique au sortir du Bosphore (on 
expliquait aussi son nom par l'ancre de pierre des Argonautes: Dion. Byz., fr. 54; 
Geogr. gr. mm., II, 69), peut-être aussi comme 'A/upouovç,tous ces homonymes dérivent 
d'un nom d'homme ou de dieu, sans doute Anchur, Anxur (en grec v AyS&vp), le 
Jupiter imberbe d'Anxur. 

4. Mélam., XV, 265. 



NOÉ SANGARIOU 27 

Une ancre suppose un bateau. Un bateau qui laisse une ancre 
« au plus haut des monts » ne peut guère être que l'arche qui 
sauve l'humanité pendant le déluge. On ne saurait croire que des 
influences juives se soient exercées sur Ovide l . Au temps du 
credat Judaeus Apella, elles n'étaient pas encore assez en vogue à 
Rome. Le passage où se trouve le vers cité est un grand discours 
de Pythagore sur les révolutions du globe et les destinées du monde. 
Pythagore a subi l'influence de l'Orphisme, qui, lui-même, paraît 
avoir de profondes attaches dans les mystères de Sabazios et 
d'Attis. Cette ancre est donc à réunir avec le coffret flottant de 
Persée et de Téléphos et avec l'outre qui servit à faire flotter 
Dardanos de Samothrace en Troade, comme autant d indices 
qu'une des traditions phrygiennes du Déluge montrait l'espèce 
humaine sauvée dans un objet flottant, qui a pu être une barque 
aussi bien qu'un coffre ou qu'une outre. 

#*# 

Un souvenir de cette légende peut se retrouver dans une autre 
ville toute proche d'Apamée, dont le nom même paraît avoir été 
interprété comme signifiant : la barque. « Il y a, au-dessus de la 
Minyade,une grande montagne en contre-bas de l'Arménie, appelée 
Baris. C'est là, dit la tradition, que se réfugièrent et furent sauvés 
ceux qui purent échapper au déluge et qu'un homme aborda à son 
sommet avec une arche ; on a longtemps conservé les restes de ses 
bois. Cet homme semble avoir été celui dont a écrit Moïse, le légis- 
lateur des Juifs 2 . » Secrétaire du roi Hérode, Nicolas de Damas, 
dont Josèphe nous a conservé ce fragment, ne pouvait ignorer 
la tradition biblique où l'arche s'arrêtait aux monts d'Ararat; il 
connaissait, sans doute, également la tradition chaldéenne telle 
que Bérose l'avait consignée à l'usage des Grecs; il la connaissait 
au moins à travers l'abrégé d'Alexandre Polyhistor. 

1. On pourrait objecter, il est vrai, que la tradition de l'ancre trouvée par Midas 
n'existait pas encore vers 200 av. J.-C, puisque, vers cette date, Apollonios d'Aphrodisias 
croyait pouvoir expliquer le nom d'Ancyre par les ancres enlevées par les Galates à des 
vaisseaux égyptiens. Mais je crois avoir montré ailleurs que ce texte, s'il était utilisable, 
devait s'appliquer à l'Ancyre pbrygien du Makestos. Si on a dû l'inventer pour cette 
Ancyre, c'est que la légende de Yinventio ancorae était déjà monopolisée par Ancyre 
de Galatie. 

2. Fr. 76 des FHG, chez Josèphe, Ant.jud., I, 3, 6, § 95 : "Egtiv uTrsp t9)v MivuàSa 
fiiya ôpoç xaxà ty)v 'Ap[xeviav, Bàptç ),£y6|ji£vov etç ô Tzolloiic, cufxcpuyovxa; èîà toù 
xaTaxXvc|AoO )6yo; ëjret 7repiaco6rjvou, xai tivcc stù Xapvaxo; ô^oûo-evou é-rcl tyjv àxpcôpeiaç 
ôxsîXai, xai ta Xei^ava tûv £ûXu)v Ètù ttoXù crco6y,vat. Fsvùito 6'àv ovto; ôvTiva xai Mcoucryj, 
àveypa^sv 6 'IovSatcov vo(jLo0éxy]ç. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La façon dont Nicolas s'exprime incline à croire que ce fragment 
est extrait d'un passage où il comparaît le déluge chaldéen au 
déluge hébraïque et en concluait, — par une anticipation sur 
l'exégèse moderne qui suppose une source grecque — que le Noé 
de la Genèse était copié sur leXisouthros chaldéen. En tous cas, il 
n'y a pas de raison valable de corriger son texte comme le voulait 
Vossius : il changeait MivuaBa en MtXuàBa et supprimait xaxà ttjv 
Acasviav comme une glose, s'appuyant sur le texte de Pline : 
Attingit Galatia... Milyas qui circa Barim snnt *. On sait que Baris 
est le chef-lieu de la Milyas en Pisidie, ville qui, sous le nom à 
peine modifié d'Isbarta, a conservé son importance comme entrepôt 
entre Apamée-Dineir, tête de la vallée du Méandre, et Attaleia- 
Adalia, port du golfe de Pamphylie. La Milyas dépendait d'Apamée 2 . 
Si Ton acceptait cette correction, « il faudrait voir dans le texte de 
Nicolas une nouvelle allusion à la tradition « apaméenne » du 
déluge, dont la fusion avec les traditions bibliques est attestée par 
les monnaies au type de l'arche et à la légende NQE » 3 . Mais on 
va voir que le texte ne doit subir aucune correction 4 . 

La tradition biblique faisait arrêter l'arche aux « montagnes 
d'Ararat ». Il ne s'agit pas du sommet arménien qu'on appelle 
aujourd'hui l'Ararat b ; il s'agit des montagnes de l'Arménie en 
général, ou plutôt de cette partie centrale de l'Arménie qui va du 
lac Van à l'Araxe et qu'on connaissait dans l'Orient sémitique 
sous le nom d Ourartou (d'où Ararat). Remarquons que la mention 

1. Pline, VI, 32, 147, Une confusion voulue entre les Milyens et les Minyens a été 
faite dès l'antiquité. D'après Eust., ad II. vi, 184, les Solymes seraient identiques aux 
MiXuat qui sont des Mtvuai àTrôMivuoç ou Mivwo;. Cf. Treuber, Gesch. der Lykier,p. 24. 

2. Strabon, XII, p. 539. Dans la paix de 188, la Milyas fut donnée au royaume de 
Pergame, cf. Gardinali, Il regno di Pergamo, p. 76 ; Klio, X, p. 251. Une autre 
localité dite i\ Bâpi; (sur l'Aisèpos en Troade) nous a été révélée par une inscription 
de Alilet, Haussoullier, Eludes sur Milet, p. 103. 

3. Tb. Reinach dans Textes grecs relatifs au Judaïsme (1895), p. 82. 

4. Je ne saurais prétendre — et ce ne serait pas ici le lieu — à donner une étude 
d'ensemble sur les traditions sémitiques relatives au déluge. Je ne rappellerai que ce qui 
est nécessaire pour faire comprendre le syncrétisme qui s'est produit en Phrygie. Je 
ne donnerai également que les références indispensables à mon argumentation, ren- 
voyant, pour la bibliograpbie générale, aux articles consacrés à la question du Déluge 
dans le Dictionnaire de la Bible de Vigouroux, le Dictionary ofthe Bible de Cheyne, 
Y Encyclopœdia Biblica et la Encyclopœdia of Beligions de Hastings, la Catholic 
Encyclopœdia et la Jewish Encyclopœdia. 

5. Il semble en avoir été de même à l'époque hellénistique. L'Ararat n'est pas cité 
comme montagne isolée par les auteurs grecs ; il désigne la province centrale de l'Ar- 
ménie au temps des Arsacides, cf. St. Martin, Recherches sur V Arménie (1818), I, 
p. 260. Depuis la découverte des inscriptions vanuiques, on a abandonné l'explication 
d'Ararat par l'iranien Airyaratha, «pays des Aryens», pour le rapprocher de l'assyrien 
Ourartou, Oura-Ourtou, «les hauts pays». 



NOE SANGARIOU 29 

de l'Ara rat se trouve dans un passage de la Genèse dû à VElohiste 
ou au Code sacerdotal : il a donc été rédigé entre 650 et 450, à une 
époque où les Hébreux connaissaient bien l'Arménie. Ce n'est 
guère qu'en Babylonie qu'ils ont pu adopter une pareille locali- 
sation, et en Babylonie môme, on n'a guère dû y songer avant que 
la conquête assyrienne n'ait fait rentrer l'Arménie dans l'horizon 
babylonien (vers 1200). En effet, le déluge chaldéen ne paraît pas 
avoir mentionné l'Ararat. 

On sait que la légende chaldéenne du déluge nous est parvenue 
sous deux formes : 

1) L'une est contenue dans la onzième des douze tablettes racon- 
tant l'épopée de Gilgamès qu'on a retrouvées dans la Bibliothèque 
d'Assourbanipal (668-26) à Ninive * : le héros du déluge y est 
appelé Oum-napishtim 2 , et le dieu qui le protège, Ea, le dieu- 
poisson ; le point de départ de l'arche est Shourippak en Ghaldée, 
le point d'arrivée, le mont Nisir. 

Nisir, en assyrien, veut dire salut; comme cette montagne paraît 
être l'éperon que le Zagros projette vers Arbèle et Ninive 3 , c'est 
probablement dans la légende ninivite qu'il sera devenu le Mont de 
l'Arche. 

2) Dans cette même Bibliothèque d'Assourbanipal, on a recueilli 
plusieurs fragments d'un récit semblable où le dieu est Ea, mais 
le héros Atrachasis, « le très sage » 4 ; à la même version 
appartient le fragment dit « fragment Scheil », de mille ans au 
moins plus ancien 5 : il a été trouvé à Sippar. Ce récit mutilé 
devait être semblable au récit conservé dans les versions grecque 
(l'abrégé du Syncelle) et arménienne d'Eusèbe, empruntées, l'une 
à Alexandre Polyhistor, contemporain de Cicéron, l'autre à 
Abydénos, contemporain des Antonins 6 , auteurs qui puisent tous 

1. Ce fameux texte, découvert par George Smith en 1872, a été fréquemment tra- 
duit ou analysé. Je ne cite ici que les publications très accessibles de Muss-Arnolt, 
Assyrian and Babylonian Literature (New-York, 1902), p. 350, de O. Weber, Die 
Literatur der Babylonier und Assyrer (Leipzig, 1907), p. 82, et de G. Bezold, 
Schôpfung und Sintflut (1911). 

2. On a écrit aussi son nom Shamash-Napishtim (Maspero), Nuh-napishtim (Hom- 
mel) etc. La dernière lecture proposée est, je crois, Uta-napishtim, « le soleil est ma 
vie» (Thureau-Dangin, Lettres et contrats de la 1 re dyn. babylonienne, 1910). 

3. Sur le Nisir, cf. Muss-Arnolt, Concise Dict. of the Assyrian, p. 710. 

4. Notamment la pièce 26 dans O. Weber, op. cit. 

5. La pièce (27 de Weber) a été publiée par Scheil, Rec. de Trav., XX, p. 55 59. 
Elle est datée du règne d'Ammizadouga, un des derniers rois de la première dynastie 
babylonienne (v. 1800). Scheil lit : Pi-ir-napishtim, le nom du héros du déluge sur la 
tablette 7, Atrakhasis sur la tablette 8. 

6. Voir dans l'Eusèbe de Schoene, I, p. 19-24 ; pour la version de Polyhistor (texte 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

duex chez Bérose, qui rédigea sous Antiochos I er , une histoire de 
la Chaldée à l'usage des Grecs'. Dans cette rédaction grecque, 
Ea est traduit par Kronos, et Alra-Ghasis, ou Chasis atra, est 
assimilé en Xisouthros ou Sisythrès. L'arche part de Sippar et 
s'arrête sur les montagnes des Gordyens, où on recherchait encore, 
du temps de Bérose, comme amulette ou talisman, le bitume raclé 
sur ses débris 2 . 

Gette dernière indication 3 pourrait permettre de ramener autour 
do la même région le point d'abordage de l'arche dans les deux 
versions. 

En effet, on a soutenu que le nom d'Ourartou-Ararat s'était 
appliqué d'abord au Kurdistan et le Mont Nisir semble, on l'a vu, 
être ce contrefort du Zagros, qu'on appelle aussi le Mont des 
Gordyens (Kurdes), qui s'avance entre le Grand Zab et le Tigre 
et qu'on rencontre en allant de Ninive en Médie 4 . Or, c'est dans 
cette région queStrabon et Quinte-Curce 5 placent les plus fameuses 
fontaines de bitume, et il est probable que ce qu'on montrait aux 
dévots comme des planches poissées de l'arche, n'était que des 
bois enduits de bitume. Quinte Curce nomme dans le voisinage la 
ville de Mennis, aujourd'hui Kerkouh. On pourrait y chercher la 
Minyas, si on identifiait la Baris au Nisir. 

Mais, une fois que Ion garde MiWç dans notre texte, il faut 
aussi tenir compte du xaxà ttjv 'Apjxeviav. Or, d'une part, le 

du Syncelle et texte arménien traduit en latin), F II G. II, 501, p. 31-2 ; pour celle 
d'Abydénos (arménien traduit en latin), F H G, IV, p. 281. — Eusèbe, Praep. ev., IX, 19, 
donne un fr. d'Apollonos Molon conservé par Polyhistor (F H G, 111, 2, 13) : il y est 
question de l'«homme qui avait survécu au déluge partant d'Arménie avec ses fils pour 
se rendre en Syrie » 

1. Josèphe n'hésite pas à dire que Bérose parlait de Noé sauvé sur les montagnes 
d'Arménie, C. Ap., I, 19, § 130. 

2. Le Talmud montrait Sanhérib, le roi d'Assyrie, trouvant une planche de l'arche 
de Noé en Arménie; l'empereur Héraclius aurait cherché à en voir les restes. 

3. Ce détail est donné par Polyhistor, dont le texte grec parle de uipoç xi êv xoïs Kop- 
Svaitov 5pe(H tyjç 'Af.jj.svta;; la traduction latine d'Abydénos dit seulement : navis aidera 
in Armenia sislebat, lignogue suo salut arem medelam regionis ejus incolis exhi- 
bebat. Tous ces témoignages insistent surtout sur l'Arménie, ce qui ne permet pas de 
les rapporter au Nisir. 

4. M. Belck, ZeUschrift fur Ethnologie, 1899, p. 113. 

5. Strabon, XVII, 1, 4 : r) xoO vàç6a iir\\r\ xoù xà uupà xai xà xrjç 'Avéaç iep'îv (Anaia- 
Anaïtis) ; selon Quinle-Curre, V, 1, 16, Alexandre y parvient d'Arbèles en quatre 
marches sur le chemin de Babylone. Déjà le patési Goudéa faisait la guerre au pays 
de L'asphalte, dit Madpa (Cf. Herzfeld, Unters. ilber die Topographie der Land- 
schaft oui. Tigris dans Memnon, I (1907), p. 129), Il est vrai que l'arche, comme tous 
les bateaux mésopotamiens, étant calfatée de bitume ou d'asphalte (cf. Suess, La Face 
de la Terre, I, p. 38-42), on ne devait rien voir de singulier à ce que les débris de 
ses bois en fussent enduits. 



NOE SANGARIOU 31 

Nisir est beaucoup trop éloigné de l'Arménie pour qu'une pareille 
désignation ait jamais pu lui être appliquée ; d'autre part, 
l'Ararat, ni au sens large, où il désigne le district montagneux 
entre le Van et l'Araxe, ni au sens restreint, où il désigne le 
sommet dominant du massif, ne saurait être dit « en contre-bas 
de l'Arménie », puisqu'il en forme le cœur môme 1 . Il faut chercher 
la Baris au sud de l'Arménie proprement dite. 

Les documents permettent d'hésiter entre les monts de Gordyène, 
— Masios ou Taurus prolongé des anciens, au Sud-Ouest, — et les 
monts d'Atropatène, notre Elbourz, au Sud-Est. 

Voyons d'abord ce que l'on peut arguer en faveur de la locali- 
sation de Baris en Gordyène. 

Tandis que l'identification de l'Ararat avec le sommet qui porte 
aujourd'hui ce nom paraît relativement récente et due à la seule 
influence du récit biblique 2 , les monts de Gordyène (Kurdistan 
actuel) ont été généralement considérés comme ceux où s'était 
arrêtée l'arche. Telle était la version chaldéenne d'après lesexcerp- 
teurs grecs de Bérose, telle la version juive du temps de Josèphe, 
qui parle du lieu que les Arméniens appellent « débarcadère de 
l'arche » et où ils en montraient les débris 3 ; telle la version des 



1. Pour les traditions arméniennes relatives à l'Ararat, voir Sayce, art. Ararat du 
Dici. of the Bible, Alischan, Arjarat (Venise, 1890), et Fr. Murad, Ararat und Masis 
(Heidelberg, 1900) ; pour une description récente, Seiglaz, Ascension du Mont Ararat 
(dans Le Tour du Monde, 1911, p. 397-408). Une des principales difficultés de la 
question vient de ce que les Arméniens (déjà Faustus de Byzance au vi e s.) appellent 
Masios l'Ararat proprement dit, tandis que les écrivains classiques semblent donner ce 
nom aux monts du N. de la Gordyène, qu'ils considéraient comme reliant le Taurus 
au Zagros. Masis signifiant élevé, haut en arménien, on comprend que le nom se 
retrouve un peu partout dans leurs montagnes. On verra qu'il en est de même de 
Baris, qui a le môme sens en iranien. 

2. Si la tradition arménienne, qui hésite entre Masios et Ararat, s'est décidée à 
l'époque moderne pour l'Ararat, c'est probablement par l'action de l'importante colonie 
juive qu'on sait avoir été établie au iv e s. à Nakhidchevan, la Naxuana de Ptolémée 
au pied de l'Ararat, sur la rive N. de l'Araxe ; les Arméniens interpréteraient le nom 
de cette place par « première descente », et le district voisin d'Arhnoïodon comme 
« auprès du pied de Noé » (cf. St. Martin, op. cit., I, p. 266). Persans et Turcs ont 
adopté cette identification, les Persans appelant l'Ararat Kofi-i-Nouh (Mont de Noé), 
les Turcs ayant fait de leur premier nom Agri-dagh (mont escarpé) Argki-dagh 
(Mont de l'arche). Ces faits aident à comprendre l'action qu'a pu avoir la colonie 
juive d'Apamée. 11 faut ajouter que le fait que l'Ararat est la cime la plus haute de 
l'Arménie (5.400 m.) et la plus saisissante par ses escarpements volcaniques (dernière 
grande éruption en 1840), a dû contribuer à en faire la montagne de l'arche. Des 
écoulements de bitume ont pu s'y trouver ; eu tout cas, dès le temps de l'empereur 
Héraclius, on cherchait sur l'Ararat des vestiges de l'arche. 

3. Jos., Ant. Jud., loc. cit.: àrcoëaTYipiov (passage auquel se réfère Zonaras). 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Targums et de la Peshilo ', telle encore la tradition, sans doute 
syriaque, dont saint Epiphane est l'écho- ; telle la tradition arabe : 
à l'en croire, la tnontagQe de l'Arche serait le Djebel Djoudi dans 
le massif des Kurdes, au Nord-Est de Mossoul, et le village de 
Themanin, qui se trouve à son pied, devrait son nom aux huit 
(ou aux quatre-v^igts) compagnons de Noé 3 . Mais on ne trouve 
point de sommet du nom de Baris dans cette chaîne. Aussi 
a-t-on proposé de remonter tout au Nord des monts de Gordyène, 
entre les sources du Tigre et le lac Van, où un mont Varaz existe 
en Bagrandavène, l'un des vingt districts formant la province 
d'Ararat. Cette identification aurait l'avantage de pouvoir se concilier 
à la fois avec tous nos textes, tant ceux qui placent l'arrêt de l'arche 
dans les monts des Gordyens que ceux qui parlent des monts 
d'Ararat ou de l'Arménie. A moins d'étendre jusqu'au Tigre le pays 
de Mani dont il va être question, il faudrait seulement corriger 
Mivuâ; en MtXuà; pour y voir, non la Milyade de Pisidie, mais le 
Milid des Assyriens, la Mélitène classique 4 . 

Cependant, il faut chercher si une autre identification ne pour- 
rait pas dispenser de toute correction au texte de Nicolas de Damas 
tout en s'accordant avec les deux autres textes dont une solution 
complète doit rendre compte : le texte de Strabon sur la Baris 
confronté avec celui de saint Epiphane sur le Loubar. 

Celui de saint Epiphane peut suggérer une autre identification 
de Baris. Dans un passage obscur, il semble désigner, comme 
montagne de l'arche, un mont qui s'élève entre le pays des Kurdes 
et celui des Arméniens, qu'il appelle Loubar 3 . Plusieurs auteurs, 

1. Neubauer, Géographie du Talmud, p 379, à compléter par l'article Flood de 
la Jewish Encyclopaedia. 

2. Épipbaue, A lu. lier. XVIII, 3 (col. 239 t. XLI de Migue) : xà Xetyava xyjç 
xoù NàSe ).àpvaxoç ôeixvuxai ev Tig xùiv Kapôuswv x w P?- C'est probablement à ces mon- 
tagnes que pense s. Jean Chrysostome, son contemporain, lorsqu'il parle des ôpy] xyjç 
'ApfJ-Svtaç évOa i\ xtêwxô; iopuôr) ovyi xaï xà Xeî^ava àvxr) ew; vùv èxeï <ja>Çexai. (De Per- 
fecta Caritate, p. 287 du t. VI de l'éd. de Chrysostome dans la Patrologie de Migne). 

3. Déjà dans Maçoudi, les Prairies d'Or, I, 74 (éd. de Paris, 1861). Huit ou quatre- 
vingts compagnons selon la vocalisation de Themanin. 

4. Cette conjecture très simple n'a pas été formulée, à ma connaissance. On s'est 
généralement contenté de reprendre l'idée de St. Martin (op. cit., I, p. 49 et 265), qui 
pense au pays des Manavazéans, qui serait au sud du Pakrevant (Bagrandavène). 

5. Adv. lier.. I, 4 (c. 181, Migne) : tvjç Xàpvaxoç xoO Nwe ev xoï; ôpgffi xoîç 'Apapàx, 
àvà [ii?ov 'Ap(J.evia>v xai KapSuswv êv tw Aouêàp ôpet xaXoupivw. Il indique ensuite 
que l<: Loubar dominait la plaine de Sinéar. Si ce n'est pas là une simple inférence 
tirée du texte biblique (les fils de Noé descendus de l'arche se répandent dans les 
pays de Sinéar), il faut placer la montagne au-dessus de l'Assyrie, généralement iden- 
tifiée au Sinéar. IJien entendu, il ne saurait être question de l'Elbrouz, comme certains 
auteurs l'écrivent, sans doute par lapsus. Si cette cime est la plus baute de l'Arménie 



NOÉ SANGARIOU 33 

à la suite de Delitzsch, ont voulu identifier le Loubar à l'Elbourz. 
Mais cette identification ne peut s'accorder avec le contexte 
d'Épiphane. La question est compliquée par le passage où 
Strabon nomme une Baris, passage qu'on n'a pas manqué de 
rapprocher de celui de Nicolas de Damas, mais sans avoir réussi 
à l'élucider. Déjà, les éditeurs du xvi e siècle proposaient de 
corriger Bioiç en Aouêapcç ou Aouêàp en Bàptç. Je crois pouvoir 
proposer une identification plus satisfaisante grâce au texte de 
Strabon. 

Strabon mentionne un BxptSoç veoSç^ au pied de l'Abos sur la 
route qui conduit à Ecbatane. Les deux indications ne se laissent 
pas facilement mettre d'accord. Strabon vient de parler de l'Araxe ; 
il passe ensuite aux Sarapares, Gouraniens et Mèdes ; cette route 
d'Ecbatane est donc bien celle qui s'allonge entre la Caspienne et le 
lac d'Ourmiah. Mais, plus haut, Strabon fait de l'Abos et du Nibaros 
(ou Imbaros) des parties du Taurus. On sait que les anciens prolon- 
geaient le Taurus jusqu'au Masios, chaîne de Gordyène transversale 
au Zagros 2 ; le prolongement de l'Antitaurus devenait alors le 
Niphatès (Nibaros ?), et l'Abos venait s'allonger entre les deux 
branches supérieures de l'Euphrate et l'Araxe, qui, tous deux, 
y prenaient leur source au Nord-Ouest du lac de Van. Cette 
localisation de l'Abos se prêterait à l'identification de Baris avec 
Varaz ; mais on ne saurait hésiter à sacrifier ces combinaisons 
incertaines au renseignement si précis que fournit le texte de 
Strabon : le temple de la Baris se trouve sur la route d'Ecbatane. 

On a cru en tenir compte en proposant d'identifier la Baris 
comme le Loubar avec l'Elbrouz, et en rappelant que le nom 
iranien de cette chaîne était Haraberezaïti, ou, plus brièvement, 
Berezat ou Berekat 3 . Mais il suffit de lire le texte de Strabon 
pour voir qu'il s'agit d'une localité précise et non de cette 
vaste chaîne qui, d'ailleurs, reste fort à l'Est de la route 
d'Ecbatane; il faut ajouter que Beres signifiant haut en iranien, 

russe (5.640 m ), il n'a jamais pu venir à l'idée d'un ancien de dire qu'elle se trou- 
vait entre l'Arménie et la Gordyène ; il faudrait corriger sans motif KapSuéwv en Kao- 
7ué(ov. Je rappelle qu'Épiphane a écrit ce passage en Palestine, vers 375. 

1. Stiabon, XI, 14, 14: ô "Aêo; èyyù? iaxi xrj; ôooO r/jc zlç Exêaxàva çs^outyi; :rapà 
xov xrjç BàpiSo; vewv. Cf. XI, 12, 3, etc. 

2. Il faut rappeler que Masios est sans doute la forme grecque de Mâshou, la 
montagne, porte du Couchant, par où Gilgamès passe pour aller consulter Outna- 
pishtim sur la mer occidentale. La montagne jouait donc déjà un rôle dans la légende 
chaldéenne du Déluge ; d'après A. T. Clay (Amuvru, Ihe home of the northern 
Sernites, 1909), Mash serait le nom du dieu amorite du Soleil. 

3. Notamment par F. Lenormant, qui rapproche Berezat de Bérécynthe. 

T. LXVI, n° 131. 3 



34 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les montagnes de ce nom — ou dans le nom desquelles cet élément 
rentrait — ne devaient pas être rares, Une identification bien 
préférable nous est, je crois, fournie par Strabon '. En décri- 
vant la Médie Atropatène, il signale que sa capitale d'hiver est 
Ouepa lv cppoupûo âpu(j.và> ; Antoine l'assiégea dans sa campagne 
contre les Parthes où il était guidé par le roi d'Arménie Arta- 
vasde. D'après Dellius, lieutenant d'Antoine et historiographe 
de l'expédition, Ouera 2 se trouve à 2.400 stades de l'Araxe 
qui séparait l'Atropatène de l'Arménie Ce renseignement et les 
autres textes qui nous font connaître la campagne d'Antoine 
rendent hautement vraisemblable que Ouera devait dominer le 
croisement de la route de Ninive-Arbèles aux Portes Caspiennes 3 
avec la route de Suse en Arménie par Ecbatane. 

Ce n'est pas le moindre avantage de cette localisation de la 
Baris que de permettre une identification de la Minyas conforme 
à ce que l'on sait de la géographie de cette région à l'époque assy- 
rienne, qui est celle où les Juifs ont constitué leur tradition du 
Déluge. Les Manna des Annales assyriennes, les Mana des ins- 
criptions vanniques forment, du début du vu- siècle au milieu du 
vi e , un des états de montagne que les rois d'Assyrie s'efforcent de 
soumettre en même temps que le Biaina (pays de Van), les Mèdes, 
les Mouski, Toubal, Gimirri et Ashkouz. A la veille de la chute de 
Babylone (v. 550), Jérémie'' exhorte « les rois d'Ararat, Minni et 
Ashkenaz » à se joindre contre elle au roi des Mèdes. Quelle que 
soit la provenance exacte des Ashkenaz — ou Ashkouz, — 
comme la Bible en fait des fils de Gomer, éponyme des Cimmé- 
riens, on y voit généralement des bandes scythes — , les Minniens, 
eux, se trouvent bien localisés entre le lac d'Ourmiah et la 
Caspienne, formant une partie de l'Azerbeidjan (Atropatène). 

1. Strabon, XI, 13, 3. 

2. Je transcris provisoirement ainsi ; mais on verra que, identifiant cette ville à 
Baris, je préconiserai d'écrire Véra on Béra. Si ce nom ne se rencontre plus après Stra- 
bon, c'est que la ville a reçu celui de Phraaspa ou Pliràata, d'un de ses souverains, 
peut-être le grand roi des Parthes, contemporain d'Antoine et d'Auguste, Phraatès IV. 
Plutarque et Dion Cassius auraient, par anachronisme, appelé Phraata la ville qui, 
appartenant encore au roi de Médie-Atropatène, s'appelait Véra. 

3. Strabon compte 80.000 stades de Zeugma sur TEuphrate aux frontières de l'Atro- 
patène, XI, 13, 4. Il y avait donc également là une route publique. 

4. Jérémie, n, 27-8 ; cf. A. Sayce, The Cuneiform Inscriptions of Van (J. of 
royal Anatic Soc, 1882), p. 310, 391 ; The Higher Cinlicism and the Monuments, p. 
131. On pourrait admettre que le pays des Manni s'étendait jusqu'à Mennis, c'est-à-dire 
dans la partie du Zagros comprise entre le Grand Zab et le lac d'Ourmiah. D'autre 
part, il faut remarquer que les traductions chaldaïque et syriaque rendent le Minni 
de Jérémie par Hourmini ou Armenia 



NOÉ SANGARIOU 35 

Quand les écrivains hellénistiques eurent développé la légende 
de Médée, éponyme desMèdes, et qu'ils furent allés jusqu'à appeler 
Jasonion la partie de l'Elbrouz qui domine les portes Caspiennes \ 
il n'y a rien que de naturel à ce qu'ils aient transformé le pays de 
Minni en pays des Minyens. 

Nous pouvons maintenant nous demander ce qu'est le vswç r^ç 
BxptBoç. Car je ne vois aucune raison de corriger le texte en 
'A^àotSoç comme ou l'a/proposé 2 ; jamais le magicien hyperboréen 
Abaris n'a eu de temple en Atropatène. Ce nom n'a, d'ailleurs, 
rien détonnant en pays iranien, puisqu'on a vu que baves signi- 
fiait élevé dans sa langue. Nous l'avons rencontré dans le nom 
antique de l'Elbourz, Berezat, et il faut sans doute aussi le voir 
dans YImbaros. De plus, on doit aussi rappeler que mh désigne 
l'eau en sanscrit. 

Je ne crois pas qu'on puisse, comme on l'a fait 3 , conclure de ce 
seul texte à l'existence d'une déesse Baris. Ce temple était évi- 
demment un des plus importants de l'Atropatène, refuge du pur 
Mazdéisme. On sait l'importance que le culte des eaux courantes y 
avait revêtu. Il suffit de rappeler les chevaux jetés à l'Euphrate 
par les Arméniens, qui interprétaient l'avenir dans ses vagues ou 
son écume'', et la source puissante adorée au pied d'une mon- 
tagne de Khorasmie dont le sommet était occupé par un temple 
d'Ahoura Mazda et d'Anaïtis 5 . Ce culte des eaux, indépendamment 
des yazatas spéciaux, — comme Apâm Napât, dont le nom doit sans 
doute se retrouver dans le Niphatès, « montagne des neiges », où 
Strabon place la source du Tigre, - ce culte paraît avoir été rattaché 
à celui d'Anaïtis. Quelle que soit la mesure où ont pu se fondre 
en elle l'Anahîta de l'Avesta, la Nané élamite, la Nana babylo- 
nienne, peut-être l'Anaia dont on a vu Strabon mentionner le temple 
aux fontaines de bitume de Mennis 6 , elle est essentiellement la 
déesse des eaux fécondantes et purifiantes. L'Avesta 7 en fait la 
personnification d'une fontaine céleste où tous les fleuves pren- 

1. Strabon, XI, 13, 10. 

2. On a aussi proposé Zàpiç; ou "AÇapiç parce que Strabon appellerait Azava ou 
Zaré/.is, la grande déesse de l'Elymaïde, XVI, 1, 18. Pour Bocpi;, au lieu de Màpu, 
cf. Roscher, art. Polyxena, p. 2743. 

3. Aux art. Baris du Lexikon de Roscher et du Pauly-Wissowa. 

4. Tac, Ann., VI, 37. 

5. C'est ce qui semble résulter du récit hagiographique « Venue des Vierges Piliipsi- 
méennes » attribué a Moïse de Chorène. Sur l'eau et le l'eu considérés comme frère et 
sœur, cf. Encyclopédie, of Religions, art. Armenia, p. 796. 

6. Strabon, XI, 12, 4; 14, 8. 

7. Darmesteter, Zend-Avesta,, II, p. 365. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(Iraient Leur source ' ; une inscription d'un temple d'Artémis 
Persique dans la Lydie romaine célèbre encore « Anaïtis qui vient 
de l'eau sainte 2 ». 

Dans la région qui nous intéresse, outre le temple de Mennis 
et le temple d'Ectabane 3 , celui d'Artaxata et celai de Yashtisbat 
en Tauranitis 4 , on sait que l'Akilisène en possédait un si impor- 
tant dans son chef-lieu d'Eriza 5 que toute la région était dite 
Anaetica regio*. L'armée d'Antoine avait cm piller un grand 
temple de la déesse : cela résulte de l'anecdote bien connue du 
vétéran faisant dîner Auguste de la jambe d'une statue en or 
d'Anaïtis, morceau qu'il aurait eu pour part de son butin dans 
l'expédition d'Antoine contre les Parthes 7 . Or, ce qu'on sait de 
l'itinéraire d'Antoine ne permet pas de le faire passer en ennemi 
par aucun des temples mentionnés 8 . Puisque le siège de Véra- 
Phraata fut, au contraire, le principal épisode de l'expédition, ne 
peut-on pas admettre que le temple de Strabon que nous y avons 
placé était celui de TAnaïtis surnommée Baris 9 ? La déesse devrait 
son nom à la montagne de l'ancien pays des Minni, maintenant 
centre religieux de TAtropatène. 



1. K. Buresch, Aus Lydien, p. 118 : 'AvoceÏty) ty]v àizo où îepov u3axo;. Il faut toute- 
fois également penser à Nina ; la déesse de la ville chaléenne de ce nom est 
devenue celle de Ninive, d^nt le nom signifie « maison du poisson », cf. Pilcher, 
Proc. of Bibl. Soc, 1905, p. 69. 

2. Plutarque, Artax., 27 ; Polybe, X, 27, 12. 

3. Sur ces deux temples, cf. Agatliangelos, p. 584, et p. 606 (éd. de Venise, 1862) . 

4. Strabon, XI, 14, 16 (p. 533). 

5. Pline, V, 83 ; cf. Dion Cassius, XXXVI, 88 ; Moïse de Chorène, II, 20. 

6. Pline, XXXIII, 24. On a conclu à tort du renvoi que Pline fait au passage où il 
parle de l'Akilisène qu'il s'agit du temple d'Anaïtis qui s'y trouve ; l'Akilisène faisait 
partie de la petite Arménie, royaume dont Antoine était l'allié. 

7. Le récit détaillé de Plutarque montre qu'Antoine, après avoir hiverné chez son 
allié, Artavasde. le roi de la Petite Arménie, a occupé la Médie au début du prin- 
temps, puis, laissant la Grande Arménie à droite, envahi et pillé l'Atropatène. Il entre- 
prit d'assiéger les femmes et les enfants du roi de Médie dans une grande ville, 
Phraata [Ant. 39 ; cf. Dion, XL1X, 25). Repoussé à Phraata — notre Véra — , il bat en 
retraite vers le haut Araxe. 

9. Le point essentiel, à mes yeux, est de voir dans ce temple celui de l'Anaïtis 
dWtropatène. Quant au passage de Strabon, à côté de la conjecture développée dans le 
texte, deux autres combinaisons au moins me paraissent possibles. L'une consisterait 
à supposer simplement que THE BAPIAOI résulte d'une mauvaise lecture d'ANAEI- 
TIAOI ; le nombre des lettres est le même, mais la confusion s'explique difficilement 
au point de vue paléographique (remarquez que le même nom a été déformé en Tocvai- 
So; dans XI, 14, 16); l'autre se bornerait à corriger BAPIAOI en IAPIA0I, Sayce 
ayant lu Saris le nom de la seule déesse que mentionnent les inscriptions vanniques 
(elle estsurtout connue parles rois dont le nom est Sar-douris); lui-même croit le nom tiré 
de celui d'Ishtar. Si la lecture était certaine, ce serait la correction la plus séduisante. 



NOÉ SANGARIOU 37 

#** 

Reste à expliquer comment on avait fait de cette hauteur la 
montagne de l'arche. Je crois que deux facteurs y ont contribué : 
une étymologie savante et une légende indigène. 

L étymologie savante consisterait en une sorte de jeu de mot 
entre Baris, la montagne, et ffàpiç, le terme qui désigne les barques 
sacrées en Egypte et qu'Hérodote a déjà si bien précisé que c'est 
ce mot qui, passé du grec au latin, paraît avoir donné, par bârica- 
barca, notre barque. 

Les Grecs devaient-ils s'étonner de retrouver ce terme en 
Arménie, même s'ils avaient encore conscience de son origine 
égyptienne ? Les traditions qui faisaient des Colques, en raison de 
la circoncision et d'autres particularités, des colons des Égyptiens 
et qui faisaient conquérir par Sésostris la Colchide, où il aurait laissé 
des monuments inscrits à son nom, ces traditions ne seraient- 
elles pas venues à point pour calmer leurs scrupules ? { 

Or, l'un des deux auteurs que Josèphe cite avant de reproduire 
l'extrait de Nicolas de Damas est« Hiéronymos l'Égyptien, l'auteur 
de l'Archéologie phénicienne ». On a proposé de l'identifier à 
l'auteur qui remania, vers, la fin du m e siècle, la théogonie 
orphique 2 . Est-il déraisonnable de lui prêter une étymologie qui 
est autant dans le goût alexandrin? L'autre auteur que cite 
Josèphe, Mnaséas, est certainement Mnaséas de Patras, disciple 
d'Eratoshène qui a sans doute composé à Alexandrie sa Périégèse, 
à la fin du iii« siècle. Le livre de cet ouvrage consacré à l'Asie 
peut avoir été un des premiers à mélanger les traditions gréco- 
phrygiennes avec les traditions judéo-syriennes, à en juger par 
certains des extraits qui nous en sont parvenus. Mnaséas y racontait 
la légende de Dardanos et des autres rois phrygiens ; il se plaisait 
aux syncrétismes, identifiant Dionysos, Osiris, Sérapis et Epaphos; 
enfin, il racontait, d'après Xanthos le Lydien, la légende qui 
faisait venir Atargatis de Lydie: fuyant Mopsos, le roi Phrygien, 
elle se serait jetée avec son fils Ichthys dans le lac près d'Askalon, 
où s'élève son temple 3 . 

1. Hérodote. II, 104; Diodore. I 53-9; Eusthathe, ad Dion Per., 588 ; Scholies à 
Apollonios de Rhodes, iv, 272 et 277 ; Amm. Marc. XXII, 8, 24. — Peut-être faudrait- 
il corriger en Varis le nom du devin qui, quittant les bois sacrés de l'Hyrcanie, 
annonce aux Scythes le navire Argo et l'armée des Minyens. Les manuscrits de 
Valerius Flacçus, IV, 113, portent Varus, nom qui n'est guère possible pour un 
Scythe : Varis serait, au contraire, l'éponyme de notre Véra-Baris. 

2. Cf. Susemihl, Gesch. d. alexandriniseken Litteralur, I, p. 376. 

3. F. H. (t., III, p. 149-58. Le fr. 32, touchant Atargatis, est conservé par Athénée, 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ce fragment permet de croire que c'est chez Mnaséasque puisait 
Nicolas de Damas dans le livre IV de ses Histoires, où il paraît avoir 
confronté L'histoire de l'établissement des Hébreux en Palestine 
avec celui des Doriens en Grèce et des Lydo -Phrygiens en Asie. Il 
y racontait précisément l'histoire de Mopsos dont Mopsoueste et la 
Mopsoukréné attestent le culte en Giiicie, poursuivant Derkéto et 
noyant les habitants de Nérabos 1 en Syrie pour leur impiété, - 
ce qui remémore à la fois Tantalis et Sodome ; il rappelait aussi la 
fondation d' Askalon par Àskalos, frère ou général de Tan taie 2 . Cela ne 
permet-il pas de faire remonter pareillement à Mnaséas la légende 
diluvienne que le traité De Dea Syria rapporte pour le temple 
de Derkéto à Hiérapolis? Mnaséas nous a précisément paru un des 
initiateurs de ce mouvement de fusion entre les deux éléments, 
hellénique et sémitique, qui se manifeste déjà dans le nom donné 
au héros, Deukalion, fils de Sisythès, ce dernier nom étant certai- 
nement une déformation de Xisouthros ou Sisouthros, le Noé 
chai dé en. « Voici comment il se sauva : il s'introduisit dans une 

VIII, p. 346 D. On sait que Xanthos avait écrit l'histoire de sa patrie au temps d'Arta- 
xerxès I (465-25) ; Nicolas de Damas n'en a eu peut-être entre les mains que l'adapta- 
tion faite par le compilateur Mitylénien du n e s. av., Denys Skytubrachion. Sur Mnaséas, 
cf. Susemihl, op. cit., I, p. 679, et Willrich, Jiuien und Griechen (1895), p. 52. 

1. Je me demande si on ne pourrait pas substituer à cette ville inconnue de Nrjpa- 
&oc, celle de Nîoiêiç. C'est une des villes qui auraient reçu les Juifs au temps de l'Exil. 
Dès le temps de Josèpbe (Ant., XV111, 9, 1), les Juifs avaient une colonie importante 
à Nisibe et elle a possédé une grande école talmudique (Neubauer, Géographie du 
Talmud, p. 332 et 370). Sise sur le Mygdonios, affluent du Chaboras, qui se jette dans 
l'Euphrate et au pied du Masios (Strabon, XI, 12, 4), elle a très probablement eu un culte 
d'Ishtar-Nana-Anaïtis, comme Ninive, sa voisine. D'autre part, si la région dont elle est 
la capitale a. reçu le nom de Mygdonie, qui appartient à un district de la Tlirace et à 
un district de la Pbrygie, c'est apparemment qu'elle a reçu des colons grecs venus de 
l'une ou de l'autre de ces régions (on ne peut guère penser aux Phrygiens de Midas 
comme le fait Koerte, Gordion, p. 10). Quant à Syrie pour Assyrie, la confusion est 
trop fréquente pour qu'on s'y arrête. Mais il faut remarquer qu'on s'expliquerait ainsi 
pourquoi, dans les textes cités, le héros phrygo-cilicien Mopsos est appelé Mô^oç. Les 
Juifs paraissent avoir étendu la Babylonie ou Assyrie de façon à y comprendre la 
Moexèue (ou Moxoène, sans doute « pays des Mosques »), province qui s'étend entre 
la .Mygdonie et l'Arménie (cf. Neubauer, op. cit., p. 33); on retendait même jusqu'à 
la Bagrandavène, évidemment dans le but de faire rentier le mont de l'Arche au pays 
de Sinéar. On aurait adopté la forme Moxos pour en faire l'éponymc de la Moexène : 
ce serait une nouvelle trace de syncrétisme judéo-phrygien. — Si la Kalachène est 
citée parmi les provinces arméniennes colonisées par les Thessaliens d'Arménos, c'est 
peut-être à cause de Kalchas, compagnon de Mopsos. 11 convient de remarquer 
encore ce fait : il existe en Pbrygie un district des Moxeanoi qui paraît dépendre 
d'Hiérapolis (cf. Moxoupolis en Kabalis, Bull. Corr. llell., 1891, 556). Or, dans sa 
fameuse épitapbe, Abei kios, l'évèque de cette ville, se vante d'avoir visité toutes les 
villes de la Syrie et Nisibe. 

2. F. H. G., 111, p. 371. Sur cette fondation d'Askalon par un Phrygien, Askanios 
ou Askalos, voir encore F U G, 1, p. 42 et Stéph. Byz. et Ely. Mayn., s. v. 'Aaxâ)xov. 



NOÉ SANGARIOU 39 

grande arche (Xàpvaij) qu'il possédait avec ses enfants et ses 
femmes; au moment où il y montait vinrent à lui des porcs, des 
chevaux, des lions, des serpents et toutes les autres bêtes qui 
habitent la terre, et toutes par paire. Il les reçut toutes et elles ne 
lui firent aucun mal ; mais la plus grande concorde régna entre 
eux. Et ils naviguèrent tous dans la même arche aussi longtemps 
que l'eau prévalut Voilà ce que les Hellènes racontent de Deuka- 
lion ' ». Les gens d'Hiérapolis affirmaient que chez eux s'ouvrait la 
grande faille par où les eaux du déluge s'étaient englouties : après 
leur disparition, Deukalion avait élevé des autels et édifié un temple 
sur la faille (lut ttj X^à-n). C'était le temple de Derkéto, la déesse- 
poisson 2 . On y montrait une fente s'enfonçant en terre qui aurait 
été le reste de la faille diluvienne. Et, en commémoration, deux 
fois fan, les prêtres et les fidèles venus de partout jetaient de toutes 
parts dans le sanctuaire de l'eau qu'on poussait ensuite vers la 
fente, qui, malgré son étroitesse, l'engloutissait en masse: le rite 
aurait été institué par Deukalion 3 . Ce n'est pas dans le récit chal- 
déen, mais dans celui de la Bible qu'a du être trouvé le trait des 
animaux introduits par paire Le texte présente donc bien une 
contamination entre la version biblique et la version gréco-phry- 
gienne du Déluge qu'il importait de rapprocher de celle qui fait 
l'objet de cette étude \ 

**# 

On entrevoit que, dès le m e siècle avant notre ère, les érudits 
alexandrins ont dû chercher à fondre les légendes orientales dans 
une couleur hellénique commune. Comme la légende syrienne du 

1. De Dea Syria, 12-3. Dans la nouvelle édition-traduction de ce traité {The Syrian 
Goddess, by Prof. H. A. Strong and John Garstang, Londres, 1913), le AeuxaXiwva tôv 
ExuOsa des manuscrits, corrigé par Buttmann en Sis-jôsoc, est, je ne sais pourquoi, 
changé en StxuSsa. 

2. Cf. les «rt. Derketo et Dea Syria du Pauly-Wissowa. Ce rite est considéré comme 
un raincharm par Frazer, note à Pausanias, I, 18, 7. Je ne reviens pas ici sur ce qui 
touche au poisson sacré en Phrygie comme en Syrie, tout ayant été dit à ce sujet dans 
les mémoires récents de Doelger {Roem. Quar taise hrift 1910) et de Scheftelowitz 
(Archiv. of. Religionswiss., 1911). 

3. Un autre rite institué par Deukalion à Hiérapolis serait celui de monter une fois 
l'an au haut des colonnes [asheras ou pkalloi) dressées dans le sanctuaire ; on aurait 
voulu rappeler par là que, lors du déluge, les hommes avaient dû se réfugier au 
sommet des monts et des arbres {De Dea Syria, 28). Cf. J. Toutain, Rev. Hist. Relig., 
1912, I, p. 171, et, par une cérémonie semblable à celle d'Hiérapolis pratiquée en 
Béotie en l'honneur de Deukalion, Gruppe, Griech Mylh., I, p. 94. 

4. Une très vieille route de commerce paraît avoir relié Apamée à la Syrie du 
Nord. Cf. Ormerod, Class. Rewiew, 1912, p. 177. 



40 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Déluge, la légende juive a pu être dés lors combinée avec, les tradi- 
tions gréco-phrygiennes. 

Je crois qu'on peut reconnaître un autre exemple de ce procédé 
syncrétique dans la légende qui achèvera de nous expliquer pour- 
quoi laBaris d'Atropatène est devenue le lieu d'abordage de l'arche. 

La parenté des Arméniens et des Phrygiens était déjà admise par 
Hérodote ' et la science moderne reconnaît, avec le père de l'histoire, 
que ces tribus, étroitement apparentées aux Mosques et Tibarènes, 
ont occupé l'Arménie au milieu du vn e siècle, dans un dernier 
remous du flot thraco-phrygien. Au temps d'Alexandre, les Grecs, 
conquérants de l'Arménie, voulurent les rattacher plus étroitement 
au passé légendaire de la Grèce. Ce sont deux ofiiciers thessaliens 
de l'armée d'Alexandre, Kyrsilos de Pharsale et Médios de Larissa, 
qui semblent avoir inventé ou perfectionné le système qui ût 
fortune 2 . La Thessalie possédait une ville d'Orménion, entre 
Phères et Larissa; un léger coup de pouce en fit Arménion, et 
Arménos, son éponyme, devint un compagnon du Thessalien 
Jason 3 . Soit seul, à la suite du premier voyage de l'Argô, soit 
dans un deuxième voyage avec Thessalos et Médos, - ce fils 
de Médée dont on fit Téponyme des Mèdes, — Arménos aurait 
colonisé l'Akilisène, la Syspiritis, la Kalachane et l'Adiabène 
— soit les provinces qu'arrose le haut Tigre — et en aurait 
fait l'Arménie 4 . Strahon, à qui Ion doit de connaître cette 

1. Hérod., VII, 73: t^puy^v 'airoixol. Cf. Eudoxe dans Stépli. Byz. 'Apu.evia et dans 
Eustathe, ad Dion. Per. 694. Stéphane rapporte aussi une tradition rhodienne d'après 
laquelle Arménos serait Rliodien ; cette tradition ressort aux influences politiques qui 
ont agi sur les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes. Les linguistes ont confirmé la 
parenté de l'arménien avec le phrygien, cf. Kretschmer, Einleitung, p. 209 ; Meillet, 
Lehrbuch des Armenischen (1913). — On retrouve aussi au Caucase la légende phry- 
gienne des hommes naissant des pierres et c'est là que la tradition talmudique 
parait l'avoir connue, cf. A. von Lawis of Menai - , Nord-Kaukasische Steingeburt- 
sagen dans Arckiv /'. Reiigwiss., XIII, p. 508-84. 

2. Ces deux historiens sont cités par Strabon, XI, 14, 12, de façon à indiquer qu'ils 
sont bien la source de l'histoire d'Arménos. Peut-être Théophane de Mitylène, l'histo- 
riographe de l'expédition de Pompée en Arménie, avait-il également touché à la ques- 
tion. Je crois qu'il était la source de Trogue Pompée, qui, même dans l'abrégé de Justin 
(XLII, 2-3), donne l'impressien de s'inspirer d'un poème où Pompée, conquérant du 
Caucase, aurait été comparé à Jason. D'ailleurs, x Apu.£vo:; se rencontre comme nom 
d'homme en Thessalie. Voir par ex. Rev. épigr., I, 1913, p. 73 et 205. 

3. On a proposé de voir des étapes intermédiaires dans T'Appiviov oupoç, où l'Halys 
prend sa source, et dans 'Apjjtivrj, port de Sinope. Mais il faut remarquer que Hésychius 
donne 'Apuivyi comme un des noms d'Éphèse, sans doute celui que Pline écrit 
Haemonion. — Le Thermodou près de Sinope s'appelait aussi 'Apà^y];, comme le fleuve 
arménien d'après la scholie à Apollonios de Rhodes, XX, 972. 

4. Justin, XLII, 2-3 ; Pline, VI, 38 ; Tacite, Ann., VI, 38; Timônax, Skythi/ca, dans 
Schol.. Apoll. Rhod., IV, 1217 (F II G, III, 522). 



NOÉ SANGAKIOU 41 

combinaison et qui semble l'accepter, ne cite pas l'Atropatène ; 
pourtant, non seulement elle était la province mère de ces Mèdes 
issus de Médios\ fils de Jason et de Médée, mais il résulte de 
deux faits précis que Strabon allègue qu'elle devait être comprise 
dans celte colonisation : immédiatement avant de parler de Baris, 
il mentionne le pays (ïOuitia, dont il prête la colonisation aux 
Ainianes, à cause de la similitude du nom avec l'Oita, la chaîne 
qu'ils habitent au sud de la Thessalie*; un peu plus haut, en 
parlant de l'Araxe, il raconte qu'il doit son nom au Pénée ; le grand 
fleuve de Thessalie se serait d'abord appelé Araxes et, comme lui, 
son homonyme d'Arménie menaçait de noyer le pays, quand, de 
môme que Zeus ou son fils Deukalion auraient ouvert aux eaux du 
Pénée la vallée de Tempe, Jason fraya à l'Araxe les gorges qui le 
mènent à la Caspienne. 

Une pareille légende ne saurait être importée. On doit en 
conclure que les Arméniens avaient un mythe semblable à celui 
de leurs lointains cousins de Thessalie: le fleuve qui fait la richesse 
de leurs plus belles plaines va les inonder quand un héros secou- 
rable ou un dieu protecteur lui ouvre un chemin à la mer. La 
légende peut être fondée sur un fait naturel : à la lin des temps 
géologiques, tout le district de l'Ararat paraît, en effet, avoir été un 
lac qui s'écoula quand s'ouvrit la faille par où l'Araxe gagne la 
mer 3 . Or, Strabon parle à trois reprises de xà Tacrôvia V^toa 4 ou 
de xà 'Iaaovta qui, dans l'intérieur de l'Arménie, et jusqu'aux portes 
Gaspiennes, attesteraient les exploits de Jason. D'après Justin, 

1. Selon Justin, XLI1, 3, Médios aurait fondé une ville de Médéa. 

2. Strabon, XI, 4, 8 et 13, 13. En vérité, l'OOxta ou 'lïtrivr, doit être la région d'Outi 
ou de Gouti déjà connue au Sud de l'Arméuie par les Assyriens. Il invoque aussi a 
l'appui ce fait que les Arméniens portent la même tunique et le même manteau que 
les Thessaliens ; mais il diminue la valeur de son rapprochement en observant que ce 
"Sont des vêtements partout adaptés à des pays froids. Il ne faut pas oublier que Tune 
des raisons qui ont amené des travailleurs aussi sérieux que Strabon à admettre 
la possibilité de pareilles migrations, est ce fait que les noms d'Acbéens, Ibères, 
Albans, Sigynes, se retrouvaient au Caucase. Les flatteurs de Pompée n avaient-ils pas 
même vu dans les Albans des descendants des Albains emmenés par Hercule ? 

3. Cf. K. B. Lynch, Armenia (1901), I, p. 317 ; II, p. 404. 

4. Strabon, XI, 13, 10; cf. le fr. de Timonax cité p. préc, n. 4; on y voit que le 
Jasonion d'Aia en Golchide consistait en jardins (peut-être jardins suspendus). 

5. Strabon, XI, 14, 12 et I, 3, 39. 

5. Justin, XLIl, 3. Ce texte permettrait de justifier la leçon des ms. xaré^xa^av 
(qu'on a corrigée en xa-cecrxsûaaav) dans le passage de Strabon (XI, 14, 12) où il parle 
de Jasonia construits (ou détruits ?) par les dynastes, comme le temple de Jason à Ab- 
dère le fut par Parménion. Alexandre n'ayant reçu la soumission de l'Arménie qu'après 
la mort de Parménion, le fait ne saurait être exact (à moins de supposer qu'on ait 
transposé ainsi la destruction du sanctuaire d'Asklépios à Ecbatane qu'Alexandre aurait 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Parméoion les aurait fait abattre « pour qu'aucun nom ne fût, en 
Orient, plus révéré que celui d'Alexandre » \ 

Deux faits ont pu concourir à ces confusions: l'Araxe a été 
souvent confondu, depuis Xénoplion jusqu'aux historiens byzantins, 
avec le Phase, le fleuve de Golchide, aux bouches duquel on mon- 
trait l'ancre de l'Argô '. Le nom du fleuve en arménien, arag, arags 
pouvait rappeler l'Argô a des oreilles grecques. En réalité, Jason a 
dû être substitué à un héros indigène dont le nom lui ressemblait; 
les Jasonia ont dû être les temples d'un des grands yazatas armé- 
niens, peut-être de Vahagn, l'Héraklès Mazdéen. Quelque soit son 
nom, ce qui nous est dit de l'Araxe implique qu'il y a eu un héros 
arménien du déluge. Que cette légende ait été influencée par celle 
de Deukalion ou par celle de Xisouthros, ou même, on l'a vu, par 
la légende phrygienne, elle a pu comporter une arche. Ne serait-ce 
pas ses débris qu'on aurait montrés àBaris-Véra comme kïapoba- 
té rion de l'Ararat? 

Les Juifs, qui ont été de bonne heure nombreux en Arménie 2 , 
et dont la religion a été embrassée par la famille royale voisine 
d'Adiabène, n'ont-ils pu exercer quelque influence sur la légende 
de Jason? Le nom même devait être rapproché par eux de celui de 
Josué, rapprochement dont on a de nombreux exemples 3 ; or, 
Josué, dans la tradition populaire, sinon dans l'histoire officielle 4 , 
paraît avoir été une sorte de dieu-poisson à la façon du Dagon 
syrien ou de l'Ea babylonien' ; une légende montrait Jason avalé 

ordonnée pour punir de la mort d'Héphestion le dieu iranien de la santé que recouvre 
Asklépios, cf. Arrien, VII, 14 ; en ce cas, Jasonion aurait désigné un temple du type iranien 
comme Memnonion désigne un palais perse). Il s'agit peut-être des temples détruits dans 
une réaction contre le Mazdéisme. Parméniou est peut-être devenu un personnage semi- 
légendaire comme l'architecte Parméoion qui aurait construit pour Alexandre le Séra- 
péion d'après le Pseudo-Callisthène, 33. 

1. Rappelons que le nom d'Argô parait avoir été donné aussi à l'arche de Deuka- 
lion, Etijm. Magn.: 'Acpécrio;. Peut-être est-ce l'effet d'un jeu de mots: argô-arca? 
A Cyzique un temple d'Athéna Jasonia se serait élevé à l'endroit où les Argonautes 
auraient laissé leur ancre (Schol. Apoll. Rhod., 1, 933). 

2. Sur les Juifs en Arménie, cf. Ritter, Erd/cunde, X, p. 386. Rappelons que Jus- 
tin cite en même temps que la Sibylle un écrit nommé Hystaspes, où l'on a reconnu 
un arrangement des doctrines mazdéennes conformément aux espérances juives. Cf. 
Schuerer, op. cit., lll (1909), p. 594. 

3. En dehors du Jason de Gyrène et du grand-prêtre Jason, je rappelle le Nix^toc; 
'Idtffovo; 'I&fiOToXuijixYi? d'iasos, R. E. J , X, p. 76. 

4. Voir le chapitre sur Josué ben Noun dans Les Ilébraso-Phéniciens de N. Slouschz 
(1908;. Bien entendu, je n'approuve pas toutes ses fantaisies, ainsi que celles de 
Drews sur Jason-Josué-Jésus. Mais il est certain que le nom de Josué a souvent été 
écrit de façon a eu faire 'I^toO;, celui de son père Nàv/j. 

5. Sur le singulier vase attique du v 6 s. où l'on voit Jason englouti par le dragon 



NOÉ SANGARIOU 43 

par le dragon, comme Jonas rétait par la baleine 1 . Ainsi, des 
Juifs alexandrins ont pu se sentir en pays de connaissance auprès 
des Jasonia et de la Baris. L'identification du mont de l'Arche 
avec l'Ararat ne s'était pas encore imposée ; d'autres conservaient 
leurs partisans; si le Nisir élail sans doule oublié, en dehors des 
monts de Gordyène, qui ralliaient apparemment la majorité, 
certains cherchaient encore au temps de Josèphe les débris de 
l'arche en Osrhoène, près de Harran 2 . Quand la diaspora les a 
amenés en Phrygie, ces Juifs de Babylonie ont pu tout naturelle- 
ment chercher à localiser le mont de l'Arche au milieu de leur 
nouvelle patrie. On a vu combien, par ses légendes et par ses 
cultes, par son surnom de Kibôtos, par la haute cîme du Béré- 
cynthe qui la dominait et, peut-être aussi, par sa voisine, Baris 
de Milyas, Apamée se prêtait à devenir la ville de Noé. 

(A suivre). Adolphe Reinacu. 



en présence d'Athéna (reproduit à l'art. Jason du Koscher, col. 86, et à l'art. Jason 
du Saglio, fig. 4147), voir, outre Gerhard, Jason des Drachen Beute (Berlin 1835), 
0. Gruppe, Philologus, 1889, 794, et G. Robert, Hermès, 1909, p. 375. 

1. Sur la popularité de la légende chez les Juifs de Babylonie et ses éléments chal- 
déens, Jonas - Oanès, voir H. S. Schmidt , Jona (9e fuse, des Forschungen zur Relig. 
d. A. und N. Test.) avec les remarques de G. Husing, Memnon, I, p. 79, et ajoutez 
qu'Héraklès passait également, en lunie, pour avoir été avalé, puis rendu par le 
monstre à qui il disputait Hésione. - L'attraction qu'a pu exercer ce nom biblique 
a laissé une marque curieuse dans un autre domaine : le nom d'Iona sous lequel 
est célèbre la maison-mère des moines irlandais est une déformation voulue de lova 
adjectif tiré de//?/, le nom primitif de l'île. 

2. Jos. Ant., XX, 24, 2. 



LA RÉORGANISATION DU DOCTORAT EN PALESTINE 

AU TROISIÈME SIÈCLE 



Plusieurs définitions qui précisent la qualité de talmid-hakham 
datent du troisième siècle. On se demande qui est un talmid- 
hakham, qui peut porter ce titre, qui doit être appelé de ce nom 
et bénéficier des privilèges qui y sont attachés. Ces questions 
montrent par elles-mêmes que la chose était discutée aussi bien 
dans les cercles des docteurs que dans le public. 11 faut donc 
qu'une réforme ait été entreprise dans l'enseignement ou que le 
titre ait donné lieu à des abus, des individus indignes s'en étant 
emparés. Pour savoir quelles ont pu être les raisons de ce mouve- 
ment, il est nécessaire d'abord d'examiner les opinions relatives à 
la question, puis de connaître les différents degrés de docteurs, 
enfin de se faire une idée, d'après les jugements de l'époque, de 
l'état des études et des méthodes d'enseignement. L'ensemble de 
ces recherches permettra d'atteindre aux causes profondes du 
mouvement. 



I 



Des textes qui nous intéressent, le plus important se trouve 
dans le ïalmud de Palestine 1 . Un contemporain du patriarche 
R. Juda II, Hizkia, auquel nous devons le recueil appelé Mechilta 
de R. Simon 2 , dit: «Un talmid-hakham doit avoir étudié les 
halachot et encore la Tora 3 ». « Encore la Tora » doit signifier 
qu'il ne suffit pas de connaître les dispositions législatives, qu'on 

1. j. Moed Katan, m, 7, 83 6, 1. lo-21. 

2. V. I. Lewy, Ein Wort ilber die Mechilta des R. Simon, p. 4-5; I). Hoffmann, 
Zur EinliiLung in die hal. Midraschim, p. 45-51 ; Ginzberg, Festschvift Israël 
Lewy, p. 413. 

3. min mn msbn naata b'a tûn mniTn, v - Kiddouschin, 49 a. 



LA RÉORGANISATION DU DOCTORAT EN PALESTINE 45 

doit savoir aussi pourquoi une chose est pure ou impure, permise 
ou défendue, pourquoi un individu est coupable ou innocent, et 
qu'on doit pouvoir dériver ces décisions de l'Écriture, probable- 
ment à l'aide des règles d'interprétation connues. R. Yosé 
(b. Zimra?), peut-être de la même époque \ ajoute : « C'était 
ainsi autrefois ; aujourd'hui il suffit de connaître les halachot 2 . » — 
R. Abbahou rapporte au nom de R. Johanan : Est talmid-hakham 
« quiconque néglige ses affaires pour ses études 3 ». Il est sin- 
gulier que R. Johanan demande un signe tout à fait extérieur pour 
un titre qui est avant tout d'ordre scientifique, en second lieu que 
R. Johanan donne ailleurs cette règle dans un contexte différent 4 , 
enfin qu'il ait recours, comme nous le verrons, à un tout autre 
critérium. Une baraïta anonyme fournit la troisième définition: 
est talmid-hakham « quiconque répond à la question qui lui est 
posée 5 ». R. Hoschaya, probablement le second de ce nom, donc 
un contemporain de R. Abbahou et de R. Yosé, glose cette phrase 
en disant: « Par exemple nous, qui sommes observés par les 
rabbins et qui répondons 6 ». --La quatrième réponse est d'un 
collègue, R. Abba bar Memel ; d'après lui, le talmid-hakham doit 
savoir au moins « expliquer la Mischna 7 ». Mais il ajoute modes- 
tement: « Quanta nous, même nos plus grands ne sont pas en 
état d'expliquer correctement la Mischna 8 ». Si nous laissons 
de côtéR. Johanan, pour les raisons indiquées, nous pouvons dire 
que la quantité de science exigée est d'autant moins grande que le 
rabbin est plus jeune. D'autre part, il est question dans tous les 
cas des halachot qui formaient la partie essentielle de l'enseigne- 
ment et qui étaient d'une importance majeure pour la pratique. 
Sans la connaissance des halachot, le docteur ne pouvait ni se 
prononcer dans des cas de conscience, ni remplir convenablement 
ses fonctions de juge et de maître. 

Le second texte qui importe à notre étude est dans le Talmud de 
Babylone 9 . La règle, déjà citée, de R. Abbahou au nom de 
R. Johanan se présente ici sous la forme suivante : « Qui sont les 

1. On ne doit sans doute pas penser à R. Yosé b. Hanina. On pourrait aussi songer à 
R. Asi=Yosé. 

•2. mDbn ib->DN tiddj ^3N naiiBK-D n?3N nwsn &in 

3. *inD;z:?û 13SJ3 vpoy bcaaTS NimD bD- Cf. Midrasch Kohélet r., vu, 7. 

4. Sabbat, 114 a et plus loin. 

5. T»1Z3» Nim imN VON11Z31D 53 Mn. 

6. "paitoE pîo irb* "pmœa fa'WH "pe* "pas N"»3>u;-ir: i"n. 

7. -maia» -isab jtp tfinu; sa btt?2 nn ni n"«. 

8. imanja mau» "pwDn «b pmm '"<sn "pai. 

9. Sabbat, 114 a. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trfcoa constructeurs)? R. Johanan dit: ce sont les talmid-hakham, 
qui s'occupent toute leur vie de la construction du monde { ». 
Peut-être cette phrase a-t-elle laissé un vague souvenir à 
R. Abbahou ou bien il a interprété comme on l'a vu le dire de 
R. Johanan. Nous verrons que R. Johanan n'a pu assez exhorter ses 
élèves et collègues à s'appliquer dans leurs études et qu'il a sou- 
vent critiqué leur manque de zèle et d'ardeur. C'est ce qui donne 
une importance particulière aux définitions du talmid-hakham que 
leTalmud rapporte en son nom. Il indique quatre types de talmid- 
hakham. Le premier, à qui on restitue un objet perdu, sur sa 
simple inspection, est celui qui y regarde à changer de vête- 
ment 2 . Le deuxième, qui est apte à exercer la dignité de 
parnès, doit pouvoir répondre à toute question qui lui est posée, 
même dans le traité de Kalla 3 . Le troisième, qui a le droit de 
demander que ses concitoyens acquittent à sa place ses charges 
communales, est celui qui voue tout son temps à l'étude 4 . Le 
quatrième est tenu de pouvoir se prononcer sur toute question 
halachique 5 . 

En premier lieu R. Johanan veut parler sans doute du talmid- 
hakham qui exerce des fonctions judiciaires. Dans les premiers 
temps de l'époque des Tannaïm, les membres de la magistrature 
subalterne, qui jugeaient les affaires civiles, se recrutaient parmi 
les laïcs distingués 6 . Dans la Mechilta de R. Simon 7 , il apparaît 
déjà que les chefs des docteurs voyaient avec déplaisir des igno- 
rants occuper les postes judiciaires, même les plus infimes. Plus 

1. ûbi? bia na^aa trpoi^u: n"n ibs i"n "i»n n*Nia ^n». 

2. ipibn by TDpttn ht "p? manaaa rrraa "ib ■pnnrroiB n"n irmN 
,iasnb 

3. lai «im&i *pb&oii3TD rtT -na^atn by oa-io im» ya^Eia n"n nr« 

nba '0723 '*>£& m 73 INI nabn, cf. Sabbat, 14 a; Kidd., 49 6, et mes Religions- 
gesckichtliche Studien, II, 23, n. 4. — Sur la dignité de parnès, v. A. Biïchler, The 
political and social leaders of the Jewish communily of Sepphoris in 'the second 
and third centuries, Londres, 1908 (v. à l'Index, s. v. Parnas). Voir aussi le Targoum 
sur Isaïe, xxn, 15, etZach., xi, 8; Taanit,9b;Eroubin,$3b; Berachot 55 a; Rosch ha- 
Schana, 25 b; Kiddouschin, 70 a; Keloubot, 8 a ; Yebamot, 45 a ; j. Ber., n, 7. 

4. pcnn issn rpa»ia ht iroNb» mwjb rnirra vn* *aaie n"n «inrK 

5. ni731»1 Dip73 bai nabn imS "J-Ô^" 1 ^^ ba n"n inr». La différence qui 
existe entre ce talmid-hakham et celui qui peut aspirer à la dignité de parnès est 
déjà expliquée par le Talmud. Les commentateurs font en effet une distinction entre 
d^nriKa et rPP3*in73 tt3^"Q. Nous devons admettre qu'il y avait à l'époque des 
Tannaïm et des Amoraïm des parnassim locaux et des parnassim de district. 

6. V. Sanh.,i, 1. 

7. Ed. Hoffmann, p. 117 tPaob ûmasb CON l&O -I73N3 Nb :om3©5 D^fin lUJN 
yiNH DJ3 m:i7373 ^"H Diana *pNlU "173573 "paiU ; cf. Ginzberg, l. c, 407. 



LA RÉORGANISATION DU DOCTORAT EN PALESTINE 47 

tard, on blâma les talmid-hakham qui instruisaient les juges laïques 
dans des halachot intéressant la communauté 1 . A l'époque de 
R. Johanan — c'était justement lorsque le patriarche, Il Juda II, 
avait nommé juges des individus indignes, au caractère peu 
relevé 2 , qui n'avaient d'autre prestige que leur argent 3 — on 
dut prendre des mesures pour éviter le retour de ces faits. On 
crut y arriver en demandant une certaine instruction, si faible 
qu'elle fût ; de plus, R. Johanan voulut qu'on ne comptât point les 
juges parmi les riches 5 . — Un degré plus élevé était atleint 
par l'homme digne d'occuper le rang de parnès. On tenait sans 
doute à réserver ce poste aux membres les plus estimables de la 
communauté et à en éloigner les individus peu recommandantes 
qui étaient certainement arrivés au pouvoir en plus d'un endroit 5 . 
R. Johanan veut que ceux qui aspirent au poste de paimès puissent 
répondre même aux questions dont il est parlé dans le traité de 
Kalla 6 . Le plus grand honneur revenait au talmid-hakham qui 
s'éloignait des agitations du monde, pour se consacrer exclusive- 
ment à l'étude; celui-là avait même droit à ce que ses concitoyens 
acquittassent ses impôts et remplissent ses obligations commu- 
nales. Effectivement les docteurs étaient affranchis de ces charges, 
du moins en partie; les autres habitants devaient assumer le 
reste 7 . Au talmid-hakham ordinaire R. Johanan demande, 
comme la baraïta déjà citée, de savoir répondre à toutes les 
questions 8 . 

Un amora babylonien, R. Hisda, s'est également occupé de la 
question. Sa réponse tient plutôt compte de la pratique 9 . 

En y regardant de plus près, nous pouvons distinguer trois points 
de vue. On exige du talmid-hakham : i° lascience, 2° la pratique 
et 3° l'application ou la poursuite des études. Les signes extérieurs 
sont en tous cas d'ordre secondaire. 



1. Sabbat, 139 a $TQ T-nb ni3iT ITObn D*H7:b7:\D n"n ibtf ; cf. M. Guttmann, 
Zur Einleitung in die Halacha, Budapest, 1909, p. 24. 

2. V. Revue des Etudes juives, LXIV (1912), 63 et suiv. 

3. V. Bùchler, t. c. p. 25-30. 

4. G'estpeut-ètre ainsi qu'il faut comprendre l'expression — autrement incompréhen- 
sible — -DDn:> ipibn by "P2pttn. 

5. On en trouvera aussi plus d'une preuve chez Bùchler, l. c, p. 30 et suiv. 

6. Pour l'explication de ce passage, voir mes Heligionsgeschiclitliche Studien, II, p. 
22, n. 4. 

7. Voir les textes que j'ai réunis, Revue des Etudes juives, XLIV, 67. 

8. Voir y. Moed Katon, 83 a. 

9. Houllin, 44 6 : "UaitSÔ ïlD'na ntf"nn HT n"n "irTPN. Cf. Midr. Psaumes, éd. 
Buber, p. 543. 



KEVUE DES ETUDES JUIVES 



II 



C'est R. Jolianan que nous trouvons au centre de ce mouvement. 
On ne saurait douter que lui et ses disciples n'aient été fort préoc- 
cupés par ce problème. La part prise par R. Johanan à l'organisa- 
tion du doctorat n'a pas été suffisamment remarquée. C'est lui qui 
blâme vertement les talmid-hakham qui se montrent dans des 
lieux publics avec des chaussures ou des sandales rapiécées '. 
Ceux qui ont des tacbes sur leurs vêtements méritent la mort 2 . 
R. Johanan déclare passible de la peine capitale celui qui 
écoute la bénédiction d'un am-haareç, celui-ci fût-il grand-prêtre 3 . 
Tous ces points sont énumérés dans un traité apocryphe, parmi 
les actes qui déshonorent le talmid-hakham 4 . Ce traité, dont 
il s'est conservé de nombreux manuscrits et fragments, est d'une 
importance majeure en ce qui concerne la condition et l'atti- 
tude du talmid-hakham 5 . Nous voyons, d'autre part, que 
R. Johanan s'occupe des maîtres d'écoles de village, lesquels 
étaient en même temps les chefs religieux des petites commu- 
nautés, pour leur donner des instructions dans les matières tant 
pédagogiques que cérémonielles 6 . Mais ses dires les plus impor- 
tants sont ceux qui se rapportent à l'enseignement en général et 
au personnel enseignant. 

Comme on le voit par plusieurs de ses prédications, R. Johanan 

1. Sabbat, Ma : pitf)3 Û"»Nbaian D^b?3ïï3 Nl^t) rf'nb Nin i«M. 

2. Ibid. : nm» a^n "im b* 331 N£tt:u; n"n bo. 

3. MeçjuMa, 28 a : nwa m->n n"n imN ri'y ï'i '*>dn "pssb '■pattE n"n ba. 

4. Pirkê de R. ha-Kadosch, éd. Schônblum, D^nriDÎ Û-HDO tTC/lB, p. 64. 
Notre citation est faite sur un fragment de la Gueniza conservé à Cambridge : 

air ba .Dioiaw finnœa praa ar* Sx : rï'nb "ib wi cannai 't 
.piraa rraJK n* nco"» ben .o^Nbiarn D-'bysttD Nir* bai .ï-rb^ba ^ytp 
■p-ittia ttJ^i ©man mab m-nn» osa* bai ,n"3> bu: rrnana aïo"» b&o 

n05 n^DS y^DD* Nb ÏÏN. Nous avons là une série de mesures sur le maintien 
du talmid-hakham, qui s'expose à une mauvaise renommée en ne les obser- 
vant pas. 

5. J'ai copié environ 11 fragments de cet opuscule provenant de la Gueniza et conser- 
vés à Cambridge, 2 à la Bodléienne. Un manuscrit m'en avait été prêté en 1906, à fin 
de copie, par M. Abraham Epstein. que je remercie ici. Deux manuscrits anciens et 
importants sont la propriété de M. E.-N. Adler, qui m'a autorisé à les utiliser pour 
mon édition W 223). 

6. Voir p. ex. Nombres rabba, ch. xxvi ; Midrasch des Psaumes, éd. Buber, 
p. 398; Midrasch des Lamentations, éd. Buber, p. 64: ipC72 ÏTin "jm-P ,m \ 
2N3 '03 T"i»na T""> "p 3 Bf'ûb T"n33 Tirp «bi N^-isob. 



LA KÉ0RGÀN1SÀT10N DU DOCTORAT EN PALESTINE 49 

n'était pas satisfait de Fétat de choses existant et des académies de 
son temps. On ne voulait pas étudier et R. Johanan appliquait à 
ses contemporains ces mots des Proverbes (xxiv, 7) : « Trop 
élevée, inaccessible est la sagesse pour le sot. » Cette allusion 
brève et concise vise ceux dont les plaintes sont rapportées 
dans les prédications de R. Hanan, de Seppboris, de R. Jannaï 
et de R. Lévi. Voyons d'un peu plus près les récriminations que ces 
prédicateurs critiquent. « Le sot dit : qui peut venir à bout de 
l'étude de toute la Tora ? Nezikin a 30 chapitres, Kélim autant. 
Au contraire, le sage dit: comment donc ont fait d'autres hommes? 
J'étudierai deuxhalachot aujourd'hui, deux demain, jusqu'à ce que 
j'aie achevé toute la Tora 1 . » Il semble que le gigantesque amas 
des matières à étudier ait effrayé les gens. D'autres disaient : 
« Comment puis-je apprendre ce que tel ou tel hakham a dans 
l'esprit 2 ?, » ou bien : « A quoi sert d'apprendre, je l'oublierai sûre- 
ment 3 ? » C'est à ces récriminations que semble répondre la prédi- 
cation de R. Johanan dont nous avons conservé le texte. Les 
sources nous permettent de reconnaître l'état moral des écoles ; 
manque de profondeur, vanité, absence de discipline, tels parais- 
sent avoir été les maux principaux. 

C'est pour combattre l'étude superficielle et vaniteuse qu'on 
donnait en exemple l'école de R. Johanan, laquelle existait proba- 
blement encore. Voici ce texte intéressant: «Dans la tora de Dieu il 
trouve son plaisir » (Psaumes, i, 2) ; c'est ainsi qu'il est dit : 
« Assaille, pénètre pour la vérité, la piété et la justice » (Psaumes, 
xlv, 5). Magnifique'', le talmid-hakham, lorsqu'il réunit des col- 
lègues, non pour les flatter, mais pour la cause de la vérité, de la 
modestie et de lajustice. Magnifique et digne d'éloges, l'enseignement 
d'un R. Johanan ou d'un Resch Lakisch, qui enseignent et subti- 
lisent 5 . » Gela revient à dire sans doute: il y a de nos jours des aca- 
démies qui ne visent qu'à un savoir superficiel; tout autre est l'école 
de R. Johanan, où domine la recherche de la vérité. 

1. Lév. r., ch. xix; Midrasch Samuel, éd. Buber, p. 58: *pri"P '"l ~)73N 

-3D iiTabb Tifcyb bnai ■»» ■— rais 'sca E^inu: ^73 .r-ii73Dn "miNr» m73ân 
to D"nnN -paiN r-773 nps Nina ^73 *»pns 'b tpbs^pna jvibn Tp'na minn 
-173b latwj iy -îrrab irobn "•nrai taT»n mDbi-j in« imb ^m min n»b 
♦D^n Sra isbaïï min lyabb Sid*» V2 -i73ia in?2 osa ïtbia min 
112b nns» anm -i73 in 1H73 nps ainœ to. 

2. Ibid. : 1-173D 15313 *ltXQ IV , . . 1731b ^31Ï1. 

3. Ibid. : ï-JrDlD731 min 173b "^NID ^J>173 ^:tf Ï-ÏB 17318 1H73 Ofifi 

ima n"3pn ■iw -012 *6 -i7aiN 1:173 nps ain^ 173. 

4. *]lin est dérivé ici de m*!™. 

5. Midrasch Psaumes, éd. Buber, p. 15 : IJScn r 7\ mina Dtf ^D N"l. 

T. LXVI, no 131. 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Un passage plus caractéristique encore esl celui où R. Johanan 
blâme sévèrement la vanité de ses contemporains. « La louange 
de Dieu, disait-il, vient plutôt de la géhenne que du paradis, car, 
lorsqu'un homme est au-dessus d'un autre, il loue Dieu et dit: 
« Quel bonheur que je sois au-dessus de mon collègue ! » comme 
il est dit : « Le docteur 1 le couvre de bénédictions ». Que disent-ils 
donc ? ajoutait R. Johanan : « Ton enseignement est bon, ta décision 
est bonne, — mais nous ne l'avons pas entendu 2 . » Si Ton examine 
attentivement ce passage, on remarquera d'abord que R. Johanan 
n'a pu, même en plaisantant, porter un tel jugement que pour des 
raisons très précises. On voit fort bien qui est visé ici : l'application 
qui est faite du mot tma montre que c'est le talmid-hakham. 
Enfin, il est clair que le prédicateur n'approuve pas l'enseignement 
et les décisions de ceux qu'il vise. Ainsi R. Johanan trouvait beau- 
coup à reprendre aux capacités et au caractère de ces docteurs 
peu estimables. 

Un mot encore sur le manque de discipline qui se faisait sentir 
alors. Nous voyons comment un élève raille ouvertement la confé- 
rence de R. Johanan 3 et comment R. Elazar se conduit à l'égard de 
son maître 5 . Il est question aussi d'une discussion entre R. Johanan 
et R. Joschiya, qui avait été calomnié auprès de son maîlre s . 



V^p?^ Kirra n*©a aan Tttbn ni- -in h 'm aa-n nbs -j-nn i-i w e 
&rn irrnn .pisi ï-nari na« n:n Sy êôn as">:nnb t>ôi onann 
rbsbsai "pattJT \rw wpb œi-n )mv 'n Su) "jnjnaia nrmuian. 

1. C'est le sens que R. Johanan donne ici à NT173. 

2. Midrasch Psaumes, p. 371 ; Exode rabba, vu : "iDlbip ISïTr '"1 "l^N 

i-prina nb*ab kxrw n a ^aia "py pa -inn narra' yn nbv n"apn bw 
ba pi .Tinr fina Nirna ma nb*»b "awa n©« -îaïai rVaprib obpa 
nar fnana as '3© i-pana înbjiab t<imD !-ï"3pnb obpa *fna*i intt 
.ia*aiB «bi min nr« rvrab m^ d^mis jn na pnr 'n naa .rtnw 

3. B. /?., 75 a; Sara/i., 100 a; Pesikta de R. Kahana, 134/; ; Mfdr. Psaumes, 
p. 377. Dans le Midrasch ha-Héfeç, ms. du Brit Muséum Or. 2351, 34 a, j'ai 
trouvé la receusion suivante de ce texte : TTI3> ia~m n^n 1 niîl 12JTP "1 

.nnN rrbna b«î nrux pN vootjd "asîi Nin nman "i5>© m©*b r."apn 
■pnm narra né B**arasttH Kn^'a "p-ina g]N -ia« ynvo "«a^a in !-iam 
ram tra ^payb Tm ma^sa nypœi a^n ©n"s p nns .p -ia« t^aia 
r-na btt n-iTan -i*s3 ht mas !-tt kih n» b"« .ia "pinnoa ia"rïa de 
naNi r-ia>*i os ib n©3>an .n"»bjnn bc nna pN ■pttJsiSD *ai»i «m ©ipan 
n:> «wa mm aa-ian »b ibsn pa-a nattb Sia-> rr&n ba Naa aaa i"na 
mais* bo ba ntayai pnv 'i ia baron "na ,*]b waa^n. 

4. j. /Je/\, 11, 6 (46); j. Schekalim, n, 7 (47a); j. Moea* Katan, m, 7 (83c); 
Midrasch Samuel, p. 102. Voir plus loin. 

5. j. Taanit, II, 1 (65 a) ; Midrasch des Lamentations, éd. Buber, p. 136. 

•pim 'nb -fnb w anawa dtn ^aa sn» b^atoa. 



LA RÉORGANISATION DU DOCTOKAT EN PALESTINE Si 



III 



Les textes que nous venons d'étudier nous ont permis d'aboutir 
à deux conclusions. Il a été établi, en premier lieu, qu'on se posait 
la question de savoir qui était un talmid-hakham, en second 
lieu qu'à l'époque de R. Johanan la situation était assez sombre. 
D'autre part, les conditions défavorables qui dominaient sous le 
patriarche R. Juda II et qui renversaient Tordre établi ont dû, 
comme nous l'avons montré dans cette Revue \ contribuer au 
règlement de ces questions. 

L'attitude de R. Johanan dans les questions qui se posèrent à 
l'époque du patriarche R. Juda II ne paraît pas avoir été exposée 
exactement par nos historiens. Graetz-, Frankel 3 et Weiss '' 
donnent à entendre que R. Johanan dépendait matériellement du 
patriarche; mais le biographe de Johanan, Jordan, le conteste avec 
raison, en s'appuyant sur de fort bonnes raisons 3 . Si R. Johanan 
n'a pas fait montre de plus d'énergie vis-à-vis du patriarche, c'est 
peut-être parce qu'il n'avait pas un tempérament aussi ardent que 
les autres champions de cette lutte. 

Son attitude semble éclairée par un texte midraschique qui ne 
manque pas d'intérêt. Il s'agit de la vie de David. Il est certain que 
l'interprétation agadique des figures bibliques est un document 
précieux pour l'histoire des idées à lépoque de l'agadiste ; il 
faut seulement en extraire les faits cachés. On peut appli- 
quer à l'Agada ce mot de Goethe : celui qui n'a rien à y mettre n'a 
rien à y trouver. Le passage auquel nous pensons est celui-ci 6 . 
R. Josué ben Idi dit : Que signifie le verset : Je parlerai de tes 
témoignages devant les rois et je n'aurai pas honte (Psaumes, 
exix, 46)? Nous avons appris que le nom du fils de Saûl n'était pas 
rvonis», mais rnznttp», et qu'il a été appelé man^DE parce qu'il faisait 
honte à David dans la halacha. Ce mérite a valu à David un fils, 
nabD. R. Johanan dit : il ne s'appelait pas sabs, mais bewi, et s'il 
s'est appelé aabD, c'est parce qu'il faisait honte à nun^tt dans la 

1. LXIV, 59-67. 

% Geschichle, IV, p. 258. 

3. Dar/cé-ha-Michna, p. 40. 

4. Dor dor wedorscliav, III, p. 113. 

5. R. Jochanan bar Nappacha, p. 60. 

6. Berachot, 4 a ; cf. Eroubin, 53 b : yyiriï "Jlb ^ÏÏN 'pSlt 1H13N 'l p^H 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

halacha. A lui se rapportent ces mots de Salomon: « Mon fils, si 
ton cœur devient sage, je me réjouis aussi en mon cœur » (Prov., 
xxra, 15); « Sois sage, mon fils, et réjouis mon cœur, afin que je 
puisse répliquer à celui qui m'outrage ». Evidemment, R. Johanan 
ne voulait pas broder arbitrairement sur la biographie du roi 
David, mais, suivant la méthode agadique, il transporte dans 
l'exégèse les événements et les situations, les problèmes et les 
préoccupations qui étaient d'actualité. Il suffit de mettre à la 
place de David le patriarche contemporain: ce ne peut être que 
R. Gamliel III ouR. Juda II. Il est probable qu'il pense plutôt au 
premier, qui paraît, en effet, avoir été plus conduit que conduc- 
teur et chez qui c'était certainement un mérite d'avoir pris à côté 
de lui un homme qu'il pouvait consulter dans les questions contro- 
versées et même dans les questions ordinaires *. Le fils qui assiste 
son père pourrait avoir été Juda 2 . Nous trouverions ainsi des 
rapports étroits entre R. Johanan et R. Juda II, lorsque le père de 
celui-ci vivait encore ; ces bons rapports ne furent pas troublés 
même quand R. Johanan désapprouva publiquement les menées 
contre le patriarche et, probablement avec le consentement de ce 
dernier, s'efforça de régler le régime des docteurs. Mais convaincu 
qu'on ne pouvait rien faire que par la douceur, il exhorta toujours 
à ménager la dignité du patriarcat 3 . 

On peut trouver d'autres raisons de ces symptômes de déca- 
dence dans la rédaction du Talmud. Mais tandis que, d'une 
part, R. Johanan en amasse les matériaux'', il défend, de l'autre, de 
mettre par écrit la halacha \ On s'est efforcé d'expliquer tout au- 
trement cette défense, en l'attribuant à des tendances antichré- 
tiennes 6 . Cette intention n'a-t elle pas inspiré la mesure prise par 
R. Johanan? R Johanan recommande d'étudier et d'enseigner 
TAgada dans un livre; une rédaction écrite était donc usuelle et 

1. Voir ibidem l'interprétation de Lévi et de R. Isaac : Til2 *"^0 *7T3> î-Ôl 

■nn j-jd" 1 rai moa^sE ib nEian ian niBrrona ^b»3 "ON !-nzn* ^nizj 

T«313 Nbl TINHÙ HD"» TnïlH H3^ T^DT HD* 1 TO^TI Ï1SV Comp. les mots 
déjà cités de R. Johanan : 13*73UJ «bl rmVI rîD"> TI31 nEP D"n731K "JH tV2"\ 

2. Sur les deux fils du patriarche, voir A. Buchler, Monalsschrift, 1905, p. 12 et 
suivantes. 

3. Mocd Katan, 27 6.11 y avait des gens qui ne voulaient plus se lever devant le 
patriarche. Sur l'usage de se lever devant les docteurs, voir mes Religionsgesckicht- 
liche Studieh, II, p. 48 et s. II est prouvé par j. Ber., 5 a, que même des non- 
Juifs, des fonctionnaires du gouvernement faisaient cet honneur aux docteurs. 

4. Sur R. Johanan envisagé comme rédacteur du Talmud palestinien, voir 
Fraiikel, TObUTl^n N1D72, p. 6 et suivantes. 

5. Temoura, 14 6; Guittin, GO a. 

G. Voir les textes dans mes Religionsgescliichlliche Siudieh, 1, p. 11 et s. 



LA RÉORGANISATION DU DOCTORAT EN PALESTINE 53 

licite dans ce cas. Et quoiqu'il y ait eu une opposition contre la 
mise par écrit des Agadot, R. Yohanan enseignait que celui qui 
apprend l'Agada dans un livre ne l'oubliera pas de sitôt*. 

Au même ordre d'idées on peut rapporter les efforts tentés par 
R. Johanan pour faire de la synagogue le centre de la vie com- 
munale. Les rabbins étaient pour la plupart des artisans, des mar- 
chands, des journaliers, etc , ils ne pouvaientdonc passe consacrer 
entièrement à l'étude de la loi. R. Johanan trouva la solution en 
veillant, d'une part, à ce que les docteurs fussent affranchis des sou- 
cis de la vie matérielle 2 , en leur assurant d'autre part un lieu où ils 
pussent se livrer à l'étude à toute heure de la journée ou pendant 
la nuit. Seul, celui qui étudie à la synagogue n'oubliera pas de sitôt 
ce qu'il a appris 3 . L'histoire de la synagogue montre que jusque 
dans les derniers temps de la période des Tannaïm, elle n'était 
un lieu de prières que les jours de sabbat et de fête ; c'est en- 
suite seulement que la synagogue devint le foyer de la vie juive 
et qu'elle est désignée constamment par les sources comme bêt 
ha-kenéset et bet Jia-midraschK Effectivement, R. Johanan ne pou- 
vait prêcher assez instamment le zèle et l'application dans l'étude 3 . 
Enfin, le Rabylonien, R. Nahman b. Jacob, gendre de l'exilarque, 
nous apparaît comme un adversaire décidé de R. Johanan 6 , et 
d'autres indices laissent à penser que celui-ci doit avoir eu beaucoup 
d'antagonistes en Rabylonie. C'était l'époque de la fondation des 
écoles babyloniennes. Gomme il arrive souvent dans les pays où la 
science et l'étude sont encore dans l'enfance, l'autorisation était 
confiée parfois à des individus peu doués ou peu dignes. 

Il y a donc trois raisons qui peuvent avoir amené R. Johanan et 
ses disciples à définir le titre du talmid-hakham : les tristes suites 
de la situation qui s'était établie sous le patriarcat de R. Juda II, la 
rédaction du Talmud de Jérusalem et le développement des écoles 
babyloniennes, autant de faits qui ont eu leur importance alors 
aussi bien que dans l'histoire postérieure. 

A. Marmorstein 

i. j. Ber., 9a : r^bi ^iDon ^pntt msN ittibtt t-on ï-im-o hna 

2. Sur sou intervention, Rabbi obtint de l'empereur qu'il cédât des terres en 
Gaulanitide pour l'entretien des disciples; voir j. Scheb., v, 1; Aboda zara, 10 6, cf. 
Graetz, Geschichte, IV, 243. 

3. j. Ber. y 9« : s^b r-ioasn i-naa •miobrQ wn r>rn ttm-D rma 
rDUJ72 &on mrnaa. 

4. Voir une autre explication chez Jordan, op. cit., p. 31, n. I2ï. 

5. Voirj. Ber., 3 6 : ■ppD'iyia i:N I^D •WTTP *p ^IMTO fm \ Û03 ^rm '-» 

la^OD» ab nbsnb ib^sN mina. 

6. Houllin, 126 a. 



UNE INSCRIPTION ROMAINE DE JUDÉE 




Cette inscription a été trouvée en Judée par M. Chapira, qui a 
bien voulu nous en permettre la publication. 

M. Chapira l'a achetée à un Arabe prétendant l'avoir découverte 
à Yarma, où elle appartenait à une tombe contenant le squelette 
d'un homme de taille démesurée. 

Comme on peut le voir par la photographie ci-jointe, c'est un 
fragment assez court, comprenant sept lignes de quinze signes en 
moyenne. La cassure l'entoure complètement, de sorte que nous 
n'avons ni début ni fin de ligne, ce qui est toujours fort gênant 
pour la lecture littérale, ni non plus le début ou la fin de l'inscrip- 
tion, qui nous seraient fort utiles pour l'interprétation générale du 
texte <'l la datation. 



UNE INSCRIPTION ROMAINE DE JUDÉE 55 

On reconnaît à première vue une inscription latine en cursive, 
bien que l'aspect de cette cursive soit assez sensiblement différent 
de celui, si connu, des graffiti de Pompéi. Les lettres semblent 
bien séparées, ce qui paraîtrait devoir en faciliter la lecture ; par 
contre, elles présentent une fort grande diversité, qui avait d'abord 
éveillé nos inquiétudes; l'absence totale de séparation entre les 
mots est une difficulté de plus pour la lecture. 

Etant donné le caractère de l'inscription, nous sommes forcé 
d'expliquer assez longuement notre lecture. 

A la première ligne, composée de trois lettres seulement, seule 
la dernière est lisible : c'est un a. Quant aux trois jambages qui 
précèdent, il serait téméraire de vouloir deviner ce qu'ils représen- 
tent. La deuxième ligne commence aussi par trois jambages. Mais 
la suite en permet l'interprétation. Les lettres suivantes sont un s, 
puis un f. Donc le jambage qui précède Y s est une voyelle : ce ne 
peut être qu'un i. Quant aux deux autres, ils ne doivent former 
qu'une lettre ; ce n'est pas un m, car dans tout le fragment, le jam- 
bage médian de Vm descend très bas ; ce doit être un \[ retourné 
semblable à celui du début de la ligne 6. L'/est suivi de deux let- 
tres à première vue semblables ; mais si l'on y regarde de plus 
près, on voit que le jambage final est courbe clans la première et 
droit dans la seconde. La première est un a, l'autre un u. Cette 
distinction de Va et de. Vu se reproduira dans tout le reste de l'ins- 
cription. Suit un 0, puis un r. Cet r est identique à Ys. La confu- 
sion persistera dans la suite du texte. Nous lisons ensuite un d 
minuscule, un e de forme onciale, puis un b minuscule. Remar- 
quons, en passant, combien le b et le d se ressemblent. Suit 
un i, puis un jambage semi-circulaire, qui est la partie inférieure 
d'un t. 

Cette forme du t est, avec celle de Va, la plus constante de toute 
l'inscription ; la barre droite, la queue arrondie, la taille peu élevée 
de cette lettre se retrouvent ligne 3 (lettres 9, 12, 15, etc. . .). Enfin, 
la dernière lettre de la ligne est un u. 

La ligne 3, qui est la plus facile à lire, nous redonne des caractè- 
res déjà vus. Les deux seuls signes nouveaux sont le cinquième, le 
huitième et le dernier. Ils sont d'ailleurs facilement reconnaissa- 
bles : ce sont un m, m\p et un q. Remarquons la forme de Vu qui 
se trouve avant Vm. La courbe est complètement fermée, et elle 
rejoint la baste au-dessous de son extrémité supérieure. 

La ligne 4 présente des caractères nouveaux : tout au début on 
distingue l'extrémité inférieure d'une haste ; la lettre qui suit et 
qui est identique à la lettre 11 doit se lire /. Après le premier /, on 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reconnaît un g, qui se retrouve plus incliné et plus simplifié, dans 
la même ligne, lettre 13. Les autres lettres se lisent facilement. 

La ligne 5 se déchiffrerait sans difficulté, si les lettres 13, 14 et 15 
n'avaient été détériorées. Néanmoins, on reconnaît facilement, dans 
la lettre 13 et dans la lettre 15, la forme de Vu que nous avons déjà 
décrite plus haut. Quant à la lettre intermédiaire, qui se compose 
d'une haste et d'une panse, ce ne peut être qu'un b. La dernière 
lettre coupée par la cassure est le commencement d'un n. 

La ligne 6 présente deux grosses difficultés : la lettre 8 et la 
lettre 17. Gomme nous l'avons déjà remarqué, la courbe de Vu a 
tendance à se fermer et la haste à s'allonger. Ici l'on croirait avoir 
à faire à la moitié gauche d'un <ï> grec. Pour ce qui est du signe 
17, nous ne le restituons que par conjecture : ce doit être un u ou 
un b. Peut-être est ce plutôt un uAonl la panse serait angulaire, au 
lieu d'être arrondie. 

La dernière ligne commence par cinq lettres abîmées. Tout au 
bord de la pierre, on reconnaît l'angle qui caractérise l'extrémité 
supérieure droite d'un m ou d'un n. Etant donnée la lettre sui- 
vante, nous avons à faire à un ^ retourné. La barre horizontale, 
basse et droite qui suit, démontre, comme nous l'avons indiqué plus 
haut, que nous avons affaire à un t. 

Suit une haste simple qui ne peut être qu'un i, puis une haste ter- 
minée, à sa partie inférieure, par une panse, qui indique soit un b 
soit un d, ici plutôt un b. La lettre suivante se lit facilement u. 
Sept lettres plus loin, nous avons la seule ligature de tout le frag- 
ment, un double f. La dernière lettre de la ligne est illisible. 

En résumé, nous proposons la lecture suivante : 

? Ha 1 

nis favor debitu[s) 2 

l)ocorum antistitis q(ui. . . . 3 

vu)lgus sactilegis mani{bus. . . 4 

)us definitis subuen[it 5 

in islam uir specta(v)ilis 6 

)ntibas sibi offices ob re(?n 7 

Quelques restitutions demandent un éclaircissement: je ne crois 
pas qu'il y ait beaucoup de mots latins autres que vulgus pour se 
terminer par Igus : d'autre part, les mois sacrilegis manibus indi- 
quent qu'il s'agit d'une défense religieuse, défense qui s'applique 
évidemment aux personnes non initiées : il n'est pas besoin de 
texte pour indiquer ce sens spécial du mot vulgus en latin. 



UNE INSCIUPTION ROMAINE DE JUDEE 57 

La lecture littérale donne sactilegis, faute de texte évidente pour 
sacrilegis, causée probablement par une fausse analogie avec 
* sanctilegis. 

Malgré le peu de mots qui nous restent de cette inscription, on 
peut entrevoir de quoi il y est question; d'autre part, le hasard 
favorable qui nous a conservé le terme de vir spcctabilis, nous per- 
met, avec les données paléographiques, de dater, à peu près, l'ins- 
cription. 

Comme nous l'avons déjà dit, il s'agit probablement de choses 
religieuses, ainsi que l'indiquent les termes de vulgus, sactilegis ; 
on trouvera de même, dans de Vit, des emplois du mot favor dans 
des textes où il s'agit de religion. 

Cette hypothèse semble confirmée par les mots locorum antis- 
titis. Ce titre ne nous est pas inconnu ; il se trouve au Corpus un 
certain nombre d'inscriptions pour le contenir : on trouve des antis- 
tites à Rome (C./.L., VI, 788), en Asie (III, 1095), en Gaule Narbo- 
naise (XII, 703), etc.. ; on en trouve aussi aux diverses époques de 
l'histoire romaine iCic, de do?no, 1, 2; Val. Max., 1,1,1; Tertull., 
cuit, fem., 1). Vantùte semble être un prêtre, car le titre est 
généralement joint à ceux d'augure, d'aruspice, ou au nom d'une 
divinité (Jupiter, VI, 316; Mars, VI, 2256 ; Magna Mater, VIII, 9401, 
etc. . .). Cependant il ne faudrait pas croire, d'après cette énuméra- 
tion de divinités romaines, que le terme fût réservé aux prêtres de 
la religion officielle. Deux inscriptions au moins (X, 7533, et VIII, 
8634) qui donnent le nom d'autistes sont des inscriptions chré- 
tiennes. Leur condition sociale n'est pas mieux déterminée. Ils 
sont tantôt des ingénia (III, 1114), tantôt des liberti (III, 1095;; 
peut-être l'un d'entre eux est-il un esclave (IX, 2632). 

En général, il semble que Yantistes soit l'administrateur, l'inten- 
dant du temple : aussi rencontre- 1 on fréquemment les expressions 
autistes templi (VI, 716, 2256) ou autistes loci (III, 1114, 1115; 
VI, 716; XIV, 57, 58, 59). Le locorum autistes dont il s'agit est 
donc l'administrateur, le directeur des hiens d'une divinité dont 
nous ignorons le nom. 

Nous avons insisté sur cette expression pour montrer le carac- 
tère religieux de notre texte. 

Cet autistes locorum est-il le même personnage, ou doit-il être 
le même personnage que le vir spectabitis de la ligne 6 ? L'igno- 
rance où nous sommes des dimensions de l'inscription totale nous 
interdit de conclure. 

La ligne 5 présente aussi une grande difficulté d'interprétation. 
Faut-il lire definitis en un seul mot et le comprendre comme un 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

adjectif s'accordant avec le datif ou ablatif en us qui précède, ou 
faut-il le couper en de finitis, finitis signifiant le territoire attenant 
au temple ? Etant donné que finitum est un mot de très basse épo- 
que (v. Du Gange), nous nous contenions de signaler l'hypothèse. 

.... ni i bus de la ligne 7 est évidemment la terminaison d'un par- 
ticipe ou d'un adjectif à l'ablatif (peut-être cette ligne est-elle le 
débris d'un ablatif absolu). Nous n'hésiterions pas, d'autre part, à 
rapporter sibiau. vir spectabilis, si nous connaissions la longueur 
de la ligne, et à considérer of fiels comme la fonction qui lui est ou 
lui doit être attribuée. 

Deux choses seulement nous paraissent certaines : le caractère 
religieux de cette inscription et sa date. 

Il ne s'agit pas bien entendu de la dater d'une façon très pré- 
cise. Cependant nous pouvons l'enfermer dans les limites, en somme 
assez restreintes, de cinquante ans. Nous savons, en effet, que c'est 
à l'époque de Dioclétien que le cursus a été transformé: la mention 
de vir spectabilis reporte donc l'inscription après le 111 e siècle. 
D'autre part, certaines particularités paléographiques nous prou- 
vent qu'elle est antérieure au v e siècle et postérieure à Dioclétien. 
Nous allons prendre les lettres une à une. 

L'a a une forme franchement minuscule ; sa panse a une tendance 
à se fermer complètement (dans antisiitis, sactilegis, istam). 

Le b est tout à fait une lettre minuscule ; mais on sait que c'est 
une des lettres qui le sont devenues le plus tôt (dès l'empereur 
Claude). Il y a pourtant un fait important à remarquer. Si dans 
débitas la haste tombe au milieu de la panse (dans la cursive 
ancienne le b est tout à fait semblable à un d), dans sibi la panse 
esta droite. 

Le d a une forme très remarquable, que nous n'avons vue dans 
aucun autre document de cursive ancienne et qui nous avait donné 
des inquiétudes. C'est avec le g la lettre la plus curieuse du texte. 

L7 est complètement minuscule ; mais il a cette forme dès l'em- 
pereur Claude. 

m et n se présentent sous les trois formes : capitale, onciale et 
minuscule. 

q, r, s et a sont minuscules 

t a pris la forme décrite plus haut dès le premier siècle. 

Enfin, e, c,oetp ont la forme onciale. 

L'ensemble de ces caractères nous indique une capitale cursive 
extrêmement évoluée, on pourrait même dire à sa décadence: l'on- 
ciale elle-même y cède le pas à la minuscule. Pour résumer notre 



UNE INSCRIPTION ROMAINE DE JUDÉE 59 

impression, nous avons à faire à un alpbabet postérieur à celui de 
l'édit de Dioclétien (voir Steflens, Lateinische Palœo graphie). 
D'autre part, l'inscription est antérieure au v c siècle, car à cette 
époque naît une minuscule où les lettres sont liées, ainsi qu'on peut 
le voir dans une quittance de 398 qui se trouve dans la collection de 
l'archiduc Rainer. 

Nous avons donc probablement ici une inscription du milieu du 
iv e siècle. • 

Jean Martin. 



DEUX LISTES COMMÉMORATIVES 

DE LA GUENIZA 



Les trouvailles de la Gueniza, qui se multiplient de jour en jour, 
apportant sans cesse des lumières nouvelles et de nouvelles sur- 
prises, confirment une fois de plus une vérité depuis longtemps 
reconnue : c'est que, dans la science, on ne doit pas négliger le 
moindre détail et que souvent des fragments isolés et insignifiants 
en eux-mêmes permettent, s'ils sont intelligemment groupés et 
convenablement interprétés, d'élever tout un édifice. 

Parmi les fragments de cette nature, on doit compter les listes 
telles qu'on en a trouvé çà et là dans les trésors de la Gueniza et 
qui se composent de noms de défunts distingués. Formées sans 
doute dans le but d'être récitées dans la prière pour le repos de l'âme 
des disparus {haschkaba, hazkarat neschamot), elles commen- 
cent d'habitude par les mots «ntasa ^rrsb na *p=n et le nom du défunt 
le plus ancien mentionné en ligne ascendante est précédé de iy, 
c'est-à-dire que la série remonte jusqu'à un tel. Si toutes les per- 
sonnes ne sont pas énumérées nommément en ligne descendante, 
elles sont englobées dans les mots nnsuîttn <naD3 bbai, ou dans les 
mots analogues, ou tout simplement dans le mot bbs. Il va sans 
dire que ces formules présentent des variantes et ne sont pas 
constamment observées; néanmoins le caractère de la liste est 
toujours reconnaissable. 

Des listes de ce genre ont été publiées jusqu'à présent par 
M. Gaster \ par moi 2 et en dernier lieu par M. Greenstone 3 ; les 
plus importantes sont celles d'entre elles qui projettent de nou- 
velles lumières sur l'histoire des Gueonim hors de Babylonie, 
c'est-à-dire en Palestine d'abord, mais aussi en Egypte. J'en publie 

1. Gedenkbuch Kaufmann, p. 241, n " xv-xvi (mais non n° xvn). 

2. Revue des Etudes juives, LI, ii3. 

3. Jew. Quart, liev., N. S., I, 43 et s. 



DEUX LISTES COM MÉMO HATIVES DE LA GUENiZA 61 

ici deux autres, provenant de la Bodléienne f ; il apparaîtra que la 
première est d'un intérêt exceptionnel pour l'histoire des Gueonim 
palestiniens. 



1 



C'est grâce à la Gueniza, on le sait, que nous connaissons l'exis- 
tence de ces Gueonim et ce sont les trouvailles qu'on y a faites 
qui ont mis en lumière d'autres notices auparavant négligées, ce 
qui a permis de compléter le tableau. Les premiers renseigne- 
ments nous ont été fournis par la Meguilla dite d'Ébiatar 2 , dont 
M. Bâcher 3 a dit, avec raison, qu'elle nous ouvrait un chapitre 
nouveau de l'histoire juive. Elle nous a appris qu'un personnage 
qu'on connaissait déjà auparavant, Salomon b. Juda, dont on savait 
qu'il avait été chef d'école à Jérusalem en 1046, ne s'était pas 
contenté du titre de ïw©i tuai, mais qu'il avait pris celui de îuan 
ap^ -psa ra-uai, qu'il avait à côté de lui un Ab-Bèt-Din et un Tiers 
assesseur (-<urb;z5), enfin que cette dignité de fraîche date avait 
même été, autant qu'il semble, confirmée officiellement par le gou- 
vernement. On avait d'abord cru que Salomon n'avait porté le 
titre de gaon qu'après la mort de Haï, c'est-à-dire après 1038, 
considérant sa dignité comme une suite du gaonat babylonien 
disparu. Mais on a reconnu qu'il s'appelait gaon dès avant 1029, 
soit du vivant encore de Samuel ibn Hofni à Sora et de Haï à 
Poumbedita 4 . Après lui fonctionna comme gaon un Salomon 
ha-Cohen, b. Joseph Ab-Beth-Din, qui était un descendant d'Elazar 
b. Azaria. Ce Salomon ha-Cohen laissa deux fils, Joseph et Élie ; le 
premier devait être son successeur dans le gaonat ou le fut peut- 
être effectivement — voir plus bas — mais en tout cas fort peu de 
temps ;i . 

Les fils de Salomon ha-Cohen b. Joseph furent évincés par le 

1. Ms. 2874 23.26a. J'utilise une bonne reproduction photographique. 

2. Scheohter, Saadi/ana, n° xxxvm. 

3. J. Q. R., XV, 79-96. 

4. Voir R. É. J., XLVIII, 154, n. 1. 

5. Le Maçliah b. Salomon b. Elia b. Salomon qu'on nommera plus bas s'intitule *p3 
\nz>n Epi" 1 *T3 apy "pî^ n^W ©fin pDH nnblD (c'est-à-dire arrière-petit -fils) 
'iDl p12£ 1~Z! 1"H r~P3. Bâcher, suivi par moi et beaucoup d'autres, en concluait 
que cet aïeul de Maçliah était identique avec Salomon b. Juda, que son père Juda, lequel 
n'avait pas occupé de fonctions et qui n'est appelé que T"m "PDn, était omis et que 
par Joseph on entendait le grand-père de Salomon b. Juda. Seul Epstein (M. G. W. J., 
XLV1I, 342) a contredit cette opinion, parce que Salomon b. Juda ne se donne jamais 
la qualité de Cohen, et ce sentiment d'Epstein trouve ailleurs confirmation. Dans un 



62 UIÎVUE DES ETUDES JUIVES 

« prince » Daniel b Azaria, éinïgrê de Babylonic, et ce fut seule- 
ment à la mort de ce dernier que le gaonat passa à Élie, qui avait 
été ab-bêt-din sous Daniel (Josepli était mort dans l'intervalle, en 
1053). Élie transporta le siège du gaonat, sans doute à la suite de 
la prise de Jérusalem par les Seldjoukides en 1071, à ïyr. Il mou- 
rut en Kislew 1305, de l'ère des Séleucides (nov.-déc. 1083) et fut 
remplacé par son fils Ébiatar. Celui-ci eut pour ab-bH-din, confor- 
mément au v instructions d'Élie en date de 1081, son frère Salomon, 
tandis que son « Troisième » était Çadoo b. Josia, que nous retrou- 
verons plus loin. Ébiatar fut poursuivi par un fils de Daniel, David, 
qui était devenu exilarque en Egypte, il ne fut délivré des manœu- 
vres de son rival qu'en 1094. A son tour il transféra, probablement 
à la suite de la prise de ïyr par les croisés en 1109, le siège du 
gaonat à ïraboulous. Son frère précité, Salomon, passa en Egypte, 
où il transporta le titre de apy "pai radiai won; c'est là que nous 
trouvons en 1127 son fils Maçliab, avec le même titre 4 . Les 
membres de la famille des gueonim aaronides ont donc émigré en 
Egypte, toujours à la suite des Croisades, à ce qu'il semble, et ont 
exercé leurs fonctions dans ce pays. 

Mais d'autres recherches ont établi que Salomon b. Juda n'était 
pas le premier apy "p&c na^Tir ©ni en Palestine et que ce titre était 
déjà porté dans ce pays près d'un siècle avant lui. En effet, Samuel 
ha-Naguid b. David, auteur d'un commentaire du Pentateuque 
(ms. Bodl. 277-278 et 2443), qui vivait en Egypte au xni° siècle, 
indique ainsi la généalogie de sa famille 2 : 'na ann m '-ja bNi»tz) 
'-ra \n ma a« •pn^, '-,a -nom bbn 'na aart- orna» 'na ann nabc 
ama« 'ma •pi ma as irp»Bn 'ma m^n ©ni pna 'ma ann nmtt&o 
pTn bbn 3>n îbTtpn iran *p D^iaan tdî apsn "piu na^ur ©Ni 
apy wa rntbM "jban m p ba^a» p ïtbdc ^aa baaa nb^ie. 
Or, comme le titre de ap^ "peu na-«iin tt&n n appartient, en dehors 
de Babylonie, qu'aux cbefs d'écoles de Palestine, le Abraham de 
cette liste fut sans aucun doute un gaon palestinien et nous appre- 



poème d'un certain 'Ali (ms. Bodl. 2729 5 ) on trouve à la lin : Ï15abti3 13ST1N ""na 
ÏTDia "pS fmrP ""aia : c'est sans aucun doute du Gaon Salomon b. Juda qu'il 
s'agit, et nous apprenons là qu'il était un petit-fils de Jierecliia. Il faut donc traduire 
plus haut JT3 par lils et si Maçliah a employé cette expression, c'était pour éviter la 
répétition du mot p. Epstein croit, en outre, que ce Salomon lia-Cohen b. Joseph fut 
gaon avant Salomon b. Juda, mais ceci me parait inadmissible, ainsi qu'il sera démontré 
ailleurs. Mais le personnage du nom d'Ébiatar ba-Gohen, contemporain de Haï, cité par 
Epstein, l. c, d'après le Se'fer ïïassidim, n'appartient pas à l'histoire ; il doit son ori- 
gine au véritable Ebiatar, l'auteur de la Meguilla, qui a vécu plus tard. 

i. Voir./. Q. li., XVIII, 14, et plus loin, p. 69, n. 4. 

2. Voir li. E. ./., LVII, 266. 



DEUX LISTES COMMEMORATIVES DE Là GUENIZà 63 

nous de plus que le « Troisième» cité plus haut, Çadoc b. Josia, était 
son descendant à la cinquième génération ; Abraham vivait donc 
près de cent cinquante ans (trente ans par génération en moyenne) 
avant lui, soit à peu près au milieu du x e siècle. Mais comme nous 
connaissons, pour l'année 922, le chef d'école palestinien Ben 
Méir, dont la querelle avec Saadia au sujet du calendrier est main - 
tenant éclairée dans presque tous les détails et qui se donne 
également pour un descendant de Rabbi, c'est-à-dire de Hillel, j'ai 
émis l'hypothèse qu'Abraham était un fils de Ben Méir et qu'il fut 
le premier à prendre le titre de apy "p&M na*^ Œtn f . C'est pour- 
quoi la généalogie s'arrête à Abraham et ne remonte pas jusqu'à 
Ben Méir. Quanta la raison qui détermine précisément Abraham à 
cette initiative, elle est facile à expliquer. Après que la tentative 
de Ben Méir de rétablir la suprématie de la Palestine en matière 
de calendrier eut échoué, la tendance se fit sentir dans ce pays 
non seulement de s'émanciper de la Babylonie, mais encore de 
rivaliser avec elle. Une excellente occasion de s'engager dans cette 
voie fut fournie par la mort de Saadia, après qui l'école de Sora 
fut longtemps fermée ; Poumbadita aussi vit alors s'ouvrir des 
temps difficiles, surtout au point de vue financier; le moment 
était donc des plus opportuns. Le gaonat palestinien a donc été 
fondé immédiatement ou peu après la mort de Saadia, c'est-à- 
dire après 942. 

Le même Abraham a été retrouvé depuis dans un fragment de 
la Gueniza. Dans une des listes mémoriales édi tées par Greenstone, 
on lit : arm-ia-^ t wx m n [burw* ianéw narb np^dd Trob aa 1-01] run 
"12173 'pVa iy ■>"■» aya mn® iirt nm ûrrw ina (1. rnaao) ■jvtni 
1^ Dinnron Tm?3n bbai apy^ "pan na*£i izîîo amas îsanK isa-n 
nnei ba ba "pi t-va 38 p^-isn irpiDKi i3:vr« isa-n ma 'pVa 
banc ba bia ["pn nia a«] pins îasTia [mam ba-.©*a] -nacr h©!-»] 
nai. Ainsi la généalogie commence ici aussi par le premier gaon, 
soit Abraham, et ici aussi il apparaît que Çadoc b. Josia était son 
descendant. 

M. Marx 2 accepte en gros mes conjectures. Il croit seulement 
qu'entre Çadoc et Ben Méir il doit s'être écoulé plus de six généra- 
tions; il verrait, quant à lui, en Abraham un petit-fils ou même 
un arrière-petit-fils de Ben Méir. D'autre part, il signale une notice 
trouvée par Harkavy à la fin d'un Midrasch manuscrit et qui est 



1. Le titre de a^jlJUH 1DÎ, qui lui est accolé par Samuel ha-Naguid b. David, 
signifie donc simplement : descendant de chefs d'académie. 

2. ./. Q. R., N. S., I, 70. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ainsi conçue : apy ym na^ar» ©an pan tp-p -îyvrvi •ote 'ip r na 'as 
Vntoû '-n^i to^ïi ws prar '-n^n yi n ^a aa isria»'' '^itti laïa^n 
:": \ir\i9 -ja. Le titre de apr> ^«a na^ »«ï aussi bien que celui 
du « Troisième » nous ramènent nécessairement à la Palestine. 
M. Marx identifie donc le ab-bêt-din Josia avec le fils d'Abraham 
mentionné dans la généalogie précédente et il croit qu'Abraham 
a été remplacé par ce Joseph ha-Cohen, qui a eu pour successeur 
Aaron b. Josia, petit-fils d'Abraham, appelé dans notre généalogie 
rta^n u)«i (mais non ap*" 1 "j-iéo na-^* 1 ©an) et ce serait ce dernier 
seulement qui aurait été suivi de Salomon b. Juda. Mais il est fort 
peu vraisemblable que les familles des Gueonim se soient ainsi 
succédé alternativement; nous voyons, au contraire, par la 
Meguilla d'Ébiatar, que le gaonat se transmettait autant que pos- 
sible dans une môme famille. Une autre considération à faire 
valoir est la suivante. En tête d'un exemplaire du Commentaire de 
Saadia sur Isaïe, on lit 1 : '112 \ymvî\ nam rmww 'in 'pYa "irwp. . . 
rwaa "rasyb naroEtt [yi*] ama (?) la iïto&t iran n^n nbi*»n 'pins 
araan û^cba nyan» nais «n "•ait na-^ rwnpïi rrarçpa ^pairn H'dw 
'nai rrr^b nnto n^tarn m«:o. Il n'est guère douteux que ce Josia b. 
Aaron b. Josia ne soit identique avec l'arrière-petit-fils d'Abraham 
et le père de Çadoc. Or, nous voyons qu'il fut nommé en 1031 
haber de l'académie palestinienne, dont le chef était alors Salomon 
b. Juda. Mais comme c'est seulement en 1084 que son fils Çadoc 
avança du rang de « Quatrième » à celui de « Troisième », que 
nous le trouvons encore dans cette dignité en 1094 et qu'il ne 
devint ab-bêt-din que plus tard, il suit de là qu'il était le benjamin, 
l'enfant de la vieillesse, de son père. En tout cas, l'intervalle entre 
Josia b. Aaron et son arrière-grand-père Abraham se resserre 
sensiblement et si celui-là devint haber en 1031, celui-ci pouvait 
fort bien être gaon dès 945 environ : nouvelle réfutation de l'objec- 
tion de M. Marx. Ce qui est singulier, c'est que le père de Josia, 
Aaron, dont la généalogie de Samuel b. David fait un chef d'école, 
n'est pas désigné comme tel dans la notice précitée et ne porte 
que l'épithète de nbiJEtt, tandis que le grand-père, Josia, qui, 
d'après la même généalogie, ne fut que ab-bêt-din, est qualifié ici 
de irai. Il est vrai que Çadoc, le fils de Josia, est appelé 13m 
aussi bien à l'époque où il était encore « Troisième » qu'à celle où 
il était devenu ab-bêt-din 2 , mais là ce titre est donné également à 
ceux qui le précédaient en dignité ou bien il est cité seul, sans 



1. Saadyana, n° xxviii. 

2. Voir M. G. W. ./., LU, 110. 



DEUX LISTES C0MMÉM0KAT1VES DE LÀ GUENIZA 65 

eux; mais l'attribution du titre de "irm à un ab-bêt-din, alors que 
le chef d'école nommé en même temps ne le reçoit pas, reste sin- 
gulière. 

Toutes ces difficultés, toutes ces obscurités sont supprimées par 
la première des deux nouvelles listes commémoratives, celle dont 
je vais donner le texte : les descendants d'Abraham y sont énu- 
mérés jusqu'à la neuvième génération. Écrite sur les deux faces 
d'un long feuillet, elle est ainsi conçue : 

Recto. 

dm:m T»a maai Dïrorm ba-uzp ^33n 
'p'a'a *iy matas ■ , "" ) dj>3 nmm nana iïîn 

1331N3 1MYTS 1313-11 13"ntt mNSH m^SS mp"> 

'b's't mnm npy* 1 "pac nn^^ îa&n Dnias 

i33ijo i:3i-in mNDn n-nss mp-> 'p'A'a naT s 

m?3m 'b's't 3p3>i "pau na^ izjn-i "jnrrjs 

rrpss nnp-* 'p'a'a naT ns-iab "p&w naT 'b'at'T 

iï-pw nsanatt nsDiiN "iram im» n-iNcn 

naT 'b's't m 73 m 'b'T 3p3>* *p&« nnitei îaan 

iwn i3"n» m^sn n-pas mp"> 'p'a'a 10 
banu^ ba btu "pi n ^ 2 Di * T™ i^n« 
m^ss nnp^ 'p'a'a nat 'b's't marri 'b'T 

irPW* Wn» 1^311 13^73 n-iNsn 

'b'at't ininm 'b'T banur ba bia pT ma 3N 

na">am ina mNBn nn^DS mp 1 » 'p'a'a "idt 15 

ba bia pn ma dn p^atn pns 133-na 

'p'j'a Diaans Tm»n ->3u:n 'b'T afin©' 1 

nD?3 i3^am I3*n73 nnNDn nn^DS mp" 1 

vnan niai bNiwa thkh mari 

mp* 'p'a'a'i d^tû mnspa a^Bansn 20 

133VJK irann 13^73 niNsn m^ss 

rniïïn -no" 1 b«n ntma bbnnarî bbn 

aan- Nbsi73n p^n rnaan bp» 

vm73n ranm 'b'T pan "j-n ma nbiaran 

wim ^rm '"hts mNsn m">BS nnp-> 'p'a'D 'ta&m 25 

ttini 'b'T pan V" 1 r^a nbiJTan 'ann 'Binn p*nn 

nian mw 'rm '"na p-indh nm&s nnp^ 'p'a'a 

mpi 'p'a'a v»n«i 'b'T paam aann '0^3 Tnan 

-ptan mars amas '-om '"'-173 m«Bn rimas 

T. LXV1, n° 131. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rmrs mp^ 'p'ya vnfin 'b'T ■mnïi naion '-nzra 30 

NDin- 'fintD^a -pn^n icn "irpttfiF '^n '1-173 mNon 

n-nn -^a Ban D^arn d* maia ïi73a-i 'non 11120 mairn 

«ai-in n^D^n t:h nTJba m |'-i73 'p'a/a minm 'b'T 

*aa Dan r^n Da> maita n73ai '"non n?3a rraiyn 

cpnan npTi mnan apan 'm '173 'p'a/a marn 'b'T rmn 35 

'->am '1-173 mNsn m*»* n-ip-> 'p'a'a-i a^ara mnatpa 

[naj^^n na» bwwa ■vfiRn nian ïitz37a iayii« 

T»aû ibt 'b's'T m?:m 'b'T 

mNsn n-pBS nnp" 1 'p'a'a 

Verso. 

bbrrnnn bbn... laanN wam 131-173. 

bnan T»aan bsica -man ntan b«ri n&rpa 

nwa n'aia>:-ï rrnrm btnuji y-ia t«m 

aan ta^s^n aa> nmta iiTaai a^nan 

nnNcn m^cat nnpi 'pVa vnao 'b'T rmn 13a 5 

■paam 'anrs laaan niai! imm la^am 131173 
'13m '1-1)3 nnsan n-psas nnpi 'p'a/a -phni 'b'T 
'b'at'T paam aann naaan ntan rpasn 
Puis, après un espace blanc de trois à quatre lignes, on lit : 

mna> iTïfi 
Daab» nawx an>N 
rtmaasi 

^73? INblfin 

ce qui signifie : « C'est la famille du chef Abou-1 -Nadjam et de ses 
frères et des enfants de son oncle. » Notre liste a donc été faite 
pour ce Abou-1-Nadjam. 

Après un nouveau blanc de sept lignes viennent ces notes mas 
sorétiques, d'une autre main : 

[n]imB is iniô.. "anpi an:73 panba n«n ba 'n 

1 'nacri mia im 

b im im \tm» Nina rraba 't'b 

^aiTaian aiia im 

4. Cette notice n'est pas très intelligible pour moi. Dans la parascha en question 
le mot a"]pi ne se trouve pas du tout ; l'autre mot n'est pas clair non plus (il 
n'y a pas place pour "iHOa^l, qui ne se trouve pas non plus du reste : on trouve seu- 
lement ncn, Lévit., 11, 16). Le système d'accentuation est peut-être celui qu'on 
trouve dans d'autres fragments de la Gueniza et qui diffère du système ordinaire (voir 
/. Q. Ii., VII, 564 et s.). 



DEUX LISTES C0MMEM0KAT1VES DE LA GUENIZA 67 

Un nouveau blanc de cinq lignes est suivi de quatre lignes 
d'écriture, dont la main est la même que celle de la liste. Mais 
comme elles sont effacées, on ne peut lire que des mots isolés, tels 
que cprars à la fin de la ligne 3, hxzm. . . 'pVa à la ligne 4, etc. 

La succession des descendants d'Abraham jusqu'à Çadoc est 
donc la suivante : Aaron, Josia, Aaron, Josia; les deux premiers 
gueonim, les deux autres « pères » de l'académie. Il s'ensuit que 
dans la généalogie de Samuel b. David un Aaron est tombé, que 
les titres des deux Josia y ont été renversés et que le titre de 
Aaron II est faux. Elle doit être corrigée et restituée comme suit : 
(i. a») «en lin» '-p? "pn ma aN îrpw&r 'na v* 7 r^ 3 2 ^ prix... 
ipsn pin» '-pa] (apy "psa mw* «an =) ann in" 1 ©»' 1 'va rrarçpn 
'idt ap:*i in«a nniai ean ama« 'Ta [apan Tins na"^. 

Examinons maintenant l'un après l'autre les différents noms 
dont se compose la liste. 

Abraham fut fondateur du gaonat. Il était, suivant ma conjec- 
ture, fils de Ben Méir. Dans les fragments de la polémique avec 
Saadia touchant le calendrier, il est question à plusieurs reprises 
d'un fils de Ben Méir. Ainsi Saadia dit de son antagoniste ' : nbum 
abia-iT Na*n îaboi a-^bun mwz narab ^ann snna lan n«. Il résulte 
de là que l'école de Ben Méir était ailleurs qu'à Jérusalem. C'est 
dans la ville sainte, par contre, qu'Abraham a dû instituer le 
gaonat, ne fût-ce que pour rehausser son autorité. 11 devint ainsi 
gaon, comme nous l'avons établi, vers 945. Combien de temps il 
le fut, c'est ce qu'on ne sait pas. Ce fut jusqu'en 960, ce serait de 
son temps que les Juifs des bords du Rhin (oim to») consultèrent 
les docteurs de Palestine sur l'arrivée du Messie et sur jono 
«a^Vr 2 . Mais il se peut que le gaon d'alors fût déjà le fils et succes- 
seur d'Abraham, 

Aaron. Ce nom était peut-être celui que portait Ben Méir 3 , et 
il aurait ensuite été reporté sur son petit-fils. Nous ne savons 
presque rien de cet Aaron. Nous sommes un peu mieux instruits 
sur le compte de son fils et successeur, 

Josia. Nous le trouvons d'abord nommé "psa na^*« iDao irpiûN"' 
"Q-pa ap?i au commencement d'une lettre adressée à ns-i*. En 

1. Voir R. É. /., LV11, 267. 

2. Voir ibid., XLIV, 238; XLVUI, 151. Si la réponse du roi des Khazares à Hasdai 
ion Schaprout est authentique, les mots b&nO"' V2DT1 bjn 13"TîbN 'T\ bx "ïj^y 
baanta m^UTn biO a-'blDVpa'SJ na^" 1 pourraient se rapporter également à 
l'époque d'Abraham et nous aurions la la preuve directe que son académie était à 
Jérusalem. 

3. Voir mon Schecklers Saadyana, p. 4. 

4. Cf. Worman, J. Q. R., XIX, 731, n° x\x. Mais cette ville n'est pas, comme le 
suppose Worman, Rilié en Egypte, mais Raphia sur la Méditerranée, c'est par ce mot 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

outre, il est cité avec le titre de iran dans la notice précitée de 
son petit-fils, écrite en L03I ; à cette époque il était déjà mort. 
On s'explique ainsi que Salomon b. Juda fût déjà gaon alors. 
Salomon avait été ab-bêt-din\ sans doute aux côtés de Josia ; 
il lui succéda plus tard : c'était L'usage, semble-til, que le 
« père » lut promu au rang de gaon. Ce que nous ignorons, c'est 
comment il se fit que le gaonat passa à un membre d'une autre 
famille; peut-être d'autres trouvailles élucideront-elles ce point. 
Les rôles furent alors intervertis : les Hillélides eurent le titre de 
ab-bH-din, sous la direction des autres gueonim. Ce fut déjà le 
cas du fils de Josia, 

Aaron, celui de la notice de 1031, où il est également désigné 
comme défunt. Il doit donc être mort jeune et ce fut peut-être 
pour cette raison que le gaonat passa à Salomon b. Juda. — Le fils 
d' Aaron, 

Josia, devint donc haber en 1031. Dans la notice publiée par 
Harkavy, il est appelé ab-bH-din à côté de Joseph ha-Cohen, qui 
était gaon, et de son frère Isaac qui avait le rang de « Troisième ». 
Ce Joseph ne peut guère être que le fils de Salomon b. Joseph, 
celui qui est nommé dans la Meguilla d'Ébiatar, qui fut supplanté par 
Daniel b. Azaria et qui mourut de chagrin en 1053. C'est aussi le 
seul endroit où Joseph est appelé en toutes lettres "paw n:yur> ©an 
apjr II succéda donc, quoique pour peu de temps, à son père dans 
le gaonat et il est singulier qu'il ne soit pas mentionné ailleurs 
comme tel. Il est bien dit dans la Meguilla d'Ébiatar (p. 2, 1. 8) que 
Daniel est venu tpaïaw ^tt Inan nrrbKi pian cpv wn, mais dans la 
liste de Greenstone, il est qualifié seulement de ab-bêt-din 2 et, 
dans la liste antérieurement éditée par moi, il ne figure pas du 



qu'Onkelos traduit Û"n:£n dans Dcut., n, 23 (cf. Schurer, 11 4 -, 108 et les textes qu'il 
y cite) et nous apprenons ici qu'il existait une communauté juive en cette ville aux 
confins du X e et du xi e siècle. Nous voyons en même temps que déjà Josia avait l'habi- 
tude, au lieu de donner le nom du père, d'écrire simplement "^-pn, ce qu'on trouve 
aussi alors chez Salomon heu Juda [Saadyana, p. 113 ; J. Q. R., XIX, 725, 726. 
728 ; ms. Bodl. 2873 3, 2874 ' «■■ '^, 2876 G "). — Dans la seconde moitié du xi e siècle, nous 
trouvons au Caire le gaon Josia b. Azaria ha-Cohen, qui a aidé son cousin David h, 
David à obtenir l'exilarcat (Meguilla d'Ébiatar, p. 3, 1. 6 et s.); seulement les gueonim 
'■uvptiens ne se nommaient pas apy "pic mr^i 1Z)N~I, mais blZ) m">£i ïJNI 

1. Voir./. Q. /;., XIX, 725, n" x : miT "aia na^TÎ 3N !l»bffi. 

■i. ./. Q. r,., y s., i, 48 : d^w mari inan nrib© isrnN îrm I3"n«... 
■pan ejoiït "nnai apa^ "pas na^a-> ta an pan imba Tpttm apan "pt« 
np:?"> pw naicr xovn "jnars nmaa* mam bsntB"i ba bta "pi ma a« 

'iai. Josepb est même nommé ici après son frère plus jeune Élie, justement à cause 
de leurs rangs respectifs. 



DEUX LISTES COMMÉMORATIVES DE LÀ GUEN1ZÀ 69 

tout 1 . De môme, nous trouvons au bas d'un document daté de 
Fostat 1092-, la signature : b"rr na^n ni* cpv '-pa )ïi3ïi rtobio et 
ce signataire, qui ne peut guère être qu'un fils de notre Joseph, 
ne donne aussi à son père que le titre de ab-bH-din. Quant à ce 
Salomon, qui émigra en Egypte, c'est sans doute le môme que 
celui qui écrivit dans ce pays, en 1071, une sorte de poème sur la 
défaite des Turcomans au Caire ; ici aussi il se nomme simple- 
ment : û^ièm p tpim fa pian ain rr^bus, sans aucun titre 3 . Ce 
point a encore besoin d'être élucidé. — Le fils de Josia '' nous est 
assez bien connu grâce à la Meguilla d'Ebiatar : c'est 

Çadoc, qui, sous le gaonat d'Élie, fils de Salomon b. Joseph, 
était « Quatrième » à l'académie et fut promu en 408:2 au rang de 
« Troisième ». Pendant le gaonat d'Ebiatar, qui fut si cruellement 
poursuivi par David b. Daniel, Çadoc prit la plus grande part c à la 
chute de ce dernier. C'est peut-être pour cette raison qu'il est 
nommé, avec le titre de Tran, dans un Kaddisch à côté du gaon 
Ébiatar et de Yab-bêt-din Salomon, son frère 3 . Plus tard, ce fut 
Çadoc qui fut promu au rang de ab-bH-din. Il mourut à Tyr, donc 
avant le transfert du gaonat par Ébiatar à Taraboulous, soit avant 
4109 ; une élégie composée par un Juif d'Alep lui décerne des 
éloges dithyrambiques 6 . — Çadoc laissa deux fils ; l'un, 

Moïse, signe un document en 1137 sous le nom de p*nx. mn iwa 
lïTtûfir '-ra V't "pi ^i 2 ^ p^n (ms. Bodl. 2878 2 ). D'après notre 
liste, il eut deux fils, qui moururent jeunes 7 . Un de ces fils, Josia, 



1. R. É. J., LI, 53. Cf. Marx, J. Q. R., N. S., I, 73. 

2. Saadyana, p. 81, n. 2. 

3. Texte édité par Greenstone dans A. J. S. L., XXII (1906), 144 et s. Cf. mes 
remarques, ibid., p. 247. 

4. Un des témoins de la Ketouba de l'exilarque David b. Daniel de l'année 1082 
(/. Q. R., XIII, 221) était (1. ri") 03) p"VJ3 3K 1ï-ptt3fiP "P3 rTHIÏT Cet Hodia 
était sans doute un fils de notre Josia et était peut-être le premier des descendants des 
gueonim billélites qui émigra en Egypte. 

5. Cf. Gedenkbuck Kaufmann, partie hébraïque, p. 53. 

6. Voir M. G. W. J., LU, 110. Que si Çadoc devint Eib-bêt-din encore du temps du 
gaonat d'Ebiatar, alors qu'auparavant c'était son frère Salomon, désigné par leur père 
Élie, il faut en conclure que Salomon s'est démis de sa charge, ce qui ne peut avoir 
eu lieu que par ce qu'il émigra encore du vivant d'Ebiatar en Egypte, où il porta le 
titre de ap?"* *pfrU na^O' 1 U3M") et où son fils Maçliah hérita ensuite de son titre. Le 
signataire d'une lettre adressée à un certain Jacob b. Isaac, '-pa I2n~ "JïtDr; pO"P 
'd'?3 HT^n 1Z3 N") n?3b;23 (/. Q. R., XIX, 724, u° vu), était peut-être un fils de 
Salomon et un frère de Maçliah (ou bien serait-ce Joseph b. Salomon b. Joseph ?). 

7. DTC3 HTI^pa D^DÛûrijrî ; dans les listes de Gaster [Gedenkbuck Kaufmann, 
p. 241, n° xv) et de Greenstone (J. Q. R., N. S., I, 5, n. 6) : D^O ~)£lp3 HSaDjï"! 
(cf. aussi au bas la deuxième liste, 1. 12 : rrnatpa "paam rin ÎTrT). Peut-être Le 
verbe a^CLSnsn, doit-il signifier qu'ils sont morts soudainement. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est nommé dans la liste, éd. Greenslone (L c, p. 48-49) : iM-na 
«ayn 'a-ra 'pVd "m^m . ..-maci -non nra . ..'pVa insm ...pins 
m^n -ind naMïi -iran irna&r. Un Josia b. Moïse signe un document 
conjointement avec Abraham b. Hillel nommé ci-après [Jews* 
Collège Jubilee Volume, p. 108) et Marx l'identifie, non sans 
raison peut-être, avec notre Josia. — Un second fils de Çadoc, 

Hillel, était dayyan (juge). Nous trouvons sa signature au bas 
de documents écrits en Egypte en 1155-64 l comme aussi d'un 
document non daté (ms. Bodl. 2878 7G : j-h ma a» pvus ^aTa bbii 
b"£T). — Hillel n'eut pas moins de cinq fils. L'aîné, appelé dans 
notre liste 

Nehoraï, c'est-à-dire Méir, fut également dayyân. Nous le trou- 
vons en effet comme signataire d'un document daté de Fostât, 
27 tammouz 1161 (ms. Bodl., 2878 78 : bi ma pris -rn bbïi "va -pN7:). 
— Le second fils de Hillel s'appelait 

Juda, c'est tout ce que nous savons de lui. — Le troisième 
s'appelait 

Abraham, sans doute l'auteur de la Meguilla de Zouta. Il signe 
un document au Caire le 5 Kislew 1207 (ms. Bodl., 2876 * : D!Tdn 
Si aa p-n£ n">a bbn Va) et a composé notamment une seliha (ibid., 
2852 5/l ). Son arrière-petit-fils fut Samuel ha-Naguid, cité plus 
haut. — Le quatrième fils de Hillel, 

Josia, était médecin. Il eut deux fils : Èlazar, qui fut également 
médecin, et Jacob, qui, comme les fils de Moïse b. Çadoc, fut 
enlevé dans sa jeunesse. — Enfin, le cinquième fils de Hillel se 
nommait 

Moïse et il reçoit le titre de na^ti n? 2 . Il eut trois fils : Hillel, 
surnommé rmrm banu^ ■pa* tcû, ce qui est peut-être un titre 
officiel 3 , Juda et Hanania, qui termine la liste. 



1. Voir Marx, l. c, 74. 

2. A ajouter aux différents qualificatifs formés arec ^a"^"', voir Z. f. H. B., X, 146. 
'■'>. Un document de la Gueniza (Saadyana, éd. Scliechter, p 82, n. 4) est signé par 

rmrm ïtinw* y-us Taa mn^nn ne b-narr -r:;:n mianb nmrwn maiy. 

L'exilarque David b. Daniel de l'Egypte est nommé rmm 5NTtï5^ y~N N V »Z53 
nblSn "^a ?a> BP&ftl (•/• Q- B-, XIII, 22'J). Et nous avons vu plus haut que Samuel, 
l'auteur du commentaire du Pentateuque, est également appelé Naguid, 



DEUX LISTES COMMÉMORATIVES DE LA GUEN1ZA 71 

Nous pouvons ainsi dresser l'arbre généalogique suivant, qui 
ne comprend pas moins de douze générations : 

Ben Méir, nmu^ tûêti (922) 

I 
Abraham, apy "peu na^"» U3&n (945-960?) 

I 

Aaron, apan "pew na^z^ œan 

Josia, ap?"> "pett na^ wi 
Aaron, Ta» 



Josia, "ian (1031), puis Y'aN Isaac, TO^tt 



Çadoc, iDTia (1082), puis V'a« (après 1094) ; Hodia (1082) 
Moïse (1137) Hillel (1155-64) 

Josia x x 



Nehoraï,c.-à-d.Méir(116l);Juda; Abraham (1207); Josia Moïse 

Salomon Elazar; Jacob Hillel ; Juda ; Hanania 

I 
David 

I 
Samuel ha-Naguid 



ïl 



La deuxième liste commémorative éditée ici contient également 
quelques données sur l'histoire des gueonim aaronides de Pales- 
tine, mais les indications y relatives ne sont pas toujours claires. 
Ses autres indications se rapportent à l'Egypte et un grand nombre 
des noms qu'elles contient sont inconnus par ailleurs. Gomme 
nous le verrons plus loin, cette liste date du temps d'Abraham 
Maïmonide. 

Elle est écrite sur un côté d'un feuillet, dont l'autre côté contient 
une poésie *. Elle se compose de dix-huit lignes, mais des mots 
sont ajoutés çà et là, en plus petits caractères, entre les lignes. 
Elle est par endroits illisible. Voici ce qu'on en peut lire : 

û^na 1 

W 123&n 

bbai mbsE 'ram 'an 'a 'tz^ 'n n^bra 'ai "pn n^a ax ûi-naa 'T^rt 'un -imaN 2 
uan ^'25i ûmaN 'ai rrnï-p 'inn n 'm biona bbai rpvi mana 3 

1. Voirie Catalogue de Neubauer-Cowley, II, col. 369, en haut. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ontt? ai battra 73m ne** *todi mana -i^m ...72 'in nbra 'di mpn 

nbiJ i73n 

D-itt* TOSi -nnan '3t mna 'di nn» 1 » [ma]-ia bbai maia 173m s 

173m anwiïTi 172m nann Nain bbai iT^bN -n-ram 6 

apjm prnrn ûîma« vn^n nra-iio nia?3 173m snuîim 173m son 7 

burw* T»b« ma bbai -nnan 173m nratt "173m ... amcim s 

3T ... nmana wm wiïmd 173m 'b'T nbiia 'p'nnaoa nann ban»» 9 

...wN-wH itzn "wi wonn -ipr-r -non iïtmti 'm '"173 'nid "i73n bban 10 

ïman ^rai rDibnn iw i^th *aTi» m&rrç»n -it? banat» batt ai 11 

bbai 

-nnan 173m banara 173m 'on rran 'ai mnafcpa "pasm nn mm 12 
Dibarw 'b'at'T aôia* 13 

sp-p m 
li73" , 73 m tp-n m pnar 173m rrnai* m ttîabtt 173m wav 14 
bénin btwnïa mib 

i73n ""aiai in^ai «j^rn barcrE 'b'T nu)73 ai 'b'T mil nan "^un 15 
irraia 'Tan m aita mana 

D^ban^ fabata ma na*»* ma ..ma niabw ma mbaro ma «on mai 16 
? ? 
aai m -imiTy 173m ""Tabwpn b-mn non ^anan -marn ara* n 

bbai mnan a*nsa* m '3m 'nn wit* '73m 'am nn d^dn 73m 18 

La division en prêtres, lévites et israélîtes rappelle le fragment 
Gaster*. Au commencement (1. 2) il est dit que le chef d'école 
Ébiatar a eu deux fils 2 . L'un d'eux est Élie qui émigra en Egypte 
et pour qui fut copié là, en l'an 1112, la Mouschtamil (v. /. Q. R., 
XV, 95) ; le nom de l'autre est inconnu. Je ne sais quel est cet 
Abraham ha-Cohen, Ab-bêt-din, et où il a fonctionné 3 . Salomon et 
son fils Maçliah sont les deux personnages mentionnés plus haut, 
le frère et le neveu d'Ébiatar. A la ligne 4, noter le nom de Tikwa, 
rare dans la Bible, mais qui reparaît dans d'autres fragments de la 
Gueniza ; ; à la ligne 3 et 5, le nom également rare de Berakhot, 
dont j'ai parlé ailleurs s . Le nom de Oulla, écrit ttbw (entre les 1. 4 
et 5), figure aussi dans d'autres fragments de la Gueniza 6 . — Dosa 
et ses descendants jusqu'à la sixième génération (1. 6-8) se 
retrouvent dans la liste commémoralive précédemment publiée 
par moi. Ils formaient une famille distinguée en Egypte au 

1. L. c, p. 242, n° xvn. 

2. (TmTSn "Oiai =) 'l73n 'tûl. Dans le Catalogue, l. c, il y a "7 '3 3N au lieu 
de imaN, mais le fac-similé que j'ai sous les yeux a clairement ce dernier nom. 

3. On connaît un Abraham Ab-bèt-din dans les dernières années de Haï (v. îi. É. ./., 
LV, 52, n. 15). 

4. Voir mon Schechfers Saadyana, p. 13, .s. v. Jefet b. Tikwa. 
.'i. Il Nome Meborak, p. 17. 

6. Voir mon Schechlers Saadyana, p. 17, s. v. Ulla. 



DEUX LISTES C0MMÉM0RAT1VES DE LÀ GUEN1ZA 73 

xn e siècle et c'est en l'honneur du premier ou du second Josué 
b. Dosa que Juda ha-Lévi a composé un poème, commençant par 
Jiairpa rm ï»t iaa '. Ici cette famille est qualifiée de b«TO T»b» 
ma. — Samuel nbYWtt ■p-^moa "an (1. 9) est à ajouter aux porteurs 
connus de ce titre 2 , et si ce titre n'a été décerné que par les 
gueonim palestiniens, Samuel appartient au plus tard au premier 
quart du xn e siècle. Au titre de son fils Schemaria, rmana ^œm, 
on peut comparer celui de Samuel (rmana 1.) mana "^busn 
(J. Q. R., XIX, 729, n° xxi) ; Salomon b. Tobia rmana ■rçpbœtt 
(ms. Bodl. 2878 4 ) ; Élie ha- Cohen rmana ^a-itt, signataire 
d'un document de 1045 à côté de gaon Salomon b. Juda [J. Q. /?., 
XIX, 728); le susmentionné Élie, fils d'Ébiatar Gaon. qui est 
nommé rmana ^ann (/?. É. /., LI, 53, et /. Q. #., N. S. I, 50] 
et Abraham b. Natan rmana (1. -ynaioïi) rwnatttt (J. Q. /?., XIX, 
732, n° xxxvi). — Samuel, fils du médecin Hanania (1. 11), est le 
naguid de ce nom, ne fût-ce qu'à cause de l'épithète \jytn Witt 
naibttn ytjp, qui lui est encore appliquée ailleurs 3 . Nous appre- 
nons ici qu'il avait deux fils : Jahya, qui mourut jeune, et Hana- 
nia, qui eut à son tour un fils, Samuel. Voilà qui met fin défini- 
tivement à la question controversée du nombre des fils de ce 
naguid, et dans le poème de Juda ha-Lévi. (Diwàn, éd. Brody, I, 
p. 110), il faut rapporter le premier vers nrabun rma rmn û-nwb 
ïTYWEtt "Op à Samuel et à ses deux fils, malgré l'indication du 
titre : via mabian t?mîi httynw 'nb '*. 

La seconde série de noms énumère d'abord tous les ancêtres de 
Maïmonide jusqu'à celui-ci, mais, chose singulière, sans épithète. 
Le frère de Maïmonide, David, qui fit naufrage dans un voyage aux 
Indes, est également mentionné. Moïse étant le dernier cité, la 
liste pourrait avoir été composée du temps de son fils Abraham. — 
Isaïe b. Mischaël ha Lévi (1. 15) est connu comme l'auteur d'une 
dissertation en arabe sur l'âme, dont Hirschfeld a édité le début 
d'après un fragment de la Gueniza (/. Q. R., XVII, 67; cf. mon 
Zur jud.-arab. Litteratur, p. 22 j. — A la 1. 16 sont mentionnées 
plusieurs familles considérées, parmi lesquelles reparaît celle de 
Dosa. Entre les lignes 15 et 16, nous retrouvons un aaronide, ïob, 
dont le nom n'a été signalé jusqu'à présent que chez un fils du 



1. Voir R. E. J., LI, 53; mais il manque là le premier Dosa, le second Josué et les 
deux Moïse. 

2. Z. f. IU B., X, 146. 

3. Voir M. G. W. J., XL1, 504, 1. 6. 

4. Kaufmann (M. G. W. </., XL, 420) a donc raison contre Luzzatto (Virgo, 18) et 
Brody (note sur ce passage, p. 186). 



74 REVUE DES ETUDES JUIVES 

gaon Çémah b. Paltoï (/. Q. 7?., XVIII, 402). — Le nom ara (1. 17) 
peut être lu aussi bien à l'hébraïque, Job, qu'à l'arabe, Ayyoub '. 
Le fils du précédent, Hasdaï, désigné ici comme « grand prince 
Jérusalémite », est inconnu par ailleurs. 

On voit que cette liste n'est pas non plus sans intérêt et qu'elle 
peut contribuer à la solution de plus d'un problème d'histoire 
littéraire. 

Varsovie, le 18 mars 1913. 

Samuel Poznanski. 



1. Voir mon Schechters Saadyana, p. 13, s. v. Jacob b. I.job. 



LES JUIFS 

DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUGAIRlî 

(fin 1 ) 



6. S. ibn Verga 2 rapporte qu'en 1195 plusieurs Juifs de Beaucaire 
périrent au cours d'une persécution dirigée contre eux. Nous ne 
possédons aucun document latin venant à l'appui de cette asser- 
tion. Nous supposons qu'il y a une erreur de date dans le texte 
d'ibn Verga et que la persécution dont il parle a eu lieu soit en 
1216, époque à laquelle le jeune Raymond VII assiégeait le château 
de Beaucaire, défendu par Lambert de Limoux, sénéchal de Simon 
de Montfort, soit plutôt en 1294, au moment où Beaucaire était 
livré aux excès des garnisaires (comestores), qui pillaient les biens 
des habitants et où Philippe le Bel ordonnait à son sénéchal d'ame- 
ner, à l'amiable, les Juifs à aemeurer près des murs de la ville 3 . 

Quoi qu'il en soit, l'annexion du Bas-Languedoc à la couronne 
royale eut les conséquences les plus funestes pour les Juifs. Non 
seulement ils sont exclus, aux termes du traité de Paris de 1229, 
des fonctions publiques, principalement de la bailie \ mais encore 
il leur est défendu de contribuer, comme au temps des Raymonds, 
aux dépenses de l'Université 5 . Le sénéchal, Pèlerin Latinier, pour 

1. Voir Revue, t. LXV, p. 181. 

2. Schéb. Je/i., 113. Cf. Graetz, Gesch. der Juden, VI, 104. 

3. E. Martin-Chabot, Les Archives delà Cour des Comptes, Aides et Finances de 
Montpellier, p. 26. — Cf. Dom Vaissète, Hist. gén. du Languedoc, X, p. 299 et 315, 
et Ménard, Hist. de la ville de Nismes, \, p. 125. 

4. « Instituemus etiam ballivos non judaeos sed catholicos in terra et nulla heresis 
suspicione notatos, et taies prohibiti non possint admitti ad emendum redditus civi- 
tatum, villarnm vel eastrorum vel pedagiorum, et, si forte aliquis talis iynoranter 
institutus fuerit, expellemus eum et puniemus, cnm super hoc fuerimus certificati. » 
Dom Vaissète, ouvr. cité, VIII, col. 885. 

5. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 481. « Item sit vobis (Inquisitoribus) notum 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lt^s avoir sous les mains et les pressurer à sa guise, détourna à son 
profit, malgré les réclamations de la population chrétienne, la con- 
tribution municipale qu'ils payaient jusqu'alors, et il ne fallut rien 
moins que la présence de saint Louis à Beaucaire (10 juillet 1254) 
pour donner satisfaction à ses habitants et décider qu'à l'avenir 
seraient seuls exemptés de cette taxe les trois fonctionnaires sui- 
vants : le viguier, le juge et le notaire ou greffier de la Cour '. 

Le sénéchal ne s'arrêta pas en si bon chemin. Astruc, fils de 
Bonjuif, possédait, à Beaucaire, un ouvroir, qu'il avait loué à Guil- 
lem Ferrulus moyennant le prix de 40 sous de raimondins. Pèlerin 
Latinier n'hésita pas à s'en emparer 2 . Son successeur, Pierre 
d'Athies, n'eut point plus de scrupule. Il confisqua une partie 
notable de l'indemnité qui était due à la juive Bonosa pour la 
démolition de sa maison 3 et condamna, «sine sentencia, sine justa 
ratione », Mossé, fils de Léon, à 75 livres de tournois pour avoir 
proféré, en sa présence, des injures à l'adresse de son coreligion- 
naire Abraham, bien que les deux parties se fussent réconciliées 
avant le prononcé de la sentence 4 . Il n'agit pas autrement, d'ail- 
leurs, envers Randon, seigneur de Château-Neuf (Lozère), auquel 
il extorqua 5.000 sous de pougeoises * J , envers Salomon, «son 
juif», auquel il prit 60 livres de tournois c , et envers Bernard Gon- 

quod Judaei Bellicadri consueverunt conferre in expensis quas Universitas Bellicadri 
faciebat, tempore quo cornes Tliolosae habebat terrain, et postea tempore illo quo domi- 
nus Percgrinus erat senescallus consueverunt conferre. Et postea dictus dominus Pere- 
grinus voluit habere Judaeos Bellicadri ad manum suam, extorquens ab eis quandam 
summam pccuuiae quolibet anno, et a tempore illo citra dominus Peregrinus et alii 
senescalli post eum non sustinuerunt quod Judaei dicti castri conferrent in expensis 
dictae universitatis. Uude postulant praedicti sindici, nomine universitatis castri, ut 
dicti Judaei teueantur conferre in fulurum secundum quod juris est secundum facul- 
tatem patrimoniorum suorum, in expensis universitatis dicti castri. » 

1. Dom Vaissète, ouvr. cité, VI, p. 835-836. 

2. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 488. 

3. Voir Revue, t. LXV, p. 183. 

4. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 464. « Significat Mosse judaeus, filius 

coodam Leonis, quod Petrus de Atiis, senescallus quondam Bellic, habuit ab ipso Mosse 
judaeo LXXV libras turonensium, bac ratione videlicet quod dictus Mosse habuit verba 
cum Abram judaeo, de quibus dictus Abram conquestus fuit coram dicto senescallo 
sub forma injuriae. Et ante sentenciam causae dictus Abram fecit pacem et finem dicto 
Mosse, ita quod non fuit sentenciatum contra dictum Mosse, nec venit ad sentenciam, 
et oichilominus remansit quin dictus P. de Atiis sine sentencia haberet et habuit, vel 
aliis pro <-o, ab ipso Mosse septuaginta et quinque libras turon. vel ab alio nomine 
dicli Mosse. Et quia dictusjP. de Atiis sine justa ratione habuit dictas LXXV libras ab 
ipso Mosse vel alio Domine suo, ideo postulat ab illustri domino rege Fraociae ut prae- 
dictas LXXV libras faciat ei restitui a praedicto P. de Atiis. » 

5. Monnaie de l'évêque du Puy (Haute-Loire). 

6. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 400. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 77 

delenus, qu'il condamna à 5.000 sous de raimondins, sous le pré- 
texte qu'il avait fait violence à une femme et dérobé quelques 
deniers à un Juif 1 . 

Ces exemples de cupidité furent suivis, d'une part, par Milat, 
lieutenant d'Hugues d'Arcis, sénéchal de Béziers, qui intercepta 
en sa faveur « unum anulum aureum cum smaragdo et unum 
cultellum parvum argenteum totum et gaginam similiter argen- 
team et unam zonam cericam de grana », objets que deux chré- 
tiens avaient donnés en gages à Crescas, Juif de Montpellier 2 ; 
et, d'autre part, par le sénéchal Guillaume d'Ormois, qui avait 
trouvé un moyen commode d'augmenter ses émoluments en s'em- 
parant : 1 J d'une maison qui avait appartenu au Juif Abram de na 
Rossa et dont son coreligionnaire Davin,filsde Crescas, « capel- 
lanus 3 », tuteur légal de Castellane, Mairone et Cima, filles d'Abram, 
demanda la restitution aux Enquêteurs '', et 2° d'un four qui était 
situé dans la Juiverie de Béziers et que son légitime propriétaire, 
Dieulogar, fils de Bénédit, de Vias 5 , avait acheté de Mossé, fils 
d'AbbaMari 6 . 

A cette époque, d'ailleurs, sénéchaux, viguiers, châtelains ou 
sergents s'entendaient à merveille pour extorquer de l'argent aux 
habitants de la Sénéchaussée. Ils n'établissaient, sous ce rapport, 
aucune distinction entre Juifs et Chrétiens et ne songeaient 
nullement à favoriser les uns au détriment des autres ; ils étaient 
préoccupés, avant tout, de leur intérêt personnel, du profit qu'ils 
pouvaient retirer de leurs fonctions. « Amice, caram emi vicariam 
et volo habere de vestro 7 . Ami, j'ai payé cher ma viguerie, je 
veux avoir de votre argent », dit un jour Raoul de Saint-Quentin, 



1. Ibid., p. 444. 

2. Ibid., p. 326. 

3. Capellan = ministre du culte, rabbin ou officiant. 

4. Ibid. — « Significat vobis Inquisitoribus in partibus istis pro domino rege desti- 
natis conquerendo Davi, judaeus de Biterri, filius quondam Crescas capellani tutor seu 
administrator a judice Curiae Biterris domini régis Franciae datus infantibus quon- 
dam Abraae de na Rossa judaei, videlicet Castellanae, Maironae, Cimae, sororibus, ad 
res et personas ipsarum ministrandas et regendas, quod Guillelmus de Urmeio, senes- 
callus Carcassonae et Biterris, tempore quo erat senescallus, injuste abstulit dicto 
Abraae, patri dictarum infantum, unum mansum qui est infra Biterrim, quem ipse 

Abraam construxerat et baedificaverat de suo proprio. Unde supplicat vobis quod 

dictum mansum eisdem infantibus reddi atque restitui faciatis, prout vobis videbitur, 
secundum Deum et justiciam faciendo. » 

5. Canton d'Agde, Hérault. 

6. Léopold Delisle, XXIV, p. 327. — Dieulogar est sans doute identique avec Diex- 
lo-gar dont les biens furent confisqués, en 1306, à Narbonne. Saige, ouvr. cit., p. 282. 

1. Ibid., p. 463. 



HKVUE DES ETUDES JUIVES 

viguier de Beaucaire, à un sujet du roi. Bonysac Nassi, Juif de 
Beaucaire, ne tarda pas à éprouver, à ses dépens, les effets de cet 
aveu cynique. Il possédait, sur la place du Marché, quatre élaux et 
un ouvroir rapportant par an, les premiers 12 livres de raimondins 
et le second 4 livres, et dans le bourg neuf, près du château, plu- 
sieurs maisons dont le cens annuel s'élevait à 47 sous et 6 deniers. 
Sous le fallacieux prétexte qu'il ne tenait pas ses comptes en règle, 
le viguierle lit mettre aux fers et le contraignit, à force de menaces 
de toute sorte, à lui céder ses biens pour le prix de 3.000 sous de 
raimondins, au lieu de 7.000 qu'ils valaient réellement. C'est en 
vain qu'au nom de ses enfants, Bonosa, femme de Bonysac Nassi, 
demanda aux Enquêteurs, à charge pour elle de restituer à qui de 
droit les sommes perçues jadis par son mari \ l'annulation de cette 
vente illégale parce que, disait-elle, dictus Radulfus, cum esset 
tune vicarius, de jure emere non potnerit. 

Les successeurs du viguier Baoul de Saint-Quentin n'agissent 
pas avec moins de caprice ni avec moins de violence. C'est, tantôt, 
Raoul de Salenches qui condamne à une amende de 60 sous de rai- 
mondins un chrétien pour en être venu aux mains avec Salvatus, 
Juif de Beaucaire, au sujet d'une charge de bois dont il lui disputait 



1. Ibid. — Siguificat Bonosa judaea, uxor condam Bonysac Naci, quod Radul- 
fus de Sancto Quintino, tune vicarius Belliquadri, et Stepbanus Balianus, cupientes 
liabere tabulas, operatorium et census infrascriptos, ceperunt dicturn Bonysac ex eo 
quod non fecerat solucionem pelagii, cujus pelagii redditus dictus Bonysac cum qui- 
busdarn aliis emerat a domino senescallo, et cum tenerctur captus dictus Bonysac, 
compulsus a dicto RaduH'o vicario, veudidit ipsi Radulfo et dicto Stephano Balaiano 
quatuor tabulas quae sunt in macello hujus castri Belliquadri, de quibus tabellis babe- 
bat d. Bonysac singulis annis cum pertinences suis pro loquerio duodecim libras 
ramundensium, et quoddam operatorium quod est juxta macellum, de quo babebat d. 
Bonysac quolibet alio anno quatuor libras ramund., et quadraginta et septem solidos 
et se* denarios ramundenses censuales quos percipiebat in quibusdam staribus quae 
sunt in boc castro Belliquadri, in burgo novo, quas tabulas et operatorium et dicturn 
censum voluerunt babere et habuerunt praedicti Radulfus et Balaianus pro tribus mili- 
bus solidis ramund., quae tabulae et operatorium et diclus census appreciabantur tune 
et valebant septem milia solidorum ramundensium et modo valent bene octo milia 
solidorum et plus. Quas tabulas et operatorium et dicturn censum tenet et possidet 
Raimunda, uxor condam et beres dicti St. Balaiani. Unde, cum dictus Bonysac, captus 
et vi et metu inductus, praedictas tabulas et operatorium et censum vendiderit longe 
miuori precio quam valerent, et dictus Radulfus, cum essset tune vicarius, de jure 
emere non potnerit, postulat dicta Bonosa, Domine liberorum dicti Bonysac et suorum, 
quorum est aministratrix, sibi restitui praedictas tabulas et operatorium et dicturn 
cenfuim a praedicta Raimunda cum fructibus inde perceptis, protestans se paratam 
restituere ad cogoitiooem vestram Baimundae, uxori condam et beredi dicti St. 
Balaiani, praedicta tria milia solidorum ramundensium. 

Juravit dicta Bonosa et post sacramentum dixit et asseruit omnia supra dicta esse 
vera. Negavit Raimunda 



LES JUIFS DE LA SENECHAUSSEE DE BEAUCAIHE 79 

la possession ' ou qui extorque, « propria voluntate et sine judicis 
cognitione », pareille somme au Juif Sùllam, qui s'était porté caution 
pour un chrétien avec lequel il avait joué aux dés 2 , et 40 sous de 
raimondins et une liée de poissons à un autre chrétien, Guillem de 
la Tour, pour avoir joué avec un Juif 3 ; tantôt, Raymond de Fons 
qui exige, sans le moindre scrupule «et sine judiciara cognicione », 
20 sous nîmois du Juif Josse, fils de Bending, pour avoir refusé de 
se présenter devant lui, alors qu'étant « in ostagiis » à Tarascon, il 
lui était de toute impossibilité de répondre à son appel sans l'au- 
torisation de la Cour, et qui n'hésite pas, pour s'assurer le paiement 
de cette amende arbitraire, à saisir les clefs de la maison de Josse 
et « herbam ferraginis... quam dédit ad comedendum equis suis ! ». 
C'est encore le même viguier qui, pour avoir acheté, en traversant 
Beaucaire avec un de ses coreligionnaires, pour une obole de pain 
« obolatam panis », et payé en monnaie raimondine, parce qu'il 
ignorait qu'un édit récent avait seul autorisé l'usage delà monnaie 
de Nîmes, fait mettre aux fers Durand, Juif d'Arles, lui inflige une 
amende de 15 sous nîmois et confisque, pour se faire payer, « capam 
suam blavam de caparès cum manicis » 5 . 

1. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 463. 

2. Ibid., p. 460-61. 

3. Ibid., p. 462. 

4. Ibid., p. 460. — « Significat Josse, judaeus, filius condam Bendig, quod 

quodam die, cum ipse esset in ostagiis apud Tharasconem, Raimundus de Fonte, 
vicarius Belliquadri tune, citavit ipsum ut veniret coram ipso. Josse, timens pœnam 
perjurii et poenam peccuniariam statuam a curia Tharasconis contra illos qui exeunt 
de ostagiis sine licencia, cum non posset invenire licentiam ab eo qui eum tenebat iu 
ostagiis exeundi de dictis ostagiis, non potuit venire coram dicto vicario, et ideo quia 
non venit, dictus Raimundus de Fonte sine judiciara cognicione voluit habere ab ipso 
Josse viginti solidos nemausensium pro quibus accepit causa pignorrs claves domus 
dicti Josse et eas noluit sibi reddere quousque liabuit ab inquilinis qui conducebant 
dictam domum. de loquerio ipsius domus. viginti solidos nemausensium. — Item 
habuit ab eo pro dicta occasione herbam ferraginis ipsius Josse,'quam dédit ad come- 
dendum equis suis, quam herbam vendiderat dictus Josse octo sestaria ordei. Unde 
petit etc. — Confitetur Raimundus de Fonte se babuisse dictos viginti solidos et de 
herba dictae ferraginis, sed nescit quantum, et habuit ideo quia, cum ipse teneretur 
in ostagiis in hoc Castro, et ipse vicarius relaxasset eum ad instanciam ipsius ab 
ostagiis, ita quod infra certam diem rediret in dictis ostagiis, et super hoc praestitit 
juramentum dictus Josse. licet multociens fecisset eum citari, noluit postea coram eo 
comparare. Quod dictus Josse negat et dixit dictus Josse quod dictus Raimundus pro- 
misit ei coram domino senescallo quod ipse reddiret ei dictos viginti solidos et dicta 
octo sestaria ordei, quod dictus Raimundus negat. » 

5. « Significat Durantus judaeus, de Arelate, quod tempore quo R. de Fonte 

erat vicarius de Bellicadro, cum ipse et quidam alins judaeus transeuntes Bellicadro 
euntes Avinionem, émissent obolatam panis Bellicadro et suivissent unum denarium 
ramund. credentes quod, sicut erat solitum, moneta ramund. ibi publici discurreret, 
praedictus Raimundus fecit eos capi, imponens eis quod ipsi feceraut contra edictum 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est Raymond de Fons enfin qui fait appréhender par les ser- 
ments de la Cour un pauvre maître d'école, Simon, Juif d'Arles, un 
soir qu'amenant avec lui deux enfants, il sortait de la maison de 
31osse, iils de Cure, une lanterne à la main et enveloppé d'une 
chape de couleur que Mosse lui avait prêtée. Accusé de vouloir, 
ainsi vêtu; aller à la recherche d'aventures galantes, « quaesitum 
meretrices », le Juif se vit condamner à dix sous nîmois, pour la 
garantie desquels le viguier se fit donner : « unum mantellum mica- 
datum, cujus medielas erat de panno de hruneta et alia medietas 
de staminé forti de grana cum penna cirogrillorum, qui mantellus 
valebat tune bene viginti solidos nemaus. '. » 

7. On sait qu'une des clauses du traité de Paris (1229) stipulait 
qu'à l'avenir les Juifs seraient exclus de toutes les fonctions publi- 
ques. Cette défense ne fut cependant pas rigoureusement observée 
en Languedoc du moins. Nous trouvons, en effet, un Juif, nommé 
Astruguet, remplissant, sous le règne de saint Louis, les fonctions 
de trésorier du roi ou de receveur des deniers royaux dans la Séné- 
chaussée de Carcassonne. Il est qualifié Officialis régis... qui 
recepit pro domino rege justicias et emendas istius terme 2 . Un 
autre, Abraham, était investi, en 1230, de la même charge àSom- 
mières 3 . A Beaucaire, Natan était en possession, durant deux ans, 
au nom du roi, des leudes de la ville ''. D'autres, enfin, étaient 
bailes à Nîmes ' 6 , à Fournès et à la Calmette 6 . 

C'est en vain également que les conciles de Béziers (1246) et 
d'Albi (1254) avaient défendu aux chrétiens, sous peine d'excom- 
munication, de se faire soigner par des médecins juifs. Cette défense 
était restée lettre morte. Les « Querimoniae » nous apprennent, en 

et publicum conizacionem domini régis, quoniam praeconizatum erat Bellicadro quod 
Dulla alia moneta nisi nemausensis ibi solveretur, quod ipsi ignorabant, cum tune 
dicta moueta nemausensis nuper exivisset, et tenuit eos tam diu captos donec babuit 
et extorsit ab eis quindecim solidos nemausensium, ita quod capam suam blavam de 
capares cum manicis vendi fecit dictus vicarius, quae fuit data pro dictis quindecim 
solidis et valebat bene viginti solidos nemaus. Et praeterea Guillelmus Bocardus, tune 
nuucius curiae, babuit ab eo vel ab alio nomine ipsius viginti denarios vienuenses. » 
Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 508. 

1. Ibid., p. 528. 

2. Léopold Delisle, Recueil, XXIV, p. 323 et suiv. 
:). Voir Revue, t. LXV, p. 188. 

4. « Item dicuut (Raimundus de Roca Maura et Raimbaldus fratres) quod dictus 
Natan, tempore quo tenuit dictas lesdas pro domino rege, babuit et percepit per duos 
aunos sextam partem quam ipsi babent in dictis lesdis. » L. Delisle, Recueil, XXIV, 
p. 502. 

5. Ibi<L, p. 410. 

0. Voir Revue, t. ib., p. 190. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCA1RE 81 

effet, qu'au moment même où elle venait d'être édictée, «Maître 
Salomon » essaya d'obtenir, par le canal des Enquêteurs, le paie- 
ment de dix livres de melgoriens que Simon de Mueil, châtelain de 
Minerve ', lui devait pour son salaire 2 . 

A cette époque cependant, la situation des Juifs était loin d'être 
heureuse. L'antipathie religieuse de saint Louis lui dictait à leur 
encontre les mesures les plus vexatoires. Tantôt il décide que les 
créances des Juifs cesseront de porter intérêts à leur profit et que 
les débiteurs ne pourront plus être contraints à payer parla justice 
royale ou seigneuriale; tantôt il acquitte les chrétiens du tiers des 
sommes qu'ils leur devaient ou ordonne la confiscation de leurs 
biens, qu'il s'empresse, d'ailleurs, pour manque de soins, d'enlever 
peuaprès àleurs détenteurs etde remettre aux Enquêteurs 3 ; tantôt 
enfin il les expulse du domaine royal, mais ne tarde pas à les y rap- 
peler en leur imposant toutefois le port de la roue et en les privant 
duTalmud 4 . 

Philippe-le-Bel se montra encore plus rigoureux. Poussé par un 
besoin pressant d'argent et bien convaincu que les revenus qu'il 
comptait tirer des Juifs suffiraient largement à combler le déficit 
du trésor royal, il ordonna, le 31 mai 1294, au sénéchal Alphonse 
de Rouvrai d'envoyer à Paris Baronet, Juif de Beaucaire, et deux 
autres des plus riches Juifs de sa Sénéchaussée pour s'entendre 
avec lui sur l'importance de la taille qu'il avait résolu d'imposer 
aux Juifs du Bas-Languedoc 3 . Déçu dans ses espérances, il enjoi- 
gnit, l'année suivante, au même Sénéchal de faire arrêter les plus 
riches Juifs du pays, aussi bien ceux qui étaient placés sous la 
juridiction royale que ceux qui étaient soumis à des seigneurs 
particuliers, de saisir leurs biens mobiliers et immobiliers et de 
faire expédier, sans délai, six d'entre eux à Paris. Philippe-le-Bel 
les fit aussitôt incarcérer au Châtelet et ne les relâcha que lorsqu'ils 
eurent confessé le montant de leurs créances 6 . Par condescendance 
cependant pour l'évêque de Nîmes, qui prétendait qu'on ne pouvait 
rien entreprendre sur les hommes « taillables de son église et 
sujets de sa justice », il consentit à mettre en liberté ceux qui 

i. Canton d'Olonzac, Hérault. 

2. ... « débet sibi x libras melgoriensium pro salario suo seu mercede, quos sol- 
vere contradicit. » L. Delisle, Recueil, XXIV, p. 361. 

3. Robert Michel, L'Administration Royale dans la Sénéchaussée de Beaucaire 
au temps de saint Louis, p. 350. 

4. Ordonnances, I, p. 53, 54 et 55 ; ibid., p. 75 et 85. 

5. E. Martin -Chabot, Les Archives de la Cour des Comptes, Aides et Finances 
de Montpellier, p. 19. 

6. Ménard, Histoire de Nismes, I, 412, 413. 

T. LXVI, n° 131. 6 



82 KEYUE DES ETUDES JUIVES 

étaient placés sous sa protection et à leur restituer les biens que le 
sénéchal avait confisqués '. 

Il n'entrait pas dans les vues de Philippe le-Bel de s'arrêter là. 
En 1299, il renouvela l'ordonnance de saint Louis (1254) qui inter- 
disait aux Juifs le prêt à intérêts et le commerce d'argent. C'était 
tarir la source de leurs revenus et, par contre-coup, les siens, 
puisqu'il mettait ainsi les Juifs dans l'impossibilité de lui payer les 
impôts ordinaires et extraordinaires auxquels il voulait les 
soumettre. 

Pour obvier à cet inconvénient, il manda, le 27 avril 1303, à 
tousses sénéchaux et baillis de faire payer aux Juifs lesdettes non 
usuraires contractées envers eux et de leur permettre, à l'avenir, 
de se livrer au trafic de toutes bonnes marchandises 2 . Par cette 
faveur accordée aux Juifs, Philippe-le-Bel n'ignorait pas qu'il ne 
travaillait que pour lui. Il avait semé, il entendait récolter. Aussi, 
le 21 janvier 1306, trouvant que la moisson était suffisamment 
mûre, fit il arrêter, à l'improviste, tous les Juifs de France, sous 
l'accusation d'avoir « fait des choses intolérables », procéder à leur 
expulsion et à la confiscation de leurs biens 3 . 

Des difficultés s'étant élevées entre le roi et quelques seigneurs 
qui revendiquèrent leur part de la dépouille, Philippe-le-Bel les 
trancha en restituant à l'évêque de Maguelone, auquel il les avait 
acheté, en 1293, les revenus des Juifs de Montpelliéret, moyennant 
une rente annuelle de 40 livres, hypothéquée sur les Juifs de 
Sauve, une nouvelle hypothèque de 20 livres tournois et une 
compensation en argent pour les autres 20 livres 4 , et en aban- 
donnant à l'évêque de Mende,qui réclamait pour lui seul le produit 
de la vente des biens des Juifs de son diocèse, le tiers de la confis- 
cation, plus une maison qu'habitait à Mende, avant son expulsion, 
un Juif nommé Ferrier 5 . 

Pareille transaction eut lieu entre le roi de France et l'abbé de 
Saint-Gilles, qui accepta aussi le tiers de ce qu'avait rapporté la 
vente des biens des Juifs établis dans son territoire 6 . 

8. Philippe-le-Bel, en chassant les Juifs, avait fait, on l'a dit 7 , non 
seulement une mauvaise action, mais encore une mauvaise affaire. 

1. IbicL, p. 412; Preuves, p. 125. 

2. Revue des Éludes juives, t. II, p. 31. 

3. Ordonnances, t. I, p. 488. 

4. Saige, ouvrage cité, p. 103 et 319-32 i. 

5. Ibid., p. 324-325; cf. Revue des Eludes juives, II, p. 61. 

6. Ménard, ouvrage cilé, II, p. 10 ; Preuves, p. 15. 

7. L. Lazard, Les Revenus tirés des Juifs dans le domaine royal (xm e s.), dans 
R.evue des Etudes juives. XV, p. 261. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCA1HË 83 

Le produit de la confiscation fut, en eiïet, loin de répondre à ses 
espérances. Ce qui en diminua grandement le profit, ce furent, d'un 
côté, les vols et les détournements des agents royaux et, de l'autre, 
le silence ou les fausses déclarations de certains débiteurs peu 
empressés à faire connaître le montant de leurs titres *. Le peuple, 
d'ailleurs, ne gagna rien au départ des Juifs, il y perdit même, s'il 
faut en croire un contemporain 2 . 

Pressuré par les usuriers chrétiens qui étaient devenus 
plus odieux à ses yeux que ne l'avaient jamais été les Juifs, le 
peuple demanda à grands cris le rappel de ces derniers et Louis X 
dit le Hutin dut céder à la « commune clameur » et ordonner, le 
28 juillet 1315, non toutefois sans avoirreçu par avance une somme 
de 122,125 livres, 1° que les Juifs pourraient rentrer en France et 
y demeurer pendant douze ans; 2° qu'ils vivraient du travail de 
leurs mains ou vendraient de bonnes marchandises ; 3<> qu'ils 
pourraient prêter sur gages, mais sans se livrer à l'usure; 4° pour- 
suivre le recouvrement de leurs créances dont ils auraient le tiers 
et le roi les deux autres ; 5° racheter, au prix de la vente, leurs 
synagogues et leurs cimetières et rentrer en possession de tous 
leurs biens qui n'auraient pas été vendus, à l'exception du Tal- 
mud, etc. 3 . 

Louis X désigna en même temps les commissaires royaux qui, 
de concert avec d'autres commissaires juifs également choisis par 
lui, devaient veiller à l'exécution de cette ordonnance. Au nombre 
de ces commissaires juifs figuraient, pour les pays de langue d'oc, 
Bonnet de Lunel et Bonjour (Bondia) de Beaucaire ''. 

Les Juifs ne tardèrent pas à répondre à l'appel de Louis le Hutin. 
Mais quel changement dans leur situation, autrefois si florissante ! 
Plus de propriétés, plus de maisons, plus de terres ou de vignes ! 
Ils sont considérés comme des étrangers, exposés au moindre 
caprice du roi. Les principales sources de leurs revenus sont taries; 
leur commerce a passé dans d'autres mains. Les Lombards ont 
pris leur place comme négociants et comme banquiers. 

Philippe le Long, après leur avoir accordé plusieurs privilèges et 
immunités, prêta l'oreille aux doléances de certains habitants de 
Beaucaire et de Montpellier qui, dans l'espoir de pouvoir se 
décharger plus facilement des dettes qu'ils avaient contractées 

1. Ibid., II, p. 64, 

2. Chronique du xiv e siècle, citée par Pigeonneau, Histoire du commerce de la 
France, p. 258. 

3. Ordonnances du Louvre, t. I. 

4. Saige, ouvrage cité, p. 330. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

envers eux, les accusèrent de se livrer à l'usure, d'éluder ou de 
négliger entièrement la loi qui leur imposait le port de la roue et, 
par uu mandement du 10 octobre 1317, ordonna au Sénéchal de 
Beaucaire de réprimer les usures des Juifs et de les contraindre 
à porter désormais le signe distinctif destiné à les l'aire recon- 
naître '. 

Son successeur, Charles IV, ne manifesta pas de plus bienveil- 
lantes dispositions à leur égard. En 1322, il frappa les Juifs de 
France d'une contribution exorbitante de 150.000 livres parisis, 
dont la part incombant à ceux du Languedoc s'élevait à 47.000 
livres, savoir : 

22.500 1. pour la Sénéchaussée de Garcassonne 
20.500 — — de Beaucaire 

2.000 — — de Toulouse 

1.900 — — du Rouergue 

100 — duCaorcin 2 . 

Philippe de Valois les expulsa comme fauteurs de la peste 
de 4348, mais non toutefois sans s'être emparé, au préalable, des 
biens des plus riches d'entre eux. Quanta ceux qui s'étaient retirés 
dans les contrées voisines et continuaient à « marchander avec 
aucuns prélatz, barons et autres personnes nobles et non nobles », 
le roi ordonna, par lettres patentes du 2 juin 1348, au Sénéchal de 
Beaucaire de faire « crier par cry solennel que nul qui soit tenu 
en aucune chose ausdits .. Juifs ne soit si hardy que il paye ausdits 
créditeurs chose que ils leur doivent soubz peine de nous payer 
une autre fois et sur peine de l'amende 3 . » 

Rappelés par le roi Jean, grâce à l'intervention « de Manassès de 
Bézou et maîslre monte Mancip 4 », ils se répandirent dans les 
principaux centres de la Sénéchaussée. Un document hébreu, cité 
par Renan-Neubauer 5 , nous les montre établis à Beaucaire ("n^pba, 
Belcayre) en 1354. Ils étaient revenus à Nîmes en 1359. Le Conseil 
politique leur assigna aussitôt, comme quartier d'habitation, la 
rue de la Corrégerie vieille, « Corrateria vetera^ », aujourd'hui 
rue de l'Etoile, qu'il ne tarda d'ailleurs pas, sur leurs réclamations, 



1. Ordonnances du Louvre, an 1317. 

2. Dom Vaissète, liist. gén. du Languedoc, X; Preuves, p. 617; cf. E. Martin- 
Chabot, ouvr. cité, p. 53. 

3. Pièces justificatives, n° 1. 

i. Uanassé ou .Menessier de Vesoul. — Mancip = Massip. 

"y. Les Rabbins français, p. 517. 

6. Ménard, ouvr. cité, II, 207, et Preuves, 219. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 8b 

à remplacer par celle de Caguensol, située près de la Tour de l'Hor- 
loge *. De son côté, le prieur de Sain t-Bandile, Raymond de Gardie, 
moine de la Chaise-Dieu, leur accorda une nouvelle concession du 
cimetière, appelé Puech-Jusieu (Podius Judaeus) ou de Posterla 
(petite porte), moyennant 9 sols ou une livre de poivre pour l'ense- 
velissement de chaque mort 2 . 

« Plus les Juifs auront de privilèges, disait Jean le Bon, mieux 
ils pourront payer la taxe que le roi fait peser sur eux 3 ». Cette taxe 
s'élevait à la somme de six cents royaux, que Jean le Bon chargea, 
en 1360, le Juif Psalmon de Montmélian \ d'imposer, de concert 
avec « maistre monte Bonyac, habitant de Nismes, Joson de 
Créon ° 6 , habitant de Montpellier, Austruc (Astruc) Bénédict, 
habitant de Cabeston (Capestang, Hérault) et Bondié Saporte, 
habitant de Carcassonne », à tous les Juifs delà Sénéchaussée 
« par manière d'emprunt ou de taille... et par détention de corps 
et explectation de biens 6 ». 

Le 13 décembre de la même année, Jean le Bon, ajoutant foi aux 
doléances des Consuls de Beaucaire et de quelques habitants 
d'autres localités de la Sénéchaussée, manda au Sénéchal de 
réprimer ce que déjà le Concile de Latran de 1215 (canon 67) 7 
avait appelé les usures excessives « usuras excessivas » des 
Juifs 8 . 

Le comte d'Etampes, juge et gardien des privilèges des Juifs, 
enjoignit aussitôt à tous les officiers royaux de s'enquérir du bien- 
fondé des plaintes portées par les chrétiens contre leurs créanciers 
juifs et de châtier les coupables avec la plus extrême rigueur « et 
ipsos judeos taliter puniri et castigari quod eorum punitio ceteris 
consimilia facere praesumentibus cedat in exemplum 9 ». 

Jean le Bon, qui, pendant son séjour dans le midi, à la fin 
de 1362, avait permis aux Juifs, par un acte daté de Nîmes, le 
27 décembre, d'exercer l'office de médecins et de chirurgiens, à la 
seule condition d'avoir passé un examen par devant des maîtres 
chrétiens experts es dites sciences ]0 , Jean le Bon revint sur ses 

1. lbid., p. 211, et Preuves, 235. Cf. Simon, Les Juifs de Mmes, p. 31. 

2. Ibid., III, 93. 

3. Ordonnances, III, p. 467. 

4. Village du département de la Savoie. 

5. Village du département de la Gironde. 

6. Pièces justificatives, n° II. 

7. P. Richard, Analyse des Conciles, II, p. 162. 

8. Pièces justificatives, n° III. 

9. Pièces justificatives, n° IV. 

10. 8. Luce, Les Juifs sous Charles V, dans Revue historique, VII, p. 363. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bonnes dispositions à leur égard et prescrivit à la date du 
ix décembre 1363 : 

« Premièrement que touz Juifs, de quelqu'estat qu'il soient et 
en quelque terre qu'il démolirent, doresenavant porteront une 
grant roelle bien notable, de la grandeur de nostre grant seel, 
partie de rouge et de blanc, et telle que l'on puisse bien apercevoir, 
au vestement dessus, soit mantel ou autre habit, en tel lieu qu'ils 
ne la puissent monstrer. 

« Et aussi que touz les diz Juifs de quelque privilège, ou pour 
qu'il usent, ou condition et estât qu'il soient, seront subgiez et 
justiciables aux juges ordinaires soubz cui juridiction il demourront 
tout en la forme et manière que sont les crestians, nonobstant 
quelconque privilège ou prérogative qu'ils aient sur eux... 

« Et avec ce, que aucun crestian ne puisse obliger son corps à 
aucun juif 1 . » 

Son fils aîné, Charles V, n'avait pas attendu son avènement au 
trône pour témoigner sa bienveillance aux Juifs. Alors qu'il n'était 
encore que régent, en l'absence de son père prisonnier en Angle- 
terre, il les autorisa à rentrer en France. « Gomme, piéça, pour le 
temps que nous estions régent nostre royaume, nous, pour cer- 
taines causes, eussions avec autres dons et octroys, donné et 
octroyé licence et congié à tous Juifs et Juifves, leurs enfans,gens, 
famile, maisgnée et biens, le rettour de venir et demourer dans 
nostre royaume jusques à certains temps 2 . » 

Charles V maintint tous les privilèges accordés par son père aux 
Juifs, qu'il déclara, en outre, quittes d'impôts, exempts du droit de 
prise et de toute juridiction autre que celle du comte d'Etampes, à 
condition, pour chaque Juif, de payer 14 florins à son entrée en 
France pour lui et sa femme, un florin et deux gros tournois vieux 
pour chacun de ses enfants et 7 florins par an, à titre de droit de 
séjour dans le royaume et avec l'engagement formel de n'exiger 
par semaine que 4 deniers par livre d'intérêt s'il veut qu'en retour 
sa déposition sous le sceaudu serment fasse foi contre ses débiteurs 
en cas de litige 3 . 

Les Communautés juives du Languedoc se trouvèrent bientôt 
aux prises avec les plus grandes difficultés. Elles sont écrasées 
d'impôts de toutes sortes, et leurs procurateurs, Comprat Moïse, 
de Nîmes, et Astour Benduli, de Narbonne, se voient dans la 
nécessité d'avoir recours, le 45 février 1364, à l'intervention 

1. Ménard, ouvr. cité, II, 266 ; Preuves, 277. 

2. Revue Historique, VII, p. 362. 

3. Ordonnances, III, 468 et 469. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 87 

du maréchal d'Audenhan pour les obliger à contribuer, « par des 
répartitions exactes », aux tailles et impositions qui leur étaient 
assignées *. 

Le 28 septembre, à la suite de démêlés qui avaient éclaté, au 
sujet du paiement de leurs dettes, entre des chrétiens débiteurs et 
leurs créanciers juifs. Joseph Astruc et Salomon Nassi, présentent 
en leur nom et au nom des Juifs et Juives de la Sénéchaussée, à 
Pierre Scatisse, trésorier du roi, des lettres patentes du comte 
d'Etampes, par lesquelles il enjoignait à ce fonctionnaire de ne 
« contraindre aucuns des Juifz et Juifves habitans et demeurans 
ez Languedoc à randre et restituer à aucuns chrestiens certaines 
sommes d'argent et d'or que lesdits Juifz avaient gaigné et peuvent 
gaigner d'iceux 2 ». 

A l'exemple du comte d'Etampes, le duc d'Anjou resta sourd aux 
réclamations plus ou moins intéressées des habitants de la Séné- 
chaussée de Carcassonne — pareil fait s'est probablement passé 
dans celle de Beaucaire — et ordonna, le 17 mai 1376, à tous les 
officiers royaux placés sous ses ordres de contraindre les débiteurs 
chrétiens à s'acquitter de leurs créances envers les Juifs, attendu 
que « non sit nec fuerit nec decet intentionis nostre aliquibus 
viam aperte, nec et priveligiis sigillorum regiorum, nundinarum 
Brie et Gampanie predictarum aliquathenus derogari 3 ». 

On sait dans quelle pénible situation se trouvait la France après 
la mort de Charles V. La guerre civile, la guerre étrangère, le 
brigandage désolent et dépeuplent les provinces. On rend les Juifs 
responsables, en grande partie, de ce triste état de choses. Les 
privilèges que Jean le Bon leur avait accordés en 1360, un moment 
révoqués en 1367, mais renouvelés en 1368, en 1370 et 1372, le sont 
de nouveau en 1387. Charles VI les soumet en môme temps à une 
taxe de 5.000 francs d'or''. En 1392, il leur impose une contribution 
spéciale de mille francs d'or ; enfin le 17 septembre 1394, un édit 
royal les expulse à titre définitif du royaume. 

Cet arrêt d'exil ne fut cependant pas partout exécuté avec la 
même rigueur. On manquait de médecins et le duc de Berry, 
gouverneur du Languedoc, ne voulait pas ou ne pouvait pas se 
priver, pendant un certain temps du moins, du précieux concours 



1. Ménard, ouvr. cité, II, 277; Preuves, 290. 

2. Pièces justificatives, n° V. 

3. Lbid., n» VI. 

4. Archives départ, de l'Hérault, Sénéchaussée de Nîmes, Série A. Registre 
n°21, fol. 129. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'un médecin et d'un chirurgien juifs, établis, au moment de 
l'expulsion, à Carcassonne : « Magister Jacob, de Lunelo, physicus, 
et Bellan Bellau, surgicus 1 ». Aussi quand plus tard ils durent 
retourner à Tarascon, d'où ils étaient originaires, le gouverneur 
du Languedoc, en récompense sans doute de leurs services, les 
autorisa-t-il, en 1405, à se rendre à Beaucaire et dans le reste de 
la Sénéchaussée, malgré V Arrêt de Représailles' 2 qui interdisait 
l'accès du Languedoc aux Provençaux alors en guerre avec les 
Français au sujet de la souveraineté de la Provence, que se 
disputaient Louis II, duc d'Anjou, et Charles de Duras ou de la 
Paix 3 . 

11 ne semble pas que pareille faveur ait été accordée à des Juifs 
de la Sénéchaussée de Beaucaire. Conduits à la frontière sur Tordre 
du sénéchal Guillaume Neillac \ ils se rendirent, pour la plupart, 
sans nul espoir de retour, dans les contrées voisines, principalement 
en Provence et dans le Comtat Venaissin 5 . 

S. Kahn. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



Lettres patentes du Roy cassant les contrats des debtes consentis par ses 
subjects en faveur des Italiens, Juifs et autres usuriers estrangers. 1340 6 . 



Philipe par la grâce de Dieu, Roy de France, au seneschal de Beau- 
caire ou à son Lieutenant, Salut. Nous avens entendu que plusieurs 
Ytaliens et outremontans et aussy Juifs demeurans hors de nostre 
Royaume et villes prochaines et joignans audit Royaume ont marchandé 
et marchandent avec aucuns prélalz, barons, et autres personnes nobles 
et non nobles de nostre dit Royaume contre les deffenses royaux, et 
ont fait et font plusieurs contraux usuraires et autres deffendus par 

1. Sur ces deux médecins, voir notre travail Les Juifs de Tarascon, p. 16, 25 
et 28. 

2. Pièces justificatives, n° VII. 

3. Eyssette, ouvr. cité, p. 35. 
\. Ménard, ouvr. cite', III, 92. 

.;. Gross, Gallia judaica, p. 121, et Monatsschrifl, 1880, p. 409, 410 et 517. 
G. Ut^istre non numéroté des sauvegardes, f° 63, 1340. 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 89 

lesdites ordonnances avec gens de nostredit Royaume, ponrquoy nous 
vous commettons par la teneur de ces lettres et mandons que en tous 
lieux notables de vostre dite seneschaussée vous fassiez crier par cry 
solennel que nul qui soit tenu en aucune chose ausdits ytaliens ou 
outremontans ou juifs ne soit si hardy que il paye ausdits créditeurs chose 
que ils leur doivent soubz peine de nous payer une autre fois et sur peine 
de l'amende, et de quonque ilz se pourroient mesfaire envers nous, et 
que ilz le vous viennent dire et révéler dedans certain jour que vous 
assignerez, et faites aussy crier que tous tabellions et autres qui obliga- 
tions, liens ou instrumens en auront receuz vous baillent par escrit en 
substance tels contraux, et que ilz ne les baillent ne rendent ausdits 
créditeurs, et les contraignez à vous montrer leurs prothocollespar voyes 
deues afin que vous puissiez scavoir et avoir connoissance desdits con- 
traux, et que satisfaction nous puisse estre faite desdites debtes, et si 
lesdits debteurs se veulent traire dedans un mois après ledit cry pardevant 
nos améz et féaux gens de nos comptes à Paris pour traitter sur le 
payement desdites debtes nosdits gens leur fairont sur ce bonne cour- 
toisie et grand, et en cas que ilz ne voudront nous fairons lever sur eux 
toutes lesdites debtes. Si demandons à vous et à tous nos justiciers par ces 
présentes lettres que pour telles debtes ilz ne fassent aucun exploit ou 
exécution contre lesdits debteurs à requeste desdits créditeurs ne pour 
eux, et rescrivezà nosdits gens de nos comptes ce que trouvé et fait aurez 
des choses des susdites. 

Donné à Paris le second jour de juin, l'an de grâce mil trois cens qua- 
rante soubz nostre nouvel scel en l'absence de nostre grand pergentes 
compotorum et thesaurarii. 

0. Levier *. 



II 



Lettres du Roi Jean portant permission aux juifz d'asseoir sur eux 
jusques à la somme de six cens royaux pour payer au Roy ce qu'ilz 
luy avoient promis par accord pour avoir la licence d'habiter dans son 
Royaume 2 . 

Jean par la grâce de Dieu Roy de France — a Psalmon de Montmélians 
juif salut. Gomme Manasses de Bézou, et maistre monte Mancip juifz à la 
requeste de plusieurs juifz estans en nostre royaume et hors d'icelluy 
soient venus par devers nous pour demender et obtenir congié et licence 
que tous juifz etjuifves de quelconques nations qu'ils soient puissent 
venir demeurer et habiter paisiblement en nostredit Royaume, et avec ce 
pour impétrer de nous plusieurs privilèges, lesquelles choses nous leur 

1. Arch. départ, de l'Hérault. — Série A. — Sénéchaussée de Nîmes. — t. I, f" 122 

2. Registre n° 13, f° 99 v° 1360. 



00 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avons octroyées parmy certains aceordz et condition lesquelles ilz ne 
pourraient accomplir ne entériner, ne aussy les choses dessusdites plus 
poursuir, mesmement comme en la poursuitie d'icelles ilzayent déjà très 
grossement frayé et despendu du leur si sur ce ne leur estoit par nous 
pourveu de remède convenable. Pour ce est-il que nous te mandons et 
commettons que appeliez avec toi maître monte Bonjac habitant de 
Nismes, Joson deCreun habitant de Montpellier, Austruc Bénédict habi- 
tant de Gabeston et Bondié Saporte habitant de Garcassonne ou les deux 
d'iceux auxquelz tu fasses commandement de par nous que sur peine de 
cent livres parisis pour chacun qui deffandroit, lesquelles si elles estoient 
commises nous voulons estre exécutées comme nos propres debtes dedans 
douze jours après ce que tu leur auras fait ascavoir ilz soient en certain 
lieu tel comme tu leur voudras assigner pour faire et asseoir tailler et 
assietter jusques à la somme de six cens royaulz par manière d'emprunt 
ou de taille, ou par la meilleure manière qu'il pourra estre fait, et tout 
ce qui ainsi sera assis sur les ditz juifz demeurans en nostredit royaume 
nous voulons estre cuilly et levé sur iceux, et les reffusans, contredisans, 
ou dilayans estre contrains par détention de corps et explectation de biens 
si comme pour nos propres debtes est accoutumé à faire comme dit est, 
de ce faire te donnons pouvoir, authorité et mandemant spécial. Mandons 
et commandons aux séneschaux de Beaucaire et de Garcassonne et à tous 
les autres justiciers de nostredit royaume ou à leurs lieutenans que en 
faisant les choses dessus dites et chacune d'icelles te prestent conseil, 
confort etayde si mestier en as et tu les en requiers et pour plus dili- 
gemment exéquuter les choses dessusdites te baillent un ou plusieurs 
de nossergens ausquelz mandons et commettons que tout ce que par toi 
et les quatre dessusdits appeliez avec toi aura esté assis sur lesdits juifs, 
ilz lèvent et exécutent sur iceux en la manière dessusdite, lesquelz toutes 
voyes ne s'entremettent de chose que requière connoissance de cause. 

Donné à Paris le troisiesme jour de mars l'an de grâce mil trois cens 
soixante. Par le Roy à la relation du conseil auquel estoient Messieurs 
FArchevesque de Sens, les Evesques de Beauvois et de Chartres et plu- 
sieurs autres. 

Ferricus ! . 

III 

Lettres patantes contenant Commission contre les usures excessives que 
les juifs exercoient dans la Seneschaussée de Beaucaire en 4360 *. 

Joannes Dei gratia francorum Rex, Senescallo Bellicadri veleiuslocum- 
tenenti salutem. Gonsules universitatis et habitatores villarum senescal- 
liœ prsedictœ nobis conquerendo monstrarunt quod judaei qui ad partes 

1. Arch. départ, de THéraull. — Série A. — Sénéchaussée de Nîmes. — t. II, 
f 120-121. 

2. Sénéchaussée de Nîmes. — Reg. n° 9, {• 85, 1360. 



LES JUIFS DE LÀ SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCA1RE 91 

illas veniunt mutilant ad usuras, et pro dictis mutuis usuras excessivas et 
contra regias ordinationes super talibus cdictas quœ in archivo nostro 
Bellicadri reperientur, levant et exigunt qme in anno sortem principalcm 
exeedunt, de quo populus quam plurimum aggravatur et depauperatur 
sicnt dicunt supplicantes, sibi super hoc de opportuno remedioprovideri. 
Quo circa mandamus vobis, et quia a vobis se prœtendunt fore exemptes 
committimus quatenus dictis judaeis ne hujusmodi usuras contra dictas 
nostras ordinationes ant at excessivas rccipiant seu exigant sub certis 
pœnis nobis applicandis voce prœconia inhibeatis seu inhiberi faciatis, et 
incontrarium facientes taliter puniatis civiliter tamen quod cedat caeteris 
in exemplum et nobis non refferatur querela, litteris in contrarium 
impetratis aut etiam impetrandis non obstantibus quibuscumque. Datum 
Parisiis XIII die decembris anno domini millesimo c c c LX°, in requestis 
hospitii. 

F. GUHOTIER 1 . 

IV 

Commission -pour informer contre les usures, et exactions excessives que 
les juifs commettoient dans le Languedoc 2 . 

Ludovicus cornes Stamparum, Dorninusque villse Lunelli et baroniœ, 
commissarius et conservator privilegiorum et libertatum judaeis et Ju- 
dœabus infra regnum francise degentibus per majestatem regiam con- 
cessis, et per eamdem specialiter ejus solidum deputatus, Dilecto nostro 
Joanni Rigati elerico regio salutem. Ad nostrum denuo noveritis ex non 
nullorumlinguœ occitanae relatu pervenisse auditum quod eum Dominus. 
noster Rex aut predecessores ipsius omnes et singulos judœos et judeas 
suis exigentibus de meritis ejici et expelli a regno suo fuerit et extra per 
longa temporabanniti extiterintet diecti. Postmodum vero annis pluribus 
delapsis, idem Dominus noster Rex auditis suplicationibus et requislis 
dictorum judœorum seu ad eorum instantiam l'actis certis de causis 
eisdem licentiam et authoritatem revertendi et commorandi infra regnum 
usque ad certum tempusin suis ordinationibus expressatum, et in eodem 
cum habitatoribus hujusmodi et aliis personis quibuscunque mercandi, 
et eisdem vel eorum alteri suas peccunias ad certum lucrum pro septi- 
mana vel mense per ipsos judaeos exsolvendum secumdum magis et mi- 
nus mutuo tradendi concessit prout in ordinationibus per ipsum 
Dominum nostrum regem super hoc editis latins continetur. 

Nihilominus nonnulli judaei cupiditate repleti, Deum nec justitiam 
non verentes, licet omnibus singulisque judœis fuerit injunctum et prœ- 
ceptum sub certis et magnis pœnis domino nostro régi applicandis, ut 
dictas ordinationes de puncto ad punctum observarent quod facere non 

1. Arch. dép. de l'Hérault. — Série A. 4. — Sénéchaussée de Nîmes. — T. I. p. 269 

2. Registre n° 9, f° 105, 22 septembre 1362. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

curarunt nec adhuc curant. Imo pins in duplo quam rêvera pluribus 
personis dicta» linguae occitanae mutuo ad certum lu cru m non tradide- 
nint ipsas sibi fuerunt cum publico instrumcnto obligari et quotidie 
taciunt incessanter, et quia dicti debitores auc aliqui ex eis propter 
guerras aut alia obstacula, quœ sibi praevenerunt et de die in diem pre- 
veniunt et occurunt non potuerunt nec possunt termino seu terminio 
sibi praefixis judaeis exsolvere puram sortem, eum lucro inde secuto, 
ideo suos clamores contra hujusdi debitores suos de totali summa in 
instrumentis obligatoriis contenta exposuerunt et exponunt, et deindc 
pro hujusdi peccuniarum summis, sic ut praefertur dictis judaeis incartatis 
et lucro inde proveniendo dictos debitores minus juste fecerunt et faciunt 
pcr personarum suarum et bonarum captionem et venditionem eorumdem 
compelli, pro quibus jamqueplures illarum partium sunt exhaeredati quœ 
cadunt in evidens dainnum reipublicae et contemptum de decus et ne- 
glectum mandatorum nostrorum imo vérins Hegiarum ordinationum 
suarum enervationem praedictarum in praemissis et circa praemissa mul- 
tipliciter et diversimodo delinquendo, nosque indemnitate patrire hujus- 
modi occitanae et totius regni prout tenemur obviare volentes, et dictas 
ordinationes ad unguem pro utilitate rei publicae ob justitiae cultum 
observare illaesas, et qui damnificati modo prœmisso fuerint, ab eorum 
damnis prout facerit raris, expensis dictorum judaeorum culpabilium 
relevare et ipsos judaeos taliter de commissis per vos puniri 
et castigari quod eorum punitio caeteris consimilia facere praesu- 
mentibus cedat in exemplum. Hinc est quod vobis de cujus fideli- 
tate et industria confidimus Authoritate et rigore dictae nostrae comissio- 
nis, et conservationes, de qua dii est justiciae linguae occitanae praedictœ 
extitit facta fides, omnes et singulos commissarios, per nos, super prae- 
missis deputatos aut alios quoscumque quacumque authoritate fungentes 
expresse revocando, committimus et mandamus quatenus ad loca nostra 
et opportuna lingua occitana et alia vos personaliter transferatis, et ibi- 
dem de et super praedictis dependentibus ex eisdem et conviciis, cuin ea 
solerti diligentia qua poteritis vos diligenter et secrète informitis, et si 
per informationem per vos faciendam ipsos judaeos auc aliquem eorum 
culpabiles aut vehementer suspectos inveneritis de praemissis, ipsos cum 
eorum bonis ad manum regiam et nostram positis capiatis seu capi fa- 
ciatis, et ipsos secundnm eorum de mérita puniatis et emendam condi- 
gnam domino nostro régi seu nobis per ipsos prestari et illis qui per 
dictos judaeos damnum aliquod modo praetacto de quibus vobis liquebit 
passi fuerint omne illud quod sustinuisse indebite per eosdem inveneritis, 
per eosdem judaeos reddi et restitui faciaetis indilate et alias in et supra 
praedictis procedatis, prout vobis videbitur fore rationabiliter proceden- 
dum super quibus et ex eisdem dependentibus vobis comittimus vices 
nostras donec eas ad nos duxerimus revocandas, taliter in praemissis vos 
habentes ne possitis de negligentia reprehendi sed potuis de diligentia 
commandari. 

Mandantes tenorc presentium omnibus et singulis justiciariis et sub- 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 93 

ditis rcgiis et nostris, ut vobis in priemissis, et ex eis emergcntibus pa- 
reant et intendant, prestentqne si requisiti i'uerint auxilinm servientes, 
carceres et juvamen, satisfacto vobis de bonis quorumcumque culpabilinm 
in uris sportulis moderate. Receptionem etcompositionum et emendarum 
quarumcumque per vos cum quibuscumque delatis faciendam prœmis- 
sorum occasione clavario nostro committimus per présenter. Datum pa- 
risiis die vigesima secunda mensis septembris anno Domini millesimo 
trecentisimo sexagesimo secundo. Sub sigillo nostri secreti nostrorum 
majore absente. Per Dominum Locumtenentem ad relationem consilii. 

P. Torel l . 



Exécution des Lettres du Comte d'Estempes, juge et conservateur des 
juifs et juives du Royaume, ordonnant de ne les contraindre à rendre 
et restituer aux Chrestiens les sommes qu'ils leurs ont gaignées par 
leur négoce, en i36& 2 . 

Anno ab Incarnatione domini Millesimo GGGLXII1I et die vigesima 
ocjtava mensis septembris domino Gharolo dei gratia francorum Rege ré- 
gnante, existentes in thesauraria Regia Nemausi in presentia honorabilis 
viri domini Pétri Scatissethesaurarii francise JesepAstructi,et Salamerius 
Nasse judœi nominibus suis propriis et alioriimjudieorum sibi adhaeren- 
tium,et adhaerere volentium in hac parte, exhibuerunt et presentaverunt 
eidem quasdam patenter litteras a magnifico et potente viro domino comité 
Stamparum emanatas ipsius sigillo impendenti, ut prima facie apparebat 
sigillatas, quas perdictum dominum thesaurarium juxta earum tenorem 
petieruntexecutioni demandari, quarum ténor talis est. Louis Comte d'Es- 
tampes, seigneur de Lunel, jugegardien etconservateur général estably de 
par Monseigneur Le Roy de tous les juifz et juifves demeurans et conver- 
sans au Royaume, a nostre amé Pierre Sca tisse thrésorierde Mondit seigneur 
Le Roy, salut. Nous avons entendu que vous vous estes efforcé et encore 
voulez efforcer de contraindre aucuns des juifs et juifves habitans et 
demeurans en Languedoc à randre et restituer à aucuns chrestiens cer- 
taines sommes d'argent et d'or que lesdits juifz avoient gaigné et peuvent 
gaigner d'iceux expédiens au fait dont lesdits juifz s'entremettent au 
Royaume par la licence de Monditseigneur le Roy, par quoy lesdits juifz 
ou aucuns d'iceux se pourroient absenter du Royaume au préjudice et 
dommage de Monseigneur le Roy et desdits juifz qui en icelluy Royaume 
sont par l'octroy royal à eux sur ce fait, et aussy en vous entremettant 
de la cognoissance, court et jurisdiction d'iceux juifz, desquelles nous 
sommes juges comme dessus est dit, dont souvent desplait à Monseigneur 
Le Roy et à nous s'il est ainsy. Pour ce est-il que nous vous mandons, 

1. Arch. départ, de l'Hérault. — Série A. — Sénéchaussée de JNimes. — t. II, 
f°» 185-186. 

2. Sénéchaussée de Nime», Registre n° 12, 1364. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et enjoignons estroitement de par Monseigneur Le Roy et de par nous 
que de contraindre lesdits juifs et juifves par la manière dessusdite vous 
cessez et départez du tout en tout doresnavant tout ce que fait aurez ou 
fait faire au contraire ramenez ou faites ramener au premier estât et deub 
sans délay, ou faire empescher lesdits juifz et juives en leur faict dessus 
dit par aucune voye ne retardez en aucune manière, ainçois les laissiez 
jouir et user de leurs dits privilèges selon le contenu d'iceux, sçachans 
que si vous faites le contraire il en desplairra à Monseigneur et à nous. 
Donné à Paris le IX e jour de septembre Tan de grâce mil trois cens 
soixante quatre, par Monseigneur le Comte à la relation de son Conseil. 

Tohel. 



Et die tus dominus thesaurarius receptis dictis litteris reverentia quanta 
decet obtulit se fore paratum contenta in dictis litteris adimplere et 
exequi juxta ipsarum continentiam et tenorem, suas super eis concedendo 
litteras opportunas. 

De quibus dicti judaei pro se et nominibus quibus supra petierunt et 
dictus dominus thesaurarius voluit unum et plura fieri publica instru- 
menta. Actum ubi supra presentibus testibus venerabili viro domino 
Petro Juliani in legibus licentiato judice majori, prudente viro Bernardo 
Francisci thesaurario regio senescalliœ Bellicadri et Nemausi, magistro 
Guillelmo Hure notario, Jacobo Stephani clerico, et me Raymundo Rubei 
notario publico dicti domini nostri francorum régis qui de prœmissis 
requisitus notam recepi, et in cartularium registri curiae dictœ senescalliMR 
scripsi. 

Anno die et regnantibus prœdictis existentes in thesauraria regia Ne- 
mausi in presentia honorabilis viri domini Pétri Scatisse thesaurarii fran- 
ciae, Josep Astruti et Salamerius Nassi judaei nominibus suis propriis et 
aliarum judaeorum sibi adhaerentium et adhjerere volentium in hac 
parte exhibuerunt et presentauerunt eidem quasdam litteras clausas sub 
sigillo secreti régis ut prima facie apparebat in cauda impendenti de 
super scriptis, quas dixerunt a domino noslro rege fuisse emanatas, quas 
per dictum dominum thesaurarium juxta earum tenorem petierunt exe- 
cutioni demandari, quarum quidem litterarum super scriptis taie erat. 

A nostre amé et féal thrésorier Pierre Scatisse etc. 

Et dictus dominus thesaurarius receptis dictis litteris reverentia quanta 
decet obtulit se fore paratum contenta in dictis litteris adimplere juxta 
ipsarum continentiam et tenorem. De quibus dicti judaei prose ut inalia. 

Actum et testibus qui supra proxime, et subscriptione dicti magistri 
Reymondi prout supra*. 



1. Arch. départ, do l'Hérault. — Série A. — Sénéchaussée de Nîmes. — t. Il, 
£•• 160-161. 



LES JUIFS DE LA SENECHAUSSEE DE BEAUCAlRE 9& 

Vidimus donné à Béziers, le 8 avril 1377, de lettres du duc d'Anjou du 
17 mai (?) 1376, concernant les juifs de la sénéchaussée de Carcas- 
sonne. 

Guillcrmus de Qoyranis, miles, vicarius Biterrensis domini nostri régis, 
universis et singulis, justiciariis in vicaria Bilterris constitutis, quibus 
présentes littere pervenerint, vel eorum locatenentibus, salutem. Litte- 
rum regias recepimus que sunt taies : Ludovicus, régis quodam franeo- 
rum filins, domini mei régis germanus, ejusque locumtenens in partibus 
Occitania, dux Andegavensis et Turonensis, ac cornes Cenomanensis, 
seneseallo, judicibus majori et ordinario Carcassone, ac custodibus sigil- 
lorum majoris, parvi, superioritatis Montispessulami, in sumiidrio 
existentium, nec non judici et conservatori judeorum et judearum habi- 
tantium in senescallia Carcassone, ceterisque justiciariis et officiariis dicti 
domini mei et nostris, ad quos pertinuerit, vel eorum locatenentibus, 
salutem. Gravem querelam judeorum et judearum in dicta senescallia 
habitantium, seu eorum procuratorum nomine quorum, intelleximus, 
contincntem quod, eum ipsi et eorum quilibet habeant, tam in dicta 
senescallia quam alibi, quamplurimos et diversos habitatores christianos 
qui in pluribus et diversis peccuniarum summis sunt eisdem et eorum 
cuilibet efficaciter obligati, etquamquam predicti debitores et eorum qui- 
libet in obligationibus per eosdem et eorum quemlibet lactis judeys et 
judeabus, eorum creditoribus antedictis quibuscumque, burgensiis Aqua- 
rum Mortuarum, et aliis privilegiis bastidorum, litteris status, respectus 
judiciarii, seu dilationum de non solvendis eorum debitis, et ex quacum- 
que causa per ipsos et eorum quemlibet impetratis, vel etiam impetran- 
dis, per pactum, et medio juramento ad sancta Dei III I or evangelia per 
ipsos in eorum quodlibet prestilo, expresse renuntiasse dicantur. necnon 
et pro prcdictis eorum debitis exsolvendis judeys et judeabus predictis se 
ipsos et eorum bona rigoribus et cohactionibus sigillorum regiorum, 
nundinaruncque Brie et Companie submisse et obligasse. Nichilominus 
predicti Ghristiani debitores, ut dictum est, judeorum et judearum pre- 
dictorum, pretextu cujusdam concessionis per nos, ut dicitur, nuper 
facte eommunitatibus tautum senescalliarum, in concessione ultimi sub- 
sidii duorutn francorum auri pro foco, quam vobis facerunt ultimo com- 
munitates predicte, cujusquidem concessionis articulus sequitur et est 
talis : 

« Item, volumus et concedimus quod habitatores locorum et villarum 
dicte sencscallie, aut alter ipsorum, ad solvendum eorum débita in qui- 
bus tenentur et sunt obligati judeys, durante tempore terminorum solu- 
tionis subsidii prelibati, minime compellantur ant compelli valeant, siue 
possint, quoquomodo obligati existant, nec illo tempore volumus currere 
usuras,inhibemusque dictis judeys ne dictos eorum debitores Christianos 
quoquomodo compellant aut compelli faciant, nec clamores contra eosdem 
debitores exponant contra eorum voluntatem, sigillo seu curiis sigillorum 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

loquibus obligali existant. Quod si fecerunt, contra presentem concessio- 
nem, dictos hujusmodi per exponentes exsolvi volnmus, et dictos debi- 
tores ab eisdem clamoribus quitos volnmus esse, et jubemus. Mandantes 
nichilominus judicibus, custodibus et conservatoribus sigillorum regio- 
ruin Sumidrii et majoris Carcassonis, et aliorum sigillorum dictarum 
senescalliarum, ac seneseallis, judicibus ac conservatoribus dictorum 
judeorum, et eorum locatenentibus, ne debitores predictos pro principali 
debito, durante tempore predicto, ne amodo pro dictis clamoribus que 
tient etiam durante dicto tempore, compellant, vexent seu molestent. 
Facta si que fuerint in contrarium per senescallos, judices ordinarios aut 
eorum locatenentes et quemlibet ipsorum ut ad eum pertinuerit, ad sta- 
tum pristinum et debitum, juxta nostri mandatum et concessionem re- 
duci volumus et mandamus, litteris, privilegiis, sub quacumque verbo- 
rum forma, etiam si de presentibus plenam et expressam, ac de verbo ad 
verbum facerent mentionem, non obstantibus quibuscumque. Datum 
Carcassone, die VI decembris, anno Domini M. GGCLXXVI. Per dominum 
ducem, Tourneur. » 

Predictos judeos et jucleas, in exhactione et recuperatione debitorum 
suorum predictorum, impedient et impedire nituntur indebite, et contra 
predicta renuntiationes et juramenta propria, superius declarata. Nostre 
igitur provisionis débite justicie remedio implorato, cum non sit nec 
fuerit nec decet intentionis nostre aliquibus viam perjurii aperte, nec et 
privilegiis sigillorum regiorum, nundinarum Brie et Companie predicta- 
rum aliquattenus derogari, vobis et vestrum cuilibet, prout ad eum per- 
tinuerit, precipimus et mandamus districtius et injungendo, quathenus 
omnes et singulos debitores ipsorum judeorum et judearum dicte senes- 
callie, quos, per exhibiliones instrumentorum obligationum duntaxat 
vobis faciendas, ipsis judeys et judeabus fore obligatos inveneritis, ad 
solvendum ipsis judeys et judeabus summas eis obligatas eis modis et 
formis quibus eo tenore instrument et regiorum sigillorum obligati fue- 
runt, viriliter compellatis seu compelli faciatis juxta modum et formam 
obligationum predictarum, concessione nostra predicta privilegiis bur- 
gensibus Aquarum Mortuarum et aliarum bastidarum constructarum et 
construendarum, pénis et inhibitionibus factis concessisque et conce- 
dendis ad hoc, contrariis litteris que a dicto domino rege nobis seu nostra 
curia sub quacumque verborum forma impetratis seu impetrandis, nisi 
de presentibus de verbo ad verbum expressam facerent mentionem, non 
obstantibus quibuscumque. Predictaque judeys et judeabus predictis 
concessimus et concedimus de certa sciencia auctoritateque regia nobis 
super hoc atributa et gratia speciali, si sit opus, et ex causa. Datum Nar- 

bone, die XVII , anno Domini M. GGCLXXVI. Per dominum 

ducem. Presentibus dominis Petro Lodovensi et Johanne de Sancto Ger- 
nino. P. Mortier (?j » Quarum litterarum auctoritate et virtute vobis et 
vestrum cuilibet precipimus et mandamus quathenus contenta in 
preinsertis litteris et tieri mandata faciatis, compleatis, et exequamini 
diligenter juxta earum formam et tenorèm, deffentionibus et inhibitioni- 



LES JUIFS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE BEAUCAIRE 97 

bus per nos seu curiales regios brevi in contrarium vobis factis vigore 
aliarum litterarum et clausule. De quibus ut supra preinsertis litteris fit 
et habetur mentio inaliquo non obstante. Datum Biterre, die VIII aprilis, 
anno Domini M. CGGLXXVII. 
Collatio facta est cum originali. 

VII 

Permission donnée à deux juif z de Tarascon d'entrer dans le Royaume 
nonobstant ïarrest des représailles donné contre les subjets du Roy de 
Sécile et les Provenceaux. 1403 K 

Guillelmus de Balo servions regius et custos castri régis Garcassonnae, 
commissarius ad cxequendum quoddam arrestum per metuendissimam 
Guriam parisien si parlamenti probatum super facto cujusdam Represaliœ 
sive marchae ad utilitatem Andreie Montanenii et suorum consertum 
contra babitatores et incolas regiœ Geciliae et specialiter contra incolas 
provinciœ et Niciœ, specialiter deputatos castello et judici Bellicadri 
cœterisque justiciariis et officiariis quibus présentes litterse pervenerint 
velr eorum locatenentes nec nonquibuscumque servientibus executoribus 
et commissariispro facta dicta? Represaliœ sive Marchai deputatis et depu- 
tandis salutem. Cum inclitissimus princeps dominus Dux Bitturicencis 
domini nostri Régis locumtenens in partibus Occitanis et Ducatus Aqui- 
taniœ pro bono et utilitate civium et incolarum villae Bellicadri et aliorum 
subditorum Regiœ et certis aliis causis in suis litteris latins comprehen- 
sis, voluerit et mandaverit quod Magister Jacob de Lunello phizicus et 
Belan Belan Surgicus judei, habitatores Garcassonnœ toties quoties vo- 
luerint et necessarium fuerit seu eorum placuerit voluntati ad locum 
prœdictum Bellicadri et alias partes Regni venire et ingredi valeant 
atque possint, cumque prout intelleximus praenominati Magistri Jacob et 
Belan prœtextu dicta? Represallite capi aut alias impediri dubitantes 
regnum subintrare formidant. Igitur nostrum animun déclarantes de et 
cum consensu senescallis et circumspecti viri domini Joannis Gabardesii 
in legibus licentiatis judicis régis ordinis Garcassonnœ cui dicta Represi- 
lia pertinet et spectat, voluimus et concessimus ac tenore presentium 
volumus et concedimus quod iidem phisicus et surgicus toties et quoties 
cumque volumus nullo dictte Marchte obstaculo dictum locum Bellicadri 
et ad alias partes venire ibidemque stare et redire libère valeant juxta 
modum formam et tenorem, litteramque dicti Domini Ducis dictai Repre- 
saliœ quod ad eos nonobstante non permittentes qua?cumque in contra- 
rium fieri quovismodo. Datum Nemausi die vicccisa prima mensis julii, 
anno Domini millesimo quatercentesimo quinto. Constat de dicto con- 
sensu. Freconi 2 . 

1. Sénéchaussée de Nimes. — Registre n os 68, 7, f° 18, 1399. 

2. Arch. départ, de l'Hérault. — Série A. — Sénéchaussée de Nimes. — Reg. 
n° 8, p. 17 et 18. 

T. LXV1, n° 131. 7 



SUR 

LE RECUEIL DE CONSULTATIONS 

APPKLE DTMN 1HÎ 



Parmi les recueils manuscrits de consultations qui se trouvent 
dans la bibliothèque du Talmud Tora de Livourne, il yen a un sur- 
tout qui se recommande à l'attention des hébraïsants. C'est un 
gros manuscrit contenant plus de deux cents consultations l 
du xvi e et du xvn 9 siècle, presque toutes autographes. Il est relié en 
cuir et porte écrit sur le dos le titre suivant : D13173 tT3*H iposn iT'to 
1*3 tzrstfr iris© sam D^-iarn ffwm 01317373. 

En parcourant avec attention cet intéressant manuscrit, je ne 
tardai pas à constater qu'un grand nombre des consultations 
publiées par M. Frankel, sous le titre de t3HB3N j-it 2 , et faisant 
partie du ms. Àzoulaï de ce même nom, avaient été transcrites de 
ms. de Livourne. 

Ce dernier n'est cependant pas le seul, je crois, qui ait contribué 
à former la matière du tsuBSN jit, puisque même parmi les 
numéros publiés par M. Frankel il y en a quelques-uns que je n'y 
ai pas retrouvés. Mais il a été, en tout cas, la source la plus impor- 
tante pour la compilation du ms. Azoulaï, comme rémunération 
suivante le démontre suffisamment. Les numéros de l'éd. Frankel 
transcrits du ms. Liv. sont les suivants : 1-20, 21-25, 31-33, 37-59, 
63-71 . 

En dehors du fait que le recueil de Livourne se compose presque 
exclusivement de consultations originales, c'est-à-dire écrites 



1. Un petit nombre de décisions et d'autres documents divers font aussi partie de 
ce recueil, comme le titre même l'annonce. 

2. Husyatin, 1902. 



SUR LE RECUEIL 1)E CONSULTATIONS APPELÉ »tt»K JTT 99 

entièrement de la main même des auteurs ou tout au moins 
signées par eux, ce qui serait déjà une preuve suffisante, Ton a 
d'autres preuves encore que le dit recueil a été la source primitive 
du ms. Azoulaï. Je signalerai les deux suivantes : 

1° Toutes les fois qu'il y a une lacune dans le ms. Livourne, 
on la retrouve telle quelle dans le 'a« 'it. Je donne comme 
exemples les n 08 1 et 20 incomplets respectivement au commen- 
cement et à la fin ; 

2« Plusieurs des consultations du ms. Livourne sont encore 
pliées en forme de missive et renferment l'adresse originale ; il. y 
en a même qui conservent des restes de la cire qui a servi à les 
cacheter. Or, dans le 'ru* '"ïï l'on retrouve l'adresse dans les mêmes 
consultations et dans celles-là seulement 1 . 

Ce n'est pas ici le lieu de donner une analyse complète du volu- 
mineux et important recueil manuscrit; on en trouvera d'ailleurs 
la description détaillée dans mon prochain catalogue de la collec- 
tionne Livourne. Toutefois, ayant sous les yeux l'original de ces 
consultations, je suis à même de donner, en attendant, des détails 
nouveaux sur quelques-uns des numéros publiés, détails qui ne 
seront pas, je l'espère, dépourvus d'intérêt ; je pourrai même rec- 
tifier quelques erreurs dues sans doute à l'inexactitude du copiste. 
Je citerai les numéros d'après l'édition Frankel. 

I. Entre les numéros 1 et 2 se trouve l'indication suivante : f-HiTE 
puttniï SFoa 'n. Qui était-ce? Le possesseur de cette partie du 
recueil? ou le destinataire d'une ou de quelques-unes de ces con- 
sultations de Maïmonide? Cette dernière supposition ne me paraît 
pas plausible, car je remarque que le nom de ce rabbin est suivi 
de l'abréviation : Y's\ tandis que le nom de l'auteur est toujours 
accompagné de l'eulogie : bY J'avoue aussi n'avoir jamais lu le 
nom de ce rabbin de Damas et je laisse la solution de cette ques- 
tion à de plus compétents que moi. 

II. Le n° 21 porte dans l'éd.Fr. la signature de ve npyv C'est 
une erreur du copiste. La consultation autographe dont l'écriture 
est d'ailleurs très lisible, ce qui n'est pas toujours le cas, porte la 
signature suivante: i3"p» ap*\queje lis Maioni ou Maggioni. 
La consultation est pliée en quatre et porte sur l'enveloppe 
l'adresse de R. Simha Luzzatto, qui a été reproduite dans l'éd. Fr. 

1. Il est vrai que le copiste n'a pas eu toujours le soin de la transcrire. V. plus loin 
les n os IV et V. 



100 *REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

III. Le n° 23 renferme deux décisions sur une question commer- 
ciale. De la première la signature seulement est autographe ; mais 
la seconde est tout entière de la main de Léon de Modène, dont on 
reconnaît facilement la belle et claire écriture. Elles sont aussi 
pliées en quatre, et le destinataire y a écrit en bas des pages des 
notes en espagnol, malheureusement très peu lisibles ; les voici : 
I. esta he a copia da confirmation do ecc™ rebi Hazaria Picho 
sobre o meu tratado na materia dos. . . — II. esta he a copia de 
cartap. me escre( veva ) sobre os cambios o ecc mo rebi jheuda (sic !) 
de modena. — La dernière page renferme l'extrait d'une troisième 
décision sur le même sujet accompagnée de la note suivante : este 
he o capilolo que o ecc mo rebi isaho atias me escreveva nha sua 
de 8 tebet 539 1 sobre o meu pesah per demande na materia dos 
cambios. 

Il paraît, en somme, que le destinataire, qui était probablement 
un expert en matière d'échanges, avait auparavant donné lui- 
même son avis sur la question débattue ; il en avait plus tard 
appelé à l'autorité des deux chefs du rabbinat de Venise et en der- 
nier lieu à celle de Isac Athias, le célèbre rabbin de Hambourg qui, 
depuis 1623, résidait, lui aussi, à Venise. 

IV. La consultation de R. Schelomo ben Attar (n° 25) porte sur 
son enveloppe l'adresse suivante : r-pan *pa*a îrbaiBïi r-aiton . rf'a 
■far na^^n *ua bia ribaunn. 

V. Les n os 31-33 se rapportent à une question soulevée à Corfou 
sur le rituel à suivre dans le cas d'un Juif mort à la suite de bles- 
sures. — Le numéro 31 porte dans l'éd. Fr. la date Vann 
p"sb, c'est une erreur du copiste ou de l'imprimeur, la date est 
dans l'original : p"sb nan M©. Le n° 33 provient de Venise, mais 
ne montre aucune signature. Dans quelle relation se trouve t-il 
avec le n° 31 ? L'adresse suivante que l'original conserve sur la 
dernière page et que le copiste a sans doute oublié de transcrire, 
éclaircit suffisamment ce point : da'nawi •trEnn tzmtt ^33 bittb 
nizîN .ta^ann r-iby» li'n .dm» DniD û^asiam trpnn .tmn ifcvb 
tu"?* tiÉrs^iaiz) nbVran ^nm mwa. 

Il paraît que la réponse plutôt impertinente du JiBirn r n dan 1 
avait fini par irriter le rabbin de Corfou, et ses mots mêmes, "pb 

1. C'est peut-être un certain rabbin Josua Forte qui résidait à Corfou à la môme 
époque. 



SUR LE RECUEIL DE CONSULTATIONS APPELE Û^N Jlï 101 

''m a^abtt ^n» yna vi*tt8i Tittp, révèlent chez lui rintention 
d'en appeler aux autorités, intention qu'il a réalisée, en effet, en 
envoyant sa missive aux rabbins de Venise. Mais ces derniers, tout 
en approuvant sa réponse, ne lui cachent pas le regret qu'ils ont 
éprouvé en apprenant que des fils d'Israël se querellaient entre 
eux, et lui conseillent, en tout cas, de ne pas pousser plus loin 
ses démarches ("pattb m n"na «■» h nata.p Yn). Quant au n° 32, j'ajou- 
terai qu'il est écrit sur un très petit morceau de papier attaché à la 
consultation n p 31 , et comme l'écriture en est absolument la même, 
il y a lieu de croire que c'est une petite note écrite par l'auteur 
avant de rédiger sa réponse. 

VI. Les deux notes qui accompagnent la consultation n° 36 et 
dont la première commence par les mots b"T ■•"ann sont écrites en 
gros caractères, tandis que la consultation même est écrite en 
caractères minuscules, l'encre en est aussi différente et, ce qui est 
bien plus important, l'écriture. Il s'agit évidemment d'observations 
ajoutées plus tard par un autre. Je ne sais, en tout cas, pourquoi 
le copiste a omis de transcrire une troisième note écrite sans 
aucun doute de la même main. La voici : X'ypn '->oa b"T N"a;znii ana 
nnaa r-rtns irrjio iznm tas -6* o^w ï-raara sraa vipsnDï-nD si» 
gppm pm »i™ ^stt . 

VII. Les n os 55-58 sont entièrement autographes. En bas de la 
consultation finale du R. Ahron Abib (no 58) est écrite la note 
suivante : ta? n"? p-irn trarûs ta^a ïbn tsarn i-hto t-rm ta* 
. . .TWtn "^a ^nttnn pTOîTi nttati Vian baia rvn. Suivait la signature 
qu'on a plus tard biffée avec de l'encre très noire, de sorte qu'il est 
devenu impossible d'identifier l'auteur de ce témoignage d'appro- 
bation, adressé probablement à R. Samuel de Médine, l'auteur de 
l'avant-dernière consultation. J'ajouterai que la première partie de 
la nniïîn n° 55, jusqu'aux mots rf'YiTwn nmtt tzrt, a été biffée 
dans l'original par des traits de plume. 

VIII. Le numéro 66 traite le même sujet que le précédent. 
Cependant la nbaiû est conçue dans une forme différente et con- 
tient des éléments qui manquent dans l'autre. On me saura peut- 
être gré de la reproduire ici : 

babi nsas trnn anb «m anpjz "*3M p^ 11*73181 laien) .i-ibroa 
Vi*73ïb naai dien 'vn mns amra mno "nawi -natria bma "ib uji n 
■pian naa in*"bra mnbn mnsb ns-im n^nnn ûtd ibna b^ 
awDja '*»xûi rr^&na ->b p^rta -h» naibn nnsn ba ib -ittiK ïai&m 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Kbtt "na '^yiV2U*r t '^aira i?dd a^atap û^-ip b«5 ms ana b^k ib 
ht nn 'tbrmao'ti "■onaiabi -12b rra ib '»in -'aia-n *paaa ^ano« 
tr^fin prn "H-tt b^a» wa na vn«ta ton a»vn ton rr«m pï n n 
D^raipn i^m a^a-inn i» ys» rrnn in a^anbi ■paw q-iprb bannis 
b'navinn ban V'^ a^a-in istin a^ mpmn nvaaona ns^N ima ïabia 
n?:a ann ^ib vit n»M baa û"»8npn y a ^ (nvaa»b -nmab la^apa 
'n f"Qi mnN n^aon 12b ■pa ^a anaba iao^ 'n ntap ba» t<->nrs 
S'n Brnn n^aon na» q-jstc m«b bot a^np 'a 'pa fnpirro 
p"p '^sann la^n» ■pai îa^a œ^io mptnïi mttaon t* na^ posn 
t=an bbnan aann naattp ta'vwiB "^ bai Vit iiddi n^»ti 
Ismaai a^an a^avain ibaa -non 1"^ nwnpïi mbnpn m^aon 
tzpra maaonîi jn na?3 a^na p as 'n pooan 'nan a*>a^ pn *»jabtD 
s"y nna» ,Vap *-«* *> a m m nnso p"-p '•«aann laTiN "pai wia 
'■«317372 iDia^ bn ^n ïipisb ïrran ann '-an lanv nban anain 
rnnan rrnoaa "ji^ed n&* ararp ■Tar' a*aain istin bia mpTnrr 
r-i^tn pm Nun vna nb^snbi pian ^aa maïann riincb» wittbi 
.^"■o» 18» naai bit îrmn Tna nsbi a^\an \a bisa voiai 

La première partie que j'ai mise entre parenthèses est à peu 
près la môme que dans la ïibaia précédente; tout le reste ne s'y 
trouve pas. 

IX. Le ms. Liv. contient deux versions différentes de la consul- 
tation n° 68. L'une, celle qui est publiée dans l'éd. Fr., est de 
beaucoup la plus longue, et semble être le développement de 
l'autre. Toutes les deux ont la signature autographe d'un R. Isaïe 
de Trani. Or, une lecture même superficielle de ces deux consulta- 
tions suffit à démontrer que ce rabbin ne peut absolument être 
identifié avec aucun des deux célèbres talmudistes italiens de ce 
nom 1 . Et pourtant l'histoire du rabbinat ne connaît aucun autre 
rabbin de ce nom. Il est évident qu'il s'agit d'un troisième Isaïe 
de Trani peu connu, lequel, à en juger par l'écriture des deux 
documents en question aurait probablement vécu en Orient au 
xvii siècle. 

X. Le numéro 69 n'est pas signé par a^an bNTEia comme dans 
l'éd. Fr.,mais bien par tran barrata. Il s'agit sans doute du rabbin 
de ce nom, qui fut un des plus célèbres disciples de fc5 H Tttnma et 
dont Azoulaï parle assez longuement 2 . 

1. Parmi les autorités citées dans ces consultations on trouve R. Joseph Caro, 
Josua Falk et autres rabbins de la même époque. 

2. Sehem Hag., éd. cit., p. 174. 



SUR LE RECUEIL DE CONSULTATIONS APPELÉ »t»3N 3>-)î 103 

Le n° 71, le dernier, porte dans le recueil Frankel la signature 
suivante : tn^b^a^ p"ir©tt; c'est encore une erreur du copiste, 
l'original est signé yN^aiBap mma, c'est-à-dire par Moïse ba-Gohen 
Àbigdor Castellazo ', dont le ms. Liv. renferme d'autres consulta- 
tions et qui était parmi les rabbins du Caire à l'époque de Méir 
Gavison. 

Il est à mon avis bors de doute que Azoulaï n'a pas connu le 
recueil ms. de Livourne. En premier lieu, parce qu'il ne men- 
tionne pas, dans son ouvrage biograpbique, un certain nombre 
d'auteurs dont les consultations font partie de ce recueil, ce qui 
ne lui serait certainement pas arrivé s'il les avait seulement vues, 
témoins certains auteurs au sujet desquels il se borne à citer une 
consultation contenue dans le D^toaN anï 2 . En second lieu, il aurait 
constaté la dérivation de son manuscrit de celui de Livourne, qui 
renferme les documents originaux, et n'aurait pas manqué de 
souligner cette provenance ou tout au moins de l'indiquer à l'en- 
droit où il parle du '3N ^t 3 . Je crois aussi qu'il aurait rectifié les 
erreurs qui s'étaient glissées dans son manuscrit par la négligence 
du copiste. Ce n'est donc pas lui assurément qui aura fait copier 
ces consultations, dont le recueil sera parvenu dans ses mains 
indirectement, peut-être pendant son séjour à Livourne. 

Carlo Bernheimer. 



1. V. Revue, XXIII, p. 141. 

2. v. p. ex., iTn mab dma», N-iômn nvbv, ^Tizîpip vn et autres. 

3. Schem Iiaged., II, p. 48. 



LE POÈTE SAUL GASPI 



Le poète Satil Caspi,dont le Rituel du Comtat Venaissin conserve 
quelques compositions liturgiques, n'est pas mentionné par Zunz 
dans son histoire de la poésie synagogale. Il est cité pourtant par 
lui dans son livre Zur Geschichte und Literatur* et par 
S. D. Luzzatto dans sa liste des Païtanim publiée dans le 
Magazin fur die Wissenschaft des Judenthums 2 . C'est tout 
ce que je connais sur cet auteur et Gross 3 lui-même ne donne rien 
de plus. Or, le ms. 119 de la bibliothèque du Talmud Tora de 
Livourne, ms. provençal de 336 feuilles de papier 13 x 10 daté de 
la fin du xvi e siècle, renferme, entre autres, une collection de 
68 compositions poétiques de Saûl Caspi. Il semble bien que ce 
manuscrit est autographe, car il contient un assez grand nombre 
de corrections interlinéaires et marginales qui ne sauraient avoir 
été écrites que par l'auteur même. Je ne donnerai pas ici une 
analyse complète du contenu de ce manuscrit, et me bornerai à 
énumérer les compositions dont je viens de parler : 

44 poésies (to^iB), parmi lesquelles je signalerai les numéros 
suivants : n° 5 nb 1 »» n-nab bvd, n° 7 y\m 'anab tara, n° 11 aï»s 
VN'rcîab, n° 15 nati:b cars, n° 18 tarns nba», n° 27 fhbnob, n° 29 
mmonb, n os 33, 36 r-nnaïab, n° 37 wtti abib b?, n 08 54-57 fca->-™ 
nosb, n os 15, 17, 19, 23, 25, 35, 40 ; énigmes (nvrn). — 24 compo- 
sitions en prose rimée. dont 14 portent le titre de nsr»V» et 10 le 
titre de j-nbaMnn = apologie.— 3 épithalames, n os les plus intéres- 
sants du recueil au point de vue historique : 1, mbbnnb Tnan n"PU3 
■p n ■» b t yv\ïv* '-) na inos nbinan uy "p an b ïi *n m mnaïi ; 
II. ïma*a*n *nnn«b Y'ar (Meyrargues) «n , iN:nvtt É 7 *n ^a-np 'jnnb 
(Regina) ; III, ûva )vo a"-> p"cb 'û"îv nau: man rut 5****1 *rnn« rniTa 
T5 *Dn îzmb ^m^anu n^bnn inn 'ian *p"ia* p-.oraa vtîii ump nau: 
"jnnrr unm"i*»T. 

i. Berlin, -1845, p. 475. 

2. '"i;n C*fJ1*SÏTi D*3£3**S?1 mb 'at b""71ZÎ nbn3. Magazin, \U, partie hébr., 66. 

3. Gall. Jud., p. 70. 



LE POÈTE SAUL CASP1 105 

C'est en me fondant sur les noms des personnages mentionnés 
dans les titres de ces trois compositions que je me suis proposé de 
fixer avec un peu plus de précision le lieu et l'époque de l'activité 
de Satll Caspi comme rabbin et poète, et j'espère avoir au moins 
partiellement atteint mon but. En effet, les listes n os 21, 23, 25 et 
26, parmi celles qu'Isidore Loeb a reproduites dans son excellent 
travail sur les Juifs de Carpentras \ contiennent des notices dont 
je me suis servi pour établir une chronologie relativement exacte 
des personnages en question. Je commence par donner un résumé 
des renseignements documentaires. Dans la liste n° 21 nous 
trouvons nommés un certain Benestruc de Meyrargues (1565) et 
un certain David Lion (1570) ; dans la liste n° 23 ces deux person- 
nages sont de nouveau mentionnés, mais cette fois avec leurs fils; 
le premier en a deux : Astruguet (ia) et Josué; le second en a un : 
Jassuda (rmrp). L'absence de documents pour les années de 
1570" à 4580 ne permet pas d'établir à quelles dates précises ces 
fils sont nés. Le rabbin et poète Satll Caspi n'est pas cité, à vrai 
dire, sous son nom de famille; il ne saurait pourtant y avoir de 
doute, à mon avis, sur ce que le Raby Saiil mentionné dans les 
documents des années 1580-1615 (liste 23) soit le même que 
l'auteur de notre recueil de poésies. La liste n° 25 ne nous 
intéresse pas beaucoup, car elle a été compilée sur les documents 
des années 1600-1605, qui sont déjà comprises dans la liste n° 23. 
Dans la liste n° 26(1629) un seul de ces personnages demeure 
encore : David Lion, mais son fils n'y est pas nommé. 

Voici maintenant ce que je crois pouvoir reconstruire à l'aide de 
ces documents unis aux indications contenues dans le recueil 
manuscrit de Livourne. 

Saiil Caspi fut rabbin à Carpentras de 1580' à 1615 au 
moins. En 1599 (a "a©), sa sœur Régina épousa Astruguet de 
Meyrargues, fils d'un certain Benestruc de Meyrargues, dit Pato, 
qui résidait à Carpentras probablement depuis 1565 (v. liste n° 21). 
Il semble que les jeunes époux aient fixé ailleurs leur demeure, 
puisque, en 1600 (liste n° 25), c'est-à-dire un an après leur mariage, 
les documents réunis par M. Loeb ne mentionnent que le 
père Benestruc de Meyrargues, tout seul, sans plus donner aucune 
indication sur ses deux fils. Quant au mariage de Jehuda Lion 
avec Esther fille de R. Josué Lion, je ne vois aucune difficulté à 
l'identification du mari avec Jassuda (Jehuda) fils de David Lion, 
que nous avons déjà trouvé parmi les habitants de Carpentras de 

1. Revue, XII, p. 201-215. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1570 à IG29. Pour l'épouse Esther, la chose est plus difficile, car il 
n'y a pas de documents pour les années 1615 à 1629 parmi ceux 
que Loeb a reproduits. Il est vrai que nous trouvons dans la liste 
n° 26 (1629j un Rabbin Jessé Lion arec femme et enfants; mais 
comme celui-ci n'est pas le seul parmi les Juifs de Carpentras 
à porter ce nom (v. listes n° 23 et 25), on ne saurait affirmer qu'il 
ait été le père de la fiancée. En tous cas, c'est probablement entre 
1615 et 1629 que le mariage aura eu lieu, parce que le père du 
fiancé, David Lion, est mentionné tout seul dans la liste n° 2(>, 
comme je l'ai déjà fait remarquer plus haut, Je répète que 
l'absence de documents pour les années 1570 à 1580, et 1615 à 
1629 m'a empêché d'établir avec plus d'exactitude la date de ces 
événements. Je crois pourtant que des recherches diligentes dans 
les archives de Carpentras pourraient avoir pour résultat de 
compléter, voire même de rectifier en partie, les indications que j'ai 
réunies sur le milieu et sur l'époque où Saùl Caspi a vécu. 

Je n'ai pas l'intention de donner ici une appréciation complète 
de sa valeur comme poète ; je laisse ce soin à de plus compétents 
en la matière, si jamais le recueil de ses poésies est publié. Je dirai 
seulement qu'il y a d'ordinaire plus d'artifice que de sentiment 
dans sa poésie. Ce n'est point un poète de haut vol, maison doit lui 
reconnaître une certaine originalité dans l'invention et une 
certaine adresse dans la forme, ce qui suffit à rendre intéres- 
santes ses compositions; c'est, en tous cas, un auteur qui mérite 
d'être mieux connu. 

Ne pouvant offrir au lecteur qu'un essai très limité de l'œuvre 
poétique de Saiil Caspi, je ne reproduirai ici aucune de ses poésies 
liturgiques, dont on peut trouver des spécimens dans le Rituel 
d'Avignon et de Carpentras; je bornerai mon choix aux trois 
numéros suivants : 

1° Une poésie de circonstance pour les noces de sa sœur; elle 
est adressée à l'époux et lui donne des conseils. 

2° Une petite composition de genre didactique et morale inti- 
tulée nroin. 

3° Une des nombreuses nTnbattnn contenues dans le recueil, 
que j'ai choisie à cause de quelques passages qui me semblent 
intéressants au point de vue historique. 



LE POÈTE SAUL CASPI 



107 



I 

ï-in'^jp-i "•rrrwb i"ar ©ifittaTW T'a *ainp "jnnb 
— w| — — w|— — w|— — w 



,i-ivnN "»t»b5 wb» ^sbi 

,nrm on 'pan ,Dmi: û^nïisa 

,nvNi firaan .n©ibn bip *ba 

^rmbi -1*733 naaN û"«b^n 

,zvpia maanb waa n^pi 

,nvbp pbnn ,npan ïpai 

■nvnas» nutti .rpanb ab *jm 

,ni"n&n maia ^mas rrnm 

rima© mabna 3 p£in û*^m 

,nma *wb ,rï7aina> mba 

* n i 1 n © mmna ,rraca p©?b 

rmai: wnb ,î"îbaai 3»Yiai 

.m^m û^iïî /îatvb nbn&n 

,rrnian mbwa ^^a- ^pTami 

nvo© maroi /îwnn n:a^ 



■^arsn nabab pasbn ["itnn] iitnn 

,cn©^ Qi-r\ai .O'nMa faïas 

,n©nn sttto ,n©-n ©i-n&n 
,-i3©n d^tin r"ia*7« aiiT3 
/»rm sa nnp ^nat* pbi 

np©n Nb irna np;n rrrnb 
•rpanb Nb Tn ,spnï"tb nb ami 

"pî^b ^aan ,"p©3>b mannb 

,panb «b nioa ,pson ïtîK» 

tittï-na »bi ,!w«i "irisa 

rraiyT rrb^bb ,«n"tt nn bab 

T T : 

«baai 3a©ai ,ï"ibia»?3 -nom 

natpK "pbna natnb ab©i 

•»aicb n:a>733 /»anon «bTa^ 

17315© rr©73 ,173*5 nb©^i 



II 



rmi)r\ 



- 1 



nansn ?&n ain inp no 

T ; • 

i * © n i bab vr* bsK ■•bip 
ia»3©i abi oya* niwN73 "pnb 



^ — — 



-1731 ti bx "»aa Tinaina 1*73© 

1^tn73 ©ni a^n a"na miN 
isai <i n s© ©m tpasi naia 



1. I P»ois, vu, 36. L'expression n'est pas très claire. 

2. Je crois que le poète joue sur les mots m*731 « larmes » et m y 73 « argent ». 

3. Cantiques, vin, 5. Le mot û*mi doit être compris, à mon avis, dans son 
acception générale d'amour; l'auteur a voulu, en tout cas, réunir dans un seul vers les 
trois devoirs principaux du mari envers sa femme. 

4. lsaïe, xxiv, 12. 

5. Cette forme n'est pas très claire. Est-ce un hithpael de Ï"J*©, sans la transpo- 
sition du ri et du © ? 



108 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



bas ^a iTDnn ba "îann b&* 

yan *pb^ basa avn issmon 

-©i bar ban 1^53 ^y bnnia 

pm nb-» nriN "îabn ba 

n* ût» ba« apr* bips abip 

amis nv:-j an an-na no 

V:Tn -«ton "p n s a b ma 8 

im aaaab ttîvrp bifcb iTs^ta 

•pan bm niNa bao lua npa 

npD na "pan npn -oa inabn 

ban D^nm a-'iar-na nnaitt 

i p n s •» in» b w ann iwia •ptafin 

n»N ibisbsi 'piab nxp *dt 

mian • •panb aann bipa vins 

nia** msôm "»b*a a^iaa an p 

■nyœ -innai baba a*nb ib:? 

•pronra» sbi vna« *b* ban 

i^bir- 1 «bn *]t> *by in5a i-i7ab pmpi oan N-ip?2 bittb mw 

utaT iai nbia ">aa tn» ■» o a b n an "îttb naran b«i -nsT 

-i^?aii:a biar bs v^bai m pp "nn» an npin7: "imaoTsb a">aa 

uey* h?3a ino^a b:r in 1731a a ^ a 3 a m Nin -o^ yie* 

ubis^ •pm air: an *jb ï» ^a am b«n nan 133» nvn b^&nn 

îansT bm "noiab nran bm anaa "p 6n*a* aiab ^a jh 



*13 , ^3TUJm *l£?3N D3T iptn 

WD^nwri n^a Nbab "pro 

^ina* 1 ! rmn^p n« nb 

lanr pm aa "pN «bn bw» 

ijtdb^ ainrtb T&iDïib -ira* 

1 -isnp" 1 maa drpfiM a*m 

u>ann îni m-iaitt inncnn 

lybanm rweim a»^ 

îwn fcbi mavanb p^Ta 

njpm n;b yi rmm pa 

win iïjk niN ms» ■'-pt 

waa ibbias a-'ttan inba 

13>M3 nie» an "psab vin 

i^aa û">bn3 mntabi emp 

nanpnai an "onbn inna 

13^03 -ima a^bbs mis 

irapirr ana ma ma» laian 



III 

tavb rtwyx n73i .a-nn aa bn?an aa 133* anai ffl^ Nb ^vjn ^ 
•ôy .OTOmb ann ^by a^pa .teins ^bs BWtnfib .tavNi N"ns 
. 3 aa^73^« "rb* Tibn"« .a^wnnin a"«u:na a^ms i^n* 1 ^i^m .a^p 
inT^a ^p->Tn>3 ,t53iob n-^nN n^apa orna ^bs» anaa nD*N ^ujin n^a 
mns npnba nteiba ^sb na niaty» T'Ni .ca3^a73T anT^ anm 
.aa^D ^«ynn n?a ^nyio lusnbn^ ^br nn*> .tawn a^nu: .a^aaoi 
n3N .ta^-na n?:ab ^Dnnw m^i .tz^3nu5?3 "«3D a^iai ->3y ^3Ni 

.ri-iT^b ai3« 



1. Hos., xm, 8. 

2. Zach., ix, 12. 

3. Job, xx, 25. 



LE POETE SAUL CASPI 109 

WI33 b^naa ta-«Nn .^naa mbia ^^ba .nb^n Ta sa nbto "n ^ 
.■pisnb a"aa pis ^tasiaa wp . *îiu3b ns^a "an-m ^b *« k^ .t^ian 
naaa naa?b aam paa nb*»b nbiia .aaaiaip aw mp *»•»» TNaa 
■wtrifir .tavaiTrn a^aa iaimr "aaam •obna'' ana^ .aa^npT ib^ tpv 
nanb "jnb "aam aa^" 1 .aaann vil ©mb ann^ i3Tns^ aprm 
br me» "janD^ ^ban a>ba ^b* Dp* 1 .ta^aianm in rrn ^ba? man 
a^a anb ma maa a^a -apia^ .aa^isaa anm a^bon aaïaa 
nabyan naann oins ma^ai .to'aaNa vn"*» a^bna a^n a^a a ,ta ip 
.* ■» 3 b n a ■» mm: a •• a b a> . ^ a s i a m nujt m n a a i . anab^ 
na?na msbna "rçanaba nnsc^ waabi .tavaa. "pyai a^n a^anaa^a 
n&na mabaa mno mainn "maa -ay-p .taaab vpp "naai mxanai 
aana "na** ^m tiiir a'mafio aaa^ .caaiann t a£ 2 n pan nnnsn 
,aa-»nra ^aai a-«pnaa ^ra 

na"na>n ."i:tfan -iibki nab&na nm nsan n^ba* nian N3 ba aina ^ 
.^auj abira lab&na -aiana^ nan *jna&n ^-nN nbia naananm 
ba 2 o^Dn a^azisn nbian .ta^ansa mas baa ^m* jaws ntm 
nrn larnm mana» "aw nan aa nan na-aia .aa^ainp *naa ynan 

• î-is baa "jautn nnaa bnaab .ï-rsaza ba» a^zna-n aba mnai D^an 
nsaai nsoa nnaai îaaa ma» .^nbna aa>bn (?paaa ^na\aa ^aas n^"i 
mai .ns^a nn ba» nu:aa anb nbia nna .t^s-ia ya *** 
D*ba ma nan ,ï-idot omtt mp-> pa baa .ï-tbti ^nn *]unpa 

.aam pan rmm nan bipa 

naa nt ■na'na "aab rpna» ba-rc^ "jsn niaa -nna na-ia na 'n vj 
mm a la a n^ iD^bnn îannn a^aia a"«an nab .ta^a'ai a^a - " 
^■»i mbma ib^D^ n^iab ba>i anb T>iaa ipbm , 3 aa^3Ta miD? 
îîNia yn« isy by û^DNi^n ,tî^3au: nn^aa ^nu:^ a->'ai3y 

• naiaT ^ib-^ nan yvz ^b-> a^s ^u:pT nsa ^pm .*aa , 3T»aaT D^b^i 

.fia^n nab sm* .^nan -jbn innm .""nsaN naan y^ïîiN naa 'n ^«7 
^na^au: a«m .ivîn ^a aaip* nna .^wp^i "j^a ^aa nap3 a^pa 
y"r»i .niNDn a»an«a tnatiBa yap .niN:^ a^nb» 'n nnri .*jTirb 
.ynan a"»a?ttîn ^np bai .SNiiaa a^b» uj-^ ^a /naattnai b"»ir ba 
.a^nn i3a->n"» n^n ampa ww* "jnp maatm ,n a>^-in ^a^N b^T 

.a^np "jaTai baa^a 



1. Ps., xxiii, 2. 

2. Is., lviii, 6. 

3. Gen., xxxi, 7. 

4. Am., il, 7. 



iiO REVUE DES ETUDES JUIVES 

Je n'ai noté que quelques mots et quelques formes rares tirés de la 
Bible pour lesquels l'auteur semble avoir eu une prédilection, et 
aussi quelques rémiuiscences bibliques. Quant au numéro III. le 
ton général et surtout les expressions contenues dans la dernière 
partie montrent que l'auteur était sous l'impression de quelque 
fâcheux événement concernant les Juifs de sa communauté. On ne 
saurait établir rien de précis à cet égard, puisqu'on ignore la 
date de cette composition. Les mots : nra-iab bn nnb Tnaa pbm 
■di mb-ro "ib"D^ pourraient faire penser à des vexations ou des 
tailles de tout genre, qui n'étaient pas rares à cette époque dans 
les États pontificaux. La bulle d'expulsion de Clément VIII 
(28 février 1593), bien qu'exécutée seulement en partie \ pourrait 
aussi avoir provoqué le ressentiment du poète. L'allusion me 
semble, en tout cas, incontestable. 

Carlo Bernheimer. 



1. Revue, t. XII, 169 et pas*. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 

(suite *) 



Les affaires commerciales de Samuel Lévy n'étaient pas non plus 
à cette date arrangées complètement. Les créanciers devaient 
faire un choix parmi les objets déposés chez Dominique Anthoine et 
Alexandre Senturier, suivant la dernière évaluation. Ce choix 
n'avait pas encore été fait et ne pouvait l'être, puisqu'une partie de 
ces objets n'avait même pas encore été inventoriée. On convoqua 
donc une nouvelle réunion des créanciers, le 18 octobre 1717, et 
l'on dressa, à cette occasion, un nouvel inventaire des objets exis- 
tants. En même temps, on fit le compte des sommes dues aux 
différents créanciers, lesquels furent divisés en quatre catégories, 
dont chacune reçut un quart des objets consignés dans l'inventaire. 
Dominique Anthoine et les créanciers de sa catégorie reçurent 
59.335 1. 1 s. 10 d. On agit de même avec les trois autres syndics, 
puis eurent lieu des partages spéciaux, des enchères et *des adju- 
dications ; les choses se passaient de la façon la plus régulière, et 
tout faisait prévoir que tout le monde serait satisfait. 

Mais quelques-uns des créanciers ne purent supporter que Samuel 
Lévy ne payât pas ses dettes intégralement. Ils décidèrent donc de 
le dénoncer pour banqueroute frauduleuse, espérant l'intimider 
par ces moyens et l'obliger à chercher l'argent à l'étranger. A eux 
se joignirent, peu à peu, la plupart des autres créanciers. Ils lui 
demandèrent, le 18 octobre 1717, de fournir encore 35.247 1. pour 
la masse et 4.000 livres pour les frais. (D'après un document de 
M. L. Wiener à Nancy.) 

A la même époque, une autre affaire était pendante. Les beau- 
frères de Samuel Lévy, les frères de sa femme, Jacob et Moïse 
Schwab de Metz, prétendirent qu'il leur devait la somme de 
62.977 1 en argent lorrain, tandis que lui-même assurait qu'il ne 
leur devait plus rien. Or, il avait encore à Metz une maison, des 
meubles, des livres, des vêtements, des places dans la synagogue. 
Tout cela fut saisi par les frères Schwab. Samuel Lévy protesta. 

1. Voir Revue, t. LXV, p. 274. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(Bibl. Nat. et L. Wiener). Nous ne connaissons pas la suite de cette 
affaire, nous savons seulement qu'elle reçut une solution le 
14 novembre 1717. (V. plus loin.) 

Entre temps, Samuel Lévy avait appris que le duc avait donné 
ordre de le mettre en prison, dès que son affaire avec les Schwab 
serait terminée. Il écrivit donc à M. Sauter, le 10 novembre, de 
faire rétracter cet ordre, sans quoi l'on verrait se reproduire 
l'ancienne confusion dans ses affaires II se faisait fort de prouver 
que les motifs invoqués pour son emprisonnement étaient absolu- 
ment dénués de fondement. De plus, ses créanciers de Nancy lui 
avaient écrit de se procurer jusqu'au vendredi suivant un renvoi à 
trois mois ou une lettre de restitution, afin d'empêcher les pour- 
suites de ses créanciers juifs; sans cela, il serait un homme perdu. 
Il priait le duc de prendre en considération les services rendus par 
lui au pays et de se rappeler que tous les Juifs étaient protégés 
par leur souverain ; on devait donc lui accorder la même grâce. 
(P. J., XLI) 

Le mandat d'arrêt ne fut pas encore lancé. Mais Samuel Lévy fut 
surveillé de la façon la plus sévère; on intercepta même une partie 
de sa correspondance. Il s'en plaignit, dans une lettre adressée à 
M. Sauter et datée du 14 novembre, et comme il eut peur que cette 
lettre n'eût le même sort, il la fit remettre par son avocat. Nous y 
voyons que son procès avec les Schwab était arrangé. Mais ses 
créanciers chrétiens étaient venus, avec une « fureur digne de 
compassion », lui enlever tout ce qu'il possédait. Lui et sa femme 
sont obligés de coucher par terre ; ils lui ont arraché, avec violence, 
le seul rideau qui restait à son lit, lui disant que c'était mainte- 
nant le duc lui-même qui le retenait, ce qu'il ne pouvait pas croire 
d'un prince trop bon pour ceux qui ont de la justice. Il priait 
M. Sauter de représenter sa situation misérable au duc, car 
il était obligé de se passer de dîner, faute d'argent. Son ennemi le 
plus acharné était Anthoine, qui était déchaîné contre lui comme 
un lion, parce qu'il avait été nommé receveur général. Il n'était 
pas possible que le duc laissât mourir de faim celui qui l'avait servi 
si fidèlement. [P. J., XLII.) 

Deux jours plus Lard, le 16 novembre, Samuel Lévy écrit à 
nouveau. Il prie le duc d'avoir pitié d'un pauvre homme qui n'a 
pas de pain à manger, qui est forcé de coucher par terre avec sa 
femme et sa famille. Il était constamment gardé par une troupe 
d archers et on le menaçait de le mettre en prison. Si cette menace 
était exécutée, il serait ruiné. Il avait, à Metz, des maisons et 
d'autres objets d'une valeur de 150.000 livres à peu près, à Franc- 



SAMUEL LÉVY, KABBIN ET FINANCIER 113 

fort pour 60.000 l., en Alsace pour 30.000 l., des créances et des 
maisons à Nancy. S'il était laissé en repos, il pourrait s'arranger 
avec ses créanciers et mettre de l'ordre dans ses affaires. Il signa 
cette lettre « au lit et malade. » (P. /., XLIÏÏ.) 

Comme il n'obtint pas de réponse, il rédigea un mémoire sur 
l'état général de ses affaires, sur ce qu'il avait payé, sur ce qu'il 
devait et sur ce qu'il possédait encore. Ce mémoire est daté du 
1 er décembre 1717. Il en résulte que ses pertes et ses paiements, 
depuis le 10 juin, se montaient à plus de 3 millions de livres, 
argent lorrain, et qu'il ne devait pas tout à fait 3 millions. (P. J., 
XLIV.) 

Là-dessus, il y eut contre lui un mandat d'arrêt, le 3 janvier 1718, 
parce qu'il n'avait pas encore payé à ses créanciers chrétiens les 
deux tiers de ses dettes promis dans le contrat du 29 août 1717. 
Le texte de ce mandat est conservé dans un factum imprimé, en 
possession de M. L. Wiener de Nancy. Le titre en est ainsi conçu : 
Sentence rendue aux juges conseils, pour les créanciers chrétiens 
contre Samuel Lévy, qui demandent l'exécution de leur traité pour 
les deux tiers, 31 décembre 1717. 

Nous ne savons pas les démarches que fit Samuel Lévy pour 
éviter son arrestation. Mais, le 25 janvier 1718, il écrivit au baron 
de Sauter que le nommé Sâckel de Francfort se servait d'une lettre 
de recommandation adressée par le duc en faveur de son commis 
Cerf au magistrat de Francfort, pour prouver qu'il n'avait prêté son 
argent que contre garantie. SanuelLévy, pour donner une nouvelle 
preuve de son honnêteté, conseillait au duc de faire bannir de son 
pays le fripon en question. Il demandait une réponse. (P. J. XLV.) 

Il semble, en effet, que le duc conservait une certaine bienveil- 
lance à son ancien receveur général et que c'était contre son gré 
que celui-ci était retenu si longtemps en prison. En tout cas, nous 
voyons par un mémoire (en possession de M. L. Wiener) qu'il lui 
remit, le 12 février 1718, le premier acompte dû à la Monnaie ; quant 
au second, Samuel Lévy fit la proposition, le 7 mars 1718, de le 
déduire des 80.000 livres qui lui revenaient encore. 

D'un autre document également en possession de M. L. Wiener, 
il appert que, le 31 mars de la même année, l'affaire des deux 
Sàckel (Salomon et son fils Isaac) contre Samuel fut l'objet d'un 
jugement qui les obligeait à reconnaître à Samuel Lévy, suivant les 
promesses reçues par lui, la somme de 96.850 fl. ; par contre, 
il devait leur payer ce qu'il leur devait en plus, et leur rendre les 
diamants d'une valeur de 65.325 fl., si les Sâckel payaient cette 
somme aux détenteurs actuels des diamanls. 

T. LXVI, n° 131. 8 



H4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le duc et la duchesse avaient fait un voyage à Paris, où ils 
étaient arrivés le 18 février 1718, et ils y restèrent jusqu'au 8 avril. 
Quatre jours plus tard, le 12 avril, Samuel Lévy félicita le duc de 
son heureux retour et lui dit que, pendant son ahsence, il avait 
supporté ses maux avec patience, dans l'espoir qu'ils seraient atté- 
nués par la honte du duc. Il lui annonça, en même temps, que la 
mine dont on lui avait parlé avant son départ était bonne et qu'on 
y avait trouvé de For, de l'argent et beaucoup de vif-argent ; c'était 
un trésor pour l'État. (P. J., XLVI.) Nous ne savons pas de quelle 
mine il est question dans cette lettre. 

Ces preuves de dévouement eurent pour résultat que le duc pro- 
mit à Samuel Lévy son aide, mais il ne fit rien pour lui. En effet, 
dans une lettre du 30 mai, Samuel Lévy se plaint amèrement de se 
trouver depuis trois semaines dans un cachot où il ne peut respirer 
l'air que par un trou. C'est là qu'on emprisonnait ordinairement les 
criminels condamnés à mort. On avait entendu cent soixante 
témoins contre lui et publié deux mémoires; le résultat en fut qu'on 
le convoqua pour être entendu. Cela prouve qu'il n'y avait rien de 
grave contre lui. Il avait déjà été entendu quinze jours auparavant 
sans qu'une plainte eût été portée contre lui. On voulait le retenir 
intentionnellement en prison. Il avait demandé d'être renvoyé dans 
sa première prison, mais en vain; on ne tolérait même plus que 
quelqu'un causât avec lui. C'est pour cette raison qu'il s'adressait au 
duc. Ses créanciers juifs voulaient bien patienter, mais les chrétiens, 
qui étaient tous couverts pour tout ce qu'ils avaient à demander, 
étaient plus durs et plus impitoyables que les premiers, Le duc 
devait lui prouver que l'humanité ne tolérait pas une telle façon 
d'agir. (P. /., XLVII.) 

A la même époque, à peu près, Samuel Lévy rédige un nouveau 
mémoire, dans lequel il se plaint qu'on ne lui permette pas de 
parler ni à sa femme, ni à ses enfants, ni à son défenseur. Il 
demande la permission de pouvoir parler, au moins, à ce dernier, 
et prie le duc dénommer des commissaires, afin d'enquêter sur ses 
affaires et de lui permettre de se justifier. Il lui serait facile de 
prouver qu'il a subi de grandes pertes et qu'il a toujours eu de l'ordre 
dans ses affaires. (P. /., XLVÏII.) 

Samuel Lévy rendit encore un service au duc, en lui adressant 
un mémoire sur le cours de la monnaie lorraine. Il fait mention de 
ce mémoire dans une lettre du 12 juin, dans laquelle il demande 
un acompte de 3.500 1. pour pouvoir payer ses avocats. Il en a 
déjà parlé à M. de Beaufremont, qui lui a dit que le duc pouvait 
bien lui faire cette grâce. (P. J., XL1X.) 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER US 

Il n'en fut encore rien, car par la lettre suivante, qui est datée du 
22 mars 1719, nous apprenons que le président de Beaufremont lui 
avait appris qu'il n'avait toujours pas d'ordre à propos des 3.500 1. 
qu'on lui avait promis depuis si longtemps. Il dit, entre autres, 
dans cette même lettre qu'il espérait que son procès serait terminé 
à Pâques. [P. J , L.) 

Cet espoir sembla devoir se réaliser. Le 24 avril 1719, les 
créanciers chrétiens furent déboutés de leur plainte contre Samuel 
Lévy en banqueroute frauduleuse, mais il devait leur payer les 
sommes dues suivant la liquidation à faire dans le délai d'un mois. 
Dans ce but, les créanciers devaient restituer tous les objets 
et toutes les marchandises qui leur avaient été donnés comme 
garantie, pour qu'ils pussent être vendus, s'ils ne préféraient 
pas les prendre au prix de l'estimation ou de l'adjudication. Ensuite, 
ils devaient restituer les promesses, s'ils ne voulaient pas les 
déduire de leurs créances. Il y en avait pour 134.000 livres. 

Tous les créanciers déclarèrent, le 1 er juin, vouloir accepter ce 
jugement et promirent de fournir les preuves de leurs créances, 
de restituer les marchandises, diamants, etc., à l'exception de ce 
qui avait été vendu et ce qu'on voulait lui compter au prix de la 
vente ; de même, ils promirent de le reconnaître pour les sommes 
reçues sur les promesses. En réalité, ils n'en firent rien. 

Le 10 juin, Samuel Lévy leur demanda à nouveau d'exécuter le 
jugement du 24 avril Ils répondirent, le même jour, que d'abord il 
fallait faire la liquidation. Par acte du 12 juin Samuel Lévy 
demanda de faire la vente sans liquidation, le moment étant favo- 
rable ; mais il protesta contre l'intention de vouloir lui compter 
tout suivant les premières estimations, puisque les prix avaient 
considérablement augmenté depuis. Là-dessus, la plupart des 
créanciers s'arrangèrent avec lui. Vingt d'entre eux firent avec 
lui, le 18 juillet 1719, le traité suivant. Ils se déclarèrent d'accord 
pour son élargissement; lui, par contre, leur laissait les effets qu'ils 
avaient en dépôt, suivant les inventaires du 12 et du 16 août 1717. 
Ils devaient représenter la moitié de leurs créances. Pour l'autre 
moitié, ils lui firent une remise des trois quarts, le dernier quart 
devant être payé dans le délai de quatre ans. Ses promesses devaient 
lui être rendues par les syndics. Il pouvait les encaisser. Voici les 
noms de ces vingt créanciers et les sommes à eux dues : 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Madame la princesse de Lisbonne pour 28.000 livres. 

Le sieur comte de Curel 17.000 — 

Le sieur comte de Ferrary 2.000 — 

Le sieur comte de Roziers 29.000 — 

Le sieur Rover 2. 260 — 

La dame d'Aigren 1.000 — 

Le sieur Mangot 3.000 — 

Olivier, marchand banquier 12.025 — 

Ghailly père 68.450 — 

Leleal, marchand 2.800 — 

Chaninel, marchand 2.800 — 

Bernard, de Strasbourg 14.100 — 

Les frères Monières 8.750 — 

Ghailly fils 743 — 

Vanderhult, de Paris 1.786 — 

Evrard, notaire 2.000 — 

Le sieur Deslaurier 1.200 — 

Thomas 700 — 

Vaudechamp 3.000 — 

Le sieur Senturier 30.000 — 



230.644 livres. 



Très satisfait de ce succès, Samuel Lévy remercia le duc, par lettre 
du 28 juillet, et le pria, lui ainsi que son secrétaire, de bien vouloir 
faire leur possible pour que les autres créanciers consentissent 
également à faire un arrangement avec lui; il serait avantageux, 
pour les chrétiens et pour les juifs, qu'il fût mis en liberté. {P. J , 
LT. a et b.) 

Mais ce vœu ne devait pas se réaliser de sitôt. Le 11 août, il 
écrivit à M. Sauter qu'il était peiné de voir tout le monde se réha- 
biliter économiquement, tandis que lui se trouvait en prison et se 
voyait forcé de faire des procès à des créanciers récalcitrants Son 
beau-frère Schwab, qui avait eu également des dettes, avait gagné 
oOO.OOO livres à Paris dans un laps de quelques mois {P. </., LÏI.) 

Le lendemain, il adressa à peu près la même requête au duc. Il 
le suppliait de lui faire rendre la liberté, pour qu'il pût travailler et 
se rendre utile à lui ainsi qu'à ses créanciers. (P. /., LUI.) 

Quatre jours après, le 16 août, il écrivit encore une fois au duc 
que ses créanciers tiraient le procès en longueur pour arriver aux 



1. D'après le Mémoire à Son Altesse Royale pour Samuel Levy, détenu es Pri- 
sons civiles de la conciergerie du Palais contre les sieurs Dominique et Nicolas 
Anthoine, etc., en possession de M. L. Wiener à Nancy. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 117 

vacances et le retenir encore trois mois en prison. Il priait donc le 
duc de déjouer ce calcul par une nouvelle ordonnance. [P. J., 
LIV.) 

Enfin, le 18 août, la décision, tant désirée, fut prise. Les créan- 
ciers récalcitrants furent forcés de faire la liquidation. Mais, alors 
encore, une partie seulement y donna suite. Leurs créances furent 
liquidées par jugement du 23 septembre 1719. Samuel Lévy devait 
être relâché, et le jugement du 24 avril 1719 fut confirmé. Les 
adversaires de Samuel Lévy étaient maintenant : Antlioine père et 
fils, Despoulles, Gollin, Noël et Ruinât. Ce dernier était, pour ainsi 
dire, le chef de la bande et particulièrement excité contre Samuel 
Lévy. 

Nous avons vu que, selon le jugement du 23 septembre, Samuel 
Lévy devait être relâché, même contre le gré des créanciers qui 
n'avaient pas fait de liquidation. Or, il paraît que ceux-ci interje- 
tèrent appel ou arrivèrent, par leur influence personnelle, à faire 
retenir encore en prison leur adversaire. 

C'est pour ce motif que ce dernier s'adressa de nouveau au duc. 
par lettre du 30 septembre, dans laquelle il le suppliait de lui 
venir en aide contre les manœuvres de ses ennemis. (P. J., LV.) 

En même temps, il poursuivit son procès par ses propres moyens 
et ne cessa pas d'écrire lettre sur lettre au duc, tant et si bien que 
celui-ci donna ordre de remettre toutes les pièces concernant 
l'affaire de Samuel Lévy à la Cour souveraine, qui devait décider si 
les créanciers pouvaient être forcés de garder tous les objets au 
prix de la première estimation, s'ils ne les rendaient pas. Ce fut 
une nouvelle cause de retard et de chicanes. Les parties devaient 
comparaître le 22 novembre. Les adversaires devaient produire 
leurs pièces ; ils attendirent six semaines avant de le faire. (Docu- 
ments Wiener.) 

Samuel Lévy dénonça au duc la méchanceté de ses adversaires, 
par lettre du 12 décembre 1719. Il avait même fait imprimer un 
mémoire pour se justifier. (P. J., LVI.) 

Cela ne servit encore à rien La cour ne se pressa nullement de 
prononcer son arrêt, et le duc ne se mêla pas de l'affaire, malgré les 
instances pressantes et multiples de Samuel Lévy. Le 28 décembre, 
il écrivit qu'une dame de Rozier de Paris lui avait proposé plusieurs 
affaires, par lesquelles il pourrait facilement se réhabiliter, s'il 
était libre. Son fils était même venu le trouver et avait signé le 
contrat avec lui. (P. </., LVII.) 

Le 16 janvier 1720, il pria )é duc de lui dire s'il voulait le garder 
éternellement en prison. Dans ce cas, il ne l'importunerait plus 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jamais. 11 devait avoir pitié de lui et de sa famille, qui était forcée 
de mendier. (P. y., LV1II.) 

Ensuite, il rédigea encore un mémoire, dans lequel il énumérait 
toutes les injustices qu'on lui avait faites, et, dans une lettre y 
jointe et datée du 28 janvier, il implorait, pour la dernière fois, le 
duc de lui communiquer sa volonté pour savoir à quoi s'en tenir. 
(P. J , LIX). 

Le lendemain. 29 janvier, il exprima le même désir. (P. J , LX.) 

Bientôt après, SamuelLévyapprit qu'on avait tramé une nouvelle 
machination contre lui Un nommé Vincent, agissant au nom de 
Despoulles, un de ses adversaires, avait dit au duc que, si Samuel 
Lévy était relâché, les meilleurs commerçants de la province 
seraient ruinés. Car, dans ce cas, les personnes qui avaient à 
demander quelque chose aux créanciers de Samuel Lévy, intente- 
raient des procès à ceux-ci, ce qui n'arriverait pas aussi longtemps 
que Samuel Lévy resterait en prison. 

Samuel Lévy protesta contre cette manœuvre dans une lettre 
adressée au duc et datée du 7 février 1720, en disant qu'il s'agissait 
là d'une fausse accusation, puisque les quelques créanciers qui 
s'opposaient encore à son relâchement étaient tous riches et ne 
devaient rien à personne. En réalité, il ne s'agissaitque des intérêts 
personnels du calomniateur, qui devait plus de 100.000 l. à Des- 
poulles et consorts. [P. ./., LXI.) 

Cette lettre n'eut pas plus de succès que les précédentes. La 
situation de Samuel Lévy devenait de jour en jour plus mauvaise. 
Ses amis ne voulaient plus s'occuper de lui II tomba malade et 
faillit perdre la vie. Il s'adressa donc de nouveau au duc en le 
priant de lui rendre la liberté Cette lettre est datée du 29 février 
1720 (P. 7.,LXII.) 

Cette fois-ci encore, des semaines se passèrent, sans qu'il reçût 
de réponse, 11 rédigea alors un nouveau mémoire, qu'il fit remettre 
au duc. Le porteur lui annonça que le duc s'était fait expliquer le 
contenu du document et l'avait accepté avec bienveillance. Samuel 
Lévy remercia le lendemain, 15 mars. Il offrit en même temps 
d'indiquer les moyens de venir en aide aux commerçants à propos 
des difficultés dont ils avaient à souffrir a propos des remises des 
pays étrangers. (P. J., LXIII.) 

Mais le duc n'usa pas de celte offre et le laissa encore en prison. 
Samuel Lévy ne se lassa pas d'adresser pétition sur pétition. Il 
profita « des saintes les les de Pâques » pour implorer la grâce du 
duc (P. J., LXIV), tandis que ses adversaires demandaient son 
transfert dans une autre prison. Il s'opposa à cette demande dans 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER H9 

une lettre du 26 avril. Il observait qu'il avait déjà payé 389.016 1. 
et qu'il ne devait plus que 179.416 L, dont ses créanciers avaient 
reçu plus de la moitié par les objets qui se trouvaient en dépôt cbez 
eux. On ne pouvait donc pas dire de lui qu'il avait commis une 
fraude. Ses créanciers devaient lui procurer la faculté de se réha- 
biliter. {P. ./, LXVa et b.) 

La menace de ses adversaires de le transférer dans une autre 
prison devait néanmoins se réaliser bientôt. Samuel Lévy, qui 
jusqu'alors avait eu une chambre à part, fut mis dans une salle avec 
une quinzaine de prisonniers, en partie malades et en partie 
convalescents. Ce changement survint sur les instances de ses 
adversaires et par ordre du duc. Samuel Lévy protesta contre cette 
mesure, par une lettre du 7 mai 1720. (P. J., LXVI.) 

Quelques jours après, le 16 mai, un arrêt fut rendu dans le procès 
pendant depuis près d'une année entre Samuel Lévy et le restant 
de ses créanciers. Il n'était pas donné suite à la demande de mise en 
liberté de Samuel Lévy, les diamants et les autres objets devaient 
être remis et vendus dans le délai de quinze jours, et le montant de 
la vente réparti entre les créanciers « au sol la livre » après déduc- 
tion des frais, intérêts et dettes. (Document Wiener.) 

Se référant à cet arrêt, Samuel Lévy écrivit au duc, le 18 mai, 
qu'il se voyait obligé de régler ses comptes avec ses créanciers, ce 
qui demandait un grand et pénible travail. Or, il lui était impos- 
sible de le faire dans une salle avec vingt personnes. Si les juges 
n'avaient pas décrété son élargissement, c'est qu'il avait été mis en 
prison par ordre du duc. Celui-ci devait donc émettre un ordre 
contraire et lui donner la liberté. (P. J , LXVII.) 

Deux jours plus tard il écrivit encore dans le même sens, en 
insistant surtout sur le fait que l'arrêt suivant lequel ses créan- 
ciers étaient forcés de lui remettre ses objets lui était favorable. 
(P.J., LXVIII.) 

Un des créanciers de Samuel Lévy, Gérard Despoulles, en appela 
contre le jugement du 16 mai et demanda d'être exempté de la 
remise des objets appartenant à Samuel Lévy, dont il avait déjà 
vendu une partie. Il se déclarait prêt à en tenir compte ou bien sui- 
vant le prix de vente ou bien suivant l'estimation des premiers 
inventaires. La Cour souveraine décida, par arrêt du 7 juin, en se 
basant sur le jugement du 16 mai, que les objets devaient être ren- 
dus ou comptés suivant la première estimation. Mais, lorsqu'on 
vérifia les inventaires, Despoulles fit inscrire, à nouveau, sa demande 
dans le procès verbal du commissaire. La cour y fit droit, par arrêt 
du 16 juillet. Despoulles fut condamné à compter les objets suivant 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

leur prix <1e vente, s'il ne pouvait pas les rendre. Samuel Lévy pro- 
testa contre cet arrêt, puisque, d'après les jugements du 16 mai et 
du 7 juin, Despoulles devait "compter les objets suivant la première 
estimation. (Document Wiener.) 

Désormais les sources nous font défaut pour un temps assez 
long. Ce n'est que par une lettre du 8 avril 1721 que nous apprenons 
que Samuel Lévy se trouvait encore eu prison. Ses amis avaient 
refusé de le soutenir davantage, de sorte que lui et sa femme, malades 
depuis deux ans, et sa famille avaient dû se contenter de pain, 
depuis deux jours II demandait les 4.500 livres qu'il avait encore 
à toucher sur la monnaie, ou un à compte sur cette somme afin 
de pouvoir vivre jusqu'à l'arrangement de ses affaires. {P. J , 
LXIX.) 

Entre temps, ses affaires s'étaient embrouillées encore davantage, 
parce que ses créanciers avaient porté plainte contre les syndics 
pour avoir négligé leurs intérêts. Les trois arbitres, Reboucher, 
Drouville et Loyal, procédèrent donc à une nouvelle liquidation, 
dont le résultat fut que Samuel Lévy devait encore à ses créanciers 
chrétiens et à Moïse Alcan la somme de 530.460 1. 10 s. ; les dia- 
mants, marchandises et autres objets furent évalués à 362.724 1. 
8 s. 3 d. Ces derniers devaient être remis dans le délai de huit jours, 
suivant l'arbitrage du l 0r août 1721. Mais une foule de difficultés 
se présentèrent contre l'exécution de ce jugement ; aussi les 
syndics et les créanciers lancèrent-ils protestation sur protestation. 
(Bibl. Nat.) 

Ces événements furent sans doute cause que Samuel Lévy employa 
un nouveau moyen pour se procurer la liberté. Il envoya sa femme 
chez le duc et lui fit adresser cette prière personnellement. Le 
duc lui promit que Samuel Lévy quitterait la prison dans les quinze 
jours. Il n'en fut rien. Les quinze jours passèrent, et Samuel Lévy 
demeura encore en prison. Il avait fait imprimer un nouveau 
mémoire, dans lequel il établissait que pendant les quatre dernières 
années il avait payé presque tous ses créanciers et quelques-uns 
même complètement. 

Il écrivit donc, le 17 septembre, que nulle part un homme ne 
serait retenu en prison dans des conditions pareilles ; son épouse 
serait allée se jeter encore une fois aux pieds du duc, mais la misère 
l'accable et l'a réduite dans un état à ne pouvoir se mouvoir ; il n'a 
donc que sa voix pour crier du fond de sa prison que ses créanciers 
sont durs et impitoyables. Il espère que le duc mettra fin à ses maux 
par une main-levée absolue. (P. «/., LXX.) 

Quant au procès des syndics avec les créanciers de Samuel Lévy, le 



SAMUEL LÉVY, HABBIN ET FINANCIER 121 

duc donna ordre à ceux-ci de se réunir et de rendre leurs comptes ; 
là-dessus, les arbitres ordonnèrent aux syndics, par jugement du 
8 octobre, de restituer la somme de 362.724 1. 8 s. Ceux-ci protes- 
tèrent en alléguant qu'ils n'étaient pas seuls responsables des 
objets, vu que quelques-uns en avaient été dérobés aussi 
par des créanciers, notamment par un nommé Ruinât. (Bibl. Nat.) 

Ces disputes paraissent avoir tout de même ouvert les yeux au 
duc; aussi finit il par se convaincre que les créanciers n'étaient pas 
si innocents qu'ils voulaient le faire croire. Il décida donc de faire 
mettre Samuel Lévy en liberté le plus tôt possible. Dès que celui-ci 
l'apprit, il adressa une lettre de remerciement au duc (29 octobre 
1721). Mais il avait appris, en même temps, que le duc voulait l'expul- 
ser de son pays. Il ne pouvait le croire. S'il en devait être ainsi, il 
demandait en grâce qu'on lui donnât un certain délai afin de 
pouvoir arranger ses affaires. La même faveur avait été accordée 
à ses coreligionnaires qui avaient demeuré dans la province. 
(P. /.,LXXI.) 

M. Baumont (p. 418, note 1), en se fondant sur cette lettre, pré- 
tend que Samuel Lévy fut mis en liberté au commencement du 
mois de novembre. Mais cela n'est pas exact. Il resta encore en 
prison, sans motif. Ainsi, aux termes d'un arrêt du 1 er décembre 
1721, les syndics devaient prouver que Ruinât avait dérobé des 
objets de la maison de Samuel Lévy et Ruinât lui-même rend 
compte des objets qu'il avait reçus d'Alexandre Ollivier, Collin 
de ceux qu'il avait reçus d'Alexandre Senturier et les quatre syndics 
de ceux qui étaient désignés dans leur part. (Mémoire des syndics 
des créanciers chrétiens de Samuel Lévy, Nancy, 1724.) 

Le 24 décembre 1721 fut réglée aussi l'affaire pendante entre 
Samuel Lévy et les Sâckel, père et fils. Ils avaient été condamnés, 
le 31 mars 1718, à reconnaître les droits de Samuel Lévy pour la 
somme de 96.850 florins sur les promesses de Samuel Lévy, qu'ils 
avaient en mains. Ils avaient interjeté appel de ce jugement. Les 
arbitres, Riboucher, Drouville et Loyal, déclarèrent Samuel Lévy 
hors de cause en observant que les Sâckel pourraient faire valoir 
leur demande d'une autre façon. (Document Wiener : Extrait d'un 
jugement rendu par M. de Beaufremont, etc., entre Samuel Lévy et 
Salomon et Isaac Saikel, Juifs). 

Mais ce n'est que par jugement du 21 février 1722 que Samuel 
Lévy fut mis en liberté à la suite des compromis faits par lui avec 
un grand nombre de ses créanciers. C'est donc là le jugement que 
M. Baumont (p. 418) n'a pu trouver. Mais les motifs y allégués ne 
peuvent nullement justifier la manière d'agir du duc envers 



122 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

Samuel Lévy. Ils prouvent, au contraire, que celui-ci, en sa qualité de 
débiteur de Samuel Lévy, avait un intérêt personnel à son empri- 
sonnement et ne s'était l'ait aucun scrupule de se libérer de ses obli- 
gations envers le « Juif ». Il crut être généreux en lui ouvrant 
les portes de sa prison Dans la même situation se trouvèrent, sans 
doute, encore d'autres personnalités haut placées dont Samuel 
Lévy a souvent parlé dans ses lettres et dans ses mémoires. 

M. Baumont prétend que Samuel Lévy fut expulsé delà Lorraine 
tout de suite après son élargissement Cela n'est pas non plus 
conforme à la vérité. Il y resta encore plusieurs mois, probable- 
ment jusqu'à l'été de 1722. C'est que l'affaire des syndics et des 
créanciers n'était pas encore terminée. Ceux-ci interjetèrent appel 
des jugements du l or août 1721 et du 21 février 1722 auprès du 
Conseil d'État. Ils furent déboutés, par arrêt du 27 mai 1722, et 
durent payer, sur la demande de Samuel Lévy, les 10.000 livres 
stipulées dans le compromis du 8 avril 1721. Cette somme fut 
répartie entre les créanciers au sol la livre. Jacques Ruinât et ses 
adhérents firent saisir alors Alexandre Senturier et Alexandre 
Ollivier. Il en résulta que les frères Ollivier eurent des difficultés 
de paiement et demandèrent, au mois de juin 1722, un sursis à 
leurs créanciers. Trois arbitres (Harant, Baudinet et Defrenoy) 
furent nommés pour vérifier leur bilan. 

Le 26 octobre 1722, il fut décrété que, suivant les jugements du 
1 er août et du 8 octobre 1721 et suivant arrêt du Conseil d'État du 
27 mai 1722, les créanciers de Samuel Lévy auraient à restituer, 
dans le délai d'un mois, la somme de 362.724 livres. Les syndics 
interjetèrent appel, tandis que les femmes et les créanciers des 
Ollivier protestèrent contre l'exécution de l'arrêt du 27 mai 1722. 
Bref, l'affaire fut tellement tirée en longueur que ce n'est que par 
un arrêt du Conseil d'État du 29 juin 1724 qu'intervint une décision 
définitive. Il ressort de ce document que les jugements et décrets 
nommés plus haut furent maintenus, tandis que les protestations 
et les appels des syndics furent rejetés. (P. J., LXXII.) 

Guebwiller (Alsace). 

M. GlNSBURGER. 



SAMUEL LEVY, RABBIN ET FINANCIER 123 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



I a 



Nous soubsignés confessons et faisons a scavoir, d'avoir ohoisy et eslii 
pour nos supérieurs, les nommés Wolf Bloch, Isaac Nettre et Meyer Raby, 
auxquels vous avons donné pouvoir de disposer annuellement de la somme 
de cinquante livres tournois, à laquelle somme chacun de la communauté 
sera tenu de contribuer suivant et a proportions de sa faculté. Et ne seront 
obligés lesdits trois esleùs de rendre compte du maniment ny de la dis- 
position des dits cinquante livres, mais s'il y a cas et lieu, qu'il fallait 
distribuer et dépenser plus que la ditte somme de cinquante livres, lesdits 
trois esleûs en donneront advis et communication aux nommés Jacob 
Heymann, Jacob Levy, Salomon Spirer et Samuel Metz, et tout ce que par 
la pluralité des voix desd. trois esleùs et des derniers quatre cy men- 
tionnés sera décidé et réglé, sera observé et exécuté par la communauté 
des Juifs. Les dits trois esleûs auront de plus plein et entier pouvoir d'ex- 
communier chacun de la communauté, suivant leur advis et opinion, et 
sera pareillement observé ce qu'il sera par eux ordonne et le cas arrivant 
que l'un ou l'autre de la communauté se trou vaitgrieffé desdits trois esleûs, 
et qu'alors il voudrait plaider devant les Rabys, lesdits trois esleùs seront 
en ce cas obligés de comparoir dans les mois du jour de l'assignation et 
seront tenues lesdits parties d'estre assistée chacun d'un Raby. Et nonobs- 
tant lad e assignation la susd e excommunication aura toujours lieu et sa 
valeur jusques à la décision qui interviendra par lesdits Rabys. Et lors- 
qu'il y aura quelque ordonnance de la part de la justice lesdits trois esleùs 
seront obligés d'en repondre pour la dite communauté ayant néantmoins 
au préalable donné advis aux. dits quatre leurs consors. Et ce qu'il sera 
par la pluralité de leurs voix décidé, sera pareillement exécuté à peine 
de soixante livres d'amande, la moitié applicable envers la justice, et 
l'autre moitié envers les pauvres Juifs, et chacun qui contreviendra aux 
choses cy dessus mentionnées sera excommunié de la communauté, c'est 
ce que nous promettons et nous obligeons de tenir ferme et stable, sous 
nostre serment à peine de l'excommunication et de l'amende susditte, 

Fait a la Ville Neuve de Brisac le trente Juin quatre vings douze. 

Signé : Isac Netter, Jacob Levy, Jacob Heymann, Borrach, Salomon 
Spirer, Meyer Moutzig, Samuel Werth, Wolf Bloch, le vieu, Abraham 
Raphaël. Abraham Bloch, Salomon Guelb, Aarun (meismar, Susmenlé, 
Adam Levy, Judas Bloch, Wolf Levy, David Bloch, Wolf Bloch, le jeune, 
Meyer Senne, Marx Wormser, Hirtz Jud, Hirtz Levy et Gôtschel Levy. 



i. Arch. dép. de Colmar, Notariat Neuf-Brisach, ti°s 341-349, boite 5«. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

I b. ■ 
.1 Monsieur le Baillif Royal de la ville neuve de Brisach. 

Supplient humblement Wolf Bloch, Isaac Netter et Meyerlé, tous trois 
Juifs, demeurant en cette Ville Neuve, disant que leur nation s'estant 
depuis peu de temps augmentée à un grand nombre de familles lesquelles 
vaequent et trafiquent l'un comme l'autre le mieu qu'il peut et comme 
leur communauté a quelquefois été chargée de fournir des chevaux et 
autres choses pour le service de Sa Majesté, mais n'ayant encore eu aucun 
chef ou supérieur entre eu afin de régler tout ce qui leur pourra estre 
imposé de la part des justices et faire exécuter ses ordonnances comme 
aussi à décider les differens qui se pourroient mouvoir entre leur dite 
communauté pour raison de leur Loy pour cet effet la dite communauté 
s'estant assemblée ont choisi par la pluralité de voix les supplians pour 
leurs chefs et supérieurs afin de vuider et décider tous leurs différents et 
d'observer l'exécution des ordres de la justice et pourqnoy ils vous présen- 
tent requête. 

Ce considéré Monsieur veu l'Exposé cy dessus il vous plaise recevoir le 
suppliant pour chef et supérieur de la communauté des Juifs concernant 
les choses susdites et sans préjudice de toute authorité ce faisant ordonner 
a la communauté des Juifs de cette Ville Neuve les tenir et garder pour 
tels et de leur obeyir en touttes choses deues et raisonnables et ferez 
bien. 

Du 8 juillet 1692. Meyer. 

Veùe la requeste présentée par Wolf Bloch, Isaac Netter et Meyer 
Moutzig tous trois Juifs de la Ville Neuve expositive que par acte du trente 
Juin dernier, ils ont esté choisi par la pluralité des Juifs de cette ville 
pour leur chef tant pour recevoir et exécuter les ordres qui les concernent 
et pour le service du Roy et pour le bien du public et pour estre préposez 
dans la synagogue pour les testes de cérémonies de leurs Loix concluent 
à ce qu'il nous plust les recevoir pour chefs et supérieurs desdits Juifs 
avec ordre a yceux de les reconnaisse pour tels et de leur obéir es choses 
convenables a la raison la dite requeste signée Meyer led. acte du 
trente juin dernier signé Isaac Netter, Jacob Levy, Jacob Lipmann, — 
Borach — Salomon Spirer, Meyer Moutzig, Samuel Werth, Wolf Bloch, 
le vieux, Abraham Raphaël. Abraham Bloch, Salomon Guelb. Aaron 
Gueismar, Susmenlé, Adam Levy, Judas Bloch, Wolf Levy, David Bloch, 
Wolf Bloch le jeune, Meyer Senne, Marx Wormbser, Hirtz Jud, Hirtz Levy, 
et Gôtschel Levy, conclusions du substitut de Monsieur le Procureur 
General du Roy tout considéré. Nous avons reçu lesdits Bloch, Isaac 
Netter et Meyer Moutzig pour chefs desdit Juifs pour présider dans la syna- 
gogue les cérémonies ordinaire de leure loix, Enjoint a Iceux de les 
reconnaître pour tels et de leur obéir en tout ce qu'il concerne le service 

1. Arch. dép. de Colmar, Notariat Neuf-Brisach, N°» 341-349, boite 5*. 



SAMUEL LEVY, RABBIN ET FINANCIER 125 

du Hoy et du publique, deffenses neantmoins sont faittes aux dits trois 
chefs de faire aucun acte de justice ni exercer aucune juridiction portée 
dans la compétence de juger des Magistrats de cette ville a peine de cent 
livre d'amendes et de nullité de tout ce qu'ils pourraient avoir fait. Fait 
à la Ville Neuve de Brisach le huit juillet mil six cent quatre vingt douze. 

Scherer. 



A Monsieur^ Scheppelin conseiller procureur gênerai du Roy 
et subdélégué a L'intendant d'Alsace. 

Supplie humblement Arron Levi juif demeurant a la ville neuve de 
Brisack disant qu'il y a quatre ou cinq années qu'il s'est établi en la ville 
neuve de Brisack pour y vaquer a ses affaires et notamment a instruire 
la jeunesse des juifs en leur seremonie, cependant le Rabi de la ville 
haute a reçu un estranger pour instruire lad. jeunesse avec deffense aux 
Juifs de luy adresser les enfants ou de les envoyer chez eux pour estre 
instruis, or comme il est constant que l'intention de Sa Majesté est qu'on 
doit point recevoir des Juifs estrangers a moins qu'il ne soit connu ou 
qui faut rester en cette ville et que d'ailleurs il est permis a chacquun 
de faire profession onneste a pouvoir ganier sa vie joint a cela que le 
supliant est obligé de payer son Droit annuel il espère de pouvoir jouir 
de la faculté d'instruire la jeunesse judaïque preferablement aux estran- 
gers, c'est pourquoy il présente sa requête. 

Ce considère Monsieur vue l'exposé cy dessus il vous plaise permettre 
au suppliant d'instruire les enfants des Juifs qui luy seront envoyés avec 
deffense aud. Raby de l'y troubler sous peine qu'il vous plaira et ferez bien. 

Soit la pte requeste communiquée aud. Rabi pour y répondre dans trois 
jours. 

Fait à Brisack ce 23 septembre 1697. 

Scheppelin. 

L'an 1697 le 23 e septembre après midy en vertu de l'ordonnance de 
Monsieur Scheppelin conseiller du Roy au Conseil souverain d'Alsace son 
procureur gênerai etc a la Requeste du nommé Arron Levy juif demeu- 
rant en la ville neuve de Brisack et pour la validité de lad. ordonnance 
de Gabriel Varnier etc. je me suis transporté au domicile dud. Rabi 
etc. — luy ai bien deûement signiffié lad. ordonnance etc. 

Parties ouïes — avons permis aud. suppliant en conséquence du droit 
de protection qu'il paye au Roy et au Magistrat de ladite ville neuve de 
tenir escolle en la manière des Juifs, et aux Juifs d'y envoyer leurs 

1. Arch. dép. de Colmar, Actes du greffier de la ville neuve de Brisack. 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

enfants si bon leur semble et au regard du Juif est ranger luy avons fait 
detfense de s'establir a la ville et y tenir eseole publiquement qu'il n'ayt 
payé auparavant les droits de protection, permis néantmoins a luy de 
servir comme domestique et a gage a des Juifs particuliers. 
27 septembre 1697. 



I d. 
Extrait des Registres du Conseil tf Estât privé du Roy 

Entre M r0 Valentin Scberer, Conseiller du Roy, Bailly de la ville neuve 
de Brisack appelant de l'ordonnance rendue par le sieur de la Grange, 
Intendant en Alsace le 3 novembre 1695, et demandeur aux fins de sa 
Requeste insérée en l'arrest du Conseil du quatorze mars 1696 et exploit 
d'assignation donné en conséquence le 20 juin ensuivant d'une part et la 
communauté des Juifs de Brisack Intimez et deffendeur d'autre part. Et 
entre Aaron Levy deffendeur et demandeur en Requeste verballe insérée 
en l'appointement dud. Sieur Commissaire a ce député des 15 et 
18 mars 1697 d'une part et le nommé Moyse Juif intimé et deffendeur 
d'autre part et lesdits Scherer et communauté des Juifs deffendeurs, 
sans que les qualitez puissent nuire ny préjudiciel*. 

Veu au Conseil du Roy l'arrest rendu en iceluy sur la Requeste dudit 
Scherer du 14 mars 1696, tendante a ce que pour les causes y contenues 
il plust à Sa Majesté le recevoir appellant du Jugement dudit Sieur de la 
Grange Intendant d'Alsace du 3 novembre 1695 et de tout ce qui s'en est 
ensuivi et qu'il luy fust permis d'intimer sur ledit appel ladite commu- 
nauté des Juifs et lesd. Moyse et Aaron Levy et sa femme en conséquence 
voir dire que sans avoir égard audit Jugement qui sera cassé et annullé 
ensemble tout ce qui s'en peut estre ensuivi. Le dit Scherer sera main- 
tenu dans le droit et la possession de connoistre de tous ditferens géné- 
ralement quelconques de Juif à Juif qui sont dans l'Estendue de sa Juris- 
diction. Ce faisant que l'action intentée pardevant luy par Aaron Levy et 
sa femme contre ledit Moyse sera continuée et que son jugement du 
29 octobre 1695 sera exécuté selon sa forme et teneur avec deffenses a la 
dite communauté de Juifs, auxdits Moyse, Aaron et tous autres de l'y 
troubler à peine de 1500 livres d'amende, tous dépens dommages et inte- 
rests et pour l'avoir fait se voir condamner en ses dépens sans préjudice 
de l'exécution dudit jugement jusqu'à ce qu'autrement par Sa Majesté en 
ait esté ordonné, par lequel arrest il auroit été ordonné que led. Scherer 
seroit reçeu appelant de l'ordonnance dudit Sieur de la Grange, du 
3 novembre 1695 Luy permet en conséquence d'assigner en Conseil la 
communauté des Juifs de la ville de Brisack Les dits Moyse et Aaron 
Levy et sa femme sans préjudice de l'exécution de laditte ordonnance, 
assignations données en conséquence dudit arrest aux dits Communauté 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 127 

des Juifs Moyse Aaron Levy et sa femme pour y procéder sur les fins 
d'iceluy des 21 juin et 12 juillet 169G appointement de règlement signé en 
l'Instanceentrelesdits Scherer etcommunautédes Juifs le 25 septembre 1696 
contenant la requeste verbale de la ditte communauté des Juifs tendant à 
ce qu'il plust à Sa Majesté déclarer ledit Scberer non recevable et en tout 
cas mal fondé dans son appel dont il sera s'il plaist au Conseil deboutté 
ensemble des fins de sa Requeste insérée audit arrest du Conseil avec 
amende et dépens. Ce faisant ordonner que la dite ordonnance dont est 
appel sortira son plein et entier effet et en conséquence maintenir et 
garder lesdits Juifs dans la possession dans laquelle ils sont de faire juger 
et terminer tous les procès et differens meus et a mouvoir entre eux et 
de Juif a Juif par leur Raby, et pour le trouble et la dite vexation 
condamner l'appelant en leurs dépens, dommages et interests et aux 
dépens de l'Instance Procès-verbal dudit jour au bas duquel est l'ordon- 
nance du Sieur commissaire a ce député, portant que ledit appointement 
seroit signé, autre procès-verbal du sieur Turgot de Saint-Clair, M re de 
requestes concernant les comparutions des dites parties, et deux Requestes 
verballes, la première des dits Aaron et sa femme a ce qu'il plust à Sa 
Majesté les renvoyer pardevant ledit Scherer pour y procéder en consé- 
quence de la plainte qu'ils ont porté devant luy et des procédures qui y 
ont été faites sans y avoir égard aux sentences rendues par le Raby et 
condamner ladite communauté en tous leurs dépens dommages et inte- 
rests solidairement avec ledit Moyse et aux dépens ; la deuxième dudit 
Moyse tendante à ce qu'il plust à Sa Majesté en adjugeant à ladite 
communauté des Juifs leurs conclusions il soit fait deffenses audit 
Scherer de connoistre de la pleinte en question et aux dits Aaron et sa 
femme de faire poursuitte pour raison de ce ailleurs que pardevant le 
Raby des Juifs et les condamner conjointement et solidairement avec 
ledit Bailly aux dépens, au bas est l'ordonnance qui déclare le susdit 
règlement commun avec lesdits Moyse Aaron et sa femme et règle les 
parties sur les fins desdites Requestes verballes des 15 et 18 mars 1697. 

Requeste présentée audit Raby par la femme dudit Aaron, contenant sa 
pleinte contre Moyse, au bas est l'ordonnance dudit Scherer Bailly, 
portant permission d'assigner, et l'assignation donnée en conséquence 
des 13 et 14 octobre 1695, appel interjette par Aaron et sa femme d'une 
ordonnance rendue par le Raby le seize dudit mois d'octobre, copie 
signifiée d'ordonnance du subdelegue dudit Sieur Intendant sur la Requeste 
de ladite Communauté des Juifs portant que, conformément à l'arrest du 
Conseil du 2! may 1681 et aux ordonnances par luy rendues les 31 aoust 1685, 
17 juin 1694, et 18 may 1695, le Raby des Juifs d'Alsace pourra régler et 
terminer les différents qui naistront entre eux Juifs et exécuter ce qui 
sera par luy ordonné et en conséquence fait deffenses audit Scherer, 
Bailly de la ville neuve de Brisack et tous autres de les troubler sous les 
peines portées, etc., du 26 octobre 1695 ensuitte de la signiffication audit 
Bailly du 31 dudit Mois, Requeste présentée audit Scherer par Aaron Levy 
afin d'estre receu appelant pardevant luy de la sentence de condamnation 



128 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

au Ban contre luy prononcé et contre sa famille le jour précèdent par le 
Raby, au bas est l'ordonnance portant que le Ban prononcé par le 
Raby contre Aaron, sa femme et ses enfans, sera levé et enjoint à la 
Communauté des Juifs, de le lever a peine d'y estre contraints par toutes 
voyes mes me par corps avec le commandement à ladite communauté de 
lever ledit Ban du 29 octobre 1695, copie signifiée d'autre Hequeste 
présentée audit subdelegué par ladite communauté des Juifs sur la 
contravention faite au dit arrest du Conseil de 1681 et ordonnance an bas 
est la communication d'icelle ordonnée estre faite audit Scherer. Cepen- 
dant main-levée des prisonniers arrestez en vertu de son ordonnance du 
30 octobre 1695, signification de ladite ordonnance au dit Scherer du 
2 novembre audit an, acte par lequel ledit Scherer déclare qu il est 
appellant de ladite ordonnance du 26 octobre 1695, comme de juge incom- 
pétent qu'autrement avec la signitfication à la sinagogue des Juifs du 2 No- 
vembre 1695, autre acte d'appel interjette par ledit Scherer de ladite 
ordonnance du 30 octobre 1695 tant comme de juge incompetant qu'autre- 
ment déclarer qu'il est prest de mettre Salomon Spirer en liberté aussitost 
que le Raby des Juifs auroit levé le Bannissement contre Aaron Levy et 
sa famille du 2 Novembre 1695, signifié ledit jour aux Juifs en leur sina- 
gogue, Requestre présentée ledit jour audit Scherer par ledit Salomon 
Spirer, Juif, au bas est son ordonnance portant que ledit Spirer sera 
élargi à la charge de se représenter, copie signiffiée d'ordonnance dudit 
Sieur Intendant qui confirme les susdits jugements rendus par son subde- 
legué à Salomon Spirer élargi par provision du 3 Novembre 1695 au bas 
est la signiffication audit Scherer, Extraits de Livres concernant la juris- 
diction des Juifs, neuf extraits de sentences rendues par ledit Bailly sur 
les différents des Juifs en 1684, 1685, 1686,1687, 1688, 1689, autre pareille 
sentence de 1690, Procès-verbal fait par ledit Scherer d'un différent de 
juif à juif du 23 septembre 1690, sentence rendue par ledit Bailly sur un 
fait de juif à juif du 26 septembre 1690, Requeste présentée au dit 
Scherer par un juif pour avoir permission de s'establir à Brisack du 
9 septembre 1692, procès-verbal fait devant ledit Bailly sur un différent 
du 22 décembre 1693, certificat comme il y a des Juifs habituez en ladite 
ville, procès-verbal fait par ledit Scherer au sujet d'un cheval volé, copie 
de lettres patentes accordées par Sa Majesté, par lesquelles elle permet 
aux juifs résidant en la province d'Alsace de se servir du nommé Aaron 
pour leur Raby et qu'il puisse s'établir en la province d'Alsace pour y faire 
les fonctions telles que fait le Raby de Metz du 21 may 1681, ordonnance 
du sieur intendant sur la requeste de ladite communauté portant que les 
différents qui naîstront entre les juifs seront réglez par leur Raby, fait 
deffences audit Bailly d'en prendre connaissance du 13 aoust 1695, copie 
d'autre ordonnance dudit Sieur Intendant portant que les règlements qui 
seront faits par les Rabys seront exécutez et les juifs tenus d'y obéir du 
15 may 1694, ordonnance du Sieur d'Huxelles, commandant en chef en 
Alsace, afin que les juifs ayent à reconnoistre leur Raby pour leur juge 
du 18 may 1695, certifficat du lieutenant général du Présidial de Metz 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 129 

portant que ses prédécesseurs n'ont jamais prétendu connoistre des 
contestations qui surviennent de juif à juif, et qu'il ne le prétend pas 
au moins qu'ils ne le contestent volontairement, n'estant pas en droit de 
les y contraindre, leurs différents se terminants par les personnes qui 
sont proposées entre eux et parleur Raby du 17 juin 1697, pareil certif- 
ficat du lieutenant criminel dudit Presidial de Metz, comme celuy 
cy dessus qu'il ne connoist d'aucuns différents des juifs à moins qu'il ne 
s'agisse de peine afflictive et infamante du 17 juin 1697, requeste de la 
dite communauté des juifs de production nouvelle de ladite pièce des 
26 et 27 juillet 1697, plusieurs lettres missives dudit Sieur Intendant et 
autres adressées audit sieur Bailly des années 1682, 1688, 1696. Copie 
d'arrest du Conseil contradictoire entre le Prévost de Brisack et ledit 
Scherer par lequel leurs fonctions sont réglées du 23 juillet 1697, copie 
collationnée d'ordonnances du Gouverneur de Lorraine qui accorde aux 
juifs la permission de faire juger et terminer tous les différents qui 
pourraient naistre entre eux touchant leur religion et police particulière 
en cas civil et comme ils sont accoutumés depuis leur établissement à 
Metz du 5 septembre 1624. Copie collationnée des lettres patentes confir- 
matives de cette permission du 20 janvier 1632 et 25 septembre 1657. 
Escritures et production desdites parties. Contredits et productions 
nouvelles par elles respectivement fournies et tout ce que paricelles a esté 
mis et produit par devant ledit sieur Turgot de Saint Clair, conseiller de 
Sa Majesté en ses conseils, Me de Requestes, ouy son rapport, après en 
avoir communiqué aux sieurs de la Reynie et Ribere, conseillers d'Estat 
ordinaires, et tout considéré, Le Roy en son conseil faisant droit sur 
l'instance a renvoyé et renvoyé le procès et différent des dits Aaron et sa 
femme et dudit Moyse pardevant ledit Bailly de Brisack pour y estre 
procédé suivant les derniers errements et comme auparavant l'ordon- 
nance dudit sieur de la Grange Intendant d'Alsace du 3 novembre 1695, 
et sans s'arrester a celles de son subdelegué des 26 octobre et 2 novembre 
audit an condamne ladite communauté des juifs et ledit Moyse chacun à 
leur égard aux dépens tant envers ledit Scherer qu'envers lesdils Aaron 
et sa femme, fait au Conseil d'Estat privé du Roy tenu à Paris le 
8 janvier 1698. Collationné et signés Démons avec paraphe. 

Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à nostre 
Bailly de Brisack Salut, suivant l'arrest cy-attaché sous le contre scel 
de nostre chancellerie ce jourd'huy rendu en nostre conseil d'Estat privé 
entre nostre amé et féodal Vallentin Scherer nostre conseiller Bailly de la 
ville neuve de Brisack appelant d'une part, et la communauté des juifs 
de Brisack intimez et déffendeur d'autre et aussy nostre amé Aaron Levy 
deffendeur et demandeur d'autre et le nommé Moyse juif intimé et 
déffendeur encore d'autre, nous renvoyons pardevant vous le procès et 
différent y mentionné desdits Aaron et sa femme et dudit Moyse pour y 
estre procède suivant les derniers errements et comme auparavant 
l'ordonnance du sieur de la Grange Intendant d'Alsace du 3 novembre 
1695, et sans s'arrester à celles de son subdelegué des 26 octobre et 
T IAVI, m 13i. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2 novembre audit an aussy y mentionnés conformément, et ainsy qu'il est 
porté par ledit arresl à ces causes vous mandons leur faire bonne et 
briel've justice, commandons au premier nostre huissier ou sergent sur ce 
requis signiffier ledit arrest aux y dénommez à ce qu'ils n'en ignorent et 
ayent à y obéir et satisfaire selon sa forme et teneur, et faire pour son 
entière exécution à la requeste dudit sieur Scherer toutes autres signi- 
fications, sommation, exploits et acte de justice sur ce requis et nécessaires, 
de ce faire donnons pouvoir, sans pour ce demander autre permission 
ou pareatis, car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le 8 e jour de janvier 
Tan de Grâce 1G98, et de nostre Règne le 55°, par le Roy en sonConscilet 
signé Démons avec paraphe '. 

8 Janvier 1698. 



Il 



Wir Christian der Jïingere von GottesGnaden Pfalzgraf bey Rhein etc. 
urkunden und thun kundhirmit mannigliehen deme folgendes zu wissen 
nothig, demnach zu Erhaltung fernerer guter Landsortnung und Verhû- 
tung aller besorglichen désordre allerdings die Noth erfordern will, dass 
neben denen jeweiligen ïiber die in unsererGrafschaft Rappolstein befind- 
liche gesamte Judenschafft gesetzte Vorsteher annoch eine taugliche 
Persohn zu Ihrer aller Obervorsteher bestellt werden, dass wir solchem 
nach Baruch Weylen den Juden zu Westhofen zu einem Obervorsteher 
ermelter in unsererGrafschaft Rappolstein und deren angehorigen Orthen 
eingessencr Judenschaft confirmirt und bestàttiget haben, confirmiren 
und bestiittigen ihn hieinit auch also und dergestalten, dass er Krafft diè- 
ses freie Mac ht und Gewalt haben solle solche ihm anvertraute Function 
denen ji'idischen Gesezen gemiiss nichl allein unter allen und jeden in 
unserer Jurisdiction sesshaften sondern auch frembden und auf unserem 
ïerritorio delinquirenden oder sonst Streit habenden Juden der Gebùhr 
nach zu verwalten, in denen vor sie gchôrigen Fallen, unter denselbens 
zu richten, sie zu dem Ende vorzubescheiden, anzuhôren, Bescheid zu 
ertheilen und die frevelbahren jedes Mahls mit gebi'ihrender Straf nach 
gestalt des Verbrechens anzusehen, jedoch dass aile Zeit die Helffte 
sothaner nach Ihren Gesetzen unter sich angesetzten Strafen entweder zu 
unserer Renthcammer oder Amptschaffney wohin sie gehôrig bei Ihrem 
ji'idischen Eidt cingclieferl, die andere Helfte aber zu Ihrem eigenen 
Almoscn verwendet werden. Bcncben auch soll benannter Jud und Ober- 
vorsteher gehalten sein aller solcher ohngeurteilten frevelbahren Sachen 
und darbei eingezogener Gcldcr, weniger nicht auch der ein - oder aus- 
ziehenden Juden wie auch der unter Ihnen haltcnden Hochzeiten richtige 
Specificationes zu ermelten unserer Cammer oder Amptschaffney und 
zwar bey seinem Eidt und Pflichten und Vermeidung unausbleiblicher 

1. Arch. dép. de Colmar, E. 1627. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 134 

hoher Straf quartaliter einzuschicken und iibrigens ailes dasjenigc zu 
thun was Ihrer Gewohnheit nach Einein rechtschaffenen Obervorsteher 
gezicmt und wohlanstehet. Dahingegen wir allen nnd jeden in dieser 
unserer Grafschaft wohnhaften Juden hiemit ernstlich und zwar bei fûnf 
Pfunden anbefehlen auf jedesmahliges vorfordern fur gedachten Ober- 
vorsteher zu Beibehaltung der ihm von uns hiemit ertheilter und bestii- 
tigler Authoritat vvillig und gehorsatn zu erscheinen und allera dem was 
derentwegen oblicgen wird, fleissig nachzugeleben, sollte aber eincr oder 
der anderc vvider Gebûhr angegriffen werden und sich daher wider den 
bestellten Obervorsteher zu beschwehren haben, kan er solches forder- 
lich bei seinem vorgesetzten Beampten oder unserer fiïrstl. Ganzlei klag- 
baranbringenunddes behôrigcnBescheids u.Rechtens genwârtig sein. Im 
Uebrigen wollen wir aile dièse dem gemelten Obervorsteher ertheilte 
Gewalt und Macht zu richten, nur allein von Givilisachen verstanden 
haben. Falls sich aber Sachen und Sreitigkeiten zutriïgen, welche nach 
denen Landtubliehen peinlichen Halsgerichts Ordtnungen Lebens oder 
anderer hoher Strafen als Landtsverweisungoder den Staupensehlag nach 
sich fùhreten oder auch unser fiirstl. Haus und unser Landt und Leuthe 
beriihren thâten, wollen wir uns solche ausdrùcklieh vorbehalten haben. 
Welches ailes rccht und vest zuhalten, wie nichl weniger auch dièses Er 
Baruch Weyl bey seinem jiidischen Eidt handtreulich angelobt und 
versprochen besagte in unserer Grafschaft Rappolstein wohnhaffte Juden- 
schaft nicht in fremde Herrschaft zu ziehen, viel weniger die eingehende 
Frevelgelder dahin zu wenden, oder auch einiger weisse zu mindern oder 
zu unterschlagen sondern viclmehr in allen zu dieser Fonction gehôrigen 
Verrichtungen sich dermassen vor Ihrer jetztmahligen Landtsherrschaft 
Interesse abgesondert zu verhalten, als ob er auch nit in unserer Juris- 
diction sesshaft wâre wie denn nichts hiemit zu Schinahlerung einiges 
unserer Rechten eingeraïimt sein solle. 

Dessen zu mehrer Urkundt haben wir uns eigenhiindig unterschrieben 

id unserer fiirstl. Secret Insii 
Strassburg den 19 Dezemb. 1699. 



und unserer fiirstl. Secret Insiegel vortrucken lasscn. So Beschehen 



Christian Pfg *. 

II a. 

Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre au premier 
Nostre huissier ou sergent sur ce requis scavoir faisons que comme 
cejourd'huy veu par nostre Conseil souverain d'Alsace la Requeste a luy 
présentée par touttes les familles qui composent ensemble la commu- 
nauté des Juifs de la Haute-Alsace exposi'tive que lad. communauté 
consistoit tousjours dans les familles qui demeurent scavoir depuis 
Ferrette jusques à Rosheim depuis les montagnes jusques au Rhin, que 
ces mesmes familles étoient régis par un préposé qui avoit en mesme 

1. Arch. dép. de Colmar E. 1629. 19 Dec. 1699. 



I3â KËVÙE DES ÉTUDES JUIVES 

temps le soin g de leur denoinncer Nos Ordres et ceux qui leur etoient 
envoyez pour le bien de Nostre Service, en suite de quoy Ils se confor- 
moient a ce que ce préposé ordonoit pour l'exécution d'yceux, que ce 
préposé consistoit tousjours en la personne de celuy qui avoit la meilleure 
connoissance des biens et facilitez de chaque famille, que cela se seroit 
toujours observez et s'observe encor parmy leur Nation et particulièrement 
dans leur communauté, sy ce n'est depuis quelques jours que le nommé 
Barouch Weil, Juif demeurant à Westhoffeu Comté de Hanau dépendant 
de la Commuante des Juifs de la basse Alsace prétend s'ériger en chef des 
familles qui sont establies en la ville de Ribeauvillé, et voudroit par la 
les distraire de la communauté des suppliants, et auroit mesme assez de 
témérité que de deffendre aux dites familles establies en la d e Ville de 
Ribeauvillé de recognoistre d'autre chef ou préposé que luy, laquelle 
entreprise n'a pas peu surpris les supplians, puisque en premier lieu cela 
seroit préjudiciable en Nostre authorité, et en second lieu contraire a 
l'usage observé parmy leur Nation, qu'il n'est pas permis de s'atribuer 
aucune autorithé sans la permission ny sans le consentement du prince 
sous la protection duquel ils demeurent ny sans le consentement des 
familles de la Nation, et d'autant que ce procédé leur est encore préjudi- 
ciable, supposé qu'il eut quelque Droit qui l'authorisa, par ce que les 
supplians en souifriroient considérablement dans les Répartitions qui se 
font ordinairement par le préposé des suppliants en ce que leur commu- 
nauté seroit diminué de autant de familles. A ces causes requeroient qu'il 
plust a Notre Conseil leur permettre de faire assigner en iceluy aux fins 
d'icelles led. Baruch Weil, tendante a ce que deffenses luy seroient faites 
de prendre la qualité de Chef ou préposé des familles establies en la ville 
de Ribauvillé ni d'aucune autre de la communauté de la haute Alsace, et 
pour l'avoir fait aux despens et cependant par provisions et sans préjudice 
du Droit des parties au principal luy faire deffenses de prendre lad. qua- 
lité ny de s'immiscer aucune d'icelle sous telle peine que de droit, faire 
pareillement deffenses aux familles juives demeurant aud. Ribeauvillé 
de le recognoistre en cette qualité et de continuer de recognoistre Le 
Raby et préposé des supplians a peine de tous dépens dommages et inte- 
rests. La d a Requctte signée Nithard Procureur. Conclusions de notre 
Procureur général : Ouy le Rapport de M. César Feriet Cons er tous veu et 
considéré Nostre dit Conseil faisant droit sur la Requestc a permis et 
permet aux suppliants de faire assigner en iceluy aux fins d'icelles ledit 
Baruch Weil, et cependant par provision et sans préjudice du droit des 
partyes au principal luy a fait et fait deffenses de s'ériger en chef des dites 
familles de Juif ny en prétendre la qualité ou s'imiscer en aucune affaire 
concernant dite qualité, leur enjoint de continuer de recognoistre le Raby 
préposé par les supplians sous les peines du droit, jusques a ce qu'autre- 
ment il en ayt esté ordonné, sy te mandons de faire pour l'exécution du 
présent arrest tous Exploits et autres actes de Justice requis et nécessaire 
de ce faire Te donnons pouvoir. Donné a Colmar en Notre Conseil Souve- 
rain d'Alsace le 14° May l'an de grâce 1700 et de Nostre Règne le 57 e par 



SAMUEL LÉVY, RARBIN ET FINANCIER 133 

ar rest et ordonnance du Conseil. Signé Cuenin commis greffier et scellé. 

Van 4100. Le 22 e jour du mois de May avant midi en vertu du présent 
arrest dont coppie est cy dessus, rendu par Nos seigneurs du Conseil sou- 
verain d'Alsace en date du 14 e du présent mois signé Cuenin, commis 
greffier et scellé, et a la Requeste des familles qui composent ensemble 
la communauté des Juifs de la Haute-Alsace qui ont esleu leur domicile en 
celuy de M e Nithard leur procureur audit conseil, je Mathis Wilhelm 
sergent royal en iceluy conseil soubsigné résidant a Morschwihr me suis 
exprès et a cheval transporté en la ville de Rib. au domicile de Baruch 
Weil Juif demeurant aud. lieu parlant a sa personne je luy ay bien 
duement signiffîé led. arrest et ay fait deffenses aux familles Juifs dud. 
Rib. de reconnoistre led. Barouch Weil en lad. qualité, leur ay enjoint de 
continuer de recognoistre le Raby préposé par les Requérants soub les 
peines de droit, jusques a ce qu'autrement en ayt esté ordonné par led. 
Conseil et ace qu'il n'en ignore le luy ay donné et laissé coppie tant dud. 
arrest que de mon présent exploit, lait aud. Ribeauville, les Jours et an 
qui dessus en présence de Henrich Stiffel et de Jean Martin Schilling 
bourgeois dud. lieu, lesquels ont signez avec moy comme tesmoings a ce 
requis. Signé Hans Martin Schilling, Heinrich Stiffel et Wilhelm. 

Van 1700. Le 25 e jour du mois de May avant midy a la Requeste de 
Baruch dit le grand, Juif a Ribeauville qui fait Election de domicile en 
sa maison ou il réside aud. lieu, Je Jean Dieudonné sergent Royal aud. 
Conseil souverain d'Alsace a la résidence de Ribeauville soubsigné me 
suis exprès acheminé a la sinagogue des Juifs dud. lieu parlant aux per- 
sonnes de Aaron Honel et de Jàquel dit le grand Juif dud. Lieu comme 
anciens et chef des familles de la communauté des Juifs dud. lieu, leuray 
bien et duement signiffîé l'arrest dont coppie est d'autre part et en consé- 
quence leur ay enjoint de se conformer et satisfaire au contenu d'iceluy 
et a ce qu'ils n'en ignorent leur ay baillé et laissé coppie tant dud. arrest 
que du présent mien Exploit, présence et assistance de Jean-Jacques Fehr 
et de Jean -Michel Bischalcawitz bourgeois aud. lieu a ce requis pour 
Témoins avec moy. Signé les ans et jour que dessus Jean-Jacques Fehr, 
Hans-Michel Bichalcawiz et Dieudonné *. 



{A suivre.) 



1. Arch. dép. de Colmar, E. 1627. 



NOTES ET MÉLANGES 



TOTES DE CHRONOLOGIE BIBLIQUE 

Dans un remarquable travail sur la chronologie des papyri 
araméens d'Élephantine {Journal Asiatique, septembre-octobre, 
1914), M. H. Pognon a fait ressortir la différence existant entre la 
manière de numéroter les années des rois des Égyptiens et celle 
des Babyloniens. Les Égyptiens comptaient l'année de l'avènement 
d'un roi comme sa première année, qu'on faisait partir du premier 
thot de l'année vague de 365 jours, tandis que les Babyloniens 
comptaient la première année d'un roi à partir du premier Nisan 
qui suivait son avènement. Le texte du papyrus B. de Sayce et 
Gowley 1 : 

« Le 1 8 kislew, qui le... de thot, Van 21 (de Xerxès), 
« Commencement du règne, lorsque le roi Artaxercès s' assit sur 

[le trône », 

indique nettement que l'année de l'avènement d'un roi babylonien 
comptait comme la dernière année du roi qui l'avait précédé. 

Quel est le système qui fut employé par le chroniqueur biblique 
pour compter les années des rois de Juda et d'Israël? Est-ce que 
l'année de l'avènement d'un roi esta considérer comme sa première 
année, suivant le système égyptien, ou bien la première année ne 
commençait-elle qu'à partir du premier Nisan qui suivait l'avène- 
ment, comme en Babylonie? 

Sans remonter aux discussions rapportées parle Talmud-, on 
voit encore dans la littérature moderne des divergences d'opinions 
sur ce point, et Grœtz 3 n'a pu formuler que des hypothèses, sans 

1. Sayce et Cowley, Aramaic papyri discovered al Assuan, Londres, 1906. 

2. Hosch Haschana, 2a et suiv. 

3. Graetz, Geschic/ite der Juden, t. I, note V. 



NOTES ET MÉLANGES 13S 

preuves saillantes. F. K. Ginzel, dans son remarquable Handbuch 
der Chronologie ', suppose que, dans la chronologie biblique, les 
années des rois sont comptées suivant le système babylonien ; mais 
il a soin d'ajouter qu'il n'y a encore aucune certitude sur ce 
point. 

Il nous sera cependant facile de démontrer, à l'aide des textes 
bibliques fort clairs, que la manière de compter les années des rois 
de Juda, et sans doute aussi celles des rois d'Israël, concordait 
avec le système babylonien, et que la première année d'un roi 
commençait avec le premier Nisan qui tombait postérieurement 
à son avènement au trône. En effet, il est dit dans II Rois, xvm, 
verset i : « La troisième année de Hosée, il I s d'Ela, roi d'Israël, 
Ezéchias, fils d'Acbaz, roi de Juda, commença à régner » ; verset 9: 
« Or, il arriva, en la quatrième année du roi Ezéchias, qui était 
la septième de Hosée, fils d'Ela, roi d'Israël, que Salmanasar, roi 
d'Assyrie, moula contre Samarie et l'assiégea »; verset 10 : « Au 
bout de trois ans, il la prit; en la sixième année d'Ezéchias, qui 
était la neuvième année de Hosée, roi d'Israël, Samarie fut prise ». 

Puisque l'avènement d'Ezéchias, roi de Juda, eut lieu dans la 
troisième année de Hosée, roi d'Israël, il est évident que, si l'on 
comptait cette année comme la première d'Ezéchias, sa quatrième 
année devait coïncider avec la sixième de Hosée, la sixième du 
premier avec la huitième du second, au lieu de la septième et de 
la neuvième de Hosée, suivant le texte biblique. La première 
année d'Ezéchias fut donc, en réalité, la quatrième de Hosée, bien 
que ce roi de Juda fût monté sur le trône dans la troisième année 
du roi d'Israël. Nous retrouvons donc ici le système babylonien, 
tel que M. Pognon l'a déduit des inscriptions cunéiformes. 

Toutefois, l'année d'avènement d'un roi de Juda fut comptée dans 
son règne pour en établir la longueur; en d'autres termes, on 
comptait comme entières les années incomplètes du commencement 
et de la fin d'un règne. Ce détail, qui a une grande importance au 
point de vue chronologique, nous permettra d'expliquer quelques 
contradictions apparentes dans les textes bibliques, sans avoir a 
recourir k des artifices de corrections. Ce fait n'est point une 
simple supposition ; nous le déduisons des textes suivants de 
H Rois, xv, 32 : « La seconde année de Pékan, fils de Remalia, roi 
d'Israël, Jotham, fils de Hosias, roi de Juda, commença à régner » ; 
verset 33 : « Il était âgé de vingt ans quand il commença à régner 
et il régna seize ans à Jérusalem » ; xvi, 1 : « La dix-septième 

1. F. K. Ginzel, Handbuch der Chronologie, t. II (Leipzig, 1911), p. 27. 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

année de Pékah, fils de Remalia, commença à régner Achaz, fils 
de Jotham, roi de Juda. » 

Le règne de Jotham, qui fut de seize ans, correspond à l'inter- 
valle compris entre la deuxième et la dix-septième année de Pékah. 
Cet intervalle comprend quinze années civiles (= 17 — 2), au lieu 
de seize ; le chroniqueur biblique a donc compris dans le règne de 
Jotham Tannée de son avènement (la deuxième de Pékah) et 
Tannée de sa mort, soit celle de Tavènement d'Achaz (la dix- 
septième de Pékah). 

La double date de la prise de Samarie, mentionnée dans II Rois, 
xviii, 10, comme ayant eu lieu dam la sixième année d'Ezéchias, 
qui était la neuvième de Hosée, roi d'Israël, a paru inexplicable, 
à cause du l'ait que Achaz régna seize ans (xvi, 2) et que Hosée, 
roi d'Israël, était monté sur le trône dans la douzième année 
d'Achaz (xvn, 4). Les cinq années d'Achaz {= iQ — H) et les six 
d'Ezéchias font ensemble onze ans, au lieu des neuf ans attri- 
bués à Hosée. Cette contradiction apparente, qui me fut signalée 
récemment par M. Isidore Lévy, s'explique cependant très bien à 
l'aide des principes chronologiques exposés plus haut : les seize 
années du règne d'Achaz comprenaient les deux années incom- 
plètes, celle de son avènement (la dix-septième de Pékah) et celle 
de sa mort, ou de Tavènement de son fils Ezéchias (la troisième de 
Hosée). Hosée monta sur le trône d'Israël dans la douzième année 
civile d'Achaz, et la première année d'Hosée coïncida avec la trei- 
zième d'Achaz ; la troisième année d'Hosée fut la quinzième 
d'Achaz, ou Tannée de Tavènement d'Ezéchias. La prise de Samarie 
par les Assyriens eut lieu dans la neuvième année de Hosée, qui 
était bien la sixième d'Ezéchias et la vingt et unième d'Achaz. 

D. Sidersky. 



LES PREMIERS ET LES DEBNTERS PROPHÈTES 

Les auteurs d'introductions à la Rible et de Canons de laRible ont 
disserté savamment sur le sens et l'origine de la distinction entre 
les Premiers et les Derniers Prophètes. Je vois, par exemple, en 
prônant les ouvrages que j'ai sous la main, que E. KônigS fait 
remonter le terme de Premiers et Derniers Prophètes à l'époque 
mémo où les livres de Josué, Juges, etc., ont été placés devant les 

1. Einleitung in das alte Testament, p. 457-458. 



NOTES ET MELANGES 137 

Prophètes proprement dits. Cornill' pense que le terme de Premiers 
Prophètes désigne les ouvrages qui parlent des anciens prophètes 
et n'est pas tiré simplement de la place que les livres historiques 
occupent dans l'Écriture. H. Strack 2 admet que les termes en 
question sont empruntés aux versets de Zacharie, vu, 12 et i, 4. 
Mais avant de discuter la signification ou la portée de la division 
des Prophètes en premiers et derniers, il eût été hon de vérifier si 
cette division existe, en examinant à quelle date elle apparaît dans 
la littérature. 

M. Blau, dans son excellent ouvrage Zur Einleititng in die 
Rédige Schrift, p. 27, a observé que la tradition (c'est-à-dire la 
littérature talmudique) ne connaît pas le mot « Premiers et 
Derniers Prophètes » au sens usuel. En effet, dans le ïalmud, les 
premiers prophètes sont ceux qui ont vécu avant l'exil et les 
derniers ceux qui ont vécu après l'exil. Mais M. Blau lui-même 
a cru que la distinction ordinaire des Premiers et Derniers 
Prophètes était masorétique. Or, aucun recueil masorétique ne 
mentionne les Neôiim rischonim et Nebihn aharonim : les 
Diqduqé Hatteamim, édités par Baer et Strack, n'en parlent pas 
dans les paragraphes C8-70, où il est question des livres bibliques. 
G. D. Ginsburg, dans ses ouvrages sur la Masore, n'y fait même 
pas allusion. D'autre part, M. Moïse Schwab a bien voulu consulter, 
à mon intention, un certain nombre de manuscrits de la Biblio- 
thèque Nationale. Aucun ne porte le titre de Nebiim rischonim en 
tête de Josué. Je suis persuadé que des recherches faites dans les 
autres bibliothèques aboutiraient au même résultat négatif. 

La division des Prophètes n'apparaît qu'avec les Bibles impri- 
mées et elle a vraisemblablement pour source une phrase du pre- 
mier éditeur des Premiers Prophètes (Soncino, 1485), Israël Nathan 
ben Samuel, qui dit dans sa préface 3 : traraa (sic) *n-iK nvï-n 
ms» rmn -in« n'ornai trpm û^b» baittE trusta jibiït û^TOfin 
li'y "imm. « Les quatre premiers Prophètes, Josué, Juges, Samuel, 
Rois étant attachés et entraînés à la suite de la Tora de Moïse notre 
maître. » En disant Premiers Prophètes, l'éditeur n'a certainement 
pas voulu employer un terme technique, mais il a simplement 
appelé les livres historiques premiers prophètes, parce qu'ils vien- 
nent en tête des autres. Il a, de même, mis comme titre de l'édition 
des derniers Prophètes (Pesaro, 1515; 4 : r im W®* ûm D^mna ï-tfniK 

1. Einleitung in das alte Testament, 4 e édition, p. 306-307. 

2. Einleitung in das alte Testament, 6 e édition, p. 184. 

3. Reproduite par G. D. Ginsburg, Introduction to the masovetic... édition of the 
"Bible, p. 805. Le passage m'a été obligeamment signalé par M. Back. 

4. Ginsburg, o. c, p. 886. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les éditeurs postérieurs auront pris l'expression dont Israël Nathan 
s'était servi pour une désignation traditionnelle, et c'est ainsi que 
dans la Bible rabbinique de Venise (1517) et dans la Bible de 
Robert Estienne (Paris, 1544), le livre de Josué est précédé du 
titre û"»3isîfcn tawas. Nous retrouvons ce titre dans la Polyglotte 
d'Anvers de 1568, tandis que la Complutensis (1515) et celle de 
Londres (1657) ne l'ont pas. S. Baer l'a mis en tête de Josué 
(Ginsburg et Kittel n'ont pas marqué spécialement les grandes 
divisions de la Bible). Je n'ai pas eu le loisir de compléter mes 
recherches dans les autres éditions. 

Il est donc certain, à notre avis, que le terme de Premiers et 
Derniers Prophètes, au sens usuel, date des temps modernes et 
qu'il ne faut pas tabler là- dessus pour l'histoire du canon biblique. 
Gela ne veut pas dire que la distinction entre les livres histori- 
ques et les Prophètes proprement dits ne doive pas être faite. 
Comme l'a déjà vu le premier éditeur des Prophètes \ les livres 
historiques sont la suite même du Pentateuque, tandis que les 
livres prophétiques forment un recueil spécial. Mais cette division 
des deux groupes d'écrits n'est pas traditionnelle. 

Mayer Lambert. 



LE MOT D^IoSk 



Ce terme biblique très rare est mentionné une première fois 
dans I Rois, x, 11, pour désigner un des objets rapportes au roi 
Salomon par le roi Hiram; il est cité une seconde fois sous la 
forme û^iaba, dans Chroniques, n, 8. On n'est pas d'accord sur la 
signification de ce mot. Les Septante le traduisent la première fois 
par çùXa 7ceAexï)Tà « des bois coupés, travaillés », tandis que la 
Vulgate traduit avec plus de précision par Ligna thyina « des bois 
de thuya ». Selon Raschi 2 , suivi par Kimhi, c'est du « corail ». Or, 
ce sens ne correspond guère à l'idée exprimée par ^y « bois, 
arbre », qui précède notre terme. C'est aussi la signification 
« corail » qu'admet Nathan b. Yehiel dans son Lexique, et Maïmo- 
nide en adoptant le même sens dans son Commentaire sur la 

1. Andréas Bodenstein, Libellus de canonicis scripturis (1520), § 85, n'est donc 
pas le premier qui en ait fait la remarque, comme le disent les Introductions à la Bible. 

2. Arsène Darmesteter, Les Gloses françaises de Raschi dans la Bible, p. 56, 



NOTES ET MÉLANGES 139 

Mischna (Kelim, xm, 6), ne cache pas son embarras, puisqu'il 
cherche à justifier l'explication usuelle en observant que le corail, 
aussi longtemps qu'il est au fond de la mer, est tendre, durcissant 
seulement à l'air. 

Le Targoum a armttbtf, et les Septante des Chroniques tradui- 
sent : 7T£ux'.va, « de pin, ou de picéa » (sapin pesse, donnant la 
poix). La version syriaque traduit par amom ko^d, « santal 1 », dans 
I Rois, tandis que, Il Chroniques, elle traduit &u>"OU3fcn « pin ». 
Même discordance dans la version arabe. 

Déjà au temps du Talmud, on n'était pas fixé sur le vrai sens de 
notre terme. Dans un passage 2 il est dit que, si le :nttb« entre 
dans la composition d'un anneau, la place qu'il occupe influe sur 
l'aptitude à l'impureté. Sur ce texte, Raschi ne donne pas d'équi- 
valent français; il le qualifie de yy ^ « ustensile en bois », 
pour justifier le fait qu'un tel anneau restera toujours pur. Dans un 
autre passage il est dit que Jffiob» signifie «mois 3 « santal », mais 
Raschi traduit nbamp « corail ». 

Pour les deux passages de la Bible, Luther a été inspiré par la 
version de laVulgate ; il traduit: Hebenholtz, « bois d'ébène », mais 
il ajoute en note : « Soll ein Holtz in ïndie sein. Ist hie vielleicht 
dass man jetzt Sandeln heisset. » 

Raphaël Kirchheim dans une courte notice sur le Brasillen- 
holtz, rappelle que des naturalistes modernes reconnaissent dans 
le susdit arbre le sapin, bois du Brésil, ou santal. 

Samuel Cahen dit : « ...D'autres mieux inspirés ont supposé, 
dans DTaiàbK, une contraction des mots trw:; bas, « la goutte des 
gommes ». 

Cette explication est celle que considérait comme certaine l'au- 
teur d'un manuscrit inédit,, classé Ii parmi les Archives commu- 
nales à Marseille, et qui est intitulé : « Livre de comptes de 
Mardochée Joseph, banquier et négociant à Marseille, en 1374. » 
La date chrétienne est inscrite à maintes reprises, en lettres 
hébraïques, sur ce curieux cahier des plus intéressants sous divers 
rapports et dont l'analyse sera faite ultérieurement. 

Ce texte, d'écriture provençale, aux ligatures bizarres, est mal- 
heureusement en mauvais état. Voici, tant bien que mal lues, les 
lignes qui figurent au verso du feuillet de garde : 



1. Seul, Im. Low, Aramàische Pflanzennamen, p. 60 et 211, traduit : urmia 
(orme). 

2. Jer. Sabbat, vi, 3, 86; b. 59 6. 

3. Rosch Haschana, 23 a. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ï-Kraai ip..[»art] (1) 

[^n]»3i ^m n^b r n npb ■nawwa a"-* (2) 

(ou ?«pna) npaa 'a aittbaci munn . .Y'a (?) (3) 

.aTttban nay?3 jn^ban (?) narra '8 ■naim» 'd 'a 'v (4) 

tv/naen flra npioan a->ran Traira Ys 'i dv> (5) 

main "he ■'OBàïï rmw "n^m npia 'a wb 'a (6) 

(ou rirrra) rrnaa 'n dstî '« yraban moan a© ("') (7) 

(ou apana) npToa '« (8) 

Outre les termes « sève de pin », qui nous intéressent le plus, 
inscrits dans les lignes 3 et 7, on voit, ligne 5, que « celui-ci, le ven- 
dredi 24 janvier a restitué 2 litres et 2 onces. . . » ; puis (ligne 7) : 
pour cette « sève », une valeur. . . Le mot qui précède doit être de 
langue romane, puisqu'il est vocalisé. 

M. le rabbin Salomon Kahn, de Nîmes, qui le premier a vu ce 
curieux manuscrit, a bien voulu nous le signaler. 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



Frazer (J.-G.). Le Rameau d'or. Étude sur la magie et la religion. Traduit 
de l'anglais par R. Stiébel et J. Toutain, Paris, Schleicher, 1903-1911; 3 vol. 
in-S», de 403 + 588 + 590 p. 



Notre excellent collègue, M Toutain, a fait paraître récemment le 
troisième et dernier tome de la traduction du Golden Bough de Frazer. 
Cet ouvrage du célèbre sociologue et folk-loriste est depuis longtemps 
entre les mains de ceux — et ils sont nombreux — qui s'intéressent à 
l'histoire des conceptions primitives de l'humanité, et il serait imperti- 
nent de prétendre le signaler à nos lecteurs. Mais, comme l'éditeur nous 
a demandé de l'annoncer dans cette Revue pour les hébraïsants qui ne 
le connaîtraient pas encore, nous n'avons pas voulu nous dérober à ce 
devoir, ne fût-ce que pour rendre hommage au talent du traducteur, qui 
s'est acquitté de sa tâche avec un rare bonheur, et au génie du savant 
auteur, qui sait joindre à une érudition prodigieuse une profondeur de 
vue et une pénétration d'esprit qui sont rarement réunies. 

On connaît le cadre de recherches adopté par M. Frazer. C'était une 
loi que le prêtre de Némi ne prenait possession de ses fonctions qu'après 
avoir tué son prédécesseur. A son tour, il devait s'attendre à être mis à 
mort par un esclave fugitif qui l'attaquerait, après s'être emparé du 
rameau d'or dans le bois sacré de Diane. Le prêtre de Némi portait égale- 
ment le titre de roi de la forêt, autrement dit, il incarnait l'esprit de la 
forêt ou de la végétation, esprit connu par le folk-lore occidental. En tant 
qu'esprit de la végétation, si son âme s'affaiblissait ou périssait, la végétation 
courait le danger de subir le même sort. Il était donc nécessaire de 
l'assassiner avant le déclin de ses forces et d'assurer dans le temps pro- 
pice la transmission de son âme dans le corps d'un successeur plus jeune. 
Le procédé le plus simple était de le brûler, au fort de l'été. Plus tard, 
cependant, on accorda à ce roi la faculté de se défendre ; sa victoire mon- 
trait la vitalité de sa vigueur. 

En outre, on croyait que l'esprit de la végétation avait son siège dans 
le gui d'un des chênes du bois sacré. Pour se rendre maître de cet esprit, 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il fallait, en conséquence, s'emparer de la branche qui portait le gui, ie 
rameau d'or. Voilà pourquoi le candidat à la prêtrise de Némi devait 
d'abord couper le rameau d'or, puis tuerie prêtre en exercice. 

Cette donnée est un prétexte à une étude sur les procédés magiques 
employés par l'humanité primitive pour collaborerai! travail delà nature. 
Une interprétation géniale de la magie domine et éclaire cette étude : la 
magie est la première ébauche de la science, qui tend à mettre au service 
de l'homme les forces de la nature. Elle s'appuie sur cette idée « que la 
nature est constituée par une série d'événements qui se produisent dans 
un ordre invariable. De cette conception dérive la magie sympathique, 
qui contient peut-être en germe la notion moderne des lois naturelles. 
Cette philosophie primitive est fondée sur deux principes, le premier, que 
l'effet ressemble à la cause qui le produit, le second que les choses qui 
ont été en contact continuent à avoir l'une sur l'autre la même influence 
que si leur contact avait persisté. Du premier de ces principes le sauvage 
déduit qu'il peut produire ce qu'il désire, en l'imitant (faire tomber la 
pluie en versant de l'eau); du second qu'il peut influencer de loin, à son 
gré, toute personne et tout objet dont il possède une simple parcelle 
(cheveux, ongles, etc.) ». 

Ces considérations générales sont nées de l'étude des rites et usages 
populaires et des contes, qui ont gardé des survivances du plus lointain 
passé. • 

Personne n'était plus apte à remplir ce cadre que M Frazer et, encore 
que ses citations soient parfois fastidieuses et auraient gagné à être res- 
treintes, elles forment un répertoire précieux pour les comparaisons. A 
ce titre déjà le Rameau d'or ne sera pas inutile aux savants juifs l . 

Mais ce livre renferme un chapitre qui mérite d'être signalé particu- 
lièrement à nos lecteurs, c'est celui qui a trait à la fête de Pourim. Le 
sujet est assez intéressant pour qu'on nous permette d'exposer au long la 
thèse de M. Frazer et de la soumettre à une critique attentive. 

1. Signalons seulement quelques points : T. I, p. 190 et s. : l'àme pendant le 
sommeil ressemble à un insecte qui s'envole ; cf. Psaumes Rabba, 11. — Ib., p. 226: 
perdre son ombre, c'est signe qu'on mourra dans l'année ; cf. ce qui est dit de 
Hoschana Rabba. — Ib. : sur la coutume de couvrir les miroirs après un décès. — 
Ib., p. 328 : sur l'interdiction de faire des nœuds dans le fil lorsqu'on coud un linceul. 

— Ib., p. 37G : sur la défense de prononcer le nom de Dieu, sur son inscription dans 
la cbair (cf. l'histoire de Jésus dans le Talmud). — T. II, p. 192 et 218, sur le motif 
pour lequel on ne devait pas briser les os de l'agneau pascal. — Ib., p. 195, sur la 
loi concernant le nerf sciatiquc. —Ib., p. 205, sur les rats des Philistins, dans Juges. 

— Ib., p. 218, sur le rite pascal. — Ib., p. 243-244 : pourquoi on dépose des pierres 
sur les tombeaux et pourquoi on en jette sur certains cercueils [histoire d'Akabia ben 
Mehalalel). — Ib., p. 282 : sur la veillée des morts. — Ib., 444 : déposer son âme 
quelque part par mesure de sûreté ; cf. Alfabeta de Ben Sira. — lb., p. 577 : pourquoi 
les sorcières doivent être empêchées de toucher terre ; cf. l'histoire des quatre-vingts 
sorcières exécutées par Schimon b. Schétah à Lydda (j. Hag., 11 d). — - T. III, p. 370: 
l'attitude des Juifs à l'égard du porc. Où M. Frazer a-t-il vu qu'il était interdit aux 
Juifs de tuer les porcs, « interdiction qui met en lumière le caractère sacré de la bète »? 
Une référence n'aurait pas été inutile. 



BIBLIOGRAPHIE 143 



#** 

D'après l'historien Bérose, on célébrait tous les ans à Babylone une fête 
appelée les Sacaea f . « Elle commençait le 16 du mois de Lous et durait 
cinq jours. Tant qu'elle durait, le rôle des maîtres et celui des esclaves 
étaient intervertis : les esclaves commandaient et les maîtres obéissaient; 
dans chaque famille, un esclave, vêtu comme un roi et portant le titre de 
Zoganes, dirigeait toute la maison. En outre, un condamné à mort, qui 
sans doute portait aussi durant la fête le titre de Zoganes, était habillé 
comme un roi, pouvait jouer au despote, usait des concubines du roi, 
passait tout son temps en festins, puis finalement était dépouillé de sa 
majesté empruntée, fouetté et pendu ou crucifié. D'après Strabon, cette 
fête se célébrait en Asie-Mineure partout où s'était introduit le culte de la 
déesse perse Anaïtis. Il la décrit comme une orgie bacchique; tous ceux 
qui y prenaient part se déguisaient en Scythes; hommes et femmes 
buvaient et s'ébattaient ensemble jour et nuit. Le culte d'Anaïtis ayant été 
corrompu par des emprunts sensuels à la religion de Babylone, c'est en 
Mésopotamie qu'il faut chercher l'origine des Sacaîa. » 

Cette fête a été identifiée au Nouvel An babylonien, appelé Zagmuku ou 
Zakmuk et qui se célébrait en Nissan, en l'honneur de Mardouk, le prin- 
cipal dieu de Babylone. 

M. Frazer convient que l'identité n'est qu'une hypothèse. Mais cette 
conjecture s'appuie sur diverses considérations : 

1° La ressemblance des noms de Sacaea et Zoganes avec Zakmouk; 
2° La parenté entre le fait que les vicissitudes de la vie du roi pour 
l'année à venir étaient déterminées lors de la fête de Zakmouk et ce trait 
essentiel de la fête des Sacaea de la substitution d'un condamné à mort 
au roi dans le sacrifice alors célébré. 

Il est vrai que les Sacaea, d'après Bérose, tombaient le 16 du mois de 
Lous, c'est-à-dire en juillet, tandis que le Zakmouk coïncidait avec 
mars, mais, dit M. Frazer, le calendrier syro- macédonien n'est pas assez 
assuré pour qu'on s'arrête à cette objection. 

D'ailleurs, l'identité des deux fêtes est confirmée par leur concordance 
avec la fête juive de Purim. Cette fête Uant inconnue avant l'exil de 
Babylone, a donc été instituée ou importée à une époque relativement 
récente. « C'était une variante, plus ou moins transformée, de la fête 
babylonienne des Sacaea ou du Zakmuk. » En effet, Purim se célèbre le 
14 ou le 15 Adar, lequel mois correspond à peu près à mars. Cette date 
concorde approximativement avec le Zakmouk. Peut-être même le 14 
Adar ne fut-il pas la date primitive de la fête, puisqu'il est dit que le sort 
fut jeté en Nissan. Les Juifs ont changé la date pour que cette fête 
nouvelle et d'origine étrangère n'entrât pas en conflit avec la Pàque. Le 
nom même de Purim est un indice de l'origine exotique, encore que 

1. Pourquoi ne pas dire Sacées ? 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'étymologie n'en soit pas assurée (puhru, « assemblée », l'assemblée des 
dieux qui se tenait au Zakmuk, ou bur, « pierre »). Enfin, Pourim, ayant 
toujours été caractérisée par une joie extravagante, se rattache ainsi 
étroitement à la fête babylonienne. 

Les Juifs ont pu emprunter celle-ci soit directement aux Babyloniens, 
soit plutôt aux Perses, qui Pavaient adoptée. 

La parenté de Purim avec les Sacœa est encore plus frappante. C'est 
aussi une sorte de bacchanale. Ainsi, d'après le ïalmud, tout Juif est tenu 
ce jour-là de boire jusqu'à ce qu'il ne puisse plus distinguer l'une de 
l'autre les deux formules: « Qu'Aman soit maudit ! » et « Que Mardochée 
soit béni ! » « Des écrivains du xvn° siècle affirment que pendant les deux 
jours du Purim et particulièrement le soir du second jour, les Juifs ne 
faisaient que manger, boire outre mesure, jouer, danser et faire la fête; 
ils se déguisaient, les hommes en femmes et les femmes en hommes... 
Au xvm e siècle, les Juifs de Francfort se livraient aux pires excès. Nous 
pouvons donc admettre que la fête du Purim a toujours été une Saturnale 
et qu'elle correspond bien par son caractère aux Sacœa, telles que Strabon 
les décrit ». 11 y a plus, le récit qui doit rendre compte de l'institution de 
Purim montre « des traces très marquées d'origine babylonienne et 
certaines analogies avec plusieurs détails des Sacœa. » Aman « espère 
recevoir du roi le plus haut témoignage de faveur en obtenant le privi- 
lège de porter le diadème et les vêtements royaux et de' parcourir les 
rues, ainsi paré, monté sur le propre cheval du roi, escorté par les 
princes les plus nobles, qui devaient annoncer à la multitude son élévation 
et sa gloire. » Mais mal lui en prend, c'est Mardochée qui est l'objet de 
ces honneurs, et lui-même est pendu à la potence qu'il a fait élever pour 
son ennemi. « Ne pouvons-nous pas reconnaître dans ce récit un souvenir 
plus ou moins brouillé du Zoganès des Sacœa, ou, en d'autres termes, de 
l'usage qui consistait à investir pour quelques jours un simple particulier 
des insignes de la royauté et à le faire périr ensuite sur la croix ou par 
la potence? » 

Une objection arrête un instant M. Frazer: « Dans le récit biblique, le 
rôle du Zoganès est partagé entre les deux personnages, dont l'un espère 
tenir la place du roi, mais est pendu, tandis que l'autre occupe cette 
place et échappe à la potence. » Il se tire d'affaire par cette hypothèse: 
« On pourrait se demander si ce détail n'indique pas qu'aux Saciea on 
désignait deux rois de parade, dont l'un était mis à mort au terme de la 
fête, dont l'autre était rendu a la liberté. Ce qui détermine notre préfé- 
rence pour cette hypothèse, c'est que, dans le récit juif, aux deux rivaux 
qui veulent revêtir pendant quelques jours les insignes de la royauté, 
correspondent deux ruines rivales, Vasthi et Esther, dont l'une chasse 
l'autre de la haute situation qu'elle occupe et l'y remplace. . . De tous ces 
traits on peut conclure que dans le mythe ou le récit primitif figuraient 
deux couples royaux, dont l'un est représenté par Mardochée et Esther, 
l'autre par Aman et Vasthi ». L'analyse philologique des noms de ces 
quatre personnages continue ceLte théorie: Mardochée est Mardouk, dont 



BIBLIOGRAPHIE 145 

le Zakmouk était la fête principale, et Esther est Istar. « L'origine des 
noms d'Aman et de Vasthi est moins certaine; toutefois plusieurs savants, 
qui ne manquent point d'autorité, sont disposés à croire, comme Jensen, 
qu'Aman est identique à Humman ou Hommar, le dieu national des 
Elamites, et que Vasthi est, elle aussi, une divinité élamite... Aman et 
Vasthi, d'une part, Mardochée et Esther, de l'autre, représentent l'anta- 
gonisme entre les dieux de l'Élam et ceux de Babylone ; l'issue du récit 
symbolise, dans la capitale même de leurs ennemis, la victoire des dieux 
de Babylone. Il est donc possible, écrit Nœldeke, qu'il s'agisse ici d'une 
fête dans laquelle les Babyloniens célébraient une victoire remportée 
par leurs dieux sur les dieux de leurs voisins du pays d'Élam, contre 
lesquels ils avaient si souvent combattu. La fête juive du Purim est une 
réjouissance annuelle d'un caractère absolument profane et nous savons 
qu'il y avait chez les Babyloniens des fêtes du même genre. Il n'y a rien 
d'invraisemblable à ce que les Juifs, pendant leur séjour à Babylone, 
aient adopté une fête de ce genre; en Allemagne, pour citer un cas ana- 
logue, beaucoup de Juifs fêtent la Noël comme leurs compatriotes 
chrétiens, en tant du moins que coutume profane. » 

« Si la fête juive du Purim se rattachait soit aux Sacaja, soit à quelque 
autre fête sémitique, dont le trait essentiel était le sacrifice d'un homme 
considéré comme l'incarnation d'un dieu, nous devons trouver dans le 
Purim quelque trace de ce sacrifice humain sous l'une ou l'autre des 
formes adoucies que nous avons signalées ». Or, précisément, les Juifs 
brûlent ou détruisent par quelque autre procède les effigies d'Aman, et 
déjà le code théodosien prohibait ce rite. On a le droit d'en conclure 
que les Juifs, comme les Babyloniens, auxquels ils semblent bien avoir 
emprunté leur Purim, ont probablement, à l'origine, pendu, brûlé ou 
crucifié un homme considéré comme l'incarnation d'Aman. « Il ne 
manque pas, d'ailleurs, d'indices qui confirment cette conclusion. » 
C'est d'abord l'histoire d'Imnestar. Dans cette ville syrienne, les Juifs se 
livraient entre eux à certains jeux au cours desquels ils se faisaient 
maintes malices. Échauffés par le vin, ils commencèrent par se moquer 
des chrétiens et même du Christ, puis, pour donner plus de saveur à 
leurs railleries, ils saisirent un enfant chrétien et l'attachèrent à une 
croix. Après s'être contentés de rire et de se moquer de lui, ils le 
maltraitèrent tellement qu'il mourut entre leurs mains. La nouvelle se 
répandit, des rixes éclatèrent entre les Juifs et les chrétiens et finale- 
ment les Juifs payèrent cher le crime qu'ils avaient commis en jouant. 
Tel est le récit de l'historien Socrate. La fête, ajoute M. Frazer, était le 
Purim et l'enfant qui mourut sur la croix représentait pour les Juifs 
Aman. » Il faut maintenant reproduire in extenso ce que dit notre 
auteur de l'autre indice : « Au moyen âge et dans les temps modernes, 
on a souvent accusé des Juifs de meurtres rituels... Je veux faire 
remarquer que, dans tous les cas dont je me suis occupé et sur lesquels 
des détails suffisants ont été fournis, la plupart des victimes étaient, 
dit-on, des enfants et subissaient leur sort au printemps, souvent dans 
T. LXVI, n° 131. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La semaine qui précède Pâques. S'il y a quelque vérité dans ces accu- 
sations, ce dernier trait met ce sacrifice humain plutôt en relation avec 
la Pàque qu'avec la fête du Purim, qui avait lieu un mois plus tôt. 
On a même souvent prétendu que le sang des jeunes victimes devait 
servir à la célébration de la Pàque. Lorsqu'on n'oublie pas qu'il y a de 
très fortes raisons pour croire qu'à l'origine la Pàque était marquée 
principalement par le sacrifice des premiers-nés, on est moins disposé à 
tenir pour de pures calomnies les accusations de meurtres rituels qui 
ont été portées contre les Juifs dans les temps modernes. Tous ceux qui 
étudient les religions populaires savent avec quelle ténacité extraordinaire 
les formes les plus basses de la superstition survivent dans les foules 
ignorantes, juives ou païennes; il n'y aurait rien d'étonnant à ce que, de 
temps en temps, quelque recrudescence de la barbarie primitive se soit 
manifestée parmi les groupes les moins civilisés de la communauté 
juive. Si des crimes, comme ceux qu'on reproche aux Juifs, ont été 
réellement commis par eux — et c'est là, encore une fois, une question 
sur laquelle je ne veux pas me prononcer — de tels faits sont intéressants 
pour qui étudie les usages et les coutumes ; ce sont des cas isolés d'un 
retour à un rituel antique et barbare, qui fut jadis assez commun parmi 
les ancêtres des Juifs et des païens, mais sur lequel, comme sur un 
monstre dangereux, l'humanité plus éclairée a mis depuis longtemps son 
talon. » 

Entre le moment où le sacrifice d'une victime humaine se consomme 
ouvertement et celui où le rite absolu n'existe plus que dans les recoins 
obscurs, il y a une période de transition où l'on corrige l'ancien usage : 
on substitue à la victime ordinaire un criminel. « 11 est vraisemblable 
qu'à Babylone, le criminel qu'on faisait périr aux Sacaea en lui attribuant 
un caractère divin était l'objet d'un honneur qu'on réservait primitivement 
à des gens plus respectables. Il n'est donc pas impossible que les Juifs, 
en empruntant aux Babyloniens la fête des Sacœa désignée par le nouveau 
nom de Purim, leur aient aussi emprunté l'habitude de mettre à mort un 
malfaiteur, qui, après avoir paradé avec une couronne et une robe royale 
sous le nom de Mardochée, était ensuite pendu ou crucifié en tant que Aman. » 
Cette fête de Pourim « est invariablement précédée d'un jeûne, connu 
sous le nom de jeune d'Esther et qu'on observe le treizième jour du 
mois... Dans le livre d'Esther, ce jeune est considéré comme un souvenir 
du deuil et des lamentations qui éclatèrent chez les Juifs lorsqu'ils surent 
que le roi Ahasuérus avait donné l'ordre de les massacrer tous le 
treizième jour du mois d'Adar. » Ce jeune, en réalité, comme l'a dit 
Jensen, « était observé en raison de la mort annuelle d'un dieu ou d'un 
héros sémitique du même type que Tammuz ou Adonis, et c'était la 
résurrection de ce dieu le lendemain qui provoquait les explosions de 
joie et de gaieté caractéristiques du Purim ». Ce dieu mort et ressuscité, 
c'était, toujours au dire de Jensen, Gilgamisch ou son compagnon; à ce 
dieu fut substitué par la suite, à Babylone, Marduk, dieu suprême de 
cette ville. 



BIBLIOGRAPHIE 147 

Mais reste une difficulté : les Sacsea montrent bien la mort de l'homme- 
dieu, niais non sa résurrection ; en outre, cette mort était réelle. 

M. Frazer se tire ainsi d'affaire : on choisissait un homme vivant, auquel 
on transférait les insignes du défunt, et qui devenait le dieu renaissant. 
Sans doute aussi, à côté de lui, une femme jouait le rôle de sa compagne 
divine, Istar ou Astarté. Ainsi se comprend le dédoublement des person- 
nages dans le livre d'Esther: Aman-Mardochée, Vasthi-Esther. Aman 
représente le roi temporaire, l'homme-dicu mis à mort pendant les 
Saeaea; Mardochée, l'autre roi temporaire qui [recevait les insignes de la 
royauté et se présentait devant la foule comme le dieu ressuscité. Vasthi 
correspond à la femme qui jouait le rôle de la reine ou de la déesse 
auprès du roi de parade ; Esther ou Istar est la compagne du second roi 
Mardochée ou Marduk. 

Mais les Juifs ne croyaient pas tenir leur fête de Purim de la Babylonie, 
puisqu'ils placent l'histoire d'Esther en Perse. Or, justement on trouve 
en ce pays une fête analogue aux Sacœa et au Purim, c'est la « chevau- 
chée de l'homme sans barbe ». Celte fête se célébrait au commencement 
du printemps, le premier jour du premier mois, comme celle du Nouvel 
An à Babylone. Un bouffon sans barbe, installé sur une monture, était 
promené à travers la ville, tenant d'une main un corbeau, de l'autre un 
éventail, et la foule lui jetait de la neige ou de l'eau. Il exigeait toute 
sorte de cadeaux. A ceux qui refusaient il jetait de la boue ou de la 
peinture. Tout ce qu'il recueillait ainsi jusqu'à l'heure des prières du 
matin était réservé au roi ou au gouverneur, mais tout ce qui lui était 
donné entre l'heure de la première et celle de la seconde lui appartenait. 
Après l'heure de la seconde prière, il disparaissait et qui le rencontrait 
avait le droit de le battre. C'est l'expulsion de l'hiver ou sa défaite par 
l'été vainqueur. 

On comprend pleinement maintenant, dit M. Frazer, ce que sont les 
principaux personnages du livre d'Esther. « En dernière analyse, les deux 
couples (Aman et Vasthi, Mardochée et Esther) représentaient la puissance 
qui donne aux plantes la fertilité et peut-être la fécondité aux animaux; 
mais l'un des deux incarnait la puissance affaiblie de l'année précédente, 
l'autre la puissance vigoureuse de Fan nouveau. » « Nous pouvons 
supposer qu'à l'origine chacun de ces couples exerçait sa fonction 
mystique pendant l'année tout entière et qu'au bout de l'année, le mâle — 
le roi-dieu — était mis à mort; mais il semble qu'à l'époque historique, 
l'homme-dieu, Saturne, le Zoganes, ïammuz, etc., ne revêtait son carac- 
tère divin et n'exerçait ses fonctions divines que pendant une courte 
période de l'année. Il est probable que le règne terrestre de ces person- 
nages fut ainsi abrégé lorsque les anciennes divinités, ou plus exactement 
les anciens rois-dieux héréditaires se firent remplacer, dans l'accom- 
plissement de leur devoir le plus pénible, soit par leur fils, soit par un 
esclave, soit par un criminel. Puisque c'était un roi qui devait mourir, il 
fallait que ce remplaçant eut vécu comme un roi au moins pendant 
quelque temps, mais, comme il est naturel, le vrai souverain restreignit 



448 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le plus possible, et dans sa durée et dans son exercice, le pouvoir d'un 
roi dont le règne, pendant qu'il durait, effaçait le sien propre. » 

L'explication de la fête de Purim va servir à rendre compte des détails 
de la mort de Jésus. Wendland a fait remarquer que les Saturnales, 
telles que les célébraient les légionnaires de Durostorum, offrent un 
scénario analogue à celui des traitements que les soldats romains firent 
subir à Jésus. Le savant helléniste supposait que ces soldats l'avaient 
affublé des vêtements du vieux Saturne pour se moquer de ses prétentions 
au royaume de Dieu. M. Frazer, plus sévère pour les hypothèses d'autrui 
que pour les siennes, oppose à cette conjecture le fait que les Saturnales 
avaient lieu en décembre, tandis que Jésus fut misa mort an printemps. 
Aussi estime-t-il qu'il faut plutôt rapprocher la Passion des Sacaea. 
« N'est-il pas possible de croire, ajoute-t-il, que primitivement, comme 
les Babyloniens eux-mêmes, les Juifs obligeaient quelque criminel 
condamné à mort à jouer ce rôle tragique et qu'ainsi le Christ fut immolé 
parce qu'on lui attribua le caractère d'Aman. » Il est vrai que Purim se 
célèbre un mois avant Pàque; comment donc aurait-on crucifié Jésus en 
tant qu'Aman un mois après Purim? M. Frazer répond à cette objection 
par cette conjecture qu'en fait, la mort de Jésus a bien eu lieu le 14 Adar, 
mais la tradition chrétienne a retardé la date de la crucifixion pour la faire 
coïncider avec la Pâque. L'auteur abandonne cette explication et propose 
la suivante : Purim aurait dû se célébrer à Pâque, mais les Juifs en 
changèrent la date pour que la fête nouvelle n'entrât pas en conflit avec 
Pàque. Mais comme la difficulté ne disparaîtrait pas, puisque évidemment à 
l'époque de Jésus, Purim était distinct de Pàque. M. Frazer dit textuelle- 
ment ceci : « Est-il impossible qu'une fois par exception et pour quelque 
raison particulière, les Juifs aient célébré la fête du Purim ou au moins 
la mort d'Aman, à l'époque, sinon le jour même de la Pâque. » Comme 
tout de même cette raison paraît bien mince, l'auteur nous laisse sur cette 
dernière explication : « Le roi de parade des Saturnalia possédait toute 
liberté pendant les trente jours qui précédaient sa mort. Si l'on suppose 
que les Juifs agissaient de même avec l'être humain qui représentait Aman 
à leurs yeux et qu'ils lui donnaient trente jours de liberté à partir de, 
Purim, alors la date de sa crucifixion coïnciderait exactement avec la 
Pâque. » Et, naturellement, si Jésus représente Aman, Barabbas est Mar- 
dochée. 

Là-dessus, M. Frazer tente d'expliquer de la même façon la scène où 
Agrippa fut tourné en dérision par la populace alexandrine. Justement, le 
pauvre innocent que l'on affubla d'une couronne de papier s'appelait 
Carabas. Ce nom n'a pas de sens en hébreu, tandis que Barabbas signifie 
« fils du père ». C'est Barabbas qu'avait écrit Philon, qui nous relatecette 
histoire... Mais il serait cruel d'insister sur cette haute fantaisie. 

Voici comment M. Frazer termine cette série d'hypothèses en cascade, 
en prévenant toutefois qu'il ne le fait pas sans réserves : « Les Juifs, lors 
du Purim ou peut-être exceptionnellement lors de la Pàque, avaient 
l'habitude défaire jouer par deux prisonniers les rôles d'Aman et de Mar- 



BIBLIOGRAPHIE 149 

dochée, dans une sorte de drame de la passion qui constituait l'élément 
principal de la fête. Les deux hommes étaient parés, pendant quelque 
temps, des insignes delà royauté, mais finalement leur destin était diffé- 
rent : celui qui jouait le rôle d'Aman était pendu ou sacrifié, celui qui 
personnifiait Mardochée, et que la foule appelait dans son langage popu- 
laire Barabbas, était mis en liberté. Pilate, comprenant l'injustice des 
accusations portées contre Jésus, essaya de persuader aux Juifs de lui faire 
jouer le rôle de Barabbas, ce qui aurait eu pour conséquence de lui sauver 
la vie ; mais ces efforts échouèrent et Jésus périt sur la croix après avoir 
tenu le rôle d'Aman. La description de son entrée triomphale n'est-ellc 
pas comme un reflet delà promenade magnifique qu'Aman désirait faire 
et que Mardochée fit en réalité dans les rues de Suse? Quant à l'expulsion 
des marchands du temple, on peut se demander s'il n'y a pas là comme 
un écho de la liberté que possédait en de telles occasions le roi de parade, 
des droits qu'il avait sur tout ce qui appartenait à autrui. » 



#*# 

Avant de dire ce que nous pensons de cet échafaudage de conjectures, 
nous signalerons à M. Frazer un texte qui intéresse sa thèse et qu'il aurait 
certainement exploité, s'il l'avait connu. C'est une Consultation des Gaonim 
interprétant un terme technique employé par Rabba, rabbin babylonien 
du iv e siècle : « Comme les appareils à saut de Purim ». Pour éclairer 
ces mots, la Consultation dit: « C'est l'usage en Babylonie et en Elam que 
les jeunes garçons confectionnent un mannequin en forme d'Aman, qu'ils 
suspendent sur leurs toits, où il reste quatre ou cinq jours. A Purim, on 
fait un brasier de feu et l'on y jette le mannequin. Les jeunes garçons se 
tiennent tout autour en riant et en chantant. Il y a un anneau suspendu 
au-dessus du feu ; ils le saisissent pour sauter d'un côté du feu à l'autre. 
C'est cet anneau qu'on appelle « appareil à saut 1 ». Cette consultation, 
reproduite par TArouch {s. v. niTO) a été retrouvée dans la Gueniza du 
Caire, et publiée par M. L. Ginzberg (Geonica, II, p. 3). 

Même avec ce renfort, que vaut cette explication de la fête de Purim? 



On prend sur le vif, dans cette étude, les procédés de la méthode folk- 
lorique. L'auteur aurait voulu en étaler l'insuffisance qu'il n'aurait pas 
mieux fait ; c'est à proprement parler l'antipode de la science ; tout y est, 
sauf l'esprit critique. On y voit nettement que malgré l'érudition la plus 
vaste et la faculté de combinaison la plus riche, la méthode folk-lorique 

1. D'après l'auteur du Manhig, Ililchol Meguilla,2&, qui cite le Megillal Setarim, 
le mot désignerait le brasier par-dessus lequel ou sautait. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réserve encore bien des déceptions, car elle exige un savoir encyclo- 
pédique que nul ne saurait embrasser, en particulier la connaissance 
approfondie des questions multiples auxquelles elle se réfère. 

M. Frazer a traité des cboses juives comme il l'eût fait des usages des 
Papous ou des Bassoutos, plaçant sur le même plan tout ce qui les 
concerne ; or, les Juifs ont un peu plus écrit que les Rassoutos, et leur 
littérature permet de découvrir que leur vie religieuse n'a pas été sans évo- 
luer ni sans subir d'influence du dehors. Éclairer un usage de la plus 
haute antiquité par un autre qu'on voit naître, en une contrée déterminée, 
à 2.000 ans d'intervalle, cela ressemble fort à une gageure, et M. Frazer a 
donné plus d'une fois dans ce travers. Faute d'avoir suffisamment connu 
la littérature juive et l'histoire des usages juifs, il est tombé dans des 
quiproquos, qui seraient très amusants, s'ils n'étaient malheureusement 
très graves. 

Ainsi, pour lui, le jeune d'Esther projette une lumière révélatrice 
sur le caractère de la fôte. Or, à cela il n'y a qu'un inconvénient, c'est 
que ce jeune est d'invention tardive et que, pendant dix siècles au moins, 
les Juifs ont célébré la fête sans la faire précéder d'un jeûne. 

Et d'abord, ni le Talmud de Babylone ni, à plus forte raison, celui de 
la Palestine n'en ont le moindre soupçon. Ce n'est pas là un simple acci- 
dent, comme on va le voir. Au ne siècle avant l'ère chrétienne, ce jeune 
n'existait sûrement pas en Palestine, carie 13 Adarjour où il aurait dû se 
célébrer, fut instituée la fête de Nicanor, qui est mentionnée dans le 
Rouleau des jeûnes (Megillat Taanit). Le Talmud de Jérusalem s'en 
occupe longuement, mais aucun rabbin ne demande à ce propos com- 
ment cette solennité se conciliait avec l'obligation du jeûne. Il y a 
plus, la Mischna de Taanit, n, 1, dit explicitement que le jeûne est inter- 
dit la veille des fêtes mentionnées dans la Meguillat Taanit, y compris 
Purim ; aucun rabbin ne s'avise de mettre en contradiction cette défense 
et l'usage général du jeûne d'Esther. Dira-t-on que cet usage appartenait à 
la théologie populaire, ce qui expliquerait le silence des deux Talmuds ? 
Parler ainsi serait méconnaître le caractère des deux Tàlmuds et en parti- 
culier de celui de Babylone, qui n'a jamais pensé à jeter un voile sur la 
basse dévotion et qui enregistre sans broncher les superstitions popu- 
laires les plus contraires à la théologie officielle. L'usage n'apparaît qu'au 
vin siècle, à l'époque des Gaonim, qui, comme on le sait, fut féconde en 
innovations rituéliques. Il est vraisemblable qu'il est né d'un excès de 
scrupule des rabbins. La fête ayant été instituée par Esther et Mardo- 
chée, qui avaient jeûné l'un et l'autre, les docteurs ont voulu les imiter 
complètement. Voilà pourquoi, conséquents avec eux-mêmes, les plus 
rigoureux ont été jusqu'à s'imposer trois jours déjeune — non consé- 
cutifs il est vrai. Sans doute, le jeune observé par Esther et les Juifs 
n'eut pas lieu la veille du jour que doit commémorer Purim (et lorsque 
M. Frazer le dit, il donne une entorse au texte), mais peut-être ces rabbins 
ont-ils rapproché le jeûne de la fête pour laisser au jeûne sa signification 
et son caractère propre; c'est ce que dit, entre autres, l'auteur du Sçhib- 



BIBLIOGRAPHIE 1S1 

boulé Haléket, 194 (p. 151). Cette institution n'a pas été sans provoquer 
des résistances. Raschi {Pardès, 47 c. ; Mahzor Vitry, I, 210) reconnaît 
qu'elle n'a pas de racine dans la Bible et, pour un peu. il permettrait de 
s'en dispenser, si ce n'était pas se singulariser. 

Un autre indice de la parenté de Purim avec les Saca>a, ce sont les 
mascarades et orgies qui sont dépeintes par des auteurs chrétiens du 
xvne et du xviu c siècles. Une étude plus approfondie aurait fait découvrir 
à M. Frazer: f que ces mascarades sont inconnues des Juifs sephardi, qui 
ne représentent pas un élément négligeable du Judaïsme ; 2° que ces 
divertissements apparaissent chez les Juifs pour la première fois à la fin 
du xvi e siècle, en Italie, où le carnaval, comme on sait, donnait lieu 
plus que partout ailleurs à des fêtes de ce genre. Il en aurait conclu, 
comme l'ont fait tous les savants compétents qui ont déjà traité de la 
question, que c'est des chrétiens que ces amusements ont passé aux Juifs. 



#*# 

Le paragraphe qui a dû frapper le plus le lecteur est celui où M. Frazer 
n'ose pas donner tort à ceux qui ont si fréquemment lancé contre les 
Juifs l'accusations du meurtre rituel. Il sera bon de refaire les étapes par 
lesquelles l'auteur arrive à cette conclusion ; ce sera en même temps se 
rendre compte de ses procédés de travail. 

Le point de départ est le tableau composite de la fête des Sacées, telle 
que la décrivent Bérose, d'après Athénée, Strabon et Dion Chrysostome. 
Bérose dépeint cette espèce de Saturnale célébrée à Babylone, où les 
esclaves pendant cinq jours, étaient maîtres et où un personnage, sur- 
nommé Zoganes 1 , pour la circonstance, prenait la place du roi, mais il 
est muet sur les orgies auxquelles se livrait le peuple pendant ce temps. 
C'est Strabon qui nous informe de ces bacchanales, mais sans mentionner 
ce qui a trait à ce Zoganes. Voici les termes de sa relation : « Le fait est 
que partout où il y a un temple d'Anaïtis, l'usage veut qu'on célèbre aussi 
les Sacées, sorte d'orgie, qui dure un jour et une nuit et pendant laquelle 
les hommes et les femmes, tous vêtus à la mode des Scythes, se réu- 
nissent et boivent à l'envi, les hommes se provoquant entre eux par des 
paroles mordantes et excitant, qui plus est, les femmes à imiter leurs 
exploits bachiques. » Cette relation n'a de commun avec celle de Bérose 
que le nom de la fête, et, en bonne critique, on devra dire qu'en dehors 
de Babylone et de l'époque où il y avait un roi en cette ville, la fête des 
Sacées, là où elle s'était glissée, ne comportait que des beuveries aux- 
quelles prenaient part hommes et femmes. Si telle est la vérité, du coup 
s'écroule tout l'édifice que va maintenant construire M. Frazer à l'aide 
d'hypothèses superposées. 

Ces Sacées, pour les besoins de la démonstration, doivent s'identifier 

1 Et encore: le Zoganes était le roi de chaque famille. 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avec le Zagmuku, ou Nouvel An des Babyloniens, qui coïncide avec Nissan. 
M. Frazer ne voit aucune difficulté d'ordre philologique à cette équation 
Zakmouk = Zoganes = Sacaï. équation à trois inconnues; mais il veut 
bien reconnaître l'impossibilité de cette identification, en raison de la 
date différente du Zakmouk et des Sacées: la manière dont il essaie de 
tourner la difficulté a quelque chose d'ingénu et condamne déjà le sys- 
tème. Mais voici qui vaut mieux, c'est la parenté entre ces deux fêtes et 
le Purim des Juifs, qui est relativement récent et est emprunté à la fête 
babylonienne. 

Retenons cette hypothèse: Purim n'est pas une fête juive autochtone, 
les Juifs n'en pratiquaient pas les rites avant de les avoir reçus des Baby- 
loniens. Ont-ils emprunté tous les rites et en particulier le sacrifice d'un 
homme, criminel ou innocent, chargé de représenter le roi? Si c'est en 
Babylonie qu'ils ont été séduits par ces divertissements, ils n'ont pas dû 
être autorisés à célébrer un pareil sacrifice, qui devait être une préroga- 
tive royale. Si c'est des Perses que les Sacées ont pénétré chez les Juifs 
— et c'est que M. Frazer admet volontiers — ceux-ci n'auraient eu l'idée 
de pratiquer ce rite sanguinaire que si les Perses eux-mêmes le prati- 
quaient ; or rien, absolument rien, ne le montre. Bien au contraire, la 
« chevauchée de l'homme sans barbe », qui aurait été l'intermédiaire entre 
les Sacées et Pourim, laisse en vie le roi d'un jour. 

Ainsi donc l'essentiel est passé sous silence : M. Frazer ne se demande 
même pas un instant si, au moment du transfert du rite, la cérémonie 
capitale était encore observée sous sa forme primitive. 

Ce transfert, d'ailleurs, du Zakmouk-Sacées aurait exigé des Juifs un 
dédoublement de cette fête que M. Frazer n'a pas soupçonné. Des faiseurs 
d'hypothèses — il y en a partout — ont établi une corrélation entre le 
Zakmoukou, fête babylonienne du Nouvel An, où les dieux décident du 
sort des mortels pour l'année qui commence, et le Rosch Haschana, Nou- 
vel An juif, où Dieu décide de la destinée des mortels pour le même temps. 
Nouvel An tombant au printemps et Nouvel An coïncidant avec l'automne 
s'échangent communément, M. Frazer le sait mieux que personne,. L'em- 
prunt ici a quelque chose de séduisant que ne possède pas à un égal titre 
celui que suppose notre auteur. Il faudrait donc, si M. Frazer avait rai- 
son, que les Juifs se fussent approprié le Zakmoukou pour en faire à la 
fois leur fête de Rosch Haschana et celle de Purim, séparées l'une de 
l'autre par plus de cinq mois ! 

Encore si Purim avait jamais coïncidé avec un Nouvel An quelconque! 
Mais il se célèbre en Adar, mois qui précède celui de Nissan, qui seul fut 
chez les Juifs à une certaine époque le mois du Nouvel An. Pour échapper 
à cette difficulté, M. Frazer est obligé de supposer que les Juifs auraient 
changé volontairement la date qui aurait du être celle de Purim, pour 
que cette fête n'entrât pas en conflit avec la Pàquc. Gomme c'est vrai- 
semblable ! 

Admettons, si étrange qu'elle soit, cette nouvelle hypothèse, cette 
mutation sera une preuve de plus de la nouveauté et du peu de racines 



BIBLIOGRAPHIE 153 

des rites de la fête chez les Juifs, car si ces rites remontaient à une haute 
antiquité, ils n'auraient pas été ainsi ballottés. Quand donc, pour expli- 
quer de soi-disant usages encore existant d'une façon sporadique, on 
viendra rappeler des rites anciens, presque préhistoriques, on n'aura 
oublié qu'une chose, c'est qu'on a postulé soi-même l'introduction tardive 
de ces usages. 

Ce qui accuse la ressemblance entre les Sacées(les Sacées de Strabon) 
et Purim, c'est que cette fête était, elle aussi, une sorte de bacchanale. 
Nous avons déjà montré ce qu'il faut penser de cette assertion, fondée 
surtout sur des descriptions des xvn e et xviii" siècles seulement. Pour 
l'époque ancienne, le seul trait que cite M. Frazer, c'est l'obligation que 
le Talmud fait à tous les fidèles de s'enivrer à Pourim jusqu'à ne plus 
pouvoir distinguer entre les formules : « Maudit soit Aman ! » et « Béni 
soit Mardochée ! » Mais où est la bacchanale et particulièrement le 
mélange des sexes? M. Frazer dit: le Talmud; mais le Talmud, en la 
circonstance, c'est le dire isolé d'un rabbin babylonien du iv c siècle '. En 
Palestine, aucun écho de cette prescription ; même, chose remarquable, les 
deux Talmuds ne traitent, à propos de Purim, que des règles concernant 
la lecture du livre d'Esther. 



#** 



Nous abordons maintenant un nouvel ordre de preuves de l'identité de 
Purim et des Sacées, qui nous est fourni par le livre d'Esther, destiné à 
expliquer la fête. L'écrivain biblique, en racontant la promenade de 
Mardochée, revêtu des insignes royaux, s'est souvenu du Zoganes. Il s'en 
est bien mal souvenu, alors, puisqu'il n'a pas craint de faire du héros 
juif le triste roi d'un jour. On pourrait tout aussi bien, sinon mieux, 
prétendre qu'il s'est rappelé la promenade de Joseph, ainsi que l'a fait 
d'ailleurs l'auteur du livre de Daniel. F. Rosenthal a justement fait 
remarquer déjà la parenté des histoires de Joseph, de Daniel et de Mardo- 
chée, parenté qui se manifeste même dans le langage. Même si l'on 
concède à M. Frazer, ce que pour notre compte nous ne ferons pas, que 
l'auteur de la Megilla d'Esther a pu avoir quelque vague idée de la fête 
babylonienne, il faut du même coup reconnaître que cet écrivain n'a 
certainement pas traduit à sa façon un rite de celte nature pratiqué de 
son temps et surtout par les Juifs. A supposer que les Juifs aient ainsi 
affublé un criminel ou un innocent et lui aient donné toutes les préroga- 
tives royales, pour le sacrifier bientôt après, cet auteur n'aurait pas ima- 
giné un tel roman destiné à expliquer quoi ? — juste le contraire du rite. 

M. Frazer ne laisse pas d'être gêné par cette étrange transmutation de la 
fête babylonienne. Le rôle de Zoganes, dit-il, est partagé entre deux 

1. C'est ce que disent nettement des rabbins du moyen âge, comme R. Ephraïm 
(Bel Yoseph, 695), l'auteur du Schibboulé Halêket, 201, p. 158, etc. 



loi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

personnages. Autant dire : nous voilà loin des fameuses Sacées. La chose 
n'est pas pour décourager le savant anglais : ce dédoublement atteste que 
les Sacées n'étaient pas ce que Bérose et Strabon ont décrit, mais ce qui 
peut se déduire du récit que l'auteur juif a fait sur des souvenirs très 
brouillés ! A celte fête, il y avait non un, mais deux rois de parade, dont 
l'un était mis à mort, et l'autre rendu à la liberté. Comment qualifier un 
tel procédé ? Ce qui suit, dans la démonstration de M. Frazer, est plus 
étrange encore : « Ce qui détermine notre préférence pour cette seconde 
hypothèse, dit-il, c'est que, dans le récit juif, aux deux rivaux qui veulent 
revêtir pendant quelques jours les insignes de la royauté correspondent 
deux reines rivales, Vasthi et Esthcr, dont l'une chasse l'autre de la 
haute situation qu'elle occupe et l'y remplace... De tous ces traits, on 
peut conclure que dans le mythe ou le rite primitif, figuraient deux 
couples royaux, dont l'un est représenté par Mardochée et Esther, l'autre 
par Aman et Vasthi. » On admirera à cette occasion le sans-gêne avec 
lequel M. Frazer, sans en prévenir le lecteur, travestit le récit biblique, 
car où voit-on que Aman et Mardochée soient rivaux, que Mardochée 
désire revêtir les insignes de la royauté et le désire pour quelques 
jours, et qu'Esther soit la rivale de Vasthi? Ce qui est plus plaisant encore, 
c'est que, l'auteur du livre ayant confectionné un roman pour expliquer 
des rites (qu'il ne connaît pas d'ailleurs), il n'en faut pas moins rema- 
nier sa fiction pour lui rendre sa signification. 

Mais on dirait que M. Frazer a voulu nous faire aller de surprise en sur- 
prise. Voici maintenant que l'analyse des noms propres va lui suggérer une 
interprétation toute nouvelle de Purim : « Cette fête est le décalque de 
celle par laquelle les babyloniens célébraient une victoire remportée par 
leurs dieux sur les dieux de leurs voisins du pays d'Elam ». En lisant ces 
mots, on croit rêver: que devient alors toute la construction élevée labo- 
rieusement jusqu'ici pour montrer que Purim est le décalque des Sacées, 
fête essentiellement naturiste 1 ? M. Frazer n'a pas l'air de se douter qu'en se 
ralliant à cette hypothèse deJensen, il brûle ce qu'il avait adoré jusque-la. 

De tout cet étalage de science empruntée il faut retenir, à notre 
sens, ce que nous y avons ajouté, à savoir ce fait, qu'en Babylonie, a la 
fête de Purim, les enfants fabriquaient un brasier par dessus lequel ils 
sautaient et dans lequel ils précipitaient un mannequin représentant 
Aman et qu'ils avaient tenu pendu sur leurs toits durant quatre ou cinq 
jours. Ce divertissement, emprunté à des usages populaires, a été adopté 
avant le ive siècle de l'ère chrétienne par les Juifs de Babylonie et de 
Perse, parce qu'il se raccordait, non pas avec les rites de Purim, mais 
avec le récit du livre d'Esther, qui fait pendre Aman. Et Aman a dû cette 
faveur à ce qu'il représentait pour les Juifs le type du persécuteur des 
Juifs, de l'antisémite sanguinaire. 

1. Plus loin cette fête considérée ici, sans la moindre réserve comme une fête natio- 
nale, rappelant des souvenirs historiques, deviendra, sans la moindre réserve non plus, 
une autre fête babylonienne, celle de Tammouz, qui célèbre la résurrection de la nature! 



BIBLIOGRAPHIE 155 



#*# 



N'ayant pas été arrêté par tous les arguments que nous venons de pro- 
duire et se croyant conséquent avec lui-même, M. Frazer peut maintenant 
affirmer que les Juifs, émules des Babyloniens, qui brûlaient, pendaient 
ou sacrifiaient un être humain à leur fête des Sacées, ont, comme eux, à 
l'origine, pendu, brûlé ou sacrifié un homme en qui ils incarnaient Aman. 
Il peut d'autant mieux l'affirmer que, pour lui, il ne faut pas l'oublier, 
les Juifs ont nécessairement emprunté aux Babyloniens ou aux Perses ce 
rite à une époque où il comportait encore la mort d'un être humain. Fort 
de cette supposition tacite, que rien ne justifie, il va maintenantdécouvrir 
des traces de la survivance de cet usage monstrueux chez les Juifs. C'est 
d'abord, l'histoire de l'enfant chrétien, martyrisé à Imnestar. « L'historien 
chrétien, dit-il à ce propos, ne cite pas, sans doute parce qu'il l'ignorait, 
le nom de la fête joyeuse qui finit si tragiquement, mais il paraît certain 
que c'était Pu ri m et que l'enfant qui mourut sur la croix représenta pour 
les Juifs Aman. » Et M. Frazer se réfère à Graetz, qui a émis cette conjec- 
ture. L'autorité du savant juif peut en imposer à ceux qui n'ont jamais 
discuté ses assertions, parce qu'ils ignoraient sa passion naïve pour les 
hypothèses, fussent-elles extravagantes. Pour nous, nous nous plaçons 
simplement devant les faits. Or, s'il est un fait qui ressorte nettement du 
récit de Socrate (à qui M. F. prête gratuitement une ignorance inexpli- 
cable), c'est que l'incident se produisit une fois seulement et qu'il ne pré- 
sente aucun caractère de rite, c'est-à-dire d'acte accompli périodiquement. 
Mais, à côté de ce cas, il y a toutes les accusations de meurtre rituel dont 
retentit l'histoire. Sentant la gravité de ses paroles, M. Frazer, éloigné de 
tout fanatisme, prend toutes les précautions oratoires pour ne pas laisser 
suspecter son impartialité. Ce qui, à ses yeux, démontre que Pou ri m n'est 
qu'une autre forme des Sacées et qu'à loccasion de cette fête, les Juifs, 
non contents de pendre Aman en effigie, sacrifiaient un être humain, c'est 
l'accusation portée maintes fois contre eux d'immoler un enfant chrétien 
en vue de leur Pâque, comme autrefois ils immolaient en cette même 
Pàque leurs premiers-nés. 

On demeure confondu devant une pareille logique. Eh quoi, la preuve 
qu'ils immolaient un homme à Pourim, c'est qu'ils sont accusés de le 
faire pour leur Pàque! Incohérence et ignorance, car si M. Frazer avait 
étudié l'histoire, non du meurtre rituel, mais des accusations de meurtre 
rituel, il aurait constaté ce fait, c'est que pendant des siècles on n'imputa 
aucunement aux Juifs le dessein de célébrer un rite juif, mais celui de faire 
mourir à nouveau Jésus. Naturellement, c'est la Pàque qui réveillait pério - 
diquement cette croyance, puisque c'est à Pàque qu'ils avaient commis ce 
crime pour la première fois. Ace moment de l'année, ils doivent en effet 
être repris de la rage qui les aveugla à Jérusalem ; voilà pourquoi aussi il s 
percent d'un poignard l'hostie consacrée qui, naturellement, ponur eux 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme pour les chrétiens, représente réellement le corps de Jésus ; voilà 
pourquoi, d'ailleurs, de l'hostie s'écoulent des flots de sang ! 

M. Frazer termine ce paragraphe en faisant remarquer qu'il ne faut pas 
trop s'étonner de ces retours à la barbarie primitive qui se seraient mani- 
f< stés parmi les groupes les moins civilisés de la communauté juive ; 
l'histoire en enregistre de semblables chez tous les peuples. 11 est certain 
que nous assistons encore de nos jours à des actes de sauvagerie qui nous 
ramènent aux premiers temps de l'humanité; c'est ainsi qu'on voit encore 
des paysans accuser les jeteux d<> sorts de la stérilité de leurs vaches ou 
de leurs champs, et l'on sait jusqu'où va la férocité de ces justiciers 
improvisés. De tels crimes attestent-ils la réalité du jet des sorts? Ne 
prouvent-ils pas plutôt et uniquement la crédulité stnpide des accusa- 
teurs? L'imputation du meurtre rituel perpétré parles Juifs ne démontre 
pas la culpabilité des inculpés, mais la pauvreté d'esprit des accusateurs. 
Il n'y a pas de retour chez ceux-ci à une basse superstition, mais retour 
chez ceux-là à la basse mentalité des âges primitifs. 

Du restant de l'étude de M. Frazer nous ne dirons rien : ce serait un 
jeu trop facile de montrer la naïveté de cette nouvelle interprétation de 
la Passion; aussi bien, après avoir séduit les esprits aventureux toujours 
en quête de solutions radicales des problèmes difficiles, a-t-elle été aban- 
donnée par tous les savants qui ne s'en laissent pas imposer. 

Nous n'ignorons pas que, dans la nouvelle édition anglaise du Rameau 
d'Or, l'auteur a modifié son point de vue ; nous n'en regrettons que plus 
que la traduction soit restée fidèle à la première forme de la pensée de 
M. Frazer. 

La sociologie religieuse, pour acquérir définitivement droit de cité dans 
la science, doit se garder des fantaisies fondées seulement sur des conjec- 
tures qui se font la courte-échelle ; elle doit adopter une méthode rigou- 
reuse, même si les résultats doivent en être moins brillants — ou 
bruyants. 

Israël Lévi. 



Joûon (Paul). I. Études de philologie sémitique [suite). II. Arabica» 
III. Notes de lexicographie hébraïque {suite). IV. Notes de critique 
textuelle (Ane. Test.) suite. (Extrait des Mélanges de la Faculté orientale, 
Beyrouth, tome VI, 1913), in-8' de 92 p. 

M P. Joi'ion donne une nouvelle série de recherches grammaticales, 
lexicographiques et exégétiques, dont nous avons apprécié un premier 
fascicule dans la Revue, 1912, I, p. 305-312. Les études et notes de M. Joi'ion 
sont toujours instructives, alors même qu'on n'approuve pas toutes ses 
conclusions. Dans la première partie (p. 1-26), l'auteur traite de l'aspira- 
tion de certaines consonnes et notamment de Vs, qui donne naissance 
en certains cas a ck. Il examine la relation entre les formes verbales et 



BIBLIOGRAPHIE 157 

pronominales qui présentent s et h. Il admet un rapport entre le relatif 
assyrien c.ha et l'article hébreu. Peut-être dépasse-t-il la portée de ses pré- 
misses, quand il en déduit que l'article hébreu est ha et non han, car il 
peut y avoir rapport sans qu'il y ait identité. C'est ainsi que le pronom 
démonstratif araméen zena [dena) correspond à l'arabe dha, à l'hébreu zè, 
tout en étant augmenté dena. — M. Joiïon étudie ensuite les emplois des 
pronoms itZ38 et "O, qu'il considère avec d'autres sémitisants comme tout 
à fait indépendants l'un de l'autre. M. J. aborde la question des noms 
de nombre, où il cherche à distinguer des substantifs et des adjectifs, et 
à expliquer ainsi les anomalies des nombres. Son argumentation ne 
nous paraît pas tout à fait réussie. Car, si par adjectif, en sémitique, on 
entend un nom épithétique qui suit toujours le substantif, c'est le cas 
seulement pour inK, mais non pour les autres nombres, qui de 2 à 10 
sont traités comme des substantifs et de 11 à 19 (en arabe tout au moins) 
comme des pronoms. Il est très risqué de séparer !"n©? de nb^ et "ib^ 
de !"HÛ3?, alors que les deux premiers ont le même radical et sont des 
masculins et que les deux autres ont aussi le même radical et sont des 
féminins. — L'auteur pense qu'il a existé un pluriel n^ïï « champs »,qui 
était collectif, tandis que n*n© est un pluriel d'unités. 11 y aurait la 
même différence entre D^bN et mTaba « gerbes », et cette distinction a 
pu aussi exister primitivement entre D^tfî et ma© « années » et û* , 72" 1 
et nw « jours ». — M. Joïion réunit des racines secondaires formées à 
l'aide du préfixe m : mgd, mil. mr°, mkn, mnh. — Les mots qui veulent 
dire « louer» signifient à l'origine « trouver beau ». — Les verbes t)ON et 
N£1 ont contaminé leur construction dans Lév., xtv, 3; II Rois, v, 3, 6, 7. 

La seconde partie est consacrée à diverses questions de philologie 
arabe. Nous signalerons l'emploi de dhikr dans le Coran (21,105) pour 
désigner la seconde partie de la Bible, les Prophètes. 

Dans la troisième partie l'auteur expose les emplois de la locution ^3îN3 
« aux oreilles de ». — Il étudie le sens de b"Win «commencer » et 
« continuer », de îlD*bT « vent violent » et non pas « brûlant », de 
yin « remuer », nnn « prendre de la braise », qui se rattacherait à l'arabe 
hithy « fiente », de mna infinitif dans Lév., xv, 32, de T « jet » (Nom- 
bres, xxxv, 17-18; Ez., xxxix, 9). — L'auteur justifie le piél de 2»1B. — 
Il met en rapport les sens de Tn « vêtement » et « trahison », l'idée com- 
mune étant « variété de couleur, variation ». — "ittn signifie d'abord 
« trouver beau » et ensuite « convoiter». — nm « corde » et « abondance » 
représente deux racines différentes [M. Joiïon aurait pu faire valoir que 
1 une est en hébreu ytr dans D'nmtt et l'autre wtr) — "n? veut « dire enla- 
cer» dans Ps. exix, 61, et « soigner »> dans Ps. cxlvi, 9. Il serait fautif dans 
Ps. xx, 9, etcxLvu, 6 [dans ces trois passages le sens de « relever » est très 
admissible]. — tfbs signifie «être élevé» et non « être séparé », comme 
nbs. 

Dans la dernière partie, M. Joiion propose un grand nombre de correc- 
tions au texte biblique ou de rectifications de sens. Nous en reproduisons 
ici les plus intéressantes : Ps. xvm, 7, ru: serait une dittograp hie de 



J >^ ftÈVUE DES ETUDES JUIVES 

VW3 — Ib., 30, lire y->-:N pour y-iN (THa étant corrigé en ma d'après 
Lagarde). — Ib., xix, 14 : mailT au lieu (le d"HT en parallélisme avec 
niMTO (pour mBrac d'après Briggs). — Ib., xxiv, 6 : bna au lieu de TH. 
— /6., xxvi, 4, DT51JM au lieu de dWM. — /7>., xxix, 6 : Vpi^ 'n bip 
D-n-n pour D"rp-p. — Ib.,\u, 2, lire : "jvaso bin "n©8 f>Dï3W serait un 
titre de psaume entré dans le texte). — //>., l, 23, le verset est une variante 
altérée de 14-15. Les mots superflus du v. 22 b^ssa 'ptfi EpaN "jd ont été 
empruntés à vu, 3.-/6., lxix, 20, lire TITUS pour -n-ns:. — Ib., lxxvi,2, 
lire «ma pour m:. —Ib., lxxviii, 38 : m:'^ pour -py\ — Ib., lxxxix, 
16 : "jn-nn pour rumn. — /£., cxxix, 6 : bï3a pour Epi» — Ruth, i, 13, T2 
CD73 T1N73 ">3 signifie: « Je suis beaucoup froju malheureuse pour vous ». — 
Ib., i, 21, lire ^a nxoy pour ^a ïw. —76., n, 1 : rwhsb signifie « par son 
mari », non « de son mari ». — Ib., 7 : lire D^Twa « épis » au lieu de d"n73* 
« javelles ». [Il est douteux que "T 1 ?:? signifie épi. On pourrait lire, d^baia 
comme au v. 2] — Ib., n, 8, 22, 23; ni, 2 : ">m3>D est à changer en i-)J3. 
Le premier exemple aurait été une faute provenant d'un verbe îrj-nnn omis 
devant *pr.y et aurait entraîné les autres. [Il semble plutôt qu'il y ait eu un 
changement intentionnel (Ruth né devant pas aller avec les garçons); mais 
le changementn'a pas été introduit partout]. - Ib., îv, 14: nftn nid pour 
173^. 

Il serait étonnant que M, Joiïon ne se fût pas rencontré dans quelques 
unes de ses corrections avec des prédécesseurs. De fait, sa lecture de "nan 
pour "na? (Ps., xli, 5) est déjà dans Grœtz, Psalmen, et celle de d^an 
pour nv3N (Ib., liv, 26) chez M. Halévy, Revue sémitique, VI, p. 72 en note. 

Mayer Lambert. 



Talmud Babylonicum codicis hebraici Monacensis 95 arte pliototypiea 
depingendum curavit, praefatione et paginarum argumentis instruit Hermaim 
L. Strack. Leyde, A.-W. Sijthoff, 1912; gr. in-f° de 1140 pi. de 48x38 cent., en 
2 vol. 700 marks. 

Comme on le sait, il n'existe plus qu'un seul manuscrit complet du 
Talmud de Babylone, celui de la bibliothèque de Munich. La valeur de 
cet exemplaire, riche en variantes, a été mise en lumière par divers savants 
et spécialement par M. Rabbinowicz. Celui-ci les a relevées dans ses Dikdukè 
Soferim qui s'étendent sur une grande partie du Talmud. Malheureuse- 
ment, la mort est venue interrompre son travail. Il faut surtout le regretter 
pour les notes si copieuses dans lesquelles Rabbinowicz citait et discutait les 
leçons conservées dans les ouvrages rabbiniques. L'érudit talmudist e 
aurait-il achevé son œuvre que, au témoignage de M. Margolis, il aurait 
fallu la reprendre à un point de vue particulier. Rabbinowicz, en effet, 
s'est plus occupé du fond que de la forme; aussi s'est-il peu attaché à 
relever les variantes orthographiques, et même, dans celles qu'il repro- 



BIBLIOGRAPHIE 150 

d ni sait, il se souciait peu d'exactitude. Les philologues, lexicographes 
et grammairiens ne pouvaient pas le suivre avec sécurité. 

Aussi faut-il saluer avec reconnaissance l'édition phototypique que la 
librairie Sijthoflf, de Leyde, vient d'en donner. L'exécution en est admi- 
rable, les planches d'une netteté parfaite; l'écriture même est plus lisible 
que sur le ms. , la photographie l'ayant agrandie. 

C'est à M. H. L. Strack qu'a été confiée la direction de cette publication; 
on ne pouvait mieux choisir. Notre savant confrère a mis à la marge des 
planches la pagination des éditions, ce qui en rend l'emploi facile. Gomme 
il manque au ms. ainsi photographié quelques pages des traités Pesah im, 
Ketoubot et Menahot, il en a reproduit le texte d'après un autre ms. de 
Munich. C'est la matière d'une plaquette, in-i- , qui contient également 
une sobre introduction, sous le titre de Talmud Babylonicum codicis 
hebraici Monacensis 95, Introductio. 

En acceptant la mission, singulièrement ingrate, qu'il a si bien remplie, 
M. Strack obéissait à une pensée qui lui fait honneur. Non content de 
servir la science, il voulait montrer que le Talmud peut être dévoilé sans 
crainte aux yeux de tous, qu'il ne contient rien de mystérieux que les 
éditeurs auraient volontairement écarté pour ne pas dénoncer les Juifs à 
la malignité publique. La démonstration est aujourd'hui faite. Par là, 
M. Strack reste fidèle au généreux et courageux programme qu'il s'est 
fixé et dont les juifs ne sauraient trop lui savoir gré. 

11 faut admirer la confiance avec laquelle la maison d'édition hollandaise 
a assumé les frais d'une pareille publication. Aux savants talmudistes et 
à tous ceux qui entendent favoriser les études sérieuses de montrer 
qu'elle n'a pas trop présumé d'eux. En tout cas, on peut affirmer que 
l'emploi de ce fac-similé du célèbre ms. de Munich est indispensable 
à ceux qui veulent étudier le Talmud d'une manière scientifique. 

Israël Lévi. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LXV, p. 50, note 2 fin, lire : « et ib. y VI, 4 : ?di m-D ipos 'oinï-n 
Dniû"nsn inro ûïttiywi, lire Tra-nsa Tinro. 

T. LXV, p. 230. iDibisii n'a rien à faire avec bellum; c'est bailo, qui en 
italien désigne un envoyé vénitien (à Constantinople). — A. Z. Schwarz. 

T. LXV, p. 226, ligne 1. Au lieu demsn, lire: 'ms: «Andrinople».— Tb., 
au lieu de pTn, 1 }m. Peut-être Kanbsîa signifie-t-il « à Salonique », car 
Salonique est plus près de Négrepont que Salona. — P. 226, 1. 3, "^Hnaa, 
peut-être « à Carmona >. — Ib. % 1. 5, au lieu de mi3"\ lire ara, ce qui montre, 



.'60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme p. 227, note 2, qu'Absalon, comme Abraham, était à Négrepont. — 
Ib., 1. 14, ©ib^Ka est l'italien bailo (avec la terminaison grecque os). — Ib., 
17, ïmoabl "p 333 tt»*b est emprunté à Daniel, vu, 26. — Ib., av. dern. 
ligne, KTlba = SJ"»b"»K3. — Ib , dern. 1., au lieu de V^rn, lire FiaWT. 

— P. 249, texte hébreu, 1. 3, au lieu de D3373-F, 1. ^aaaai. — P. 251, 1. 24, 
au 1. de n?:Dn, l. 'a aDn. — p. 252, 1. 1. au 1. de rwnba^n», 1. njpbr^Nrro. 

— Ib., 1. 20, au 1. de Tin, 1. a-in. — Ib., 1. 21, au 1. de tzrrnm, 1. 
"în-nnm « le déchirement de la sentence ». — Ib., 1. 23, au 1. de inDm 
pansa, 1. pOD3 '"irom. -• Ib., 24, au 1. de vp, 1. "»T). — Ib., av. dern. 1., 
il y a aiïi, et non, comme on le dit p. 265, note 2, mn. — P. 253, 1. 9, 
au 1. de biTN, 1. n *iTM. — Ib., 1. 4 d'en bas, au 1. de mSEH., 1. n:i3»n. 

— P. 254, 1. 12, pour 'niûN3, cf. 257, 1. 8, i"a'lSKa et 257, 1. 10, ^UDN. — 
Ib., 1. 5 d'en bas, au 1. de D^SN, 1. D^DI. — P. 256, 1. 9 d'en bas, "pi^B est 
peut-être « faisan % qui correspond au nom espagnol de femme rttNŒND 
« Faisana ». — N. Porges. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 6 AVRIL 1913. 

Présidence de M. Isidore Lévy, président. 

M. le Président ouvre la séance en ces termes : 
Mesdames, Messieurs, 

En m'appelant à succéder à M. Salomon Reinach, la Société 
des Etudes juives m'a accordé le plus grand honneur dont elle 
dispose. Je l'en remercie sans en tirer d'orgueil : la Société a 
voulu récompenser pour une fois, non l'éclat ou la durée des ser- 
vices, mais seulement le dévouement à l'œuvre commune. Je dois 
lui en savoir d'autant plus de gré que l'honneur qu'elle fait est en 
vérité franc de toute charge. Avec un trésorier comme M. de 
Goldschmidt, un secrétaire général comme M. Israël Lévi, votre 
président est dispensé des soucis de l'administration et de la direc- 
tion. Je n'offenserai pas leur modestie de vains compliments; seuls 
ils veulent savoir ce que nous leur devons. 

Ces collaborateurs dévoués, en assumant tout fardeau et toute 
responsabilité, laissent du moins au président la liberté déjuger les 
résultats de l'effort social. La trente-deuxième année d'existence 
de la Société n'a pas été inférieure à ses aînées. La collection des 
sources classiques de l'histoire juive s'est augmentée d'un volume; 
grâce à MM. Harmand et Théodore Reinach, la traduction de 
Josèphe est maintenant arrivée à mi-chemin. La Revue des Études 
juives a continué à explorer presque toutes les parties de l'immense 
domaine qui lui appartient — l'histoire vieille de plus de trente 

AÇT. ET CONF, A 



Il ACTES ET CONFÉRENCES 

siècles, infiniment riche et diverse, qui a mis le judaïsme en contact 
avec toutes les grandes civilisations du monde. La Bible a été 
un peu négligée, mais les hellénistes consulteront avec fruit les 
mémoires ou les notes de MM. Psichari, Israël Lévi et Canet; 
médiévistes et philosophes tireront profit des recherches de 
M. Régné sur les Juifs de Narbonne et des considérations de 
M. Vexler sur Spinoza; les amis de l'histoire moderne prendront 
intérêt à ce que M. Galante nous apprend d'après les sources 
turques de ce Joseph Nassy qui fut duc de Naxos, aux mémoires 
de M. Bauer sur la communauté de Nice, de M. Ginsburger sur 
les troubles antisémites d'Alsace en 1848, et surtout à la longue 
série d'articles qui permet d'attendre de M. Liber l'histoire qui 
nous manquait du judaïsme pendant la crise révolutionnaire. 11 
faudra sans doute des courages résolus pour suivre MM. Bûchler, 
Leszinsky, Schwarz, Poznanski, Aptowitzer, Epstein, Marmor- 
stein, dans leurs savantes études sur le Talmud et la littérature 
rabbinique, M. Régné dans ses utiles dépouillements des archives 
de la Catalogne, M. Schwab dans son catalogue de la bibliothèque 
consistoriale de Paris; mais les sémitisants ne seront pas seuls à 
apprécier le haut intérêt de la contribution que la Revue a apportée 
à l'étude des incomparables documents que nous a rendus le sol de 
T Egypte; les papyrus d'Eléphantine, commentés par M. Lévi et la 
dernière des grandes trouvailles que nous devons à l'inépuisable 
Geniza du Caire : cet écrit damascénien qui nous révèle un aspect 
imprévu du judaïsme de l'époque maccabéenne et qui, si je ne me 
trompe, a une importance vraiment capitale pour l'explication du 
christianisme primitif. Le mémoire de M. Israël Lévi marque un 
progrès notable dans l'intelligence de ce texte difficile. 

Nos publications suivent la marche d'une science qui se renou- 
velle incessamment, « toujours rajeunissante et non jamais vieil- 
lissante », comme disait Richard Simon. Les générations humaines 
passent. Des deuils cruels sont venus nous frapper. M. Louis Cerf, 
esprit cultivé et charmant avait pour notre Société l'attachement 
qui est de tradition dans sa famille. M. Charles Lévy, qui a long- 
temps mis son dévouement au service de la communauté de Colmar, 
unissait aux qualités du cœur la curiosité la plus intelligente du 



ASSEMBLEE GENERALE DU 6 AVRIL 1913 111 



passé. Il fut l'un des fondateurs et le premier président de la 
Société historique du judaïsme alsacien. Avec M. Paul Hildenfinger 
nous perdons un chercheur zélé et heureux dont notre Revue avait 
publié des essais remarqués. Il meurt en pleine jeunesse, laissant 
sur le Paris juif au xvm e siècle un livre riche en matériaux 
inconnus avant lui. 

Puissent de nouveaux amis venir renforcer nos rangs hélas ! 
clairsemés, de nouveaux collaborateurs remplacer ceux qui s'en 
vont. Les uns ni les autres ne sauraient manquer à une œuvre 
qui fait appel à tous ceux que peut captiver la recherche métho- 
dique de la vérité, que peut passionner l'une des pages les plus 
belles et les plus émouvantes de l'histoire humaine. 

M. Edouard de Goldschmidt, trésorier, rend compte comme 
suit de la situation financière : 

L'état financier de notre Société pour Tannée 1912 est à peu 
près semblable au compte rendu de l'exercice de l'année antérieure. 

Le trésorier de votre Société est heureux de pouvoir constater 
la stabilité de nos finances, preuve de l'intérêt avec lequel tous les 
membres de notre Société continuent à suivre nos travaux et à les 
accompagner de leur encouragement. 

Il serait souhaitable qu'à ces marques de bonne volonté vînt 
s'ajouter une propagande qui, en répandant davantage notre Revue 
et Je goût de nos travaux, viendrait de ce fait alimenter plus 
abondamment nos finances sociales. 

La situation s'établit comme suit : 

Actif. 

En caisse au 1 er janvier 1912. 2.793 fr. 95 c. 

Cotisations 6.397 70 

Vente par les libraires 1 .811 65 

Coupons et intérêts 2 . 834 95 



Total 13. 838 fr. 25c, 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 

Passif. 

Frais d'encaissement 198 fr. » c. 

Secrétaire de la rédaction 2.400 » 

Conférences et assemblée générale 109 95 

Frais d'envoi, timbres, mandats, etc 129 35 

Frais d'impression de la Revue 4.637 55 

Frais d'impression de la Guerre des Juifs 2. 017 » 

Honoraires des auteurs 2.740 80 

Solde 1 .605 60 



Total 13.838 fr. 25c. 

Balance. 
Doit : 

Frais généraux 2.741 fr. 30 c. 

Publications 7.583 70 

Chez MM. de Rothschild frères. 1 .605 60 



Total 11.930fr.60c. 

Avoir : 

En caisse au 1 er janvier 1912 2.793 fr. 95c. 

Cotisations et ventes 6.301 70 

Coupons et intérêts 2.834 95 



Total 11.930fr.60c. 



M. Edmond Fleg lit un certain nombre de ses Poèmes juifs. 

Il est procédé ensuite au renouvellement du tiers des membres 
du Conseil. Sont élus : MM. Abraham Cahen, Albert Cahen, 
Mayer Lambeht, Sylvain Lévi, Alfred Lévy, Salomon Reinach. 
Théodore Reinach, baron Edouard de Rothschild et Eugène 
Sée, membres sortants. 

M. Sylvain Lévi est élu président de la Société pour l'année 
1913. 



LES JUIFS 

ET 

LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 

(1789) 

( FIN * ) 

V. — Les députés juifs a Paris. 



Après que les Juifs d'Alsace, des Évêchés et de la Lorraine 
avaient formé des cahiers et nommé des députés, ceux-ci avaient 
porté à Paris leurs cahiers respectifs et là, sous la présidence de 
Cerf Berr, ils les avaient fondus en un seul cahier commun, qui 
fut remis au gouvernement. La mission des députés juifs était 
terminée, leur rôle allait commencer. 

Grégoire, après avoir résumé les demandes des Juifs d'après leur 
cahier général, ajoute : «Les six députés arrivés à Paris ont fait en 
commun une Requête imprimée, dans laquelle ils suppriment 
plusieurs de ces demandes 2 ». Pourquoi cette requête publique 
aussitôt après le cahier confié au gouvernement et surtout pour- 
quoi ces modifications au cahier commun? A la suite de quels 
événements, de quelle crise intérieure, les députés ont-ils été 
amenés à dépasser les vœux de leurs mandants, à outrepasser les 
instructions du gouvernement? 

L'un d'eux, le plus actif et le plus perspicace, la tête forte du 
groupe, Berr-Isaac Berr, paraît avoir été le seul à se rendre compte 

i. Voir Revue, t. LXIV, 244 et s.; t. LXV, p. 89 et s. 
2. Motion en faveur des Juifs, p. vin. 

T. LXVI, n° 132. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de ce qui s'était passé et à en rendre compte. Après avoir indiqué 
dans quel état d'esprit les Juifs avaient formé leurs cahiers, il 
expose ainsi les sentiments et les démarches de leurs députés à 
Paris ' : « Arrivés à Paris au mois d'août dernier, nous apprîmes 
avec bien de la joie que le premier article de la constitution émanée 
de la sagesse de l'Assemblée Nationale établissait les droits de 
l'homme, en déclarantque tous les hommes naissent égaux et libres 2 . 
Nous trouvâmes alors non seulement notre mission inutile, mais 
nous jugeâmes que ce décret, base de bonheur des Français, nous 
accordait des droits bien au-delà de ceux que nous étions chargés 
de solliciter et de demander par nos cahiers. Cependant, de longues 
expériences ne nous ont que trop souvent appris malheureusement 
que tout ce qui pourrait, par une suite de temps, être assujetti à 
une interprétation quelconque pourrait rencontrer des difficultés 
à l'égard des Juifs. Nous décidâmes que, sans nous arrêter à 
nos cahiers primaires, nous réunirions nos demandes à la demande 
générale d'obtenir les droits et le titre de citoyens, ce qui a donné 
lieu à l'Adresse que nous eûmes l'honneur de présenter à l'Assem- 
blée Nationale, le 26 août dernier 3 ». Ce que Grégoire nous a appris, 
Berr-Isaac Berr nous aide à le comprendre. 

Mais il n'explique pas tout. Les députés juifs ne furent pas seu- 
lement aux prises avec les circonstances nouvelles ; ils eurent à 
faire front à des antagonismes favorisés par ces circonstances. 
Ceux qu'ils représentaient formaient le gros de la population juive 
en France. Mais, en dehors d'eux et même au milieu d'eux, cer- 
taines fractions avaient des intérêts qui contrariaient les leurs et 
des aspirations avec lesquelles ils devaient compter. Ces diver- 
gences se sont manifestées dans des publications dont nous avons 
à démêler les tendances et à préciser la portée. 

En prenant pour fil conducteur ces manifestes, qui ont précédé 
et prép »ré en un sens celui de nos députés, nous pouvons essayer 
de reconstituer les faits qui se sont produits et les courants 
d'idées qui se sont fait jour parmi les Juifs pendant ce mois d'août 
1789, qui fut vraiment pour eux le mois critique : c'est alors que 

1. Lettre du S r Berr-Isaac Berr... à Mgr l'évéque de Nancy, p. 4-5. É rit en 
avril 1790. 

2. Les premiers articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, pré- 
face de la nouvelle constitution, furent adoptés par l'Assemblée constituante le 20 août 
1789. Les députés juifs étaient arrivés peu auparavant; dans leur lettre du 4 octobre, 
que nous publions plus loin, ils disent qu'ils attendent depuis prés de deux mois. 

3. Lire : le 31 août. Berr-Isaac Berr confond l'Adresse des Juifs de Paris avec celle 
des Juifs de l'Est, — la sienne ! 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 163 

se fixa, devant le problème de l'émancipation que posait la Révo- 
lution naissante, l'attitude non seulement des Juifs de l'Est, mais 
de tous les Juifs de France, à commencer même par les « Por- 
tugais », qui paraissaient déjà hors de cause. 

Encore les « Portugais » 

Les députés des Juifs de l'Est étaient arrivés à Paris avec le 
souci de leur mission, à laquelle les événements semblaient devoir 
donner une importance inattendue, et aussi avec l'inquiétude des 
mauvaises nouvelles qui leur parvenaient de chez eux. La France 
s'était soulevée. Dans la capitale, c'était déjà la Révolution; en 
province, c'était encore la jacquerie. Le peuple de Paris avait pris 
la Bastille, le peuple des campagnes attaquait les châteaux. Les 
Juifs, ces exploités du régime, apparaissaient comme les exploi- 
teurs du peuple. Les paysans et la populace s'en prirent à eux, 
principalement dans le Sundgau et dans quelques autres villages 
d'Alsace, mais aussi dans plusieurs localités de la Lorraine 1 . 

Ces désordres eurent leur écho à l'Assemblée Nationale, qui 
commençait à prendre en main les affaires du pays. Dans la séance 
du soir du 3 août, un débat s'engagea sur la situation troublée du 
pays. Grégoire, qui, suivant ses propres expressions, était « venu 
à l'Assemblée constituante avec la résolution d'y plaider la cause 
des Juifs », dénonça « les vexations exercées contre ceux 
d'Alsace 2 ». « M. l'abbé Grégoire, rapporte un compte rendu de 
presse, fait le tableau des persécutions inouïes qu'on vient 
d'exercer en Alsace envers les Juifs ; il dit que, comme ministre 
d'une religion qui regarde tous les hommes comme frères, il doit 
réclamer dans cette circonstance l'intervention du pouvoir de 
l'Assemblée en faveur de ce peuple proscrit et malheureux 3 . » La 



1. Sur les troubles contre les Juifs en Alsace, dont le récit sortirait du cadre de 
cette étude, voir Cli. Hoffmann, Les troubles de 1789 dans la Haute-Alsace, dans la 
Revue d'Alsace, LVIII (1907); Ginsburger, Die Judenverf'olf/unr/en im Elsass ira 
Ja/tre 1789, dans la Strassburger Israelitische Wochenschrifl, 1908, n os 36 et s.; 
1909, n 0s 1 et 2. — Pour la Lorraine, la Commission intermédiaire de Lorraine et 
Barrois écrit le G août à l'Assemblée Nationale : « Les Juifs... sont ebassés de leurs 
maisons, dépouillés de leurs propriétés et de leurs vêtements mêmes, et traités, a 
Lixheim surtout, avec une fureur sans exemple » (Arcb. Nat., G 32, dossier 269, 
pièce 16). Comp. les journaux du temps : Courrier de Paris, du 2o août, p. 215 
Révolutions de Paris, du 19 octobre, p. 28-29, etc. 

2. Mémoires (Paris, 1837), I, 333. 

3. Moniteur, 1-3 août {Archives Parlementaires, l re série, VIII, 336 6). — Dans la 
Revue des Études juives, IV, 308, lire 3 août au lieu de 3 avril. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

discussion n'aboutit pas ce soir-là ; elle aboutit le lendemain à 
l'abolition des privilèges féodaux (nuit du 4 août . 

Quelques jours après, Grégoire reçut les remerciements des 
Juifs... de Bordeaux. Les « députés de la dation juive portugaise 
de Bordeaux » lui adressèrent, à la date du 14 août, une lettre 
qu'ils eurent soin de publier '. Pourquoi cette lettre ouverte et qui 
sont ces députés? Tout de suite, ils se présentent : ce sont « les 
quatre députés de la Nation juive portugaise qui ont concouru à la 
nomination des représentants de cette ville à l'Assemblée Natio- 
nale », et ils signent : Furtado l'aîné, Azevédo, David Gradis, 
électeur, Lopès du Bec. Nous les connaissons déjà 2 . Mais que font- 
ils dans la capitale? Commissaires des Juifs « portugais » de Bor- 
deaux à l'élection des députés de la ville, leur mandat était depuis 
longtemps expiré; tout au plus étaient-ils qualifiés pour suivre 
les affaires locales de Bordeaux. S'ils sont à Paris, c'est pour 
suivre l'affaire des Juifs « allemands ». Les « Portugais » avaient 
toujours séparé leur cause de celle des « Allemands ». Récem- 
ment, lors de la consultation instituée par Malesherbes, leurs 
délégués à Paris avaient eu pour instruction d'agir à part et à 
l'insu des « Allemands» 3 . Ces délégués, leur mission terminée, 
étaient rentrés à Bordeaux. Voici maintenant qu'à la faveur de la 
convocation des Etals généraux, les « Allemands » ont pu — et 
autorisés par le gouvernement encore — envoyer des députés à 
Paris, où ils auront le cbamp libre ! Les « Portugais » de Bordeaux, 
pour lesquels David Silveyra avait en vain sollicité la même auto- 
risation et qui avaient dû s'estimer heureux d'être représentés par 
quatre députés de leur « corporation » dans le corps électoral de 
leur ville, dépêchèrent donc dans la capitale ces mêmes députés 
pour surveiller les démarches des députés « allemands » et contre- 
carrer au besoin leur action, si elle devenait compromettante. 

L'intervention de Grégoire en fournit l'occasion. Ainsi, on 
allait porter la question juive devant l'Assemblée Nationale et 
peut-être englober les « Portugais » dans une loi générale sur les 
Juifs, qui leur accorderait les facultés du droit civil, mais restrein- 
drait leur liberté commerciale pour les empêcher de pratiquer 
l'usure. C'eût été probablement la réforme de Malesherbes; c'était 
en gros le projet de Grégoire, tel qu'il venait de le développer dans 

1. Lettre adressée à M. Grégoire... par les députés de la Nation juive portu- 
gaise de Bordeaux, le 14 août 17 89. Versailles, Baudouin ; 4 pages in-8° [Bibl. 
Nat. : L<l 18 *2'J\ 

2. Voir Revue des Éludes juives, LXIV, 2*9 et 253-4. 

3. Voir Malvezin, Histoire des Juifs à Bordeaux, p. 251. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 165 

son Essai sur la régénération des Juifs, et sans doute allait-il le 
reprendre à la tribune. C'est pour conjurer ce danger que les 
quatre députés des « Portugais » de Bordeaux se décidèrent à 
adresser une lettre à Grégoire et à la rendre publique. Elle fut 
probablement rédigée par le premier signataire, l'éloquent et un 
peu phraseur Furtado. 

La lettre est curieuse. Ils le remercient d'abord « d'avoir invoqué 
le secours de l'Assemblée pour arrêter les vexations qu'éprouvent 
en ce moment quelques infortunés habitants de l'Alsace », — c'est 
de leurs coreligionnaires qu'il s'agit. « La nouvelle de leurs mal- 
heurs... a déchiré nos cœurs en même temps qu'elle a accru le 
sentiment de reconnaissance dont nous nous sentons déjà pénétrés 
pour vos bienfaits... Puissiez-vous, Monsieur, jouir du fruit de vos 
généreux efforts; puissiez-vous voir l'aurore des beaux jours de la 
nation juive succéder aux orages qui tourmentent encore son 
existence. » Ils demandent donc à Grégoire de persévérer dans ses 
efforts, de poursuivre sa campague en faveur des Juifs? Au con- 
traire. Sans transition, ils continuent :« Nous ne présumons pas que, 
dans l'état actuel des choses, il faille pour régénérer les Juifs 
d'autres lois que celles qui serviront à la régénération du royaume 
entier. La Déclaration des droits de l'homme, qui doit précéder la 
Constitution, repousse toutes les mesures particulières qu'un 
autre état de choses vous avait engagé à proposer au gouverne- 
ment. Nous le disons avec confiance : c'est par la liberté de leurs 
personnes et de leurs biens que les Juifs de toutes les provinces 
du royaume deviendront heureux et utiles. Les avantages de cet 
acte d'humanité et de justice doivent leur être communs avec tous 
les hommes, il élèvera leurs sentiments et leur méritera avec le 
temps la considération dont uous jouissons dans cette ville ». Que 
Grégoire retire donc ses projets de réforme admissibles avec 
l'ancien régime ; il suffit d'avoir proclamé les droits de l'homme 
pour que même les Juifs d'Alsace soient non seulement heureux 
et utiles, suivant la formule, mais encore aussi considérés de leurs 
concitoyens que le sont les Juifs de Bordeaux. Mais au fond, si 
ceux-ci ne veulent pas d'une loi sur les Juifs, ce n'est pas parce 
qu'elle serait inutile pour les « Allemands », c'est parce qu'elle 
serait injuste et injurieuse pour eux-mêmes. « Toute loi particu- 
lière qui établirait des restrictions aux principes fondamentaux de 
la Constitution serait une grande injure qui empêcherait un grand 
bien et perpétuerait la durée d'un grand mal. Si la conduite ou le 
sort malheureux de quelques Juifs de l'Alsace et des Trois Évêchés 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

déterminait l'Assemblée Nationale à faire quelque règlement qui 
dût être commun à tous les Juifs du royaume, ceux de Bordeaux 
le regarderaient avec raison, aiusi que tous leurs concitoyens, 
comme une injustice aussi gratuite qu'elle serait cruelle. Mettre 
des entraves au commerce de ceux-ci et leur défendre ce qu'ils ne 
font pas, ce qu'ils n'ont jamais fait, ce serait les entacher d'un 
soupçon injurieux, contre lequel leur conduite présente et passée 
réclamerait hautement ». Donc pas de loi sur les Juifs, — la chose 
leur tient à cœur. « Encore une fois, Monsieur, c'est par la liberté 
civile et religieuse, par ce système qui place dans la liberté des 
hommes et des choses tout l'art de gouverner, que les Juifs trou- 
veront le moyen de devenir utiles en devenant meilleurs. Oui, 
Monsieur, en accordant au Chrétien ce retour de tendresse que 
vous voudriez voir renaître, « le Juif embrassera en vous son conci- 
toyen, son frère et son ami ». Ces derniers mots étaient ceux qui 
terminaient YEssai de Grégoire i et la citation voulait dire : Dans 
l'état actuel, le but que vous poursuivez — le rapprochement des 
Juifs et des chrétiens — sera mieux atteint si vous ne faites rien. 

Les «Portugais» sont donc convaincus que les principes de 
liberté et de fraternité, une fois proclamés pour toute la France, 
suffiront à régénérer les Juifs. Ces sentiments fraternels sont aussi 
touchants que leur confiance dans la vertu des principes. Et, en un 
sens, ils avaient raison. Le régime de liberté et d'égalité que la 
Constituante allait instaurer en France donnait plus aux Juifs que 
toutes les réformes partielles que Grégoire pouvait proposer : il 
leur donnait tout. Sans doute, mais à condition qu'il fût bien en- 
tendu que ce régime leur serait appliqué. Tout le monde ne l'enten- 
dait pas ainsi et, lorsque finalement la Révolution a fait entrer les 
Juifs dans le droit commun de tous les Français, elle a dû prendre 
un décret en forme pour supprimer toute équivoque et réduire 
toute opposition. Or, les « Portugais » préféraient l'équivoque parce 
qu'ils redoutaient l'opposition. Ils se fient aux principes, cela signifie 
qu'ils prient qu'on ne s'occupe pas d'eux. Ils protestent d'avance 
contre toute loi sur les Juifs parce qu'ils craignent qu'elle ne les 
assimile aux « Allemands » -. Ils ne s'élèvent guère contre une 
loi restrictive qui aurait atteint ceux-ci ; ils tiennent seulement à 
n'y être pas englobés. Le moyen le plus sûr était de ne pas évo- 
quer du tout la question juive. Aussi font-ils les satisfaits. Pourtant 

1. « ...Et qu'enfin le Juif, accordant au Chrétien un retour de tendresse, embrasse 
en moi son concitoyen, son frère et son ami. » Toute la péroraison de YEssai a passé 
ensuite dans la Motion en faveur des Juifs. 

2. Leurs craintes n'étaient pas vaines. On le vit lorsque, les 21-24 décembre sui- 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 167 

à Bayonne et à Bordeaux môme, certains droits, certains honneurs 
leur étaient contestés, et ce que les «Allemands » demandaient, ils 
le voulaient aussi en partie : voir le mémoire qu'ils avaient remis 
à Malesherbes. Mais ce qui leur manquait encore, ils comptaient 
l'obtenir tacitement. Les événements travaillaient pour eux, ils 
n'avaient qu'à attendre, sans bouger. Ils restaient fidèles à leur 
tactique. De môme qu'au moment de la convocation, « comblés» 
d'avoir été admis aux assemblées électorales, ils avaient tu leurs 
revendications, de môme ils étaient maintenant les partisans de la 
politique du laisser faire, parce qu'elle favorisait leurs intérêts. 

Bref, si les Juifs de Bordeaux avaient éprouvé le besoin d'écrire 
à Grégoire, c'était moins pour le remercier de son intervention que 
pour lui demander de ne plus intervenir. Le curé d'Emberménil 
comprit-il les dessous de leur lettre ? Quand vingt ans plus lard, il 
écrivit ses Mémoires, il se plutà citer cette lettre comme un témoi- 
gnage de reconnaissance des Juifs, alors que c'était au fond une 
prière de s'abstenir \. S'il comprit sur le moment l'invitation, il n'en 
tint nul compte. Caractère entier, très ferme sur ses principes, il 
persévéra clans sa campagne en faveur des Juifs — des Juifs tout 
court. La démarche des députés des Juifs de Bordeaux ne le fit 
pas dévier de sa ligne de conduite 2 . 

Les députés des Juifs de l'Est ne pouvaient pas se tromper sur 
le sens de cette démarche et sur ses mobiles : ils durent bien voir 
que les « Portugais » refusaient toujours de faire cause commune 
avec eux. S'ils furent ébranlés un moment, c'est que les événe- 
ments paraissaient donner raison à la thèse des « Portugais ». Berr- 
Isaac Berr nous a confié que, lorsque lui et ses collègues arrivèrent 



vants, le débat s'étant engagé h T improviste sur les Juifs, les « Portugais », auxquels 
ou n'avait pas pensé et qui n'avaient pu parer le coup, se trouvèrent compris dans 
l'ajournement; ils se tirèrent d'affaire ensuite, mais ce ne l'ut pas sans alarme et sans 
peine, et ils lâchèrent alors carrément les « Allemands ». 

1. Mémoires, I, 333. La lettre est reproduite aux Pièces justificatives, p. 459-461. 

2. Les Archives Israélites, V (1844), 417, citent, avec la date du 20 août 1789, la 
lettre suivante, adressée par Grégoire à Isaïe-Berr Bing : « Mon bon ami, quoique 
pressé, je m'empresse de vous dire que M. Alkan, de Nancy, officier de la garde natio- 
nale parisienne, est électeur, et, quand on l'a choisi, on savait qu'il était juif allemand» 
voilà un grand acheminement pour assurer à votre nation les droits politiques : si 
l'on ne fait aucune difficulté au corps électoral, le fait établira le droit ; si l'on en 
fait, l'Assemblée Nationale décidera sûrement eu votre faveur. . . » Abraham Alcan, 
sous-lieutenant de la 5" compagnie du bataillon de Sainte -Eustache, fut nommé 
électeur aux élections de juin 1791, ce qui est assez remarquable (voir Gharavay, Les 
Assemblées électorales de Paris, 1791-1792, Paris, 1894, p. 16). La lettre de Gré- 
goire est donc de cette époque et non d'août 1789. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à Paris, ils furent d'abord déconcertés. Le premier article de la 
Déclaration des droits venait d'être voté. « Les hommes naissent et 
demeurent libres et égaux en droits ». C'était plus qu'ils n'en avaient 
jamais demandé. Avec la France entière, les Juifs étaient libérés et 
régénérés d'un coup. Fa liait-il s'attardera solliciter quelques faveurs 
quand la nouvelle Constitution allait garantir à tous des droits bien 
autrement larges ? Telle fut la première pensée de nos députés et 
les députés « Portugais» abondaient dans le môme sens. Mais il 
leur suffit de se retourner et de jeter un coup d'oeil dans leurs pro- 
vinces pour rabattre leurs illusions et retrouver le sens des réalités. 
Pour les Juifs de l'Alsace et de la Lorraine, emmurés dans les pré- 
jugés et les mépris de leurs concitoyens, la constitution serait lettre 
morte et bien loin qu'il suffît de proclamer les principes nouveaux 
pour que l'application leur en fût faite, il serait nécessaire d'abro- 
ger expressément les vieilles lois d'exclusion. Ne leur avait-on pas 
refusé le bénéfice de l'édit de 4787 sur les non-catholiques? Sans 
doute ils demanderaient davantage maintenant, mais encore fau- 
drait-il le demander. Pour les Juifs « portugais », c'était une autre 
affaire. Comme leur condition s'était de plus en plus rapprochée de 
celle des Français, ils jouiraient sans difficulté du nouveau régime. 
Mais les Juifs « Allemands » étaient hors la loi et hors la société, 
et l'hostilité des chrétiens désarmait moins que jamais. La tactique 
qui favorisait les « Portugais » desservait les « Allemands » et ceux- 
ci, au demeurant, avaient sujet de se méfier de leurs rivaux qui, 
loin de leur faire aucune avance, ne cherchaient, sous le couvert 
des principes, qu'à tirer leur épingle du jeu et se séparaient de 
leurs frères en se rapprochant des Français. 

La conduite des Juifs « Allemands » était toute indiquée. Tenus 
à distance par leurs coreligionnaires privilégiés, repoussés par 
leurs voisins chrétiens, ils ne pouvaient se reposer sur la Déclaration 
des droits de l'homme ; ils devaient agir et agir pour leur propre 
compte. 

Juifs de Lunéville et de Sarreguemines 

Les députés des Juifs de l'Est s'émurent peut-être, ils ne durent 
pas être surpris de la démarche des « Portugais » : ils n'avaient 
jamais compté sur leur concours, ils savaient qu'ils ne seraient 
jamais de leur bord. Ils durent être plus ébranlés par la défection qui 
se produisit dans leurs propres rangs. Pendant qu'ils étaient à Paris, 
une minorité, derrière eux, prenait position, et, du fond de la Lor- 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 169 

raine, préparait une protestation contre la majorité. C'étaient les 
Juifs de Lnnéville, entraînant à leur suite ceux de Sarregue- 
mines. L'attitude des Bordelais signifiait l'abstention ; l'intervention 
des Lunévillois signifiait la rupture. 

On se rappelle que les Juifs de Lorraine étaient constitués depuis 
1753 en une communauté unique, dont le siège était à Nancy, dont 
le rabbin résidait à Nancy, dont les trois syndics étaient de 
Nancy. En 1789 les syndics de Nancy étaient Mayer Marx, Louis- 
Isaac Berr et Berr-Isaac Berr 1 . Le premier et le troisième — le 
deuxième était un frère du troisième — avaient été nommés ou 
s'étaient fait nommer députés des Juifs de Lorraine à l'occasion de 
la convocation et leur cahier contenait un article qui devait garan- 
tir les Juifs de Nancy contre les intrus 2 . Les communnautés de la 
province furent outrées de ce despotisme accapareur, d'autant plus 
insupportable que, depuis 1753, elles s'étaient beaucoupdéveloppées. 
« D'assez bonne heure, dit M. Pfister, les Juifs de Lorraine se plai- 
gnirent de cette prééminence des Juifs de Nancy et voulurent former 
des communautés autonomes 3 ». L'opposition paraît avoir eu son prin- 
cipal foyer à Lunéville, l'ancienne résidence des ducs de Lorraine. 
En 1788, les seize familles juives de cette ville avaient demandé la 
permission de se choisir un rabbin ; cette autorisation leur fut 
refusée 4 . Par contre, ils avaient pu, trois ans auparavant, élever 
une synagogne 3 . Lunéville entraîna dans l'opposition Sarregue- 
mines, où les Juifs avaient également une synagogue et où ils étaient 
assez nombreux 6 : à elles deux, ces deux communautés étaient 
plus fortes que celle de Nancy. 

Lunéville prit la tète du mouvement et, sous l'influence des évé- 
nements révolutionnaires, passa de la résistance à l'offensive. La 
guerre était déclarée aux abus : pourquoi Nancy garderait-il ses 
privilèges tyranniques ? Un vent de liberté soufflait partout : pour- 
quoi Lunéville ne s'émanciperait-il pas du joug de Nancy? Mais à 
regarder les faits du point de vue de la Révolution, ils prenaient 
une tout autre signification. Les Juifs de Lunéville sont dominés 

1. Tous les trois signent en cette qualité, le 26 juillet 1189, une lettre adressée au 
« Comité des ordres » {Réponse des Juifs de la province de Lorraine à l'Adresse 
présentée à l'Assemblée Nationale par . . . Strasbourg, 1790, p. 24). 

2. Voir Revue, LX1V, 274 ; LXV, 132. 

3. Histoire de Nancy, III, 324. 

4. Baumont, Histoire de Lunéville, p. 211. 

5. Voir Revue, LXV, 130. 

6. Voir Revue, LXIV, 262. — Il ne faut pas oublier que Lunéville était dans la 
Lorraine propre ou française, plus ouverte aux courants avancés, et Sarreguemines 
dans la Lorraine allemande. 



170 REVUE DES ETUDES JUIVES 

par ceux de Nancy ; qu'est-ce que cette dépendance à côté de Top- 
pression dont souffrent tous les Juifs de France ? Ils sont tenus à 
l'écart par leurs coreligionnaires de Nancy? Il s*agit bien de cela ! 
Tous les Juifs ne sont-ils pas exclus des droits et honneurs civiques ? 
Voilà le régime d'exception contre lequel les Juifs de Lunéville vont 
s'élever. S'ils en obtiennent l'abolition, ils seront du même coup 
délivrés de la tutelle de Nancy ; ils ne dépendront plus d'une autre 
communauté le jour où ils seront assimilés à leur citoyens chré- 
tiens, où ils seront libres comme eux et avec eux. 

Telles sont les dispositions des Juifs de Lunéville. Devant qui por- 
teront-ils leurs revendications? Mais devant l'Assemblée Nationale, 
comme tous les citoyens, tous les corps qui ont à se plaindre ou à 
réclamer. Ils ne peuvent pas avoir recours aux députés des Juifs 
de Nancy, avec lesquels ils sont en opposition d'intérêts et 
d'idées. Ils ne chercheront pas, comme les « Portugais », à circon- 
venir Grégoire, leur « compatriote » pourtant. Ils s'adresseront 
directement à la Constituante, par-dessus la majorité attardée de 
leurs coreligionnaires, qu'ils ont d'un coup dépassés au risque de 
se séparer d'eux. Les Juifs de Lunéville et de Sarreguemines ont 
été ainsi les premiers à en appeler à la Constituante elle-même, et 
la décision de leur démarche comme la fermeté de leur langage 
montre qu'ils étaient à la hauteur des circonstances qui les favo- 
risaient. 

Leur Mémoire, présenté à « Nosseigneurs de l'Assemblée Natio- 
nale», fut rédigé à la fin d'août, comme il résulte d'allusions 
précises à la Déclaration des droits, et adressé aussitôt, selon 
toutes vraisemblances, à la Constituante, avant d'avoir été livré à 
la publicité 1 . 

Ces Juifs commencent par invoquer les grands principes que 
l'Assemblée vient de proclamer, non pour se dissimuler derrière, 
comme les « Portugais », mais au contraire pour s'en prévaloir, 
et la conscience qu'ils ont de l'indignité de leur sort est 
encore plus frappante peut-être que l'énergie avec laquelle ils en 
dénoncent l'iniquité. « Dans ce moment de régénération, où les 
abus sont détruits, où les préjugés disparaissent, et quand l'As- 



1. Mémoire pour les Juifs de Lunéville et de Sarguemines, s. 1. n. d., 8 p. in-8° 
[Biblioth. Nationale : Ld 18 *35]. Réimprimé par [A. Benoit], Lunéville et ses environs, 
V : Les élections aux États généraux à Lunéville (Lunéville, [1879]), p. 105-115, et 
par M. Alfred Lévy à la fin de sa Notice sur les Israélites du duché de Lorraine 
(Univers Israélite, XXXIX-XL, 1884-5, et tirage à part). Le Mémoire est suivi dans 
l'imprimé d'une « Addition à l'Adresse » qui répond à l'Adresse des Juifs des trois 
provinces en date du 31 août et sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES É^TS GÉNÉRAUX 471 

semblée Nationale a déclaré dans ses décrets augustes que les 
hommes naissent et demeurent égaux, ne sera-l-il pas permis aux 
Juifs établis àLunéville et Sarreguemines de réclamer cette égalité 
si précieuse et si juste, et de demander la destruction de ces diffé- 
rences humiliantes qui ont jusqu'ici ravalé en quelque sorte le 
peuple juif au-dessous de la condition humaine ? Ces décrets sont 
généraux ; ils prononcent en faveur de tous les hommes sans 
distinction de créance 1 ou de culte. Les Juifs, comme tous autres, 
doivent donc nécessairement se ressentir de leur salutaire 
influence... La révolution à jamais célèbre qui vient de s'opérer a eu 
principalement pour objet de faire cesser toutes les injustices sous 
le poids desquelles les classes souffrantes de l'empire français ont 
eu si longtemps à gémir ; or, cette foule d'exclusions flétrissantes 
prononcées contre les Juifs est assurément une grande injustice. 
Il faut donc qu'elle disparaisse avec tant d'autres que la régéné- 
ration a détruites». Autrement, les Juifs seraient d'autant plus 
malheureux dans la délivrance générale et on leur refuserait les 
honneurs qu'ils s'efforceraient de mériter. « Dans l'ivresse uni- 
verselle qu'inspirent ces décisions à jamais mémorables, faudra-t-il 
que les Juifs soient seuls condamnés à gémir sur leur sort? Et la 
félicité publique n'aura-t-elle pour eux d'autres effets que ceux de 
leur faire sentir de plus en plus tout le malheur de leur condition ? 
Ils voient tous les Français, sans distinction de naissance, de rang 
ou de fortune, appelés à tous les emplois, à toutes les places, à 
toutes les dignités ; ils voient que les talents et les vertus vont être 
à l'avenir les seuls titres de préférence. Mais les talents et les 
vertus, qu'obtiendront-ils aux malheureux Juifs, s'il faut qu'ils 
demeurent voués à l'humiliation dans laquelle ils languissent 
depuis tant de siècles? » De quel droit les y maintiendrait-on? 
« Serait-ce parce que la religion judaïque n'est pas la religion 
dominante en France ? » Poser la question en ces termes est déjà 
hardi ; la réponse n'est pas moins ferme, inspirée sans doute par 
l'article 7 de la Déclaration des Droits. « Mais les décrets de l'As- 
semblée, en assurant la liberté de conscience, ne proscrivent 
aucune religion. On n'est point criminel à ses yeux pour être de 
telle ou telle croyance. Quel que soit le dogme que l'on professe, 
on ne cesse pas pour cela d'être citoyen ». Ce n'est pas assez d'ac- 
corder aux Juifs la liberté de leur culte ; la tolérance, ce n'est pas 
l'égalité. Et le ton, qui s'était élevé à une fermeté hardie pour 
revendiquer les droits des citoyens déchus dans l'État, se fait sen- 

1. Croyance. 



H2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sible, avec une pointe d'amertume, pour déplorer que la patrie, en 
rejetant une partie de ses enfants, se prive de leurs services. « La 
liberté religieuse est sans doute un grand bienfait; mais ce n'est 
pas assez pour aimer la patrie autant qu'elle doit l'être, pour être 
toujours prêt à lui sacrifier ses biens et sa vie même. Il faut 
pouvoir compter sur quelque retour. Si toutes ses faveurs sont 
réservées à des enfants de prédilection, comment pourrait-elle se 
flatter que ceux qui sont traités par elle avec indifférence ou même 
avec rigueur ne lui en voueront pas moins tout leur amour ? » En 
donnant l'égalité aux Juifs, on encourage leurs talents, on réveille 
leurs vertus, si l'oppression leur a imprimé des vices. « Les talents, 
la vertu même ont besoin d'encouragements, et parmi les Juifs, 
tout a semblé conspirer jusqu'aujourd'hui à les décourager. Voilà, 
il n'en faut pas douter, le principe funeste de tous les vices qu'on 
leur reprocbe. Qu'on les rende à l'égalité qu'ils tiennent de la 
nature et que, d'après les principes consacrés par l'Assemblée 
Nationale, nulle institution humaine n'a pu justement leur ravir, 
et on les rendra à toutes les vertus. » 

Ainsi, les Juifs sont fondés à réclamer l'égalité complète des 
droits et des fonctions avec leurs concitoyens chrétiens, dont ils 
ne doivent plus être distingués. Ceci est capital. « Les Juifs établis à 
Lunéville et Sarreguemines demandent donc qu'à l'avenir ils ne 
soient plus distingués des autres citoyens de leurs villes ; qu'ils 
cessent déformer une corporation particulière et en quelque sorte 
étrangère au reste de leurs cités ; qu'ils supportent la totalité des 
charges comme tous les autres habitants et que, comme eux aussi, 
ils deviennent habiles à toutes les places et fonctions qu'un citoyen 
peut posséder. » Ils ne veulent plus former une corporation parti- 
culière, c'est-à-dire être rattachés à la corporation des Juifs de 
Lorraine ; mais continueront-ils à former une communauté reli- 
gieuse et si oui, quelles seront les fonctions de leur syndic et de 
leur rabbin ? C'est sur quoi ils ne s'expliquent pas sur le moment. 

Ils demandent à être incorporés aux communautés de leurs 
villes ; mais leurs concitoyens chrétiens les acceptent-ils ? Ils 
répondent affirmativement, ou du moins « ils osent assurer qu'en 
déférant à leur supplique, l'Assemblée Nationale ne contrariera 
point le vœu des habitants de Lunéville et Sarreguemines. Ces 
habitants savent que toutes les familles juives établies au milieu 
d'eux ont voué à tous leurs concitoyens rattachement le plus sin- 
cère et que cet attachement ne pourrait que redoubler encore 
si d'odieuses distinctions étaient une fois abolies. » Voilà qui n'est 
guère péremptoire. Les chrétiens recevront-ils les Juifs ? ils ne les 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 173 

repousseront pas. Les chrétiens tiennent-ils aux Juifs? les Juifs 
tiennent aux chrétiens. Mais ils ajoutent que « la vérité de cette 
assertion est constatée par les preuves jointes à la présente 
requête ». Seulement, en fait de preuves, ils produisent unique- 
ment un certificat du Comité de Lunéville\ daté du 3 août, et 
attestant que la communauté des Juifs de la ville a offert « de 
contribuer en deniers à la chose publique », que ces offres ont été 
acceptées et qu'il a été décidé de dresser « une liste des citoyens 
zélés, à la tête de laquelle seront placés la communauté des Juifs » 
et un autre donateur. Comme preuve de l'empressement des Luné- 
villois à accueillir les Juifs, c'est peu ; c'est beaucoup si l'on se 
rappelle le dédain ou l'hostilité que, peu de mois auparavant, à 
l'occasion môme de la convocation, la ville et les corporations 
avaient manifesté contre eux 2 . Les Juifs de Sarreguemines ne pro- 
duisent même pas une telle attestation. Rien d'étonnant à cela: 
dans la Lorraine allemande, les Juifs étaient aussi détestés qu'en 
Alsace et le tiers du bailliage de Sarreguemines ne le cédait sans 
doute pas en aversion au clergé et à la noblesse, dont les cahiers se 
sont conservés 3 . Ces sentiments ne fondirent même pas au soleil 
de la Révolution. En février 1790, les Juifs de Lunéville et de Sar- 
reguemines présentèrent un « Nouveau Mémoire » à l'Assemblée 
Nationale. Après l'ajournement du 24 décembre 1789, fondé en 
partie sur l'hostilité de l'opinion publique à l'égard des Juifs, ils 
tiennent à établir que leurs concitoyens ne sont pas opposés à 
l'émancipation. La moitié de leur mémoire est consacrée à admi- 
nistrer cette preuve. Mais sur quoi l'appuient-ils ? Encore et tou- 
jours sur le certificat de Lunéville du 3 août, qu'ils reproduisent 
en gros caractères et qu'ils commentent avec complaisance '. Pour 
les Juifs de Sarreguemines, toujours rien. Et pour cause : en août 
1789 ils furent victimes des désordres 5 ; en avril 1790, la munici- 
palité de cette ville prenait une délibération pour s'associera la 
protestation de Strasbourg et d'autres villes alsaciennes contre 
l'admission des Juifs à l'état de citoyens actifs 6 . 

1. Sur ce Comité, qui s'était arrogé, comme dans d'autres villes, des pouvoirs de 
police et d'administration, voir Baumont, Histoire de Lunéville, p. 253-4, qui permet 
de rectifier l'orthographe des noms des membres du Comité, noms estropiés dans 
notre Mémoire. 

2. Voir Revue, LXIV, 90. 

3. Voir Revue, LXIII, 203. 

4. Nouveau Mémoire pour les Juifs de Lunéville et de Sarguemines, p. 4-7. 

5. Voir Le Courrier de Gorsas, n° 51 (II, 496). 

6. A. Thomire, Notes historiques sur Sarreguemines (S., 1887), p. 108. Le même 
hauteur donne un détail qui indique la manière dont les Juifs étaien traités à Sarre- 
guemines : ils n'avaient pas le droit de faire leurs achats au marché à la même heure 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les Juifs de Lunéville et de Sarreguemines faisaient donc des 
avances sans être payés de retour. Mais en essayant de se rappro- 
cher de leurs concitoyens, ils s'éloignaient de leurs coreligion- 
naires des autres villes? Ils le sentent bien; ils savent qu'ils les 
dépassent et craignent de n'être pas suivis. « Les exposants ne 
doutent pas que leur réclamation ne soit secondée par tous ceux 
qui se trouvent répandus dans l'empire français. Mais si, par l'effet 
dune fatalité déplorable, il était possible que les autres se tussent, 
cette inconcevable insouciance ne pourrait jamais nuire aux droits 
incontestables de ceux qui se font entendre et qui, ayant en leur 
faveur la justice et l'humanité, n'ont pas besoin d'autre appui. » 

On voit que les « exposants » saisissent toute la portée de leurs 
revendications. Les Juifs sont aussi les enfants de la patrie, ils 
doivent être citoyens de l'Etat : mots nouveaux dans la bouche de 
Juifs. Et comme ils ont vite attrapé les idées et le ton révolution- 
naires ! Ils réclament l'égalité complète, non seulement en fait de 
droits et d'impôts, mais aussi en fait de fonctions et d'honneurs 
civiques. Ils ne sont pas encore libérés et déjà ils se sentent 
capables de détenir une partie du pouvoir, de devenir fonction- 
naires, administrateurs, magistrats. En août 1789, c'était aller loin. 
Dans sa Motion en faveur des Juifs, qu'il écrivait vers le même 
temps, Grégoire ne se prononçait pas sans hésitation ni réserve 
pour l'admission des Juifs aux emplois publics 1 . C'est sur cette 
question précise que les partisans des Juifs à la Constituante furent 
mis en minorité à la suite du grand débat des 21-24 décembre 1789, 
et, en avril 1790, Berr-Isaac Berr, qu'on peut considérer comme 
l'organe attitré de la grande majorité des Juifs, croira encore 
pouvoir consentir en leur nom à la renonciation aux fonctions 
publiques, à condition que leurs communautés soient maintenues 2 . 
Mais Berr-Isaac Berr était un syndic, un de ces syndics de Nancy 
contre lesquels s'élèvent justement les Juifs de Lunéville et de 
Sarreguemines, et ceux-ci pensent à s'émanciper de la communauté 
juive en entrant dans la société française, — tout à l'heure ils 
le donneront à entendre plus clairement. Ces Juifs lorrains étaient 
l'avant-garde du judaïsme français. 

que les chrétiens (p. 98), disposition renouvelée encore le 10 décembre 1790 (p. 113). 
En 1767, les officiers du bailliage avaient fait des difficultés à trois juifs, qui vou- 
laient s'établir dans la ville avec leurs brevets de marchands et bouchers (Carmoly, 
Revue orientale, II, 259). — En janvier 1790, un garde national de Sarreguemines 
adressait au président de l'Assemblée Nationale une lettre extrêmement violente contre 
les Juifs (Arch. Nat., DIV, 44). 

1. Motion, p. 37-39. 

'2. Voir Revue, LXV, 109. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 175 



Juifs de Paris. 

Les députés des Juifs de l'Est, tandis qu'ils délibéraient à Paris 
sur la conduite à tenir, étaient-ils au courant du coup hardi que 
préparaient derrière eux les Juifs de Luné vil le et de Sarreguemines? 
Une manifestation publique, qui se produisit dans la capitale 
même, sous leurs yeux en quelque sorte, vint s'imposer à leur 
attention par sa portée autant que par la qualité de ses auteurs. Ce 
sont les Juifs de Paris qui entrent en scène et présentent, le 
26 août, une adresse à l'Assemblée Nationale. 

Il y avait donc un groupement de Juifs parisiens ? En principe, 
le séjour de Paris était interdit aux Juifs. Ils y étaient de passage 
ou censés tels. N'étant pas domiciliés, ils ne pouvaient pas prendre 
part à la convocation, pas même au même titre que les Juifs des 
provinces où ils demeuraient régulièrement. C'est en vain que Cerf 
Berr l'avait demandé pour les « Allemands » et Silveyra pour les 
« Portugais » de Paris '. Le gouvernement avait tacitement refusé : 
légalement, les Juifs de Paris n'existaient pas. 

Cependant un assez grand nombre de Juifs s'étaient établis dans 
la capitale, les autorités fermant les yeux. C'étaient des hommes 
venus d'un peu partout. Tous les centres juifs de France et d'Europe 
avaient fourni leur contingent et cette population composite repro- 
duisait la variété même du judaïsme d'alors. On distinguait les 
« Portugais », les Avignonnais (Comtadins) et les « Allemands » 
(beaucoup de Messins, des Alsaciens et des Lorrains, beaucoup 
d'Allemands proprement dits, des Hollandais, des Anglais et même 
quelques Polonais). 

Chacun de ces groupements avait une ou plusieurs confréries, 
présidées par des syndics et qui entretenaient des lieux de prières. 
Pour les « Portugais », Léon Kalin dit, d'après quelque source du 
temps, que « c'est vers 1770 que les congrégans de ce rite se réuni- 
rent d'abord dans une chambre de la maison qu'ils convertirent 
plus tard en oratoire » (dans la rue Saint-André-des-Arts) 2 . La plus 
ancienne confrérie aschkenazite paraît s'être constituée vers 1777 3 . 
A la même époque les Avignonnais avaient une confrérie et un 
oratoire, comme nous l'apprend Azoulaï, témoin oculaire '. Mais — 

1. Voir Revue des Études juives, LXIV, 268 et 275-7. 

2. L. Kalin, Histoire des écoles comjnunales et consistoriales israélites de Paris 
(Paris, 1884), 4, note (= Annuaire de la Société des Études juives, 111 [1884], 1G6, n.) 

3. L. Kahn, Les sociétés de secours mutuels (Paris, 1887), 12. 

4. Voir Revue des Éludes juives, LXV, 250 (259), 255 (269); la confréri î et un 
second oratoire furent fondés à ce moment même. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

c'est encore Azoulaï qui en fait l'observation — aucune organisation 
légale n'était possible et il n'y avait pas dans la capitale de commu- 
nauté officielle '. 

Le régime précaire des Juifs de Paris, leurs origines hétéroclites, 
leur manque d'organisation étaient autant d'obstacles au dévelop- 
pement de leurs institutions religieuses, mais pouvaient favoriser 
leur évolution politique et sociale. Ils n'avaient pas de traditions, 
mais ils n'avaient pas de préjugés. C'étaient des hommes nouveaux. 
Ils n'avaient pas de privilèges à défendre, de hiérarchie à respecter. 
Ils pouvaient s'avancer sans laisser une partie des leurs en route. 
Les Juifs de Lunéville étaient des séparatistes, les Juifs de Paris 
étaient des indépendants. Venus de tous les côtés de l'horizon, ils 
se dépouillaient plus facilement entre eux de l'esprit de corps, de 
l'esprit de clocher. Les Juifs de Bordeaux étaient des « Portugais », 
les Juifs de Metz étaient des « Allemands », les Juifs de Paris étaient 
des Juifs de Paris. Le provincialisme, le particularisme se fondaient 
dans le creuset de la capitale. 

Ainsi les Juifs de Paris, désarmés sous l'ancien régime, étaient 
les plus « mobilisables » au moment de la Révolution. Seulement il 
fallait qu'à ce moment critique, ils comprissent la portée des 
événements et fussent en état de prendre une initiative et d'orga- 
niser une action commune. 11 devait en être ainsi. La Révolution, 
ce volcan dont Paris fut le cratère, projeta d'abord ses lueurs 
fulgurantes sur les Juifs de la capitale, les premiers au pied du 
nouveau Sinaï. Il en fut ainsi. Dès le mois d'août ou de juillet 1789, 
il se constitua à Paris un comité qui eut pour mission de prendre 
en mains la cause des Juifs, de revendiquer pour eux les droits de 
citoyens. 

Nous connaissons la composition de ce comité. Ses membres 
ont signé l'adresse du 26 août. Leurs noms appartiennent à 
l'histoire : 

J. Goldschmit, président ; Abraham Lopès Lagouna, vice-pré- 
sident; M. Weil, J. Benjamin, J. Fernandès, électeurs; Mardochée 2 
Lévi, Lazard Jacob, Trenelle père, Mardochée Elie, Joseph 
Pereyra Brandon, Delcampo fils, députés. 

On voit par cette liste que les Juifs de Paris avaient formé, à 
l'imitation de leurs concitoyens, une sorte de comité politique ou 
électoral, présidé par un président et un vice-président et dont les 
membres, députés par leurs mandants, avaient choisi entre eux des 



1. Ibid., 249 (2oS). 

2. Orthographié : Mailloche. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 177 

« électeurs ». Les uns et les autres appartenaient-ils à un certain 
groupe ? Léon Kahn assure que l'adresse, « à laquelle les Juifs 
espagnols et portugais étaient restés étrangers, avait été signée 
par les divers agents des Juifs allemands et avignonnais » *. Il n'en 
est rien et les ouvrages de L. Kahn permettent de l'établir. Mais 
déjà l'aspect des noms montre que le vice-président, par exemple, 
Abraham Lopès-Lagouna, est un « portugais ». Son épitaphe, 
conservée au cimetière des « Portugais » à la Villette et publiée par 
Kahn, nous apprend qu'il était né à Bordeaux en 1749; il mourut en 
1807. Un Daniel Lopès-Lagouna, natif de Bordeaux, avait étrenné 
ce cimetière en 1780 2 . A la fin de 1777, Azoulaï, de passage à Paris, 
avait eu un entretien avec le « portugais » Jacob Lopès-Lagouna 3 . 
Le nom de Lopès-Lagouna n'est rare ni à Bordeaux, ni à Bayonne. 
Des trois électeurs, le troisième, J. Fernandès (Fernandez), est 
également un « portugais », son nom le dit pour lui. Il n'est d'ail- 
leurs pas un inconnu, s'il est le mèmequele«véhémentFernandez», 
« ci-devant Juif portugais en religion », qui fut arrêté comme 
suspect en 1793 et relâché après le 9 thermidor 4 . Sur les six députés, 
les deux derniers sont des Bordelais ou des Bayonnais: Joseph 
Pereyra-Brandon et Delcampo fils, toujours à en juger par leurs 
noms (un Pereyra fut juré en 1792; un Brandon figure dans la 
garde nationale en 1790 3 ). 

La place prise par ces « Portugais » — un électeur sur trois, deux 
députés sur six — semble indiquer, si l'on écarte l'idée d'une répar- 
tition fortuite, que les « Portugais » avaient un tiers de représentation 
dans la composition de notre comité. Il devient naturel de supposer 
que les autres membres du comité y représentaient proportion- 
nellement les deux autres groupes juifs, les Avignonnais et les 
«Allemands». Le président, J. Goldschmit, est un «allemand». 
C'est le banquier et joailler Jacob Goldschmidt, syndic de la nation 
juive allemande polonaise et autres 6 , fonction qu'il exerçait sans 
doute déjà en 1777 quand il reçut la visite d'Azoulaï 7 . Il mourut en 
1804; son épitaphe l'appelle parnass, chef et administrateur de la 
communauté de Paris, le pieux Yekel fils d'Aaron Segal (Lévi) 

1. L. Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution (Paris, 1898), p. 18. Graetz, 
Geschichte,Xl, 204, avait déjà remarqué que le président est un Hollandais et le vice- 
président un « Portugais ». 

2. L. Kahn, Le Comité de bienfaisance, 172 (u° 15), 109, n. 1. 

3. Revue des Études juives, LXV, 251 (262). 

4. Les Juifs de Paris pendant la Révolution, 214-215. 

5. Ibidem, 121, 164. 

6. Le Comité de bienfaisance, 104. 

7. L. c.,252 (264). 

T. LXV1, n° 132. 12 



178 REVUE DES TUDÈS JUIVES 

Goldschmidl d'Amsterdam 4 . Graetz le qualifie de hollandais 2 . C'est 
peut-être son père qui était venu d'Amsterdam. Lui-même, nous le 
trouvons à Nancy en 1753, parmi les chefs de famille tolérés 3 ; son 
séjour ou son passage à Paris est signalé par la police dès 1769*. — 
Les autres « allemands» peuvent également être identifiés, car au 
rebours de leurs collègues, qui ne font que passer à la lueur de la 
Révolution, ils ont joué un certain rôle dans la communauté pari- 
sienne. L'électeur M. Weil est le négociant Moïse Weil, par l'inter- 
médiaire duquel Cerf Berr céda en 1792 aux juifs « allemands » delà 
capitale, qui pouvaient maintenant posséder, le cimetière qu'il avait 
acquis avant la Révolution à leur usage 5 . Il mourut en 4809. Comme 
on le voit par Tépitaphe de son enfant mort en 1788, il était de 
Bischheim 6 . C'était un « pays » de Cerf Berr et sans doute son 
correspondant 6 . — Les deux députés « allemands », qui lui 
survécurent, marquèrent davantage dans l'histoire de la commu- 
nauté. Jacob Lazard 7 était né dans la Prusse rhénane, àWillingen, 
près de Sarrelouis, en 1759 8 . Il se fixa à Parisien 1781, venant de 
Metz, où son père était déjà établi, et se fit une belle position 
comme joailler et marchand de diamants. Il obtint des lettres de 
naturalité 9 et fut un des deux notables qui représentèrent, dans la 
commission instituée par Malesherbes, les Juifs de Paris 10 . En 1792 
il agit comme délégué de la synagogue de larueBrisemiche 11 . Sous 
l'Empire, il fit partie de l'Assemblée des Notables et du grand 



1. Le Comité de bienfaisance, 180. 

2. Geschichte, l. c. 

3. Piister, Histoire de Nancy, IH, 322 (d'après le Recueil des Ordonnances de Lor- 
raine). 

4. Revue des Études juives, XL1X, 123 (joaillier et banquier). Cf. L. Kahn, Les Juifs 
de Paris sous Louis XV, p. 65. — Le Goldschmidt d'Amsterdam ne serait-il pas le 
même que celui de Nancy ? 

5. Le Comité de bienfaisance, 114. 

6. lbid., 122, 176. 

6. Un Moïse Weil était à son service en 1783 en Alsace, à Valck (v. M. Ginsburger, 
Cerf Berr et son époque, p. 30). Dans un dossier sur le péage corporel aux Archives 
Nationales, on trouve une note ainsi conçue : « M. Veil, chez M. Cerf Berr, n° 12, 
place des Victoires ». 

7. Voir dans les Archives israélites, II (1841), 469-471, sa biographie par S. Cahen, 
qui tenait visiblement ses renseignements de Lazard lui-même. 

8. Gbose curieuse, un Jacob Lazare de Sarrelouis, commerçant en bijouterie et bro- 
canteur, est signalé par la police parisienne en 1757 {Revue des Études juives, XLIX, 
141). Serait-ce son grand-père ? 

9. Archives israélites, II, 502. 

10. Revue des Études juives, XLII, 259. 

11. Le Comité de bienfaisance, 115. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 179 

Sanhédrin ' . Il fut ensuite nomme; membre du Consistoire 
central, où il siégea jusqu'à sa mort, survenue le 25 juillet 
1841. La Restauration l'avait nommé expert des diamants de la 
couronne et il avait tous les honneurs dans les administrations du 
culte israélito 2 . Il était, ou il devint par la suite, assez 
cultivé, peu pratiquant, charitable à ses heures et sachant s'inté- 
resser aux lettres juives. — Le collègue de Lazard, Trenelle père 
ou Jacob Trenelle (simplifié plus tard en Trénel), était un Messin. Il 
était bijoutier. On le trouve à Paris dès 1750 3 . En 1767, il 
leva un brevet et réussit à l'exercer 4 . Plus tard, il obtint, comme 
Lazard, ses lettres de naturalisation et fit partie avec lui de la 
commission présidée par Malesherbes 5 . L'un et l'autre repré- 
sentèrent encore les Juifs de Paris dans la Pétition que tous les 
Juifs « allemands » adressèrent le 28 janvier 1790 à la Consti- 
tuante 6 et, quand la Commune de Paris organisa un référendum 
sur la question juive, ils firent la tournée des districts avec 
Goldschmidt et un autre que nous nommerons tout à Theure 7 . En 
1792, Trenelle était l'un des syndics de la synagogue de la rue du 
Renard 8 . En 1793, nous le retrouvons comme électeur du dépar- 
tement de Paris et il offre alors à la Convention un don patrio- 
tique 9 . On l'appelait « père » pour le distinguer soit de son fils 10 , 
soit plutôt de son gendre, Moïse Goudchaux Trenelle le jeune, né à 
Metz en 1759 u . Tous ces Juifs sont chefs ou notables de leurs 

1. Sur le rôle de « politique » qu'il joua dans l'Assemblée des Notables, voir les 
curieux renseignements dans Bran, Gesammelte Actenslucke . . . (Hambourg, 1800), 
78-9. 

2. Le Comité de Bienfaisance, 208-209. 

3. Revue des Études juives, XL1X, 136. 

4. Lacretelle, Plaidoyers (Bruxelles, 1775), i». 19 (source de Carmoly, Revue Orien- 
tale, II, 259). Il méritait à ce titre de figurer dans l'étude de Monin, Revue des Études 
juives, XXIII, 88 et s., et dans l'ouvrage de L. Kalin sur les professions manuelles. 

5. L. Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution, p. 10, réunit « Lazard 
Trenelle » en un seul nom, par une confusion singulière sous sa plume (lire aussi 
Berr-Isaac Berr au lieu d'Isaïe Berr-Bing). 

6. Pétition des Juifs établis en France, 1790 p. iv, 107. 

7. Archives Israélites, L c. Mais il est inexact qu'il ait eu « avec les autres députés 
israélites du temps les honneurs de la séance à l'Assemblée constituante » : cet hon- 
neur ne fut accordé qu'aux députés des Juifs de l'Est dans la séance du 14 octobre au 
soir (voir plus loin). 

8. Le Comité de bienfaisance, 115, note (procuration donnée par lui à sa 
femme). 

9. Les Juifs de Paris pendant la Révolution, 155 (lire « du département »). 

10. Un Trénel et un Trénel fds figurent dans la garde nationale de Paris en 1790 
(ibid., 164, 165 . Le jeune Trénel, garde national, qui offre l'un des premiers un don 
patriotique, en 1789 (p. 152) est sans doute ce fils. 

11. Le Comité de bienfaisance, ibid.; Les professions manuelles, 70. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

communautés. On peut être assuré qu'ils représentent vraiment la 
grande majorité de leurs coreligionnaires ; ce ne sont pas des 
hommes sans mandat. A cet égard, l'absence de Zalkind Hourvitzest 
significative. Ce juif polonais, déjà pins qu'à demi émancipé, n'avait 
pas sa place parmi les représentants de la communauté. C'était 
un franc- tireur, il ne pouvait combattre dans le rang. 

Reste à identifier un électeur, J. Benjamin, et deux députés, 
Mardochée Lévi et Mardochée Élie. On aimerait à croire qu'ils 
représentent ici les Avignonnais de Paris. Le fait est que leurs 
noms ne sont ni spécifiquement « allemands », ni spécifiquement 
« portugais ». Mais quoique deux d'entre eux reparaissent parla 
suite, leur état-civil n'est pas sûr. Jacob Benjamin a suivi le mou- 
vement révolutionnaire. En 1790, il écrit dans les journaux ; en 
1791, il est colonel (!) des gardes nationaux de Dimont. En 1793, il 
abjure la « religion de Moïse, d'Abraham et de Jacob ». Gros four- 
nisseur militaire, il fut dénoncé par Cambon et incarcéré, mais 
acquitté et mis en liberté *. Beaucoup de juifs avignonnais fai- 
saient le commerce de blé, mais cet indice est bien léger. — Mar- 
dochée Lévi semble inconnu par ailleurs. En revanche, Mardochée 
Élie a fait parler de lui. En 1789, il offre un don patriotique de 
1.500 livres au nom des Juifs de Paris 2 . En janvier 1791, il signe, 
comme syndic des Juifs de la capitale, avec David Silveyra et Asur, 
une protestation contre un avis de la police injurieux pour les 
Juifs 3 . A la même époque, il signe, comme député, avec Silveyra 
comme agent, une Adresse à l'Assemblée Nationale pour les Juifs 
de Paris ''. Dans ces deux cas, on se demande si Silveyra et Mardo- 
chée Élie n'interviennent pas au nom des Juifs « portugais » et 
« avignonnais », déjà émancipés en 1790, en faveur de leurs frères 
« allemands », de même que Silveyra était intervenu en 1790 
auprès du Comité de Constitution en faveur de la famille Cerf 
Berr 5 . Mais voici un indice qui va nous orienter dans un autre 
sens. Samuel Cahen, qui a encore pu connaître des témoins ocu- 
laires (il fréquenta notamment Lazard), rapporte que quatre juifs 
de Paris, Mardoché Polak, Trénel, Goldschmidt et Lazard, visitè- 

1. L. Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution , 123 (dans la note 3, lire : 
Le Journal de Paris, n° 238, du 15 septembre 1791, Supplément), 189, 197-9. 

2. Ibid., 153. 

3. Revue des Études juives, XXIII, 97 ; Lacroix, Actes de la Commune de Paris, 
2 e série, IV, 409. 

4. Adresse présentée à V Assemblée Nationale par les Juifs domiciliés à Paris 
^1791). 

3. Décision du Comité de Constitution requise par David Silveyra (28 octobre 
1790). 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 181 

rent (en février 1790) les districts de la capitale pour les gagner à 
leur cause '. Or, un Élie Mardochée, joaillier, figure dans l'état de 
la population israélite de Paris en 1809 comme né à Brody en 
1758 2 . Il ne paraît pas douteux que ce soit le môme personnage, 
qu'on appelait dans la communauté « Polak » à cause de son ori- 
gine. Faisait-il partie d'un groupement « allemand » ou ne se 
serait-il pas, par hasard, agrégé aux Avignonnais? 

Il résulte de toutes ces indications que les « Portugais » de 
Paris ou au moins une partie d'entre eux — car Silveyra, leur 
agent ; ne paraît pas encore dans l'Adresse de 1789, tandis qu'il 
avait sollicité le ministre en faveur des siens seulement 3 — et 
probablement aussi les Avignonnais de la capitale ont fait cause 
commune avec les « Allemands », bien mieux : qu'après avoir 
obtenu pour leur compte les droits de citoyens, ils ont continué à 
soutenir et à défendre leurs frères moins favorisés. Bel exemple 
de solidarité autant que nouveau. Dix ans auparavant, les trois 
groupes n'avaient pu s'entendre pour l'acquisition d'un cimetière 
commun 4 . A la flamme révolutionnaire, leurs rivalités ont fondu 
et leur alliance résistera à l'épreuve. Il n'y a plus de Juifs « portu- 
gais », ni de Juifs « allemands », il y a des Juifs de Paris. — donc 
de France : leur union, c'est leur entrée dans l'unité nationale. 
C'est bien ainsi que l'entendaient ces Juifs eux-mêmes et ils le 
donnent à entendre dans leur Adresse : tout en restant fidèles à 
leur religion, ils se sentent Français et veulent être citoyens. 

L'Adresse 5 porte la date du 26 août. C'est le jour où l'Assemblée 
Nationale acheva d'adopter la Déclaration des droits : la date ne 
doit pas être fortuite c . Cependant, elle ne contient pas de réfé- 
rence précise à la Déclaration, mais une allusion générale à 
l'œuvre de réformes entreprise par l'Assemblée. « Les Juifs rési- 



1. Archives Israélites, II, 502. 

2. L. Kalni, Les professions manuelles, 70. Ses deux fils Gustave et Eugène servi- 
rent comme officiers d'artillerie [ibid., 68, 91 ; Histoire des écoles, 2, n. ; Les Juifs 
de P.aris pendant la Révolution, 346); or, ils ne se trouvent pas dans l'état des mili- 
taires « portugais » et avignonnais [ibid., 85). 

3. Voir Revue des Etudes juives, LXIV, 275-277. 

4. Voir Le Comité de bienfaisance, 98-111. 

5. Adresse présentée à V Assemblée Nationale, le 26 août 1789, par les Juifs 
résidons à Paris (In fine : De l'imprimerie de Praut, imprimeur du Roi, 1789); in-8° 
de 9 p. [Biblioth. Nationale : Ld» 8i 30]. 

6. Léon Kahn a écrit sous ce titre : I„e 26 août 1789, une esquisse historique sur 
l'émancipation des Juifs par la Révolution, Annuaire des Archives Israélites, VI, 
27-40. 



182 REVUE DES TUDES JUIVES 

dan (s à Paris, pénétrés d'admiration et de respect à la vue des 
actes multipliés de justice qui émanent de l'Assemblée Nationale, 
ont osé se flatter que leur sort n'échapperait point à votre pré- 
voyance, qu'ils finiraient eux-mêmes par ressentir les heureux 
effets de votre sagesse, et ils prennent la liberté de venir déposer 
dans le sein de votre auguste Assemblée l'hommage anticipé de 
leur reconnaissance et le témoignage solennel de leur patriotique 
dévouement. » En effet, l'émancipation des Juifs découle comme 
d'elle-même des principes et du régime nouveau : « Sans doute, et 
nous aimons à le penser, votre justice ne demandait point à être 
sollicitée ni prévenue par nos vœux. En restituant à l'homme sa 
dignité première, en le rétablissant dans la jouissance de ses 
droits, vous n'avez entendu faire aucune distinction entre un 
homme et un autre homme; ce titre nous appartient comme à tous 
les autres membres de la société ; les droits qui en dérivent nous 
appartiennent donc également. Voilà, Messeigneurs, la consé- 
quence, rassurante pour nous, qui résulte des principes fonda- 
mentaux que vous venez d'établir. Ainsi, nous sommes certains 
désormais d'avoir une existence différente de celle à laquelle nous 
avions été jusqu'ici dévoués. Dans cet empire, qui est notre patrie, 
le titre d'homme nous garantit celui de citoyen et le titre de citoyen 
nous donnera tous les droits de cité, toutes les facultés civiles, 
dont nous voyons jouir à côté de nous les membres d'une société 
dont nous faisons partie. » Ainsi, comme les Juifs de Bordeaux, 
ceux de Paris se reposent sur les principes établis par l'Assemblée 
Constituante. Mais ils précisent qu'ils en attendent le titre ue 
citoyens, avec toutes les facultés civiles, à l'égal des autres Fran- 
çais leurs compatriotes : « dans cet empire, qui est notre patrie, 
le titre d'homme nous garantit celui de citoyen ». Mais surtout ils 
insistent, par opposition aux « Portugais », sur la nécessité de 
spécifier que les Juifs bénéficieront de ces droits, et ils en détail- 
lent les raisons : « Pour qu'il n'y ait à cet égard aucune équivoque ; 
pour que la longue oppression dont nous avons été victimes ne 
soit pas, aux yeux de quelques individus, un prétexte pour nous 
opprimer encore ; pour que le peuple, dont les idées ont quelque- 
fois de la peine à changer de direction, perde tout à coup, par la 
confiance qu'il a dans vos décrets, l'habitude qu'il avait contractée 
de nous regarder pour ainsi dire comme étrangers à la nation 
française et indignes d'y avoir une autre existence, nous venons 
vous supplier, Messeigneurs, de faire dans vos décrets une men- 
tion particulière de la nation juive et de consacrer ainsi notre titre 
et nos droits de citovens. » Voilà le but de leur démarche. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ETATS GÉNÉRAUX 183 

Comme les Juifs de Lunéville, ils prévoient qu'on leur opposera 
leur religion particulière. Leur réponse est nouvelle. Ils sont loin 
de répudier leur religion, ils tiennent à elle; mais leur fidélité 
même de juifs répond de leur loyauté civique, car il vaut mieux 
pour la société que ses membres soient religieux. « Nous avons 
une religion différente de celle qui domine en France. Nous 
sommes attachés à cette religion. Mais cet attachement même 
parle en notre faveur. Il nous sert aujourd'hui de caution. Il 
garantit que nous serons fidèles à notre serment, car l'attache- 
ment à un culte, quel qu'il soit, a des effets bien plus salu- 
taires que l'indifférence. Notre religion sera notre guide dans 
toutes les actions de notre vie ; elle sera notre frein au milieu des 
passions qui pourraient nous égarer; et si elle n'est point entre 
nos mains un moyen de trouble et de discorde pour la société, il 
est bien plus utile pour cette même société de nous laisser notre 
religion que de nous voir indifférents à en pratiquer les cérémo- 
nies. » Ils ne sont pas de ceux dont le culte trouble l'ordre public : 
« Or, le passé doit répondre de l'avenir. Nous n'avons jamais 
troublé, nous ne troublons point la société par l'exercice paisible 
de notre religion. Nous serons désormais ce que nous avons été 
et ce que nous sommes encore. » Ils se sont toujours montrés 
soumis, malgré l'oppression qui pesait sur eux. « Avilis jusqu'à 
présent dans l'opinion, vexés de toutes parts, poursuivis par notre 
propre nom, dont on semblait nous faire une injure, séparés enfin 
de la société et ne participant à aucun de ses avantages, quoique 
les charges communes nous fussent imposées, telle a été notre 
destinée dans cet empire et telle est celle de tous nos frères dans 
la plupart des contrées de l'univers sur lesquelles ils sont répan- 
dus. Cette persécution terrible et de tous les moments, à laquelle 
nous avons été livrés, ne nous a jamais fait oublier que la soumis- 
sion était le premier de nos devoirs. Nous avons tout souffert sans 
murmurer ; nous avons gémi sans nous plaindre ; le royaume n'a 
jamais été troublé par nos réclamations ; et cette longue résigna- 
tion de notre part est peut-être la preuve la plus authentique, 
Messeigneurs, que nous sommes dignes enfin d'un autre sort. » 
Mais leur soumission est un titre moins fort que leur patriotisme, 
leur dévouement à la chose publique. Et voilà encore une note 
nouvelle. « Un objet unique domine et presse toutes nos âmes : le 
bien de la patrie et le désir de lui consacrer toutes nos forces. A 
cet égard, nous voulons ne le cédera aucun habitant de la France; 
nous disputerons de zèle, de courage et de patriotisme avec tous 
les citoyens. » L'histoire des Juifs de Paris pendant la Révolution 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

a montré que ces protestations n'étaient pas de vaines paroles, 
que ces promesses ont été tenues. Il n'est pas excessif de dire que, 
rivalisant avec leurs concitoyens, les Juifs de la capitale se sont 
placés d'emblée, sous le rapport civique, à la tète du judaïsme 
français '. 

Les Juifs de Paris se rendent bien compte de la portée de leurs 
demandes et des sacrifices dont ils doivent acheter les avantages 
quMls réclament. Voulant devenirs citoyens, ils renoncent à tout 
régime particulier. « Nous sommes tellement convaincus de la 
nécessité où sont tous les habitants d'un grand empire de se sou- 
mettre à un plan uniforme de police et de jurisprudence que nous 
demandons à être soumis, comme tous les Français, à la même 
jurisprudence, à la même police, aux mêmes tribunaux, et que 
nous renonçons en conséquence, pour la chose publique et pour 
notre propre avantage, toujours subordonné à l'intérêt général, au 
privilège qui nous avait été accordé d'avoir des chefs particuliers 
tirés de notre sein et nommés par le gouvernement. » Paroles 
graves, paroles historiques. C'est la première fois que des Juifs 
déclarent sacrifier leur organisation en corps à la qualité de 
citoyens, en quoi ils sous-entendent que cette organisation est 
indépendante de leur religion, à laquelle ils restent fidèles. Les 
Juifs « portugais » se gardaient bien de jeter leurs « privilèges » 
par-dessus bord. Même ceux de Lunéville ne demandaient à être 
incorporés avec leurs concitoyens que pour se libérer d'une tyran- 
nie importune. « Les Juifs établis à Paris, dit justement Grégoire 
en résumant leur Adresse, se sont plus rapprochés de nous dans 
leur Requête imprimée; ils témoignent que, voulant le disputer en 
patriotisme à tous les Français, ils renoncent au droit d'avoir des 
chefs tirés de leur sein et demandent d'être au pair (à l'égal) de 
tous les citoyens, soumis à un plan de jurisprudence uniforme et 
à la police des tribunaux 2 . » Ils ont ainsi pris l'attitude décisive. 
Il est vrai que le sacrifice leur était léger. Il ne leur en coûtait 
guère de renoncer à une organisation légale : ils n'en avaient pas, 
et moins que jamais il pouvait être question de leur en donner 
une. Mais il reste qu'ils ont, compris que, pour les Juifs, la liberté 
et l'égalité, c'était l'assimilation politique. Cela, c'est toute l'éman- 
cipation juive. Les Juifs de Paris ont été les premiers à s'éman- 
ciper. 

En conclusion, ils demandent à l'Assemblée de s' « expliquer 

i. Voir dans l'ouvrage de L. Kahn sur les Juifs de Paris pendant la Révolution 
principalement la partie intitulée le civisme des Juifs. 
2. Motion en faveur des Juifs, p. vm-ix. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 185 

solennellement » sot leur sort et de recevoir la « renonciation 
formelle » à tout régime distinct avec le serment qu'ils font « de 
sacrifier dans tous les instants » leurs vies et leurs fortunes « pour 
la gloire de la Nation et celle du Roi. » Ils ont conscience de 
ne réclamer que ce qui leur est dû, mais ils considéreront comme 
des bienfaiteurs ceux qui leur rendront justice et dont l'acte aura 
un retentissement universel. « Nous faire monter à la place de 
citoyens, nous donner un état civil, ce n'est qu'exercer envers 
nous un acte de justice. Nous aimerons néanmoins à le considérer 
comme un bienfait. Nous le publierons partout avec reconnais- 
sance. Nos frères répandus dans les différentes contrées de l'uni- 
vers partageront cette reconnaissance avec nous. Bientôt, comme 
nous, ils seront aussi appelés à un autre sort; car il est donné à 
votre sagesse, Messeigneurs, d'avoir une influence, non seulement 
sur cet empire, mais sur toutes les nations étrangères qui vous 
contemplent et vous admirent dans ce moment. Quelles bénédic- 
tions sont réservées aux hommes justes et humains qui, dans 
l'univers entier, auront sauvé les Juifs de la proscription et les 
auront faits citoyens! » Du coup, les Juifs de Paris se font les 
interprètes du judaïsme de tous les pays. Comme ils avaient com- 
paré leur oppression à celle de tous leurs frères, ils les associent 
à leurs perspectives de libération. Cette communauté quasi-cosmo- 
polite par sa composition était faite pour comprendre que la France, 
en émancipant les Juifs, donnerait l'exemple à tous les peuples, et 
c'était entrer dans les vues de la Constituante et flatter sa gloire 
que de lui faire entrevoir ces horizons. Par là, l'Adresse des Juifs 
de Paris dépasse l'envergure d'une manifestation locale. Moins 
ferme, moins hardie que celle des Juifs de Lunéville et de Sarre- 
guemines, elle est aussi digne et plus sympathique. Quoique 
n'étant qu'un « simple aperçu », elle dit l'essentiel sur la question 
juive et tout y était à citer. Elle est ce qu'est Paris par rapport à la 
ville de province la plus avancée. Les Juifs de Paris sont les vrais 
hérauts de l'émancipation. 

Par sa portée en quelque sorte universelle, l'adresse des Juifs de 
Paris devait trouver de l'écho là où des Juifs, conscients de leur 
dignité, aspiraient au sort qu'ils méritaient, je veux dire dans le 
cercle des disciples de Mendelssohn, parmi les Juifs éclairés d'Alle- 
magne, qui travaillaient alors, sous l'égide du philosophe qui leur 
avait légué l'exemple de sa vie et de son œuvre, à la régénération 
du judaïsme tout en luttant pour sa réforme politique. On ne 
s'étonnera pas dès lors de trouver cette Adresse traduite en bon 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébreu dans le Meassef, l'organe de cette pléiade delà renaissance 
juive 1 , et Ton ne dira pas que signaler cette traduction, c'est 
signaler une simple curiosité bibliographique. 

La traduction est précédée d'une introduction qui récapitule les 
premiers événements de la Révolution, la convocation des Etats 
Généraux, la prise de la Bastille, et s'achève sur ces mots : « Quand 
nos frères les Juifs de Paris ont vu cette victoire de la justice et de 
l'humanité, ils ont présenté une belle et élégante Adresse pour 
rendre hommage aux députés et implorer leur bienveillance. Cet 
écrit nous est parvenu en français. Mais pour que la beauté en 
puisse être goûtée aussi par ceux de nos frères qui ne comprennent 
pas cette langue, nous l'avons traduite en hébreu. C'est pour les 
Juifs le signe d'une ère d'espérance : peut-être les jours qui vien- 
nent seront-ils meilleurs que les précédents pour la communauté 
juive dispersée entre les nations. Tout homme de sens et d'esprit 
en bénira Dieu et le glorifiera ». Si gauches que ces lignes puissent 
paraître dans une traduction française, elles en disentassez sur les 
sentiments qui soulevaient celui qui les a écrites et ceux qui les 
lurent. Ce sont les Juifs de la régénération qui tendent la main aux 
Juifs de l'émancipation ; c'est le salut des mânes de Mendelssohn à 
la Révolution française ; c'est l'élan de ses élèves vers la liberté 
dont ils se sentent dignes, eux aussi. En ce moment, les Juifs de 
Prusse s'efforçaient d'obtenir du gouvernement une législation plus 
humaine ; mais la bonne volonté de Frédéric-Guillaume II se 
heurtait aux résistances d'une bureaucratie mesquinement arriérée 
et dure 2 . Pendant ce temps, la Révolution se précipitait. On imagine 
les tressaillements d'un David Friedlaender à la nouvelle delà prise 
de la Bastille, de la Déclaration des droits de l'homme : si le salut 
et la liberté allaient venir de France ! 

U Adresse du 31 août 

La publication de l'Adresse des Juifs de Paris, survenant après la 
Lettre des Juifs de Bordeaux à Grégoire, après le Mémoire des Juifs 
de Lunéville et de Sarreguemines, acheva de tirer les députés de 
l'Est de leur attente et de leurs hésitations. Il était temps d'agir. 

1. Meassef, 1789 (a"73pn), 365-371. 

2. Sur cette tentative de réforme, voir L. Geiger, Geschichte der Juden in Berlin, 
I-1I (Berlin, 1871) ; E. Tâubler. dans les MUteilungen des Gesamtarchivs der deut- 
schen Juden, 1. Heft (1908); I. Freund, Die Emanzipation der Juden in Preussen 
(Berlin, 1912), I, 33 -75; II, 61-27 ; enfin et surtout R. Lewin, Die Judengesetzgebung 
Friedrich Wilhelms IL. dans la M. G. W. J., LVI1. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 187 

Eux qui représentaient la grande majorité des Juifs de France ne 
pouvaient se taire quand les minorités venaient de parler. 
Les autres avaient pris des initiatives , mais eux avaient reçu 
un mandat. 

Mais s'ils devaient suivre, ils ne voulaient pas imiter. La tournure 
prise par les événements, aussi bien que l'attitude des dissidents, 
les a amenés à préciser leurs propres positions. Contrairement aux 
Bordelais, qui voudraient se croiser les bras, ils estiment qu'il faut 
intervenir. Ils sont d'accord en cela avec les Lunévillois et avec les 
Parisiens, avec tous ceux qui ont besoin de progresser, mais ils ne 
peuvent s'avancer aussi loin. Aux Bordelais qui disent : la question 
ne sera pas posée, ils répondent : nous poserons la question. Mais 
que demanderont-ils? Les Lunévillois réclament l'égalité, l'assimi- 
lation complète des Juifs aux autres Français ; eux se contenteront 
de solliciter la suppression d'un régime d'infériorité. Les Parisiens 
renoncent à toute organisation distinctive; eux tiennent à conserver 
leurs institutions communales. Comme il convient aux représen- 
tants de la majorité, les députés des Juifs de l'Est prennent la 
moyenne, ils tirent la diagonale entre les différentes tendances; 
ces notables veulent le progrès sans sacrifier leur passé. Les 
« Portugais » étaient les conservateurs, les Parisiens et les Luné- 
villois les radicaux et radicaux-socialistes, tous les autres « Alle- 
mands » des progressistes. 

Le programme et la profession de foi de nos progressistes se 
trouvent dans l'Adresse que leurs députés firent parvenir, eux aussi, 
à l'Assemblée Nationale, à la date du 31 août 1 . Elle est moins 
remarquable — et pas seulement parce que moins neuve — que 
celles des Juifs de Lunéville et des Juifs de Paris, mais elle doit 
nous arrêter davantage, parce qu'elle traduit les aspirations de la 
masse des Juifs de France, de tous les Juifs dits « Allemands » 2 ou 
du moins de leurs délégués. Signée par les six députés es qualités, 
on a dit qu'elle avait été rédigée par Berr-IsaacBerr 3 . Gela est très 
probable: il est le seul des six qui paraisse avoir été capable de 
tenir la plume comme de prendre la parole en leur nom. En tout 

1. Adresse présentée à V Assemblée Nationale, le 31 août 1789, par les députés 
réunis des Juifs établis à Metz, dans les Trois Èvèchés, en Alsace et en Lorraine. 
S. I. n. d.; in-8° de 15 p. + p. 17-18 [Biblioth. Nationale : Ld ,8V 32]. 

2. Maignial, La question juive en France en 1789, la cite sans cesse comme éma- 
nant des Juifs de Metz. Il n'a pas lu le titre jusqu'au bout. Cela n'a, du reste, pas 
d'importance pour lui. 

3. Chr. Pfister, Histoire de Nancy, III, 330, note. Dans le corps du texte, inexac- 
tement : « Les communautés israélites commencèrent par envoyer des adresses à la 
Constituante, puis des délégués qui plaidèrent pour elles. » 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cas, il o'esl pas douteux qu'elle a été grandement inspirée par lui : 
on y retrouve, et dans le même style, des idées qui ont été expri- 
mées ailleurs par ce représentant typique des Juifs de France, par 
ce premier juif français. 

C'est Berr-Isaac Berr qui nous a confié l'embarras de ses collè- 
gues quand, arrivés à Paris, ils furent surpris par le vote delà 
Déclaration des droits. Ils s'en expliquent au début de leur Adresse, 
après avoir exposé en quelle qualité ils se présentent — car ils ont, 
eux, un mandat en règle — qui ils sont et ce qu'ils veulent : 
« Représentants des Juifs établis à Metz, dans la totalité des Trois 
Évôchés, en Alsace et en Lorraine, et nommés légalement par 
eux en vertu d'une permission du Roi, nous venions vous prier, 
Messeigneurs, de mettre fin à la longue oppression d'un peuple 
entier en le rappelant aux droits communs & humanité et de 
cité. » Dans la langue de Berr-Isaac Berr, ces mots, ainsi sou- 
lignés dans l'original, veulent dire les droits de l'homme et du 
citoyen rendus à tous, rendus communs à tous, quelle que soit 
leur confession, par la Déclaration et notamment par son article 10. 
« Cette révolution mémorable se trouve déjà faite au moment où 
nous nous disposions à paraître devant vous. D'un côté, vous 
avez établi les droits essentiels et imprescriptibles de l'homme; 
de l'autre, vous déclarez que « nul ne peut être inquiété dans ses 
opinions religieuses pourvu que leur manifestation ne trouble pas 
l'ordre public établi par la loi » '. Voilà évidemment notre culte 
sous la sauvegarde de la Nation, et la société en même temps nous 
est ouverte, pour y marquer nous-mêmes notre place ; en sorte 
que, dans l'instant que nous pensions n'avoir que des vœux à 
exprimer, nous avons des actions de grâces à vous rendre et que 
les bénédictions de cinquante mille de nos frères récompensent 
déjà l'acte de justice que vous venez d'exercer envers eux. » 

Cependant, les Juifs ont lieu d'être inquiets : le régime d'excep- 
tion dont ils ont souffert jusqu'à présent, si on allait les y main- 
tenir? « Jusqu'à présent isolés sur la terre et rangés toujours dans 
d'avilissantes exceptions, ne voudra-t-on pas nous y rejeter de 
nouveau et prétendre que la justice, qui est la première dette de 
la société, peut encore se distribuer inégalement à des hommes 

1. On excusera volontiers ces Juifs de n'avoir pas senti ce que ne comprirent pas la 
plupart de leurs contemporains, ce que ne reconnaissent pas encore aujourd'hui tous 
les historiens, ou apologistes, de la Révolution, à savoir que la Constituante s'est 
montrée alors très timide sur cette question de la tolérance religieuse et de la liberté 
des cultes. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATIOiN DES ÉTATS GÉNÉRAUX 189 

qui y ont tous des droits égaux?» Ces craintes ne sont pas vaines, 
les événements viennent malheureusement de le montrer, — et ils 
rappellent les violences que certains des leurs viennent d'éprouver 
en Alsace et dont le spectacle contraste si vivement avec les idées 
nouvelles. « A une époque où les préjugés sont combattus avec 
tant d'avantage, où la raison reprend tous ses droits et où il suffit 
d'avoir été malheureux pour être plaint ou consolé, sans doute 
nous avions des titres bien légitimes et bien anciens à la commi- 
sération publique; notre sort n'avait pas été assez digne d'envie 
pour qu'on nous le fît expier aujourd'hui par des persécutions. 
Cependant, lorsque la fureur populaire cherchait dernièrement des 
victimes, elle s'est tournée contre les Juifs eux-mêmes ; plusieurs 
de leurs familles ont été poursuivies dans nos cantons, obligées de 
fuir ; leurs maisons ont été livrées au pillage. Le peuple croyait donc 
encore qu'ils étaient proscrits, et tant que le contraire ne lui sera 
pas évidemment démontré, il est à craindre qu'une erreur aussi dan- 
gereuse ne se perpétue. Nous osons donc vous demander, Messei- 
gneurs, de faire dans vos décrets une mention expresse du peuple 
juif et de le sauver ainsi des attaques du préjugé ou des pièges du 
fanatisme ». Tout comme les Juifs de Paris et contrairement à ceux 
de Bordeaux, nos députés estiment donc qu'il est nécessaire d'ap- 
pliquer explicitement aux Juifs le régime nouveau. Mieux que leurs 
frères de la capitale, ils savent combien le peuple leur est encore 
hostile. Ils viennent d'en faire la triste expérience, et ce qui pour les 
« Portugais » était une occasion de demander qu'on les laisse 
tranquilles est pour eux une raison de demander qu'on s'occupe 
de leur sort. 

Ils ont une raison supplémentaire pour solliciter plus que leurs 
frères : c'est qu'ils souffrent d'abus que les autres ne connaissent 
pas. « Différents par notre position delà plupart des Juifs répandus 
dans les diverses contrées de cet empire, nous avons des demandes 
particulières à former et un genre d'oppression, ignoré peut-être 
de quelques-uns de nos frères, à dénoncer à votre sagesse. » Il 
s'agit des taxes inouïes qui les frappent comme Juifs et dont n'ont 
à se plaindre ni les Juifs de Bordeaux, qui sont des «privilégiés », ni 
même les Juifs de Paris, qui échappent à la loi. Ne se doutent-ils que 
la reconnaissance de leurs droits de citoyens entraînerait ipso 
facto l'abolition de ces impôts d'exception ? Assurément si. Mais 
ces impôts leur pèsent depuis longtemps et le moment est oppor- 
tun de les dénoncer. « Plusieurs d'entre vous, Messeigneurs, seront 
saisis du plus profond étonnement quand ils apprendront à quel 
droit odieux le génie fiscal a osé nous assujettir ». C'est d'abord le 



190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

droit dit « de protection », payé par les Juifs de Metz auxBrancas à 
raison de 20.000 livres par an'. «Voire justice ne souffrira pas, 
Messeigneurs, que la perception d'un pareil droit se fasse plus 
longtemps dans un royaume que vous régénérez. On îfa pas craint 
d'appeler cette taxe un « droit de protection ». Mais étions-nous 
protégés lorsque nous n'avions même pas la qualité de citoyens ? 
Mais quand on compare l'état dont nous jouissions 2 à cette taxe 
qu'on exigeait de nous, ne dirait-on pas en quelque sorte qu'on 
nous faisait payer le droit d'être opprimés et qu'en nous opprimant 
parle fait, on cherchait encore à aggraver nos malheurs par un 
mot qui insultait à notre sort? Ah ! ce droit, depuis trop longtemps 
payé, doit être anéanti pour jamais, et il n'en restera plus que 
l'affligeant souvenir... Nous vivons au milieu d'une nation trop 
généreuse et trop juste pour qu'elle nous fasse acheter par de 
l'argent le titre de citoyens qu'elle nous restitue. » — Ce n'est pas 
tout. Des droits analogues et plus arhritraires même dans leur 
perception sont imposés aux Juifs. « A Metz encore, dans la tota- 
lité des Ïrois-Evèchés, en Alsace surtout et en Lorraine, d'autres 
droits plus terribles, parce qu'ils sont arbitraires, pèsent sur les 
Juifs. Quelques dons offerts par la crainte aux seigneurs dont nous 
habitions les terres ont été ensuite arrachés par la force. Notre nom 
seul est quelquefois imposé à une taxe exorbitante et une multi- 
tude d'impôts partiels attentent à la fois à nos fortunes et à notre 
dignité d'hommes. Vous dénoncer tous ces abus, Messeigneurs, 
c'est en voir la fin prochaine ». Ces droits doivent dispa- 
raître en vertu du principe de l'égalité fiscale. Là où tous sont 
citoyens, il ne peut y avoir « qu'un seul genre d'impôts, qu'un seul 
et même rôle, sur lequel les citoyens imposés soient également et 
indistinctement placés. » Donc égalité complète devant l'impôt et 
cela dans l'intérêt même de l'Etat. « Il n'y aura plus un rôle d'im- 
positions pour les Français et un autre pour les Juifs, et en effa- 
çant toutes ces distinctions avilissantes pour nous, vous augmentez 
les forces de cet empire en donnante la nation française cinquante 
mille citoyens, qui n'osaient pas se montrer avec toute l'énergie 
qui est en eux, mais qui, fiers maintenant de leur titre et remis à 
la place à laquelle ils aspiraient depuis longtemps, ne tarderont 
pas à donner des preuves de patriotisme et de dévouement. » 

Après ces protestations de civisme, on attendrait des Juifs de 
l'Est qu'ils aillent jusqu'au bout, comme ceux de Paris, et renon- 



1. Voir Revue, LXV, 124-5. 

2. Le mot est-il ironique ou l'expression a-t-elle trahi la pensée? 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 19i 

cent à leur constitution particulière. Tout au contraire, ils en 
demandent formel! ement la conservation. Ils sentent bien que ce 
point est grave et délicat; il leur tient à cœur et ils y insistent 
(quatre pages sur quatorze). D'après Graetz, Berr-Isaac Berr, 
fidèlement attaché au judaïsme rabbinique, craignait que la disso- 
lution des communautés n'amenât la décadence du judaïsme et 
avait plus de confiance dans l'impartialité des rabbins que dans 
celle des juges civils *. Nos députés donnent leurs raisons tout au 
long. D'abord leur organisation est légale et la Constituante ne 
voudra pas leur enlever, à une époque de liberté, ce que le gou- 
vernement leur avait concédé aune époque d'oppression. «Vous 
savez, Messeigneurs, qu'à Metz, dans la totalité des Trois-Evêchés, 
eu Alsace et en Lorraine, l'exercice public de notre culte nous est 
permis. Nous y avons une synagogue, des rabbins, des syndics, et 
notre existence y est tellement légale que le dépôt de nos lois 
existe juridiquement dans les archives du Parlement de Metz, de 
celui de Nancy et du Conseil souverain d'Alsace. Sans doute qu'en 
nous élevant d'un côté, votre intention n'est pas de nous rabaisser 
de l'autre... Nous ne demandons rien au-delà de ce qui nous a été 
accordé par le gouvernement dans nos temps de tribulations, mais 
nous demandons instamment à le conserver, et nous supplions les 
représentants de la Nation de sanctionner expressément les conces- 
sions du gouvernement ». Il pourrait être dangereux de toucher à 
ce régime traditionnel.» Cet ordre de choses existe d'ailleurs parmi 
nous depuis si longtemps, nos différentes communautés y sont 
tellement habituées qu'une indépendance redoutable pour la chose 
publique résulterait peut-être du moindre changement qui serait 
apporté à nos usages. » Au contraire, le maintien de ce régime, 
loin d'empêcher les Juifs de remplir leurs devoirs de citoyens, les 
y aidera encore, — et ici nos députés reprennent l'idée déjà indi- 
quée par les Juifs de Paris, mais en solidarisant avec la religion le 
statut légal des rabbins et des syndics. « La Nation française et son 
Roi seront mieux servis par les Juifs observateurs fidèles de leurs 
principes que par des hommes auxquels on retirerait aujourd'hui 
cette liberté publique et discrète de conscience dont ils ont joui 
jusqu'à présent et qu'un pareil traitement pourrait mener au mé- 
contentement ou à l'insouciance. C'est sous les yeux de la Nation, 
c'est en présence même de ses chefs et toujours comptables à eux 
de nos actions, que nous pratiquerons les devoirs de notre religion. 
Notre intérêt le plus pressant n'est-il pas de chercher à détruire les 

1. Geschichte, XI, 205. 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

préventions qui existent contre nous? Ponvons-noas, sans nous 
exposer aux plus grands risques, essayer de troubler la société ? 
Il n'y a donc aucun inconvénient à nous laisser ce que nous avons 
été jusqu'à ce jour ; il y en aurait de grands, au contraire, à changer 
notre existence, car c'est de l'assiduité ou de l'indifférence à pra- 
tiquer les devoirs de la religion que dépendent l'assiduité ou l'in- 
différence à pratiquer les devoirs sociaux. C'est donc pour être 
meilleurs citoyens que nous demandons à conserver notre syna- 
gogue, nos rabbins et nos syndics. » La raison est originale. Mais 
ils réservent pour la fin la raison topique. Le maintien des com- 
munautés s'impose dans l'intérêt de leurs créanciers, pour éviter 
une vraie faillite. C'est un argument ad hominem, par allusion au 
fameux arrêté du 13 juillet 1789 : « L'Assemblée Nationale déclare 
que la dette publique ayant été mise sous la garde de l'honneur et 
de la loyauté française (par un arrêté des Communes en date du 
17 juin)... nul pouvoir n'aie droit de prononcer l'infâme mot de 
banqueroute ». « Nous ajouterons une considération qui sera d'un 
grand poids sur des hommes qui ont déclaré solennellement que le 
« mot infâme de banqueroute » ne serait jamais prononcé. Nos 
communautés et en particulier celle de Metz ont contracté des 
engagements très considérables, soit pour soulager les malheureux, 
soit pour payer les taxes immenses dont elles étaient surchargées. 
Si ces communautés étaient jamais dissoutes, si nos syndics pou- 
vaient être supprimés, quelle terreur subite se répandrait parmi des 
créanciers nombreux, la plupart catholiques, rassurés sur la vali- 
dité de nos engagements par la discipline qu'ils voient régner 
autour de nous et qui n'ont contracté avec nous que sous la foi de 
la durée de nos communautés ! » Ainsi la fidélité à leurs engage- 
ments, non moins que l'attachement à leur culte et leur dévoue- 
ment à la chose publique, fait un devoir aux Juifs de demander 
« le sanctionnement formel » de leur « existence religieuse » et à 
l'Assemblée de le leur accorder. — Nous savons déjà à quoi nous 
en tenir sur le régime légal des communautés juives et sur la situa- 
tion financière de celle de Metz en particulier '. Nous nous expli- 
quons l'attitude des députés des Juifs de l'Est, tout en la jugeant 
impolitique et dangereuse. Assurément, ces députés étaient con- 
vaincus qu'ils servaient les intérêts de leur religion; ils étaient même 
fondés à craindre que la disparition du pouvoir coercitif des syndics 
et des rabbins ne favorisât les tendances séparatistes et subver- 
sives ; et puis, ils étaient tous plus ou moins syndics et n'avaient 

1. Voir Revue, LXV, 107-9, 126-8. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 19 ^ 

pas encore fait leur nuit du 4 août. Mais ne sentaient-ils pas qu'ils 
allaient contre le vent et que, réclamant le bénéfice du droit com- 
mun, ils étaient mal venus à vouloir sauver des privilèges? La 
Constituante n'avait pas encore supprimé les corporations, mais 
elle avait déjà aboli les privilèges féodaux ; lui demander de sanc- 
tionner les privilèges judiciaires et administratifs des Juifs, 
c'était un peu fort. Ces privilèges pouvaient être une garantie 
sous un régime d'exception, ils étaient insupportables sous 
le régime de l'égalité. Enfin, c'était une arme à double tranchant, 
qui blessait ceux qu'elle devait défendre. Les Juifs donnaient ainsi 
prise à l'éternelle accusation de particularisme et de séparatisme. 
Leur ennemi acharné Reubell le sentit bien et il allégua leur Adresse 
du 31 août pour prouver qu'ils s'excluaient eux-mêmes de la société 
politique '. Mais ce qu'il importe de retenir à la justification des 
Juifs, c'est qu'ils regardaient le maintien de leur organisation com- 
munale comme inséparable de la liberté du culte et nullement 
incompatible avec l'exercice des droits civiques, qu'ils ambi- 
tionnent et qu'ils croient mériter. C'est même par cette assu- 
rance que se termine leur Adresse. Il ne leur reste qu'un vœu à 
former, « c'est de pouvoir faire à la patrie tous les sacrifices qu'il 
est dans notre intention de lui faire ; c'est de pouvoir répondre 
par nos actionsà toute l'énergie de notre volonté. Mais nous savons, 
noussavons depuis bien longtemps toutes les obligations qu'impose 
le double titre de citoyen et de Français et nous nous sentons dignes 
de les remplir. » 

Cette péroraison forte et digne est précédée d'une récapitulation 
des demandes des Juifs, résumé que nous détachons à cause de son 
importance pour l'objet de notre étude : 



1. Dans une lettre à Camille Desmoulins en date du o janvier 1790, à propos de son 
attitude dans le débat des 21-24 décembre 1789 : « Je doute fort que dans toute l'As- 1 
semblée il y ait quelqu'un de plus tolérant que moi. Le culte, sans doute, ne peut être 
un motif d'être exclus (des droits de citoyens) ; mais s'il est lié à des principes civils 
et politiques incompatibles avec les principes de la société à laquelle vous voulez être 
admis, cela commence à devenir problématique. Voudriez-vous vous donner la peine* 
Monsieur, de lire l'Adresse des Juifs de Metz, des Trois Évèchés, d'Alsace et de Lor- 
raine, du 31 août dernier, ci-jointe, et méditer sur la quatrième partie de leurs 
conclusions portant... (ici une citation qu'on trouvera plus loin dans le texte.) Que 
pensez-vous d'individus qui veulent devenir français et cependant conserver des admi- 
nistrateurs juifs, des notaires juifs, le tout exclusivement ; qui veulent avoir d'autres 
lois sur les successions, sur les mariages, sur les tutelles, sur la majorité, etc. que les 
Citoyens français leurs voisins... Vous voyez que ce n'est pas moi qui exclus les 
Juifs : ils s'excluent eux-mêmes... » (Lettre citée par Ch. Hoffmann, L'Alsace au 
XVIII e siècle, IV, 517-319 ; elle ne ligure pas dans les Révolutions de France et de 
Brabant : Camille Desmoulius a-t-il refusé de l'insérer?) 

T. LXVI, n° 132. 13 



194 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

i. — Prononcer d'une manière expresse sur le sort des Juifs en 
leur décerna/)/ le titre et les droits de citoyens ; 

2. — Déclarer qu il leur sera permis de demeurer dans toutes 
les villes, bourgs et villages du royaume sans aucune exception et 
indépendamment de toutes les loix, privilèges et usages contraires; 

3. — Abolira jamais toutes les taxes arbitraires et injustes aux- 
quelles nous étions assujettis, en déclarant que nous ne serons 
soumis désormais qu aux charges de citoyens ' et de la même 
manière que les citoyens ; 

4. — Que nous serons maintenus dans le libre exercice de nos 
lois, rits et usages, et que nous conserverons nos synagogues, nos 
rabbins et nos syndics, de la même manière que le tout existe 
aujourd'hui. 

Telles sont les demandes officielles des Juifs de l'Est lorsque 
leurs députés se sont décidés à les présentera la Constituante, à la 
lin d'août 1789. Voilà ce qu'est devenu leur cahier. Ce qui est nou- 
veau, c'est la revendication des droits de citoyens (art. 1). Ils n'y 
pensaient pas quelques mois auparavant, pas plus que l'immense 
majorité des Français. La reconnaissance des droits politiques à tous 
les Français était l'œuvre de la Révolution. Tous devaient en béné- 
ficier; mais comme les Juifs de l'Est craignaient à bon droit d'en 
être exclus dans' le fait par l'opposition de leurs concitoyens, ils 
demandaient à la Constituante de se prononcer expressément sur 
leur cas. Mais ils craignaient encore que leurs droits proclamés en 
haut lieu d'une manière générale ne fussent pas respectés : les 
communautés refuseraient de les admettre en invoquant la loi - à 
l'intérieur de la France — leurs privilèges — à Strasbourg — ou 
l'usage — dans d'autres villes d'Alsace ou même de Lorraine ; les 
seigneurs ne renonceraient pas aux taxes arbitraires; les auto- 
rités ne reconnaîtraient pas leurs chefs religieux et leurs privi- 
lèges judiciaires. Et toutes ces restrictions n'empêcheraient pas 
les Juifs d'être citoyens là où ils le seraient 2 . C'est pourquoi les 
députés juifs de l'Est tenaient à faire spécifier les trois libertés 
les plus importantes pour eux, celles qu'ils s'étaient accordé à 
demander dans leurs cahiers. En effet, les articles 2, 3 et 4 de 
l'Adresse sont en leur fond ceux que Grégoire a résumés comme 
représentant les demandes communes aux Juifs des trois pro- 
vinces d'après leur cahier 3 : liberté de séjour (art. 2 ; le cahier 

1. Dans sa réfutation (voir plus loin), Thiébaut propose, non sans pédanterie, de 
corriger de eu des. 

2. Se rappeler la condition légale des Juifs en Russie. 

3. Voir Revue, LXV, 99 et suiv. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 195 

portait en plus: liberté du travail), égalité devant l'impôt et 
suppression des impôts extraordinaires (art. 1), conservation de 
l'organisation des communautés (art. 3). Les demandes particu- 
lières aux Juifs de chaque province étaient, nous l'avons vu, 
d'ordre secondaire et rentraient dans les demandes générales. 
L'Adresse du 31 août est donc comme une version nouvelle et 
remaniée du cahier perdu, version resserrée, mais renforcée d'un 
article capital : la revendication des droits de citoyen. 

A cette Adresse est jointe, sur un feuillet à part, une « Demande 
particulière adressée à l'Assemblée Nationale par les députés des 
Juifs de Metz. » Dans l'Adresse même, ils avaient déjà « rendu 
compte de l'immensité de la dette dont leur communauté de Metz 
est chargée. Cette dette fait aujourd'hui l'un des principaux objets 
de leurs inquiétudes et leur vœu le plus ardent serait de prendre 
toutes les précautions nécessaires pour la consolider. » Nous 
savons combien de soucis causait aux Juifs de Metz le budget de 
leur communauté, depuis longtemps en déficit. Le Mémoire 
qu'Isaac -Ber Bing avait rédigé en leur nom insistait sur la néces- 
sité de maintenir la communauté pour éviter une débâcle *. 
L'Adresse du 31 août avait également fait valoir cette situation 
particulière. Mais d'autre part, elle revendiquait pour les Juifs le 
droit de s'établir partout et ceux de Metz pourraient en profiter 
pour se soustraire par l'émigration aux charges de la solidarité 
financière, qui retomberaient sur le petit nombre qui resterait. 
Les deux députés messins, dont l'un était syndic et l'autre rece- 
veur de la communauté, « demandent en conséquence, et confor- 
mément à leur mandat, qu'il soit déclaré par une loi précise 
qu'aucun juif ne pourra sortir du quartier qu'il habite sans avoir 
payé sa portion de la dette commune » ou, à défaut d'une loi, que 
l'Assemblée Nationale autorise la communauté « à faire tous les 
règlements convenables pour rassurer ses créanciers et opérer la 
consolidation ou l'acquittement de la dette. » Les syndics messins 
voyaient bien maintenant qu'ils ne pouvaient empêcher leurs 
administrés de quitter le quartier juif sans se mettre en contra- 
diction avec eux-mêmes, puisqu'ils réclamaient la liberté d'habi- 
tation ; mais qu'au moins les partants s'acquittent de leur dette 
avant de devenir insaisissables : le résultat eût été à peu près le 
même. Cette proposition, que Grégoire devait reprendre dans sa 



1. Voir Revue, LXV, 126-7. 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Motion ', ne fut pas prise en considération et, après que les portes 
de la juiverie se furent ouvertes, on aima mieux plus tard pour- 
suivre les anciens Messins et leurs descendants. 

Quoi qu'il en soit, la « demande particulière » des Juifs de Metz 
révèle un état d'esprit inquiétant. A cause de cette question en 
somme secondaire — bien qu'à leurs yeux ce fût une question 
vitale, une question d'intérêt et une question d'honneur — on 
croit découvrir qu'ils commencent à se séparer de leurs coreli- 
gionnaires. Quand ceux-ci, éclairés par le débat et l'ajournement 
du 24 décembre 1789, se résigneront au sacrifice nécessaire et 
déclareront renoncer à leur organisation particulière, les Juifs de 
Metz s'abstiendront d'apposer leurs noms au bas de la Pétition du 
28 janvier 1790 et ce seront les Juifs de Paris qui les remplaceront, 
comme on le voit en confrontant les signatures de cette Pétition 
avec celles de l'Adresse du 31 août. 

Ainsi l'Adresse des « députés réunis » des Juifs de l'Est porte 
déjà un indice de désagrégation. Comment fut-elle accueillie par 
les autres fractions du judaïsme français, qui avaient pris position 
auparavant? Les « Portugais » de Bordeaux, après l'échec de leur 
tentative d'intimidation, s'appliquèrent leur tactique : ils firent les 
morts. Ils ne se réveilleront que sous le coup de l'ajournement du 
24 décembre, et alors, pour tirer leur épingle du jeu, ils répudie- 
ront toute solidarité avec les « Allemands/ ». Les Juifs de Paris ne 
soufflèrent mot, eux non plus ; mais ils tendirent la main à leurs 
frères de l'Est, se rapprochèrent d'eux ou plutôt les rapprochèrent 
d'eux-mêmes, signèrent avec eux la Pétition du 28 janvier 1790 et 
les présentèrent à la Commune. 

Enfin, les Juifs de Lunéville et de Sarreguemines restèrent à 
l'écart comme les Bordelais, mais ils tinrent à marquer publique- 
ment leur séparation. Quand ils connurent l'Adresse du 31 août, 
ils s'empressèrent de livrer leur Mémoire à la publicité en y ajou- 
tant une Addition pour désavouer les députés juifs. « Depuis la 
présentation de leur première Adresse, les Juifs établis à Lunéville 
et Sarreguemines ont eu connaissance de celle des Juifs de Metz, 
des Trois-Évêchés, de l'Alsace et de la Lorraine. Ceux qui ont pré- 
senté cette adresse n'ont pas craint d'exposer qu'elle était pour 



1. Motion en faveur des Juifs, p. 33-34, 47. 

±. Voir leur Adresse du 31 décembre 1789. Ils ne connaissent, disent-ils, les 
demandes des Juifs « allemands » que par les papiers publics, mais si vraiment ils 
aspirent a vivre sous un régime particulier, cette prétention est due a leffenrescence 
d'un zèle religieux mal entendu. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ETATS GENERAUX 197 

tous les Juifs de la province de Lorraine : il n'y a qu'inexactitude 
dans cette allégation. Il est très certain, en effet que les auteurs de 
cette adresse n'ont eu aucun pouvoir de la présenter sous le nom 
des Juifs établis tant à Sarreguemines qu'à Lunéville. » Cette récu- 
sation était injustifiée. Tous les Juifs établis en Lorraine formaient 
légalement une seule communauté et les députés avaient le droit 
de se considérer comme les représentants de l'ensemble des Juifs. 
Mais c'est justement contre cette organisation que les Lunévillois 
s'élèvent comme « diamétralement opposée » à leurs intérêts. « En 
effet, ceux qui ont présenté l'Adresse contre laquelle les Juifs de 
Lunéville et de Sarreguemines sont obligés de s'élever demandent 
que les rabbins et les syndics soient conservés « de la même 
manière que le tout existe aujourd'hui. » Or, c'est précisément ce 
que les Juifs établis à Sarreguemines et Lunéville ne veulent 
point et ce qu'ils sont fondés à ne pas vouloir. » Et ces Juifs ne 
craignent pas de dénoncer en public la tyrannie des syndics et les 
abus des rabbins. « Si cet ordre ancien continuait à subsister, il 
faudrait qu'ils restassent dans la dépendance des syndics et rab- 
bins de Nancy, lesquels les tiennent asservis depuis longtemps, 
en appesantissant chaque jour le joug qu'ils ont trouvé le secret 
de leur imposer. » Voici pour les syndics : « Les syndics multi- 
plient sans aucune nécessité les dépenses et ne daignent pas 
même, avant de s'y livrer, consulter les Juifs de Lunéville et de 
Sarreguemines, auxquels pourtant ils en font toujours supporter 
une très forte portion. » Voici maintenant pour les rabbins (se 
rappeler que les Juifs de Lunéville n'avaient pas été autorisés à en 
prendre un pour leur compte) : « Et sous quel titre même ces pré- 
tendus rabbins, qui ne sont autorisés que par une simple permis- 
sion, sans lettres-patentes, voudraient-ils asservir les exposants à 
leur juridiction et les vexer sous le poids de leurs taxes arbitraires, 
tant pour les mariages que pour les inventaires, etc., etc. ', où ils 
exigent pour leur simple présence des frais énormes, et pour leur 
seule permission, des droits considérables, onéreux, et que la 
distance des lieux rend encore aussi gênants qu'insupportables? » 
Les Juifs de Lunéville et de Sarreguemines ne veulent pas conti- 
nuer à être « de vrais tributaires de ceux de Nancy » et, pour se 
délivrer de cette sujétion, ils invoquent les décrets de l'Assemblée. 
Tls « sont citoyens de leurs villes, comme tous autres habitants et, 
sous ce titre aussi précieux que sacré, doivent jouir de leurs mêmes 
droits en supportant leurs mêmes charges ; il ne peut donc plus y 

1. Cf. Revue, LXV, 130. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avoir de raison de les tenir encore sous la dépendance d'une antre 
ville dont ils ne sont pas citoyens. » En conséquence ils deman- 
dent—la dissolution de la communauté des Juifs de Lorraine? 
non : la permission de former une communauté autonome, en se 
choisissant eux-mêmes « un rabbin et des syndics sédentaires à 
Lunéville et Sarreguemines. » 

Ce post-scriptum achève d'éclairer les tendances véritables du 
Mémoire, d'ailleurs si ferme et si courageux, des Juifs de Luné- 
ville : ils demandent l'égalité pour se délivrer de leurs coreligion- 
naires qui les régentent. Grégoire, d'autant mieux informé qu'il 
était député de Lunéville, jugeait bien cette démarche : « Les Juifs 
de Lunéville et de Sarreguemines ont prétendu que mal à propos 
ceux de Nancy avaient énoncé des vœux qui ne sont pas ceux de 
tous leurs frères de la Lorraine. En conséquence ils ont publié un 
Mémoire par lequel ils demandent d'avoir des rabbins et syndics 
autres que ceux de Nancy et d'être déclarés admissibles à toutes 
les places de citoyens'. » Ils persévérèrent dans leur attitude 
d'opposition. Au commencement de 1790, quand les Juifs rie l'Est 
et ceux de Paris s'unirent pour présenter une Pétition, ceux de 
Lunéville et de Sarreguemines éprouvèrent le besoin de publier 
un Nouveau Mémoire pour leur compte. 

Ainsi se précisent les positions de bataille des différentes mino- 
rités par rapport à la majorité. Les Parisiens deviendront des 
alliés, les Bordelais resteront des étrangers et les Lunévillois des 
isolés. 

On aimerait à savoir quelle impression toutes ces adresses des 
Juifs produisirent sur la Constituante, comment les juges appré- 
cièrent les moyens et les conclusions de leurs justiciables. Le 
Mémoire des Lunévillois n'est jamais cité par la suite. L'Adresse 
des Parisiens fut bien invoquée, mais seulement à la Commune 
et dans les districts de la capitale. Quanta l'Adresse des Juifs de 
l'Est, la plus importante, sinon la plus significative, elle ne fut 
guère examinée non plus, parce qu'elle ne fut pas suivie, comme 
nous le verrons, du débat qu'elle devait provoquer. La discussion 
sur les Juifs ne s'engagea que près de quatre mois après, le 
21 décembre, et à l'improviste. Les nombreux orateurs qui prirent 
la parole pour ou contre avaient eu le temps de perdre de vue 
l'Adresse du 31 août 2 . 

1. Motion en faveur des Juifs, p. vin. 

2. Seul, In duc de Broglie paraît s'y référer, quand, après avoir proposé pour les 
Juifs d'Alsace la liberté des professions et quelques autres mesures, dilatoires ou môme 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GENERAUX 199 

Un seul constituant jugea à propos de discuter les différentes 
requêtes des Juifs de l'Est avant même qu'il y eût débat. C'est le 
curé Thiébaut, de Melz, qui publia en octobre une réfutation de 
l'Adresse du 31 août, du Mémoire particulier des Juifs de Metz et 
du Mémoire des Juifs deLunévilleet de Sarreguemines 1 . C'était visi- 
blement un discours qu'il avait préparé pour la Constituante, mais 
comme le débat fut ajourné, il n'attendit pas et publia son opinion 
comme compte rendu à ses commettants. Député du clergé pour 
le bailliage de Metz, il n'avait pas de mandat particulier sur la 
question, car, chose remarquable, son cahier, qui demandait l'abro- 
gation de Tédit de 1787 en faveur des protestants, ne soufflait mot 
sur les Juifs. Thiébaut assure que les Juifs ne peuvent le taxer 
de prévention ou d'intolérance. « Eux-mêmes me rendront ce 
témoignage qu'en toutes les occasions je les ai accueillis, que 
toujours j'ai invité mes concitoyens à avoir pour eux les égards 
dus à des frères aînés, conservateurs de nos livres, garants de la 
pureté de leurs textes. J'ai fait plus en leur faveur » : il a réfuté 
Voltaire et ses disciples. Il est donc irrécusable. 

Le fait est que Thiébault (né en 1749, mort en 1795 dans l'émi- 
gration) était docteur en théologie et examinateur synodal à Metz. 
L'abbé Migne a édité en huit volumes in-4° les « Œuvres complètes 
de Thiébault... le plus fécond, le plus pratique et le plus varié 
des orateurs chrétiens ». La brochure sur les Juifs n'aurait pas 
déparé la collection : c'est un sermon contre les Juifs. 

Le texte en est : Ils veulent être libres et ne savent pas être 
justes. « Celte idée générale, Messieurs, en renferme trois parti- 
culières, que je vous développerai en vous montrant, par leur 
demande même, qu'ils ne savent être justes ni envers Dieu, ni 
envers vous, ni envers eux-mêmes. » 1° Ils ne savent pas être 

restrictives, il ajoute : « Je ne doute pas qu'ils ne les acceptassent avec reconnaissance 
et je suis même bien assuré qu'au moment où ils sont venus réclamer la, justice de l'As- 
semblée Nationale, leurs prétentions étaient fort au-dessous de ce que j'ai eu l'honneur 
de vous proposer de leur accorder! (Opinion, reproduite dans les Arch. Pari., X, 
777 et s.). 

1. i\*° ou Récit IV, et suite du compte rendu à ses comettans, par le curé de 
sainte Croix, député du bailliage de Metz : sa discussion de la demande des Juifs 
d'avoir désormais droit de cité indéfini. Signé ; Thiébaut, député du bailliage de Metz 
à l'Assemblée Nationale. Metz, 1789 ; 18 p. in 8° [Biblioth. Nationale : Ld I8 *248]. La 
date de la composition ressort d'allusions aux séances des 28 septembre et 3 octobre, 
celle de la publication, de ce post-scriptum, qui fait allusion à la séance du 1 \ octobre: 
« La demande des Juifs ayant été ajournée, l'auteur de la discussion a espéré qu'elle 
lui reviendrait imprimée de Metz avant l'expiration de l'ajournement », et d'une indi- 
cation contenue dans un écrit postérieur de l'auteur, sa Discussion de la proposition 
de Custine {Arch. Pari., X, 712-714). 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

justes envers Dieu. Les lois qu'il leur a données les isolent des 
idolâtres. « Ne nous regardez-vous pas comme des idolâtres?... 
Gomment donc demandez-vous de vivre et d'habiter au milieu de 
nous, vous à qui votre loi défend d'habiter au milieu des ido- 
lâtres? » Ils ont tous un esprit de retour vers Jérusalem. 
« Comment donc pensez-vous à vous fixer au milieu de nous en y 
achetant des fonds? Votre demande n'est-elle pas une infraction 
formelle de la lettre de votre loi? n'est-elle pas une résistance 
coupable à son esprit? » Après l'habitation, la nourriture. Les 
Juifs ne doivent pas manger certains animaux. Comment donc 
pourront-ils être soldats? Ils ne doivent pas travailler le sabbat. 
Comment donc pourront-ils être juges, avocats ou procureurs? 
Ainsi les obligations de la loi juive sont incompatibles avec les 
devoirs de citoyens et les Juifs, en demandant le droit de cité, ne 
sont pas justes envers Dieu. 

Deuxième point : ils ne sont pas justes envers vous (le contro- 
versiste s'adresse à ses commettants, à moins que ce ne soit à ses 
collègues de la Constituante). Ils vous en imposent. Ils se disent 
fidèles au Roi et à la Nation : ils n'ont pas les moyens de con- 
spirer. Ceux de Melz promettent que la propriété foncière et l'agri- 
culture gagneront à leur être ouvertes : les fonds sont portés à 
leur plus haut prix et ce ne sont pas les bras qui manquent à la 
culture des terres, ce sont les terres qui manquent à l'exercice 
des hommes. Ceux de Lunéville arguent que tous les hommes 
naissent et demeurent égaux : ainsi formulé, le principe est faux. 
— « A cet égard, les plaintes de nos Juifs sont-elles fondées? » 
Les réclamations fiscales des Juifs de Metz ne le sont pas, car ils 
prétendent former le dix-huitième de la population de la ville et il 
n'y a pas à Metz plus de trente à trente-cinq mille contribuables ! 
Et le droit payé à la famille de Brancas ? « Mais si elle les tire 
comme dédommagement d'un terrain anciennement cédé, d'une 
maison autrefois vendue? Ne dois-je pas, sur ces hypothèses, 
suspendre mon jugement? » Les Juifs de Metz font valoir les dis- 
positions bienveillantes de la noblesse et du tiers. « A Metz, ni le 
tiers, ni la noblesse, considérés dans leur très grande majorité, 
n'appuient la motion de nos Juifs. Pour un citoyen qui leur 
sera favorable, il y en aura dix qui leur seront contraires. » Nous 
savons que les cahiers de la noblesse et du tiers de Metz étaient 
favorables aux Juifs 1 ; ïhiébault, qui ne l'ignorait pas, confond-il la 
ville avec le bailliage? —Les Juifs de Lunéville produisent une 

1. Voir Revue, LXIIl, 196; LXV, 119. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 201 

attestation du don patriotique qu'ils ont offert. Mais, outre que le 
nom du curé est mal orthographié, « les Juifs affectent de distri- 
buer des aumônes à nos pauvres tandis qu'ils laissent les leurs 
dans ce délabrement... Les Juifs donnent publiquement à nos 
pauvres, ils offrent des contributions, ils font des présents, à qui? 
à ceux dont ils ont à craindre ou à espérer. Cependant, toute vraie 
qu'est la remarque, je tiens pour faux le bruit que la communauté 
des Juifs s'est concertée pour donner trente mille livres à qui leur 
prêterait son ministère 1 . » Enfin, les Juifs de Metz se disculpent 
de faire de l'usure leur élément. Six raisons prouvent qu'ils ont tort. 

Troisièmement, les Juifs ne savent pas être justes envers eux- 
mêmes. S'ils obtenaient « l'effet de leur demande, ils seraient 
exposés au danger de voir les citoyens de leurs cantons respectifs 
se soulever contre eux. » La preuve, c'est que les bouchers de 
Londres n'en ont pas voulu en 1753, ni les bourgeois de Metz en 
1787. 

Après une conclusion sur la dispersion et le vagabondage pro- 
videntiels des Juifs, attestés par les prophéties et le bréviaire, 
Thiébault donne son avis sur les demandes des Juifs. « Qu'ils 
soient déboutés des demandes contenues dans les articles 1 et 2 
de leur adresse » du 31 août, « exaucés sur les articles 3 et 4 ». 
Ainsi on doit leur refuser les droits de citoyens et la faculté de 
demeurer partout, mais les assujettir à l'égalité d'impôls et con- 
server leurs communautés. Pour les Juifs de Metz, en particulier : 
les laisser dans l'état où ils sont; renvoyer l'examen du droit de 
Brancas au Comité de judicature ; leur permettre de s'habiller et 
de se loger eux-mêmes, en étant tailleurs, maçons, etc. ; consulter 
les corporations sur la création, par la communauté juive, d'une 
école professionnelle pour ses pauvres. Quelle dérision! — Enfin, 
« que ceux de Lunéville aient deux syndics, pour obvier à des 
frais inutiles ; qu'ils n'aient point de rabins, cet article tendant à 
propager l'erreur ». 

Voilà cette singulière réfutation théologico-politique, d'une dia- 
lectique surannée et d'une rhétorique déplacée, aussi sophistique 
dans le fond que prétentieuse dans la forme. Après chaque alléga- 
tion des Juifs, l'auteur s'écrie triomphalement : « Il est nul 
ce moyen, il est absolument nul. » On a pu en juger. C'est avec 
une telle argumentation et de tels arguments que ce sous-Maury 
prétendait faire échec, devant la Constituante, aux demandes des 
Juifs. 

1. C'est la première insinuation de l'accusation de corruption, si souvent répétée 
dans la suite. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



#*# 



Quel fut le sort de l'Adresse du 31 août? Dans la pensée des 
députés, elle devait être comme leur requête introductive auprès 
de l'Assemblée Nationale. Ils purent espérer un moment que la 
Constituante se prononcerait aussitôt et que l'objet de leur mis- 
sion serait obtenu sans désemparer. 

L'Adresse porte la date du 31 août. Le I er septembre, l'action 
s'engagea, à la demande de Grégoire. Grégoire était prêt depuis 
longtemps. 11 avait publié àlafin de 1788 son Essai sur la régénéra- 
tion des Juifs. Il était venu à Paris avec la résolution de plaider 
leur cause. Ils le regardaient comme leur défenseur officieux. Le 
ministre lui avait communiqué leur cahier. Il était plein de son 
sujet, il n'attendait qu'une occasion. Il aurait voulu, nous conu'e- 
t-il, « que l'affaire fût discutée et décrétée le jour de la Saint-Bar- 
thélémy, pour qu'un acte de justice et de bienfaisance marquât 
l'anniversaire d'un crime à jamais exécrable ' ». Il faut croire que le 
24 août ne fut pas disponible. Il s'y reprit une semaine plus tard, 
mais seulement pour prendre date. Le mardi 1 er septembre 2 , à la 
séance du soir — elle était présidée par Clermont-Tonnerre — « un 
membre de l'Assemblée, nous apprend le Procès-verbal officiel, 
qui ne nomme jamais les orateurs, a demandé une séance particu- 
lière pour y traiter de l'état des Juifs en France ; cette séance a été 
accordée 3 ». Le Journal des débats et des décrets désigne l'abbé 
Grégoire comme ayant demandé et obtenu une séance du soir pour 
y présenter « le rapport des réclamations faites par les Juifs domi- 
ciliés en France 5 ». 11 s'agit évidemment des réclamations conte- 
nues dans l'Adresse du 31 août. Le Courrier français précise qu'on 
promit la parole à Grégoire « pour l'une des prochaines séances 
du soir :> « (les séances de la journée étaient réservées aux ques- 
tions constitutionnelles). 

Il semble que ce dut être la suivante, car le reporter du Jour- 

i. Motion en faveur des Juifs, p. ix-x. 

2. L. Kahn, Les Juifs de Paris depuis le VI e siècle, p. 64, écrit par erreur : 
l' r octobre. L'erreur remonte à D. Tarn a, l'auteur des Actes de l'Assemblée des 
Notables de 1806 et du Sanhédrin de 1807. Les incidents de séance de septembre sont 
du reste négligés par les historiens; les Archives Parlementaires sont, comme tou- 
jours, insuffisantes. 

3. Procès-verbal de V Assemblée Nationale, imprimé par son ordre, 1 er septembre 
1789 (t. III), p. 6-7 {Archives Parlementaires, l" série, VIII, 542). 

4. Assemblée Nationale, Journal des débats et des décrets, 1 er sept, soir (n° 6). p. 3. 

'■'). N° 66, du 3 septembre, p. 27 4. Le Patriote français du 4 septembre place l'inter- 
vention de Grégoire à l'ouverture de la première séance du 2; c'est on réalité la fin du 
compte rendu de la séance de la veille. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 203 

nal de Paris écrit le mercredi 2 : « La séance est ajournée à 
sept heures du soir et l'on croit que c'est principalement pour 
entendre une réclamation des Juifs qui demandent un état civil. 
Le succès d'une pareille demande, ajoute-t-il, ne peut guère être 
douteux dans une Assemblée Nationale de 4789 '. » Mais dans son 
bulletin du 3, le même journal informe ses lecteurs que « dans la 
séance d'hier au soir, l'affaire des Juifs fut proposée et renvoyée à 
une autre séance 2 . » Toute cette séance avait été occupée par la 
discussion sur la création d'un Comité d'agriculture et de com- 
merce. 

La question reparut donc à l'ordre du jour le jeudi 3 au soir. Le 
Procès-verbal officiel et le Journal des débats sont muets cette 
fois. Mais le Moniteur 3 nous fournit cette communication intéres- 
sante sur la séance : « L'on y a examiné l'affaire des Juifs. Ils 
demandent : 1° que l'Assemblée prononce d'une manière expresse 
sur leur sort en leur décernant le titre de citoyens ; 2° qu'ils puis- 
sent demeurer dans toutes les villes, indépendamment de toutes 
lois, de tous privilèges; 3° d'abolir à jamais toutes les taxes arbi- 
traires et injustes auxquelles ils sont assujettis (cette taxe, sous 
le nom de taxe de protection, se payait au profit de la maison de 
Brancas ') ; 4° qu'ils seront libres dans l'exercice de leur religion, 
lois, rits ; qu'ils conserveront particulièrement leur synagogue 
publique à Metz 5 . » On reconnaît ici les conclusions de l'Adresse 
du 31 août, apportées à la tribune par Grégoire sans aucun doute 6 . 
La même relation ajoute : « On a annoncé un comité pour s'oc- 
cuper de cette affaire. » Ce comité ne fut jamais nommé et il est à 
remarquer que, si le Comité des Rapports fut saisi de la requête 
des Juifs 7 , la question juive ne fut à aucun moment étudiée par 
une commission de la Constituante. C'est seulement le 15 avril 
1790 qu'elle fut renvoyée, sur la demande des adversaires, au 
Comité de constitution, qui ne se pressa pas de la rapporter. 
Mais le 3 septembre 1789 on se crut près du dénouement. 



1. N° 217, du 4 septembre, p. 1115. 

2. N° 248, du 5 septembre, p. 1128. 

3. Réimpression du Moniteur, du 4 septembre (T, p. 420) = Journal des Étals 
généraux, par Lehodey de Saultchcvreuile, III, 272. Les deux feuilles se ressemblent 
textuellement. Le Moniteur n'a pas de valeur originale pour cette période: il ne devint 
officiel que plus tard. 

4. Le journaliste a surtout été frappé par le cas des Juifs de Metz. 

5. Même observation. 

6. Notons ici que l'exemplaire de l'Adresse des Juifs de Paris du 26 août conservé à 
la Bibliothèque Nationale porte cette note manuscrite : « 3 septembre 1789 ». 

7. Voir plus loin, p. 210, n. 5. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les députés de Strasbourg écrivaient le lendemain an magis- 
trat : « Nous sommes menacés d'un autre fléau, Messieurs. Les 
Juifs demandent un élat civil dans toute la France et l'affaire, qui 
devait déjà être traitée hier, le sera infailliblement la semaine 
prochaine. L'Alsace se défendra, mais nous ne répondons pas 
du succès. Dans la liste des éclaircissements que nous avions 
demandés en acceptant cette mission se trouvait aussi cet article 
qui vous tient si fort à cœur. Nous espérons pouvoir nous pro- 
curer ici votre Mémoire à consulter 1 et nous réunirons tous nos 
efforts pour préserver notre patrie de ce nouveau malheur 2 . » 
Strasbourg fut inquiet ce jour-là, ses députés désemparés : la 
question juive était posée devant l'Assemblée Nationale. 

Elle devait être traitée la semaine suivante. Elle faillit l'être dès 
le lundi. Le Courrier français, après avoir analysé la séance du 
matin, ajoute : « Ce soir il y a séance générale, destinée particu- 
lièrement aux intérêts des Juifs français 3 . » Mais de nouveau un 
important débat sur les impositions, sanctionné par deux décrets, 
occupa toute la séance. Le même journal rapporte, en parlant de 
l'abbé Grégoire et des Juifs : a L'honorable membre s'est déclaré 
l'avocat du peuple asiatique et depuis longtemps il sollicite une 
séance pour ses clients. On s'attendait lundi soir à voir discuter 
cette grande et importante question et l'Assemblée était alors très 
nombreuse. Mais les deux décrets dont nous venons de parler ont 
entièrement occupé la séance et la postérité d'Abraham n'a point 
encore été entendue 4 . » 

Faut-il attribuer ces remises successives à des hésitations 
latentes de l'Assemblée, mises à profit par les adversaires des 
Juifs? C'est peu probable; les députés de Strasbourg n'auraient 
pas manqué d'en instruire leurs commettants; Grégoire assure que 
« l'affaire des Juifs fut ajournée plusieurs fois et chaque fois dif- 
férée par l'urgence et la multiplicité d'autres occupations 5 . » Le 
fait est que la Constituante était débordée. 

Un anonyme profita de l'actualité de la question juive pour 
publier à ce moment une Requête à Nosseigneurs les Etats géné- 

1. Sans doute un Mémoire que la'ville'de Strasbourg avait fait imprimer dans son 
procès contre Cerf Berr, toujours pendant devant le Conseil du Roi. 

2. Lettre publiée par R. Reuss, Revue d'Alsace, 1879, 415 = L'Alsace pendant la 
Révolu/ion, I, 164-5. 

3. N° 65, du 8 septembre, p. 320. 

4. N° 66, du 9 septembre, p. 325-326. 

5. Motion, p. x. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ETATS GÊNÉ KAUX 205 

raux en faveur des Juifs 1 . Il l'avait écrile plus de quatre mois 
auparavant : on s'en aperçoit non seulement au titre, mais encore 
au fond. En vérité l'auteur relarde ; il s'était passé quelque chose 
en ces quatre mois ! Il se montre assez bien informé de la situa- 
tion des Juifs de Metz et paraît s'inspirer du Mémoire d'Isaac- 
Ber Bing. Frappé de la misérable condition des Juifs, dont il pré- 
sente un tableau pitoyable, il fait appel aux États généraux pour 
faire cesser « l'espèce de barbarie que nous exerçons envers eux 
et qui retombe sur nous ». Voici ce qu'il sollicite en leur nom : 
« Ils ne vous demandent point de titres, de postes, d'emplois 
honorifiques ; ils savent que, par les lois de l'État, ils ne peuvent 
pas y prétendre. Ils ne demandent que les droits dont jouissent 
les dernières classes des citoyens, de pouvoir être agriculteurs, 
marchands, artistes, journaliers, etc., en se conformant aux lois et 
aux ordonnances qu'exigent les différents corps de marchands, 
d'arts et métiers. Ce peuple qui, dans des siècles reculés, s'hono- 
rait du titre de peuple pasteur, vous demande comme une grâce la 
permission de cultiver ces cantons arides et abandonnés dans plu- 
sieurs provinces de la France. . . D'autres s'adonneront aux diffé- 
rents arts mécaniques et plusieurs, enfin, suivraient la partie du 
commerce, qu'ils étendraient encore par leur industrie. — On 
pourrait leur permettre des synagogues seulement dans les lieux 
où ils seraient réunis en masse ; mais il ne faudrait souffrir sous 
aucun prétexte aucune distinction dans le costume avec les autres 
citoyens 2 ... » C'est une régénération intellectuelle et physique 
des Juifs que l'auteur attend de la réalisation de ces vœux, qui 
sont, assure-t-il, « ceux de tous les gens sensibles et éclairés. » 
La réunion des États généraux est la plus opportune des occa- 
sions. « Quel moment plus heureux pour faire retentir la voix de 
l'iiumanité, de la raison, de la philosophie, que celui où les Pères 
de la patrie, rassemblés autour d'un souverain humain, sensible 
et adoré, peuvent lui présenter en même temps la requête humble 
et touchante de ces infortunés, leur profonde misère, l'opprobre 
dans lequel la plupart languissent et les vœux de la nation qui 

1. S. I. n. d. ; 15 p. in-8° [Biblioth. Nationale : Ld m 27]. L'opuscule est daté par 
cette note introductive : « Il y a plus de quatre mois que cet ouvrage avait été remis 
par l'auteur pour être livré à l'impression ; des raisons particulières en ont suspendu 
la publication ; mais M. l'abbé Grégoire ayant demandé à être entendu sur cette 
matière, on se hâte de faire paraître ces réflexions. » Cet écrit est sans doute l'un des 
deux « Mémoires intéressants » (l'autre est celui de Bing) dont parle Grégoire, Motion, 
p. IX. 

2. Les Juifs de Metz se distinguaient encore par leur costume, habit noir avec 
rabat. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

désire une amélioration dans leur sort. » Enfin, l'auteur, préoc- 
cupé surtout déteindre l'usure, propose de créer une caisse 
d'amortissement pour liquider les créances des Juifs. 

La « requête humble et touchante », est-ce la sienne ou n'est-ce 
pas plutôt le Mémoire des Juifs de Metz, dont il reproduit assez les 
idées et même le ton? Ce qui est sûr, c'est qu'il était d'accord avec 
ses clients quand il écrivit sa requête; l'eussent-ils suivi quand il 
l'imprima? Non seulement les Juifs de Lunéville et ceux de Paris 
l'auraient désapprouvé, mais même ceux de Metz et de Nancy 
l'avaient bien dépassé, et rien ne montre mieux que cet écrit, 
publié sans changement par son auteur après quatre mois de 
Révolution, les progrès rapides accomplis par les Juifs de l'Est, 
modifiant leur cahier pour revendiquer les droits de citoyens. 

Pendant que nos députés attendaient la séance promise par l'As- 
semblée Nationale, ils apprirent que les Juifs fugitifs du Sundgau, 
revenus de Bâle et de Mulhouse, où ils avaient trouvé des asiles 
momentanés contre les violences des paysans, étaient de nouveau 
menacés. Ces alarmes leur donnèrent l'idée de recourir à l'As- 
semblée Nationale et d'implorer sa protection. Une lettre fut 
adressée au président de la Constituante, qui était alors le comte 
de Clermont-Tonnerre, et la question fut mise à l'ordre du jour de 
la séance du 28 septembre au soir. 

Clermont-Tonnerre venait de céder le fauteuil à Mounier. Au 
lieu d'un arbitre bienveillant, les Juifs trouvèrent un avocat con- 
vaincu. Clermont-Tonnerre 1 commença par rappeler que les 
députés des Juifs attendaient une audience : « Il y a longtemps, 
Messieurs, que les Juifs « domiciliés »... si toutefois on peut 
appeler domiciliés des hommes qui ne sont pas citoyens, qui ne 
jouissent pas même des droits de l'homme et qui, tantôt soufferts, 
tantôt persécutés, n'ont qu'une existence et une habitation pré- 
caires ; il y a longtemps, dis-je, que les Juifs d'Alsace, de Lorraine 
et des Évêchés attendent le moment où vos occupations impor- 
tantes vous permettront de les entendre. » Mais l'orateur ne veut 
pas anticiper sur l'abbé Grégoire. Il ne plaidera pas cette cause, 
« qui se réduit à prouver qu'il suffit d'être homme et d'être homme 
civilisé pour jouir du droit de citoyen. » Pour le moment, il désire 
« qu'il soit enfin reconnu qu'un homme, quand même il ne serait 
pas citoyen, ne doit pas être impunément égorgé. » En consé- 

1. Opinion du comte de Clermont-Tonnerre relativement aux persécutions qui 
menacent les Juifs d'Alsace {Archives Parlementaires, IX. 200). 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ETATS GENERAUX 207 

quence, il demande que l'Assemblée mette « la personne et les 
biens des Juifs sous la protection delà loi ». Celte proposition, 
énergïquement appuyée par Grégoire, fut décrétée. 

Grégoire avait ajouté : « Les députés juifs des trois provinces 
languissent depuis longtemps dans l'espérance d'une séance que 
vous leur avez promise pour traiter et discuter leur cause d . » Si le 
témoignage de pitié et de sympathie qu'ils venaient de recevoir 
était un encouragement à persévérer dans leur mission, leurs 
vaines instances pour être écoutés devaient provoquer chez eux 
l'inquiétude, provoquer chez leurs ennemis une joie mauvaise. Il 
fallait appuyer leur Adresse par une comparution en personne. 
L'usage s'était vite établi que les diverses communautés vinssent 
haranguer l'Assemblée Nationale. Nos députés voulurent égale- 
ment se faire entendre personnellement. 

Après une première demande d'audience, présentée verbalement 
au président de l'Assemblée, ils lui adressèrent la lettre suivante, 
dont les termes sont touchants et dont une phrase surtout (je la 
souligne) mérite de passer à l'histoire 2 : 

A Paris, ce 4 octobre 1789. 
Monseigneur, 

Les députés des Juifs établis dans les Évêchés, l'Alsace et la Lorraine 
prennent la liberté de renouveler leurs sollicitations pour être admis 
mercredi prochain à la séance du soir à la barre de l'auguste Assemblée 
que vous présidez, ainsi que vous avez bien voulu le leur faire espérer. 

Daignez, Monsieur le Président, réaliser notre espoir. Si nous avons 
vécu depuis nombre de siècles dans la plus grande humiliation, notre 
existence n'a jamais été si orageuse ni si inquiétante qu'elle l'est depuis 
quelques mois. Les provinces que nous habitons nous voient depuis près 
de deux mois à la porte de l'Assemblée Nationale, sanctuaire de la justice, 
sans obtenir d'audience. Elles n'imputent pas ce retard aux importants 
travaux dont l'Assemblée Nationale s'occupe, mais au mépris qu'on est 
accoutumé d'avoir pour des juifs. Ce motif, tout absurde qu'il est, ne 
laisse pas que d'augmenter journellement la haine populaire contre les 
Juifs, de manière que, près du bonheur, ils sont menacés et persécutés 
au point que bien des individus que nous représentons seraient tentés de 
renoncer à leurs espérances pour rentrer dans la vie douloureuse que 
l'habitude seule a pu leur rendre supportable. 

L'Assemblée Nationale n'ignore pas que les communautés que nous 
représentons sont écrasées sous le poids des impositions, droits de pro- 

i. Le Courrier de Gorsas, n° LXXXVI1, du 2 octobre (IV, p. 21). 
2. Archives Nationales, C 32, dossier 269, pièce 28. La pièce est signalée par 
Brette, I, p. cxliii, sous le titre assez inexact de « Pétition des Juifs d'Alsace ». 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tection et autres, qu'ils sont obligés de payer seulement pour respirer 
l'air, et que les Juifs d'Alsace viennent d'être réduits à la mendicité par 
le pillage de leurs maisons. 

Le long séjour à Versailles de leurs représentants [ajouté à la marge : 
élus en-vertu d'une permission du Roi] est un fardeau de plus pour ces 
communautés 1 . Enfin, Monsieur le Président, nous ne craignons pas de 
le dire, plusieurs siècles de persécutions que nous avons eu la force de 
supporter nous ont paru moins longs que les jours que nous passons à la 
porte du temple du bonheur sans y entrer i . 

Nous sommes persuadés, Monsieur le Président, que l'Assemblée 
Nationale aura égard à notre situation et qu'elle nous fera oublier les 
maux que nous avons endurés. Nous bénirons à jamais le jour où nous 
aurons obtenu justice de la part de la Nation, à laquelle nous consacre- 
rons avec reconnaissance nos vies et nos fortunes. 

Nous sommes, etc. 3 



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Cette belle lettre eut le malheur de parvenir à une mauvaise 
heure. Le 5 octobre le peuple de Paris se porta en foule à Ver- 
sailles. Ce grave événement émut vivement l'Assemblée Natio- 
nale ; on en oublia les Juifs. 

Ce fut seulement, ce fut enfin le mercredi de la semaine sui- 
vante, le 14 octobre', au début de la séance du soir, l'avant-der- 

1. Les députés étaient donc défrayés. 

2. Cette phrase pourrait servir d'épigraphe au beau poème de L. Wihl, Ahasver, Il 
(dans le recueil intitulé Les Hirondelles) : 

Un homme, dans un costume antique, 

Écoute à la porte de l'assemblée des peuples. . . 

3. Signatures autographes. Les deux députés lorrains ont ajouté, au-dessous de leur 
nom civil, leur nom en hébreu. 

4. Est-ce un hasard que Cerf Berr figure ce jour-là, pour 178 marcs 9 deniers de 
vaisselle d'argent, sur l'état de la bijouterie et vaisselle portée à la Monnaie (L. Kahn, 
Les Juifs de Paris pendant la Révolution, 1:32) 



t'.ÈS JUIFS ET La convocation des ÉTATS GÉNÉRAUX 209 

trière • de 'celles qui se tinrent à Versailles, que les six députés 
furent admis dans le « temple du bonheur » 1 . Le Procès-verbal 
officiel porte : « Les députés des Juifs des provinces des Évêchés, 
d'Alsace et de Lorraine ont demandé la permission d'être admis à 
la barre 2 . » Le Moniteur sait que ce sont « Messieurs les députés 
de la Lorraine » qui ont demandé l'autorisation pour eux 3 . Y en 
eut il un autre que Grégoire? « L'Assemblée le leur ayant permis, 
poursuit le Procès-verbal, un d'eux a fait lecture d'une requête où 
ils expriment leurs vœux et l'espoir qu'ils ont que l'Assemblée 
voudra bien s'occuper de leur sort. » Ce fut Berr-Isaac Berr qui 
prit la parole dans ce moment solennel. L'allocution qu'il lut, et 
qu'il avait sans aucun doute composée, est trop connue pour avoir 
besoin d'être reproduite 4 . Le ton en est respectueux jusqu'à l'hu- 
milité, non sans laisser percer quelque dignité. Le style en est 
pompeux et sensible — le style du temps — mais avec quelque 
chose de gauche qui lui donne une saveur de sincérité. L'orateur 
commence par mettre les Juifs sous l'égide en quelque sorte de 
Dieu et de l'humanité. Il rappelle leurs souffrances et leur soumis- 
sion — comparer l'Adresse du 31 août — leurs espoirs et leurs 
vœux « timides ». Ces vœux n'étaient pas si timides, mais l'ora- 
teur ne spécifie pas ces demandes 5 ; il se borne à rappeler qu' « elles 
sont consignées dans les Mémoires que nous avons eu l'honneur 
de mettre sous vos yeux. » Ces Mémoires ne peuvent être que 
l'Adresse du 31 août et le Mémoire particulier pour la commu- 
nauté de Metz rédigé par Ber-Isaac Bing ; ils avaient été distribués 
peu auparavant aux membres de la Constituante par les soins de 
nos députés 6 . Enfin, Berr-Isaac Berr supplie l'Assemblée d'opérer 

1. Michelet, Histoire de la Révolution française^ II, 16 (Nouvelle édition, Calmann 
Lévy, 1899) : « Ge fut comme une revue de toutes les infortunes ; tous les revenants du 
moyen âge apparurent à leur tour, en face du clergé, l'universel oppresseur. Les Juifs 
vinrent. Souffletés annuellement à Toulouse ou pendus entre deux chiens, ils vinrent 
modestement demander s'ils étaient hommes. Ancêtres du christianisme, si durement 
traités par leurs fils, ils l'étaient aussi en un sens de la Révolution française : celle-ci, 
comme réaction du droit, devait s'incliner devant ce droit austère, où Moïse a pressenti 
le futur triomphe du Juste. » C'est saisissant comme du Michelet, mais vu de près, cela 
ne veut pas dire grand'ehose. 

2. Procès-verbal de V Assemblée Nationale, III, n° 100, p. 5-6. 

3. Moniteur, Réimpression, II, 62 {Archives Parlementaires, IX, 444). 

4. L'original de ce discours fameux est aux Archives Nationales, G 33, dossier 285 B> 
pièce 17. De la même écriture que les mots « députés de la Lorraine » au bas de la 
lettre du 4 octobre, autant dire de la main de Berr-Isaac Berr. 

5. M. Plister, Histoire de Nancy, III, 330, écrit que Berr-Isaac Berr demande « la 
pleine liberté civile ». 

6. Cela parait ressortir de ce que dit Thiébaut à la suite de sa Discussion de la 
proposition de Custiae sur la liberté du culte {Archives Parlementaires, X, 706 a), 

T. LXVI, n° 132. 14 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

une réforme <* jusqu'ici trop inutilement souhaitée, que nous solli- 
citons les larmes aux yeux ». Un journal assure que « les députés 
du peuple juif ont été entendus avec cet intérêt qu'inspirent tou- 
jours le cri de l'humanité outragée et les gémissements de l'op- 
primé '. » 

Le président, Fréteau de Saint-Just, répondit avec bienveillance: 
« Les grands motifs que vous faites valoir à l'appui de vos 
demandes ne permettent pas à l'Assemblée Nationale de les 
entendre sans intérêt; elle prendra votre Requête en considéra- 
tion et se trouvera heureuse de rappeler vos frères à la tranquillité 
et au bonheur, et provisoirement vous pouvez en informer vos 
commettants. » Cette réponse fut « applaudie par l'Assemblée avec 
l'attendrissement que méritent les malheurs et les préjugés dont 
les Juifs sont victimes 2 . » 

Grégoire, estimant que ce n'était pas assez et voulant tirer parti 
de ces bonnes dispositions pour obtenir de l'Assemblée un enga- 
gement ferme, se leva pour dire : « Attendu qu'on ne peut ajourner 
à terme fixe l'affaire des Juifs, qu'on leur promette au moins de la 
traiter dans le cours de la session présente; et je demande que 
leurs députés ici présents aient permission d'assister à la séance 3 . » 
Un tel honneur accordé à des Juifs dut paraître inouï à ceux qui 
ne sentaient pas la nécessité d'une réparation. « Malgré les récla- 
mations de quelques personnes que je suis fort aise de ne pas 
connaître, les deux demandes ont été accordées par l'Assemblée 
Nationale », ajoute Grégoire daus sa relation. Le Courrier de 
Gorsas sait que ce sont « quelques membres du clergé » qui mur- 
murèrent 5 . « L'Assemblée leur a donné séance à la barre, dit le 
Procès-verbal officiel, et a arrêté que leur affaire serait traitée dans 
la présente session, h La Constituante y a mis le temps :j , mais elle 
a fait honneur à sa parole : elle ne s'est pas séparée sans donner 
aux Juifs les droits civiques. 



Le Courrier de Provence, III, n° liv, p. 9, dit dans sa relation de la séance du 

14 octobre : « les députés ont remis des mémoires où ils établissent la justice de leurs 

demandes ». 

1. Annales politiques et littéraires de la France, n° du 16 octobre 

■1. Mémoires de Bailly, 111 , 171 (dans le Supplément, qui n'est pas de Bailly, mais 

d'un autre constituant). 

:j. Motion en faveur des Juifs, xv. 

4. Le Courrier de Gorsas, n° ci, du 17 octobre (IV, 243). 

5. La lettre des députés juifs du 4 octobre porte en haut, dans la marge, cette note : 
« Du 24 octobre 1789. M. le Président de l'Assemblée Nationale est prié très instamment 
de la part du Comité fies Rapports de demander l'ordre du jour pour les Juifs des 
Érèchés, d'Alsace et de Lorraine. » Nous ne savons pourquoi ce ne fut pas fait. 



Les juifs et la convocation des états généraux 211 

Nos députés s'empressèrent de publier raccueil qu'ils avaient 
reçu et la promesse qui leur avait été faite. Ils firent imprimer le 
discours de Berr-Isaac Berr avec un extrait du procès-verbal *. Tls 
prenaient acte, ils croyaient toucher au but. Ils avaient atteint leur 
objectif immédiat, ils avaient été entendus par les représentants 
de la nation. L'émancipation était en marche. 

Les historiens ne se rendent généralement pas bien compte de 
ce que sont et d'où viennent les députés juifs qui parurent le 
14 octobre à la barre de l'Assemblée Nationale. Nous les connais- 
sons bien maintenant. Nous les avons suivis depuis leur arrivée à 
Paris jusqu'à leur admission par-devant la Constituante. Nous les 
avons vus aux prises avec les députés des Juifs de Bordeaux, 
signataires de la Lettre à Grégoire du 14 août, avec les Juifs de 
Lunéville et de Sarreguemines, auteurs du Mémoire à l'Assem- 
blée Nationale, avec les Juifs de Paris, dont le comité présenta à 
l'Assemblée l'Adresse du 26 août. Nous avons montré comment, 
sous l'influence de ces manifestations discordantes autant que sous 
celle des événements politiques qui se précipitaient, nos députés 
en vinrent à leur Adresse du 31 août, dont Grégoire voulut aussi- 
tôt saisir la Constituante. Dans cette Adresse nous avons reconnu 
un remaniement significatif du cahier que ces députés avaient com- 
pilé, à leur arrivée dans la capitale, d'après les trois cahiers de 
leurs provinces. Ce cahier, reconstitué et examiné article par arti- 
cle, nous a éclairés sur les vœux et les besoins des Juifs « alle- 
mands », tandis que le Mémoire remis à Malesherbes en 1788 nous 
a donné une idée de ce qu'aurait pu être le cahier des Juifs « por- 
tugais », s'ils avaient tenu à en dresser un. Nous avons expliqué 
pourquoi et comment les Juifs << allemands » et « portugais » 
avaient été traités différemment par le gouvernement à l'occasion 
de la convocation des États généraux, ceux-ci participant, non 
sans difficulté, aux opérations électorales à Bordeaux etàBayonne, 

1. Discours des députés des Juifs des provinces des Évéchés, d'Alsace et de Lor- 
raine, prononcé à fa barre de V Assemblée Nationale par le sieur Berr-Isaac-Berr, 
Vun des députés de la Lorraine, et l'extrait du Procès-verbal de l'Assemblée 
Nationale y relatif. Paris, Belin, 1789; 7 p. in-8° [Bibliothèque Nationale : Ld l8 '*33]. 
De cet imprimé se sont servis le Courrier de Gorsas, n° ci, du 17 octobre (IV, 242-3) ; 
Grégoire, Motion, xm-xv; le Moniteur, Réimpresion, II, 62 {Archives Parlemen- 
taires, IX, 444), et l'anonyme dans les Mémoires de Bailhj, l. c. (Halphen, Recueil 
des lois... concernant les Israélites, 181-2) ; ces deux dernières sources ont défiguré 
le nom de Berr-lsaac Berr en Besr-Isam-Besr. Il est traduit en hébreu dans le Meassef, 
1"pP, P- 30-32. Gatmoly, La France Israélite, p. 60, en signale aussi des versions 
allemande et hollandaise; M. S. Seeligmann ne connaît pas cette dernière et doute 
qu'elle existe. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ceux-là écartés, non sans hésitation, de la convocation nationale, 
mais autorisé?, sur les instances de Cerf Berr, à procéder entre 
eux à une sorte de consultation officieuse, d'où sortit le cahier 
destiné au gouvernement. Le sort fait aux Juifs « allemands » s'est 
suffisamment expliqué par l'altitude malveillante de leurs conci- 
toyens chrétiens, dont les dispositions et les réclamations nous 
sont apparues dans les cahiers de 1789, que nous avons dépouillés 
à la lumière de la condition légale des Juifs dans chacune des trois 
provinces de l'Est : toute l'Alsace avait fait chorus contre les Juifs; 
les Évêchés, avec quelques exceptions notables, et la Lorraine 
avaient donné la réplique à l'Alsace. Mais cette quasi-unanimité 
dans l'hostilité a perdu quelque peu de son effet après que l'on a 
recherché sous quelles influences certains cahiers de l'Est avaient 
été rédigés 1 , que l'on a considéré que quelques cahiers, à Metz et 
à Paris, sont favorables aux Juifs et qu'enfin les premiers annon- 
cent le crépuscule de l'ancien régime et les autres l'aurore du 
régime nouveau. 

En retraçant ainsi les événements qui se sont déroulés pour les 
Juifs de France pendant la période de la convocation — et pour 
eux cette période ne prend fin que le jour où la Constituante fut 
saisie de leurs vœux par leurs députés — nous n'en avons pas seu- 
lement établi la continuité et comme l'unité d'intérêt; précisé- 
ment parce que cette période préliminaire s'est prolongée pour les 
Juifs en pleine Révolution, elle nous a permis de dégager les 
données de la question juive telle qu'elle s'est posée à cette époque 
historique entre toutes. De même que l'histoire de la convocation 
est nécessaire à l'intelligence de la Révolution, tout de même 
ce qui s'est passé à ce moment pour les Juifs et chez les Juifs 
explique l'histoire de leur émancipation. Il importait donc de 
mettre en lumière cette page, trop peu connue, qui commande un 
des chapitres les plus importants de l'histoire juive. 

M. Liber. 



1. Pondant la publication du présent travail, M. Ch. Etienne a édité les cahiers pri- 
maires du bailliage de Dieuze (Paris, 1912) et M. F. Martin a aualysé ceux des bail- 
liages vosgiens (La Révolution dans les Vosges, années 1911 et 1912). Ici et là il est 
question des Juifs. 



NOÉ SANGARIOU 

ÉTUDE SUR LE DÉLUGE EN PHRYGIE ET LE SYNCRÉTISME 
JUDÉO-PHRYGIEN 

Teste David cum Sibylla. 



IV 



On a vu comment Apamée se trouvait être en possession d'une 
légende phrygienne du déluge qui, par de nombreuses analogies, 
devait, en quelque sorte, appeler la légende juive à s'unir à elle. 
Cependant, on ne saurait se flatter d'avoir complètement expliqué 
ainsi comment Apamée fut amenée à s'approprier officiellement la 
légende juive de Noé, en la commémorant sur ses monnaies. On 
ne peut le comprendre qu'en jetant un coup d'œil sur l'ensemble 
du syncrétisme judéo-phrygien dont les bronzes d'Apamée mar- 
quent l'apogée. Tout en cherchant à mettre en lumière celles des 
manifestations de ce syncrétisme qui intéressent notre étude, on 
essaiera d'élucider les points encore obscurs de la question qui en 
a été le point de départ. 

#*# 

Nous avons vu que le mélange des traditions lydo-pbrygiennes 
avec les traditions cbaldéo-syriennes a pu commencer à la fin du 
111 e siècle, avec Mnaséas de Patras et Hiéronymos d'Alexandrie, 
pour se développer au début du i er siècle chez Alexandre Poly- 
histor; c'est probablement dans les premières années du 11 e siècle 
qu'un Juif a composé le Chant Sibyllin où TArarat est placé en 
Phrygie; peut-être Apamée passait-elle, dès lors, pour voisine de 
cet Ararat phrygien. 

1. Voir Revue, t. LXV, p. 161, et plus haut, p. 1. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pour que cette légende ait pu se former, il a fallu que les Juifs 
fussent nombreux en Phrygie ; pour qu'elle ait duré jusqu'au 
111 e siècle de notre ère, il faut que leur situation n'ait fait que s'y 
affermir durant ce laps de quatre siècles. 

Un rapide coup d'œil sur la diaspora en Phrygie va nous 
montrer que les conditions qu'il nous faut supposer ont été rem- 
plies 4 . 

C'est entre 212 et 205 que deux mille familles juives de Mésopo- 
tamie et de Babylonie furent envoyées par Anliochos III en Phry- 
gie et en Lydie pour y recevoir des terres 2 . 

\En établissant ces familles juives de Babylonie en Asie Mineure, 
Antiochos III ne faisait peut-être que se conformer à une tradi- 
tion de sa maison; à en croire Josèphe, son fondateur, Séleukos 

1. Sur la diaspora en Asie, il suffit de renvoyer maintenant à Schuerer, op. cit., 
III 11909), p. 13-23. Je n'ai pu voirie travail de Sir Ramsay, The Jews in the Graeco- 
Asiatic cities (Expositor, 1902, p. 19-33 et 92-109) ; celui de J. Pilcher, The Jews in 
Galatia (Proc. of. Bibl. Arch. Soc, 1903, p. 225-37) est sans valeur. Le seul docu- 
ment nouveau important à ajouter à Schuerer est la dédicace de la synagogue de Sidé 
en Pamphylie (Th. Reinach, R. E. ,/., 1910, 131; la restitution Eiacbuç a été proposée 
précédemment parle P. Vincent, Journ. llell. Stud., 1909, p. 130). On peut signaler 
aussi l'épitaphe d'une Marthiné à Tyane (Rott, Kleinasiat. Denkmaeler, p. 370), qui 
peut d'ailleurs être chrétienne, et une épitaphe peut-être juive à Gésarée de Cappadoce 
(H. Grégoire, B. C. H., 1909, n. 31). Toutes les autres inscriptions judéo-grecques sont 
reproduites par J. Oehler, Epigraphische Beitraege z. Gesch. d. Judentums (dans 
Monatshefte f. Gesch. d. Judentums, 1908), p. 296-302. Dans la Géographie du 
Talmud de Neubauer, on peut relever encore la mention de colonies juives à Laodicée 
(Lodkia) et peut-être à Kelenderis en Cilioie. 

2. Josèphe. Ant., XII, 3, 4. L'authenticité de, ce document me semble avoir été 
contestée à tort par Willrich et par Biicbler (Die Tobiaden und die Oniaden, 1899, 
p. 144). Même si le rescrit d'Antiochos III à Zeuxis n'est pas authentique dans ces 
termes, les conditions où il aurait été émis sont indiquées avec assez de précision 
pour qu'on en puisse fixer la date, et cette date explique le document : 1° C'est lors- 
qu'il se trouvait en Haute-Asie qu'Antiochos aurait écrit ce rescrit ; il ne peut s'agir 
que de sa fameuse expédition dans les hautes satrapies de 212-205. 2° 11 adresse son 
rescrit à son stratège Zeuxis, qui parait désigné pour conduire les émigrants en Lydie. 
Il n'y a aucune raison pour ne pas identifier ce Zeuvis, « un de ses amis intimes », 
avec le Zeuxis qu'on connaît comme satrape de Babylonie en 221 et qu'on retrouve en 
219 au siège de Séleucie du Tigre, en 201 comme satrape de Lydie-Phrygie, en 190 à 
Magnésie (qu'on n'objecte pas que, dans le rescrit, Antiochos III appelle Zeuxis « son 
père » : on sait que ce titre se donnait honoris causa; Antiochos étant né en 240, Zeuxis, 
qui a pu naître vers 260, a pu, de toute façon, avoir droit à ce titre de respect). 3° Quant 
aux mouvements séditieux dont il est question, ils se comprennent fort bien vers 212, 
quand Antiochos III vient de réprimer la révolte d'Achaios. La région d'Apamée et de 
Laodicée a pu être particulièrement attachée à Achaios ; c'est à Laodicée qu'il prit la 
couronne royale; c'est cette région qui lui servit de base pour ses opérations contre 
les Pisidiens, opérations où nous savons qu'il soumit la Milyas. C'est alors que la 
roule d'Apamée a Adalia par Baris a pu être ouverte définitivement. H y a peut-être 
eu dans cette région des confiscations sur lesquelles auraient été prélevées les terres 
données aux Juifs. 



NOÉ SANGARIOU 215 

Nikator, « dans les villes qu'il fonda en Asie et en Syrie et même 
dans sa capitale d'Antioche, concéda aux Juifs le droit de cité et 
leur conféra les mêmes privilèges qu'aux habitants Macédoniens ou 
Hellènes, régime qui est encore en vigueur maintenant 1 ». Ainsi, 
il a pu y avoir des Juifs à Apamée dès sa fondation par Antio- 
chos I er . Ceux d'Éphèse peuvent avoir reçu le droit de cité d'Antio- 
chos II 2 . En tout cas, il faut donner au moins un siècle à la 
Diaspora pour expliquer que, dans un vers qu'on place vers 140, 
la Sibylle puisse s'écrier que « la terre entière et la mer entière 
sont pleines » de Juifs 3 . Dans un autre 4 , elle parle de Yohoq ^Zolo- 
[xomoç qui aurait régné en Phrygie comme dans toute l'Asie, pré- 
tention que le nombre des Juifs explique moins, sans doute, que 
la tradition dès lors répandue de l'abordage de l'arche en Phrygie. 
En 139/8, par les destinataires de la circulaire en faveur des Juifs 
attribuée au Sénat, on voit que ceux-ci formaient des colonies 
importantes dans les royaumes de Pergame et de Gappadoce qui se 
divisaient alors l'Anatolie ; elles y existaient certainement au temps 
de César ainsi qu'à ïralles et à Milet et dans les ports de Guide, 
Halicarnasse et Myndos en Carie, de Phasélis en Lycie, et de Sidé 
en Pamphylie 5 . Par le Pro Flacco, on sait qu'il existait en 62/1 
des communautés importantes à Pergame, Adramyttion, Laodicée 
et Apamée ; par Josèphe, qu'il en était de même à Sardes en 50 6 . 
Saint Paul, natif de Tarse, rencontre des communautés juives en 
Lycaonie, à Ikonion, à Antioche de Pisidie, à Kolossai, à Thyateira, 
à Sardes, à Éphèse. Les inscriptions nous font connaître des Juifs 
dans la région qui nous intéresse aux trois premiers siècles de 
notre ère, aux villes suivantes : en Phrygie, en dehors d'Apamée, 
à Nysa, Hiérapolis, Akmonia et Dorylée (et, sur des monnaies, à 



1. Jos., Ant., XII, 31, § 119. 

2. Jos., C. Apion, II, 4. Cf. Scliuerer, op. cit., III, p. 15. 

3. Orac. Sib., III, 271. Peut-être faut-il faire descendre la composition de ce texte 
vers 80. 

4. Orac. Sib., III, 167. 

5. I Maccli., 15, 16-24. Cf. Schuerer, op. cit., III, p. 4. On pourrait supposer qifil 
y avait des Juifs en Lydie dès le iv e siècle. On sait, en effet, que c'est en Hyrkanie 
qu'Artaxerxès Ochos transféra les Juifs révoltés en 350 et on constate que des Hyrka- 
niens avaient été établis à l'époque perse en Lydie, où ils avaient donné leur nom à 
la plaine Hyrkanienne. D'autre part, on a supposé que l'épisode d'Holopherne devait 
des traits à l'histoire du prince cappadocien Orophernès, qui se place vers 160-50. Cf. 
Bouché-Leclereq, Histoire des Séleucides, 1913, p. 325 (B.-L. ne discute pas cette 
hypothèse). 

6. Jos., Ant., XIV, 10, 17. Rappelons aussi le mot de Philon dans sa Legatio ad 
Caium, 33 : 'louoouoi xaô 'ey.aaxriv uôXtv eîat uafjnrXY]6£Ïç 'Aaîa; xai Zupta;. 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sala); en Galatie, à Germé et à Aucyre*; en Lydie, à Thyateira, 
Magnésie du Sipyle, Hypaipa; en Cappadoce, à Césarée et à Tyane; 
en Pisidie, à Antiochejet à Termessos ; en Lycie, à Phasélis, Tlôs, 
Limyra et Korykos; en Pamphylie, à Sidé ; en Gilicie, à Tarse 2 . 

Que les Juifs dont on rencontre la trace dans ces cités ne s'y 
trouvent pas comme étrangers de passage, mais comme membres 
de colonies fixes, il suffit pour l'établir de rappeler quelques faits 
qui résultent des inscriptions mômes qui révèlent leur présence. 
Elles nous font entrevoir des communautés considérables, portant 
les noms de katoikia (Hiérapolis), de laos (Hiérapolis), ou d'ethnos 
(Smyrne, Éphèse) ; les Juifs ont un statut particulier (Apamée), 
leur juridiction propre (Sardes), leurs archives (Hiérapolis) etleurs 
tombes collectives (Tlôs), enfin et surtout leurs synagogues (Phocée, 
Myndos, Akmonia, Sidé, Antioche de Pisidie) ; ils se divisent en 
presbyteroi (Smyrne, Korykos) et en neôteroi (Hypaipa) ; ils ont 
même pu avoir part à l'administration de la cité, puisqu'on les ren- 
contre comme magistrats monétaires. A Sala, à la frontière de la 
Phrygie et de la Lydie, on trouve sous Trajan, Antonin et Marc 
Aurèle, trois monnaies frappées, la première kitï MsXîtwvoç EaX(a[xo>- 

voç) àp/(t£û£CL>ç) SaXvjvtoV, les deux autres è-nt 'AvBpoveixou SaXocfxwvo; 

SaX'/jVtov 3 ; les deux fils de ce Salomon ne peuvent guère être que 
des Juifs et les noms qu'ils portent se retrouvent chez les Judéo- 
Chrétiens hellénisés (pensez à l'évêque contemporain Méliton de 
Sardes). C'est, au contraire, comme Juive convertie qu'il faut con- 
sidérer sans doute, à Akmonia, cette Julia Severa qui apparaît, 
d'une part, en grande prêtresse aux côtés de son mari Servenius 
Gapito, grand prêtre; d'autre part, comme construclrice de la 
synagogue !i . Ces faits permettent de se demander si les moné- 
taires mentionnés sur deux des bronzes au type de Noé, l'agono- 
thète Artémas et le grand prêtre M. Aur. Alexandros, ne sont pas 
des Juifs ou, du moins, des Judaïsants. Leurs noms se retrouvent 
chez des Juifs et le culte impérial semble avoir été admis par les 
Juifs d'Asie. 

1. Je m'appuie sur la Sau-Sarst; B?ou.{ou 'Ayxvpavr] d'une épitaphe attique, T. G., 
III, 2225. Il n'est pas certain que ce soit une juive, cf. sur les noms de ce type p. 223, 
d. 3; 224, n. 1. 

2. Pour la force numérique que pouvaient atteindre ces communautés, on peut rap- 
peler que, d'après Josèphe (Ant., XVIII, 9, 9), 50.000 Juifs furent massacrés à Séleucie 
sous Claude, et que, d'après le Talmud, Sapor aurait tué 12.000 Juifs sur 40.000 hab- 
itants à Césarée Mazaka, Neubauer, op. cit., p. 319. 

3. Head, Cal. Brit. Mus. ; Lydia, p. 227, 232, et liev. Nwn., 1898, Coll. Wad- 
dinyton, n° 6453. 

4. Head, Cal. Brit. Mus. : Phrygia, p. xxn. Sur le judaïsme de Severa, Ramsay, 
Ciliés and Bishoprics, I, p. 637-40, 673-5. 



NOÉ SANGARIOU 217 



#*# 



Le nombre et l'importance de ces communautés juives ne pou- 
vaient manquer d'amener une certaine fusion entre leurs croyances 
et celles des Phrygiens. 

Cette fusion a dû commencer par les légendes. Il nous en reste 
des traces de deux ordres : d'une part, chacun des deux peuples 
semble avoir revendiqué respectivement le privilège d'être antérieur 
à l'autre et de l'avoir conquis ou civilisé. On a vu le rôle prêté à 
Mopsos et à Deukalion en Syrie, rôle qui a pu sembler fondé par 
les traces qu'ont laissées en Syrie les peuplades asiatiques qui l'ont 
envahie, à la suite des Philistins et des Teukriens,au xn e siècle av. 
J.-G. La mise en rapport des Solymes de Lycie avec Hiérosolyma\ 
celle du Jardanos et du Marnas, rivières de Lydie, avec le Jourdain 
et le Zeus Marnas de Gaza, ce sont là quelques-uns des faits que 
les auteurs de Phrygiaca et de Lydiaca ont dû invoquer. Les Juifs 
n'ont pas manqué de retourner l'argumentation, et la présence 
d'éléments sémitiques, qu'on a cru relever en Lydie 2 , a pu prêter 
quelque vraisemblance à leurs dires. Commentant le dénom- 

1. On s'appuyait sur Homère (Od., V, 383) et sur un passage du poète Clioirilos 
décrivant l'armée de Xerxès (Jos., C. Ap., I, 22, § 173. Cf. Ant., Vil, 3, 2, § 67, et 
Tac, Hist., V, 2). Peut-être cette étymoiogie de Jérusalem se trouvait-elle dans l'ou- 
vrage où Ménandre d'Éphèse « a raconté pour chaque règne les événements accomplis 
tant chez les Grecs que chez les Barhares », C. Ap., I, 18, § 11. Il s'est trouvé des 
savants modernes pour considérer les Solymes comme Sémites en les rapprochant des 
É'ymes de Sicile et d'Élymaïde. Cf. Treuber, Gesch. der Lykier, p. 26 (1887). La 
Sibylle appelle plusieurs fois les Juifs « les Solymes ». On a trouvé au Hauran des 
dédicaces à un Zeus Solmos (Littmann, Princeton expédition, 111, A, 3, n. 239). 

2. Sur Lucl fils de Sem dans la Genèse, et les Sémites en Lydie, cf. Radet, La 
Lydie au temps des Mermnades (1893), p. 54. On s'accorde aujourd'hui à voir dans 
les Leukosyriens des Hétéens, et non plus des Sémites, et on s'étonne que Sir W. Ram- 
say (Cities and Bishoprics, I, p. 3, et Churck in Roman Empire, p. 142) ait donné 
son adhésion à Longpérier, qui voyait dans ACE1G l'épithète de Zeus sur les monnaies 
de Laodicée, au lieu d'une forme d'Asios, héros divinisé des Lydiens (cf. Radet, op. 
cit., p. 68), l'arabe aziz « le fort ». Sans doute, Azizus a été invoqué sous l'Empire 
comme Bonus Plier Phosphorus ; mais il est beaucoup plus vraisemblable qu'ACEIC 
est ici l'équivalent de ATAIOC, le vocable de Zeus à Sardes et à Kidramos près de 
Laodicée. On sait qu'une des tribus de Sardes est dite 'Aoiâç et que l'*A<uoç >£ipv 
dont l'Iliade parle dans la vallée de Kaystre était localisé au-dessus de Nysa, dans une 
haute vallée de la Messogis. Si la ville d'Asia sous le Tmole dont parie Stéphane de 
Byzance a disparu à l'époque historique, on connaît une 'Aiiox(o[xy) près d'Ikonion 
et le géographe assure qu'on appelait Estonie ou Asie le territoire de Sardes; Démé- 
trios de Skepsis étend ce nom à la Méonie. On montrait sur le Kaystre un herôon 
d'Asios (Strabon, XIV, 2, 45). Quant au 0eô; T^ioroq d'une inscription de Laodicée, 
on sait qu'il n'y a plus lieu d'y voir, avec Waddington, l'équivalent d'Aziz, mais celui 
du « Très Haut » judéo-chrétien. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

brement de la Genèse, Josèpbe ' fait de Gomar, — éponyme des 
Gimmériens ou Gaulois—, le père d'Asclianaz, Riphath et Thor- 
gam; « Aschanagos fonda les Aschanagiens que les Grecs appellent 
aujourd'hui Bithyniens 2 ; Riphatès, les Riphatbéens, aujourd'hui 
Paphlagoniens ; Thorgamès 3 , les Thorgaméens qu'il plut aux 
Grecs d'appeler Phrygiens ». La littérature talmudique fait de 
Togarmah l'Arménie et d'Aschkenaz l'Asie''; sans doute ce nom 
évoquait il le souvenir du lac Askania en Bithynie. C'est en Phry- 
gie que le ïalmud place les dix tribus généralement localisées en 
Arménie : « le vin phrygien et les bains, dit-il, ont séparé les dix 
tribus de leurs frères » 5 . Ainsi, si les Phrygiens ont oublié le vrai 
dieu, c'est à cause de leur vin et de leurs thermes. Le grief est 
caractéristique. 

On se trouve ainsi amené de l'histoire aux légendes. Sur ce ter- 
rain, même sur celui des traditions bibliques, le syncrétisme 
paraît avoir pris racine. L'arche de Noé à Apamée n'est pas un fait 
isolé. Si Ton fait vivre trois cents ans Nannakos, c'est certaine- 
ment par l'influence des trois cent soixante-cinq ans d'Hénoch 
dont on sait quelle fortune eut alors le livre apocryphe 6 . É-noch, 
le seul des patriarches qui fut transféré au ciel, est peut-être un 
doublet de Noah. Comme lui, Oum-Napishtim, le Noé babylo- 

1. Josèpbe, I, 6, 1, § 126. 

2. Le texte porte 'Prjytvs;, qui n'a aucun sens. Je proposerai de corriger en une 
forme comme BîOiveç. Le Talmud appelle la Bithynie Vilhinia (Neubauer, op. cit., 
p. 422). 

3. Neubauer, op. cit., p. 371. Josèpbe écrit ©uypâfXYj:;. N'est-ce pas dans le dessein 
de rapprocher ce nom de celui du roi d'Arménie bien connu Tigranès? Lagarde (Gesam- 
melte Abhandl., p. 256) suppose que la forme originelle serait Teûypatxo; qui serait à 
Tôuxpo; ce que "Ifj.opap.oc est à "Ip.ëpo;. D'autre part, le BJg-véda connaît une Mer des 
Tugra qui parait être la Caspienne (cf. H. Brunnhofer, Arische Urzeit, p. 27). 

4. Neubauer, op. cit., p. 310. On parait avoir pensé aux deux lacs Askania de 
Bithynie et de Phrygie, indices de la migration d'une tribu d'Askaniens qui a peut- 
être gagné l'Arménie avec l'avaut-garde des Moscho-Phrygiens. Ce seraient les 
Ashgouz-Ashkenaz qu'on y a vus en guerre ;ivec les Assyriens. A cette identification 
admise par Ed. Meyer [Gesch. des Altertums, I, § 473) j'ajouterai que Mên-Askaènos, 
le grand Dieu d'Antioche de Pisidie, doit sans doute son vocable au passage des 
Askaiens ou Askaniens dans la région : c'est précisément là qu'ils ont laissé leur nom 
à i'Egerdir Geul, l'antique Askania, le grand lac qui sépare la Phrygie de la Pisidie. 
Pour Askalon fondée par Askanios ou Askalos, cf. 2 e art., p. 38. 

5. Neubauer, op. cit., p. 315 et 372. Notons qu'Homère parle déjà de la Phrygie 
ampéloessa et Apamée était célèbre pour son vin (Pline, XIV, 2, 2; Strabon, XIII, 4, 11). 

6. On sait que toute une série de passages du Livre d'Enoch ont pu être isolés 
comme faisant partie d'une sorte d'Apocalypse de Noé, prophéties mises au compte de 
ce patriarche qui passait pour l'arrière-petit-fils d'Enoch et pour avoir symbolisé l'âge 
qui suivait celui d'Enoch. D'ailleurs, Noé paraît n'avoir été qu'un doublet d'Enoch. Des 
deux caractères que les Chaldéens attribuaient à leur Atrachasis, le déluge fut donné 



NOÉ SANGARIOU 219 

nien, devient immortel. Connaissant ainsi les secrets des desti- 
nées, il peut les révéler aux mortels. A la fin du II H Chant Sibyllin, 
la Sibylle se dit fille ou belle-fille de Noé et se vante de tenir ses 
oracles du patriarche « à qui tous les événements suprêmes ont 
été dévoilés 1 ». 

L'influence juive peut également s'être marquée dans celte 
légende née sans doute aux sources du Méandre 2 : « Maiandros, 
fils de Kerkaphos et d'Anaxibia, faisant la guerre contre les Pessi- 
nontins, promit à la Mère des Dieux, s'il remportait la victoire, de 
lui sacrifier le premier qui viendrait le féliciter de ses hauts faits, 
portant des trophées. Victorieux, le premier qu'il rencontra à son 
retour fut son fils Archélaos avec sa mère et sa sœur; par respect 
pour la parole engagée aux dieux, il se vit contraint de traîner ses 
proches aux autels. Désespéré, il se jeta dans le fleuve, qui fut 
appelé depuis Méandre 3 . » 

Cette légende peut-elle n'avoir pas été influencée par celle de 
la fille de Jephté? Et Jephté et Japhet n'ont-ils pas influencé le 
Japetos grec 4 ? 

à Noé, le transfert au ciel laissé à Enoch. L'invention de l'écriture attribuée à Enoch 
fait penser aux livres sacrés cachés par le Noé babylonien. Cf. la traduction du Livre 
d'Enoch par Fr. Martin (1906), Schuerer, op. cit., III, p. 265-95, et Lagrange, Le Mes- 
sianisme chez les Juifs, 1909, p. 60-131. 

1. Voir plus haut, p. 166, n. . 

2. Je traduis ce texte de Plutarque, De Fluviis, ix (d'après Tiu.6).ao; èv à <î>puYtay.àW 
xai 'AyaOoxXyj; ô £âu.io; èv xr} IkcrcnvouvTtcov uoXixeia, F. H. G., IV, 521). G. Muller 
hésite entre Timolaos de Cyzique, disciple de Platon, et Timolaos de Larissa, disciple 
d'Anaximène, mais aucune des deux identifications ne s'impose. Agathoklès est 
inconnu. Ne serait-ce pas Agathoklès de Cyzique? De toute façon ce n'est pas avant 
que Pessinonte ait été annexée au royaume de Pergame (milieu du n e siècle av.) qu'on 
a dû publier en Grèce une Constitution de Pessinonte. 

3. Il faut remarquer que quelques histoires semblables nous sont connues: 1° un 
oracle ordonne à Araxès, roi d'Arménie, de sacrifier, pour obtenir la victoire, les deux 
plus nobles vierges du pays, ses filles (Ps. Plut., De Fluv., xxm, 1) ; 2° Érechthée 
sacrifie sa fille à Perséphone (Clém. Alex., Protr., III, p. 12, d'après Démaratos, F. 
H. G., III, 379, 4 ; cf. Agamemnon sacrifiant Iphigénie) ; 3° Idoménée sacrifie son fils 
à Poséidon, lui ayant promis, s'il lui accordait un heureux retour en Crète, de lui 
immoler le premier qu'il rencontrerait en abordant dans sa patrie (Serv. ad Aen., 
III, 121; XI, 264; cas semblable dans Pausanias, IX, 33, 4); 4° Marius sacrifiant sa 
fille toi; à7uoTpo7ratotç {idem, d'après Dôrothéos d'Askalon ; cf. Gabriels-on, Ueber die 
Quellen Clem. Alex., p. 53). Ce sacrifice n'a certainement pas eu lieu; mais des 
Syriens de l'entourage de Marius, — la prophétesse Martha peut-être juive ? — ont pu 
répandre le bruit que Marius ne sauverait Rome qu'en agissant comme Jephté, sacri- 
fiant sa fille à Jahvé, ou Mésa, immolant son fils à Kamos. 

4. Je pense à des légendes comme celles qui font de Prométhée le fils de Japetos 
et d'Asia, le père de Deukalion, légendes où Japetos symbolise évidemment l'Europe 
(cf. Tumpel, art. Deukalion du Pauly-Wissowa, col. 264). Dans la conception gnos- 
tique du Premier Homme comme rédempteur de l'humanité les idées judéo-chré- 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La tradition, dont Tacite est l'écho, qui veut que Judéens soit 
une déformation iïldéens n'a-t-elle pas dû être inventée au pays 
de rida phrygien 1 ? Et faut-il rappeler que, dès le n° siècle av. 
J.-C, le Juif Artapanos nommait Moïse MoWoç pour l'identifier avec 
le Mousaios des Grecs, Musée, maître d'Orphée et prophète des 
orphiques 2 ? 

Que ce syncrétisme judéo-phrygien "a fini par atteindre les divi- 
nités elles-mêmes, on n'en doute plus aujourd'hui, Non seulement 
Jahvé Sabaolha été identifié, dès le 11 e siècle av., àZeus Sabazios-— 
et, grâce à cette identification, Jahvé paraît une sorte de Dionysos 
aux Grecs éclairés du temps de Plutarque —, mais le redoutable 
dieu des Juifs s'est laissé adorer par les Gentils sous le nom de 
Théos Hypsistos 3 ; le mystérieux Tétragramme lui-même a peut- 

tiennes se sont mêlées à celles qui avaient cours sur Gayomart, sur Attis, sur Pro- 
méthée (cf. W. Bousset, Hauptprobleme der Gnosis, 1907, p. 185). Enoch semble 
avoir été présenté aux Grecs dès le milieu du ii« siècle av. comme une sorte d'Atlas ou 
de Prométhée, inventeur de l'astrologie (cf. Bousset, Die Religion des Judenlums irn 
n eu testament. Zeitalter, 1906, p. 22; il fait remonter cette tradition à Eupolémos, qui 
composa vers 150 son Histoire des Juifs utilisée par Polyhistor). On peut se demander 
si ce n'est pas avant qu'il y vint par le christianisme que les Judéo-phrygiens ont 
transporté à Rome le personnage de Noé. Dans les légendes du haut moyen-àge, le 
patriarche passait pour être venu à Rome cent huit ans après le déluge; il aurait fondé 
Nocea près de Rome après avoir ahordé au Vatican et on aurait trouvé sa tombe au Jani- 
cule ; il avait été identifié, en effet, à Janus devenu fils de Japhet. On sait que c'est 
au Vaticanum que se trouvait la maison-mère pour l'Occident des cultes phrygiens; 
peut-être la légende de Noé fait-elle partie des traditions que le Vatican chrétien a 
héritées du Vatican phrygien comme la mitre pontificale paraît bien avoir succédé au 
phrygium avec humerai (Cf. B. Graf, Roma nella memoria del Medio Evo, I, 
p. 89). 

1. Tacite, Hist , V, 2. Cf. les Daktyles Idéens qualifiés de 'Iouôouoi par Eusèbe, 
Prœp. Ev., X, 1475; cf. d'autres textes dans Lobeck, Aglaophamus, p. 1156. Ils 
doivent dériver du syncrétisme sibyllin. 

2. Eusèbe, Prœp. ev., IX, 27. 

3. Je n'insiste pas sur cette question où tout a été dit par Franz Cumont' dans son 
étude sur Les mystères de Sabazius et le judaïsme, publiée dans les C. R. A. /., 
1906, p. 63-73 ; de même pour Hypsistos et Sabazios, voir son mémoire dans le suppl. 
à la Revue de l'Instr. publ. en Relgique, 1897, et ses articles Musée Relge, 1910, et 
Rull. Acad. de Relgique, 1912, avec son commentaire à l'inscr. d'Amisos Xpriaxo; 
SafxSrdôi (Caumont-Grégoire, Inscr. du Pont, n. 14). Rostowzew a récemment repris 
l'étude des dédicaces de la Crimée au nom du Théos Hypsistos et a conclu à leur 
judaïsme. J'ajoute seulement ici les raisons qui me font croire que la fusion Sabazios- 
Sabaoth s'est faite en Phrygie dès la première moitié du n e siècle av. : 1° elle était 
opérée en 139 quand on chassait de Rome les Juifs Sabazii Jovis cultores[\'a.\. Max., 
I, 3, 29) ; 2° c'est vers la même date que le culte de Sabazios paraît devenu officiel à 
Pergame {Or. Gr. Inscr. sel., 331, III), où Sabazios est confondu avec Dionysos, qui 
y était le dieu de la dynastie depuis Attalos I. — D'après P. Perdrizet (Rev. des Et. 
anc, 1910, 217-47), la confusion voulue de Dionysos Sabazios avec Jahvé Sabaoth 
remonterait à Alexandrie au temps de Ptolémée Philopator. Sur Dionysos Sabazios 



NOÉ SANGARIOU 221 

être fini par être hellénisé sous la forme d'Iuos, Ios, Jaô, IcP, et 
identifié à Dionysos dont certains vocables — Iaccbos, Euios — 
prêtaient à la confusion 2 . 

Si les Juifs de Phrygie consentent à laisser s'helléniser leur Dieu, 
si jaloux naguère, il n'est pas surprenant de les voir prendre eux- 
mêmes, à côté de noms grecs dont la signification n'avait rien qui 
pût offenser leurs croyances, le nom d'une divinité phrygienne : 
le Srpàxwv Tupàwou 'Io-joacoç de Magnésie de Sipyle 3 , ainsi que les 
Tuppwvcoç d'Akmoneia \ ne sauraient manquer d'être rapprochés 
de Mèn Tyrannos, le grand dieu phrygien, et les noms les plus 
caractéristiques du judaïsme, Shalaman \ Mousa, prennent l'aspect 
de noms indigènes sous leur forme de Salamôn, Môusès, Mous- 
sios 6 . 

**# 

Nulle part la fusion entre traditions gréco-phrygiennes et tradi- 
tions juives n'est plus sensible que pour la Sibylle elle-même : . 

à Mylasa, Bull. Corr. Hell., 1881, p. 106, 8. On trouvera des nouvelles inscript, 
relatives au culte de Sabazios en Lydie dans Keil-Premerstein. Epigr. Reise in 
Lydien, t. Il (1911). n os 108, 188, 211, 218, 224 (très important ex-voto au dieu Eaêoc- 
0ix6:); au culte de Hypsistos, ibid., n. 28-9, 189 (Thyateira). 

1. Sur ces formes, cf. Deissmann, Bibel-Studien, p. 327. Je signale seulement la 
curieuse coutume d'Autioche où, un jour de l'année, on allait répétant de porte en 
porte le souhait Wvyji loùç crwÇéffÔto (Malalas, p. 29) et je rappelle qu'on alla jusqu'à 
consulter l'oracle d'Apollon Klarios sur le dieu 'Iàco ; Macrobe, Sat., I, 8 ; cf. Buresch, 
Klaros, 1889, p. 48-55. 

2. Aux faits connus à cet égard nous pouvons ajouter ici deux indices nouveaux : 
Dans une inscription de Sisma, au N. d'Ikonion, patrie de la Mèter Zinzimène, on a 
une dédicace 'Iuw Atovucron Eùavx^TO) ; près de Laodicée Gombusta ou trouve To^] 
'Opovoïw. Oronda est sur le territoire de Sisma. Calder [Journ. Hell. Stud., 1911, 
p. 96; Clans. Review., 1913, p. 10) croit à des transcriptions du nom de Jalivé sous 
l'influence de noms lycaoniens comme Ouios, Ouas, Ouès ; pour le Dionysos Iuos, je 
me demande s'il n'y a pas aussi une influence de Évios, Euios, surnoms de Bacchus. 
Rappelons qu'Eve s'écrit en grec Eua. En tout cas, il est téméraire de voir en luos 
avec Calder un Jéhovah-Dionysos. Par contre, il paraît certain que Jahvé a été identifié 
à Triptolème d'après certaines monnaies de Gaza et d'Askalon,dès le début du n e siècle 
(cf. R. Weil, Z. f. Num., 1910). 

3. R. É. J., X, 1884, p. 76. 

4. Ramsay, Cities and Bishoprics, p. 649; Rev. Et. anciennes, 1902, p. 272. 

5. Voir pour Salamon à Sala, à la p. 216, n. 3. En dehors de ce nom, tous les noms 
cariens du type de Salbakos, Salmônion, Salmydessos, etc., tendaient à enlever à 
Salomon toute étrangeté en Anatolie. 

6. Bull. Corr. Hell., 1899, p. 188 : AOp. Mcouayjç ; Termessos, Ane. inscr. British 
Muséum, III, 2, n. 676 : Map Moucrcrtou 'Iaipeo:, rabbin à Éphèse. Sous cette forme, 
ces noms ne devaient pas sembler étranges au pays des Maiissôllos et des Môas. 

7. Gomme on peut le conclure de ce passage du Proœmium : upw-rr, ouv ^ Xcftôaia 
■jfyovv yj llspaiç r\ xuptw ôvo^art xaXovifjtivYi la^êrjÔY] èx xoîj y^ voy ? oSca xoù ^axapta- 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Qu'il remonte ou non à Nikanor 4 , l'un des officiers et historio- 
graphes d'Alexandre, au temps duquel elle aurait prophétisé, son 
nom de Sabbr ou de Sambéthé paraît avoir été connu au 11 e siècle 
avant J.-C. des sources d'Alexandre Polyhistor 2 . Le choix de ce 
nom, celui de Bérôssos donné à son père quand il n'est pas Noé, 
le fait qu'elle passait pour chaldéenne ou persiqne aussi bien que 
pour judaïque, ce sont là autant d'indices qu'elle a été d'abord 
imaginée par les Juifs de Babylone. Sabîtou est le nom que 
porte, dans le Gilgamès, la déesse des eaux, parèdre d'Éa 3 ; peut- 
être une légende la mettait-elle en rapport avec les livres mysté- 
rieux du destin qu'Éa fait enterrer par Xisouthros à Sippara. Cette 



ràrou Ncïe r\ xà xaxà 'A)i<;av8pov xov Maxsoôva ).£YO[X£vy) Trposipyjxévat, Y); [;.vr ; [j.ovEÛei 
Ntxàvcop ô tou 'A>>£|àvôpov fjiou laxopr\7<x^ (éd. Geffcken, p. 2 ; cf. Mras, Wiener Stu- 
dien, 1906, p. 604). C'est également à Nikanor qu'est attribuée la mention de la 
sibylle cbaldéenne dans le fameux passage de Varrou sur les Sibylles. 

1. Les textes sont donnés par C. Muller dans ses Fragm. Hist. Alex., p. 152. 
Dans le plus important (Schol. Plat. Phaed., p. 315b), la Sibylle est identifiée à la 
fille de Noé qui aurait prophétisé en hébreu avant la séparation des langues et la tour 
de Babel. C'est bien là une idée qui a pu venir aux Juifs hellénisés de Babylone. On 
peut identifier Nikanor à plusieurs des officiers d'Alexandre de ce nom et on sait que 
de nombreux vers des chants sibyllins paraissent se rapporter à Alexandre (Strabon, 
XIV, 1, 34; XVII, 1, 43, parle des prophéties que lui consacra Athénais, qui occupait 
du temps du roi le trépied sibyllin à Érythrées). 

2. Polyhistor cite la Sibylle (livre lll) à propos de l'histoire de la tour de Babel, 
légende développée sans doute par les Juifs de Babylone [ap. Eusèbe, I, 23, éd. 
Schoeue). Maass (De Sibyllarum indicibus, p. 12-22) a cherché à établir que c'est à 
Polyhistor que Pausanias a emprunté le passage (X, 12, 9) où il est question de la 
Sibylle lâêôri, fille de B/ipciaoo; et d''Epvxàv9Y). La réputation de mage et de prophète 
que Bérose eut de bonne heure (cf. Maass, p. 14, 33) explique qu'il ait passé pour 
père de la Sibylle, et cela d'autant plus qu'il avait peut-être identifié lui-même 
Sabîtou, déesse de la Mer Erythrée, à la Sibylle Érythréenne des Grecs ; il faut tou- 
jours se rappeler qu'il paraît avoir écrit à Kos, en contact avec les érudits alexandrins 
et qu'il y a beaucoup de rapports entre Bérose et Aratos, comme entre la Sibylle et la 
Kassandra de Lycophron. Pour Érymanthé, on n'a pas encore expliqué sa présence. Je 
me demande s'il ne faut pas y voir une combinaison de Bérose, qui, pour helléniser 
sa Sibylle chaldéenne, lui aurait cherché une mère dans le cycle apollinien. Or, Éry- 
inauthos était un personnage peu connu de ce cycle, fils d'Apollon, qui aurait été 
aveuglé pour avoir vu Aphrodite au bain (Myéhogr., de Westermann, 183, d'après 
Ptolémaios Cheunos). Trois raisons ont pu décider Bérose à forger son Érymanthé : 
1° cette légende pouvait rappeler celle de Gilgamès et Isthar ; 2° Érymanthos était 
l'éponyme du fleuve et de la montagne de ce nom en Arcadie et l'antiquité fabuleuse 
attribuée à l'Arcadie prêtait à y rattacher une Sibylle ; 3° non seulement Érymanthos 
appartenait au cycle du dieu prophétique par excellence, mais un jeu de mots facile 
pouvait voir dans son nom un devin, e'ri-mantis, « celui qui prophétise au loiu » 
(remarquez qu'on conservait une dent de sanglier d'Erymanthe au temple d'Apollon 
de Cumes où la Sibylle passait pour enterrée, Paus., VIII, 24, 5). 

£_3. Jensen dans Schrader, Keilschrift und Allen Testament (3 8 éd.), p. 582. 



NOÉ SANGARIOU 223 

dernière tradition que Bérose a rapportée 1 a pu contribuer à le 
faire prendre pour le père de Sambéthé en se joignant au renom 
qu'il eut bientôt du mage par excellence. Les Juifs de Babylone 
ont sans doute fait de Sabîtou une personnification du Sabbat, et 
c'est comme telle qu'ils l'ont importée en Asie, où elle s'est d'au- 
tant plus facilement identifiée avec la Sibylle d'Érythrées que son 
vocable ancien tVÉri/thraia pouvait aussi bien faire songer à la 
mer de ce nom, le golfe persique, qu'à la ville d'Érytbrées. Là n'est 
pas la seule raison qui a contribué au succès de la Sibylle judaïque 
en Asie. 

Les noms comme Sabbathaï — sous leur forme grecque pour les 
hommes, Sambas 2 , Sambation, Sambatios, Sabbatios, Sabatios; 
pour les femmes, Sambatis, Sambatéis, Sambatbous (mb et bb 
alternent dans toutes ces variantes 3 ) — ces noms n'ont pas seule- 
ment été portés par des observateurs du Sabbat; si leurs por- 
teurs, en Egypte et en Syrie, sont certainement des Juifs, si ceux 
de Grimée sont sans doute des judaïsants, il n'en est pas nécessai- 
rement de même à Argos et à Athènes, en Thessalie et en Macé- 
doine, en Bithynie, Gilicie et Phrygie. Une nouvelle confusion 
paraît avoir contribué à la fortune de ce nom : le Sabazios thraco- 
phrygien était également vénéré sous le nom de Sabas ou Sabos 
et on appelait Saboi les mystes qui le célébraient au cri d'évoé 
saboé. 

Entre Sabbatistai et Sabaziastai comme entre Sabaoth et 
Sabos, il n'y avait pas loin ; peut-être la Gilicie — le passage de 
Paul de Tarse, où se joignent et se mêlent éléments anatoliens 
et éléments phrygiens, — offrit-elle un nouvel élément de syn- 



1. Bérose, fr. 5, dans Lenormant, Fr. cosmogoniques de Bérose, p. 402. 

2. Déjà chez Alcman, fr. 14 (Athen., XVIII, 624 6). 

3. Les noms de cette série ont été étudiés par W. Schulze, Zeitsehr, f. vergl. 
Sprachforschung , XXXVIII, 378. Aux exemples qu'il a réunis on peut ajouter : au 
Fayoum, un Sccêgoattov (Archiv f. Pap., 1909, p. 165), et une 2a[xêa8(cov (certainement 
égyptienne, Edgar, Graeco-roman Coffins, n° 33126 du Catal. du Caire); un Eaêêa- 
tocïo; 2a[xouYi>>ou d'Onion (S. de Ricci, C. R. A. /., 1909, p. 144), que Cronert consi- 
dère comme thrace (Oesl. Jahreshefte, 1909, Beibl , p. 206); en Asie, un Eucaixgâxio? 
à Korykos {R. É. J., X, p. 76), un Saêëà; à Brousse (Mendel, B. C. H., 1909, n. 432; 
cf. un Sambatis Bithynien, R. Ë. J., 1893, 167); dans la Grèce du Nord, un ïaggocuov 
à Chalcis (épitaphe chrétienne : Vé'is, : Eç. àfX-> 1911, p. 105), un Ea66aTtoç en 
Phtiotide [Byz. 'II., 1912, p. 160), un Saêûnaç en Thessalie (Arvanitopoullos, R. de 
Phil., 1912, p. 290), un Iap.ga9(a)v en Macédoine {Annual british school, XVIII, p. 185), 
un SavSa-îwv à Odessa (E. von Stern, Zapiski d'Odessa, 1910, p. 60). Il n'est pas 
indifférent de remarquer que, des quatre saints Sabas dont l'Église a conservé la 
mémoire, deux sont originaires de Thrace et deux de Syrie ; saint Sabbatius est un 
martyr d'Antioche. — Pour la transition entre les formes en bb et eu mb (le 6 ou le m 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

crétisme avec une déesse Sambétké. En tout cas, il me paraît 
invraisemblable que la confrérie cilicienne qui appelait ses 
membres Saêêaxiffrorl ou HaaSaridrat et qui vénérait 6 Oeoç b 
Saêêariffnqç n'ait pas été judaïsante comme la confrérie lydienne 
qui vénérait le @eoç Sa6a6ixôç *. Sambéthé était si bien, en Asie, 
avant tout, la personnification de la manlique chaldéenne qu'on 
connaît à Thyaleira, au temps de Trajan, un Sa^aOeïov lv ttS 
XaXBaiou 7ceoï6ôXw 2 , où Ton ne peut voir qu'un édicule où des 
mages dits clialdéens interprètent les oracles d'une Sibylle. Et 
cette Sibylle est bien celle qui déclare au III e Chant Sibyllin 
qu' « elle a quitté les longs murs de Babylone en Assyrie et 



peuvent tomber aussi), voir l'article de E. Nestlé sur le nom qui perpétue l'impor- 
tance du Sabbat dans notre semaine, Samstag-Samedi -{Z, f. verg. Sprackfovschung, 
1895, p. 366-86). — Il faut rappeler qu'une autre explication de ce nom de Sabbé 
parait avoir eu cours cbez les Juifs : ce serait la reine de Saba parce qu'elle pro- 
pose des énigmes à Salomon : BacrOacrera £aêà, rj-i; Déyzxo EiêuXXa uap' "E)-XY]<nv 
(Cedrenus). La forme Sambéthé s'expliquerait comme Saba N3D plus la désinence 
féminine n; le fx est une addition euphonique qu'on retrouve dans crayeux?) de fcO30, 
l'espèce de lyre orientale que la Sibylle passait pour avoir inventée (Athen., XIV, 637 6). 

1. Pour Sabathikos, voir Keil-Premerstein, Reise, II, 224 ; pour Sabbatistès le 
décret des SaëëaxtcrTai où leur dieu est nommé ô ôeoç ô SagêauciTY); (Dittenberger, 
0?\ gr., 573, près d'Elaiousa), et un fragment d'un autre émanant de ^ étoupea twv 
Ia(j.oaxi(TTtbv (Journ. Hell. Stud., 1891, p. 236). Oehler, loc. cit., p. 300, admet 
avec Ziebarth (Gr. Vereinswesen, p. 55 ; de même Poland, Gesch. cl. griech. 
Vereinswesen, p. 217) que le culte d'une déesse Sambéthé est prouvé parla cuvôSoç 
-a[xga6{xr] de Naukratis ; mais on a précisément proposé de restituer en ouvfaywY ? 
le nom du membre de cette confrérie dont c'est l'épitaphe (S. de Ricci, C. R. A. I., 
1909, p. 145, et ajoutez les nouveaux noms qu'il a publiés dans la Revue Épigra- 
phique, 1913, p. 146, n. 7 SàêêaOe, et p. 148, n. 12 'IyjffoO; 2a[x6aîou) ; d'autre part, 
un des quatre Juifs connus à Korykos est le irpEcêutépoc Eùaa^gàTio; cité à la note 
précédente. Sur l'observance du sabbat (iraêêaTi'Çeiv) chez les Juifs et leurs prosélytes, 
voir Schuerer, op. cit., III, p. 167. Sur l'état religieux de la Cilicie au temps de 
saint Paul, H. Boehlig, Die Geistes/cultur von Tarsos im angusteischen Zeitalter 
(Goettingue, 1913). 

2. C. I. G. y 3509. Cf. le mémoire de Schuerer, Die Prophetin Isabel in Tkyateira 
dans Ttœologisc/ie Abhandlungen zu Weiszaeckers 70** Geburtstag (1892). Cette pro- 
phétesse (c'est ce que son nom peut signifier par lui-même : (s)bale, prophétesse, en 
hébreu; sabal, consacrée, en arabe), citée Apoc, u, 20, a pu être attachée au Samba- 
theion, incarnant la Sibylle judéo-chaldéenne. Je ne sais sur quoi Tumpel se fonde 
pour dire que Noé était associé à Sambéthé à Thyateira (art. Deukalion, dans le 
Pauly-Wissowa, col. 213). Je comparerais au « Sambatheion du Chaldéen » un vers 
du III e livre Sibyllin comme indice de l'origine babylonienne du noyau des Juifs de 
Phrygie : c'est le vers où la Sibylle dit « sa race, celle des hommes de justice, issue 
d'Oup XaÀôatojv », et je rappelle que Vespasien autorisa Éphèse à célébrer sous le nom 
de Rarbilléa des fêtes en l'honneur d'un astrologue syrien Barbillos (Dion, LXVI, 
9, 2). Pour le culte (ÏHgpsistos à Thyateira, voir Keil-Premerstein, op. cit., p. 28-9, 
189. 



NOÉ SANGARIOU 225 

annoncé à tous les mortels le feu envoyé sur la Grèce et les châti- 
ments de Dieu j ». 

En dehors de cette fusion entre les noms, dans la conception 
même de la Sibylle, les éléments gréco-phrygiens ont dû tendre 
à se mêler aux conceptions judéo-chaldéennes. On ne saurait 
douter, en effet, que la Sibylle païenne, bien qu'hellénisée par son 
entrée dans le cycle apollinien, ne soit d'origine phrygienne. 
Quelques remarques suffiront à rétablir. 

Non seulement, à côté de la Sibylle Érythréenne et de la Sibylle 
Hellespontine, cinquième et huitième Sibylles de rénumération 
de Varron, on trouve donnée comme neuvième « la Sibylle Phry- 
gienne qui prophétisa à Ancyre 2 », mais il est facile de montrer 
que les Sibylles d'Érythrées et de Marpessos se ramènent, au 
même titre que celle d' Ancyre, à une même figure des cultes exta- 
tiques de la Mère des Dieux phrygienne. Que dit Hérophile 3 elle- 
même dans l'Hymne à Apollon qu'on mettait sous son nom à 
Délos? « Je suis née d'une race moitié mortelle, moitié divine; 
ma mère est une nymphe immortelle ; mon père était pêcheur. Par 
ma mère, je suis originaire du Mont Ida ; ma patrie est la rouge 
Marpessos consacrée à ma mère (ou à la Mère des Dieux) et 
arrosée par le fleuve Aïdoneus » 5 . Selon les Érythréens, qui fai- 
saient naître la Sibylle dans un nymphaion de l'Acropole ou dans 
une grotte du Kôrykos, elle était la fille d'une Naïade ou Nymphe 
dite Idaia et du berger Théodoros :i . 

1. Orac. Sib., 111, 809 11. 

2. Varro, ap. Lact., I, 6, 9. Il faut sans doute associer cette Sibylle d'Ancyre, 
qui n'est connue que par ce texte, à la source d'Ancyre, où une tradition plaçait la 
capture du Silène par Midas (Paus., I, 4, 5) : j'imaginerais volontiers que la légende 
helléuistique de la fontaine de vin où s'enivre le Satyre s'est greffée sur la présence de 
sources sacrées dont les eaux, réservées aux mystes de Cybèle, passaient pour les rem- 
plir de fureur sacrée. Quant au Silène, il a probablement remplacé dans ces légendes 
Agdistis, l'homme sauvage des hauteurs boisées (agdos, ida), forme primitive d'Attis; 
Aruobe (V, 6) nous a transmis l'histoire d'Agdistis capturé par Dionysos. La même 
histoire avait cours pour Silène et Midas (cf. Walters, Journ. ilell. Stud. , 1911, p. 15); 
c'est à cause de cette source qui enivre que la Sibylle est sans doute appelée Taraxan- 
dra ou Kassandra (Suidas, EîëuXXot. L'autre nom indiqué par Suidas pour la Sibylle 
phrygienne Sâpêi; est saus doute pour làpôtç ; Nicolas de Damas, connaît une Sibylle 
à Sardes, F. H. G., III, 454). 

3. Pour expliquer ce nom on ne semble pas avoir assez remarqué que certains textes 
donnent Theropkile (par exemple Mart. Capella, II, 8, 7). Ce nom se comprendrait sans 
peine comme vocable de la Mêler Théron. Dans Héropbile et Démophile, Héra et Démo 
remplacent la Déméter phrygienne. 

4. Hymne cité par Pausanias, X, 12. 

5. C'est ce qui résulte du récit de Pausanias, loc. cit.) combiné avec l'inscription 
placée sur son Nymphaion lors du séjour en Asie de Lucius Verus, « le nouvel Ery- 

T. LXVI, n° 132. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous ne saurions alléguer ici les autres textes 1 . Mais, si on en 
examine L'ensemble, on ne pourra se dérober aux conclusions 
qu'on résumera ainsi : Marpessos était une bourgade de l'Ida 
au-dessus de Gergis, sur le confln des territoires de Skepsis et de 
Lampsaque ; comme L'indiquent et le nom du lieu (nom en -ssos) 
et le nom du peuple (Gergitbes) à qui il appartient, ce culte 
remonte à la plus ancienne coucbe de population que l'histoire 
connaisse en Troade 2 ; il appartient, d'ailleurs, à ces cultes 
chthoniens que les anciens attribuaient avec raison à la popula- 
tion préhellénique. Près de Marpessos, dans un paysage in Cernai 
de roches volcaniques, arides et rougeoyantes, un torrent des- 
cendu de l'Ida disparaissait pour reparaître plus bas. Celte perte 
passait pour une entrée de THadès ; le torrent en reçut le nom 
d'Âïdoneus et un oracle se développa à cette bouche des enfers, 
daus les mêmes conditions qu'à Delphes ou à Cumes. Si on a 
nommé Sibylles les femmes qui y interprétaient la volonté des 
dieux, c'est que les Grecs cTÉolide appelèrent Sibylla (en éolien : 
(rtoç = ôeôç et [JouXXa = pouAï| 3 ) la propbétesse de Marpessos. Pro- 
phétisant au bord d'un torrent et, sans doute, au moyen de ses 
eaux, la prophétesse, cette Sibylle que les indigènes paraissent 
avoir appelée Marpessô ou Marpessa 4 , passa naturellement aux 

hros » (S. Reinach, Rev. Et. gr., 1891, p. 285, et Cultes et Mythes, II, p. 311). La 
Nymphe Idaia et le berger Théodoros recouvrent manifestement la Mèter Idaia et Attis 
dont son pedum ou sa houlette firent un berger (cf. Ancliise et Paris, pâtres dans l'Ida 
et le « bon pasteur » chrétien). Cf. Bouché-Leclerq, Histoire de la Divination, II, 
p. 170. 

1. Réunis dans les Excursus de l'éd. des Oracula Sibyllina par Alexandre. 

2. Sur les Gergithes-Gergines, voir A. Reinach, Rev. arch., 1910, I, p. 39 (des 
Gergitbes forment aussi une partie de la population rustique à Kymé et a Milet, 
Athen., xn, p. ;J23 f) ; sur Gergis-Gcrgithion, Kiepert, Klio, 1909, p. 11, et A. Reinach, 
Rev. épigr.^ 1913, p. 171; Pour le radical de Marpessos ou Marmessos, je le rappro- 
cherais d'Ismaros ou Maronée, ville du Kikone Maron, du fleuve Marnas à Éphèse. Ce 
radical mar dont on sait l'importance en araméen, a pu contribuer à l'assimilation de 
Marpessô ;ivec Sambéthé. Quoi qu'il en soit la Sibylle hellcspontique paraît avoir été 
dite d'abord repyiôca, Steph. Byz.. s. v. Elle aurait passé une partie de sa vie à Samos 
(Palis., X, 12, 5). Quand Polémon d'Hion, au début du n e siècle, explique le culte 
d'Apollon Sminthien par des souris qui auraient sauvé le pays en mangeant les cordes 
des arcs d'une .innée d'envahisseurs, on peut se demander s'il ne songe pas à un 
récit sibyllin inspiré de l'histoire «le Sennachérib que connaît déjà Hérodote, II, 141 
(Polémon, ap. Clern. Alex., l'ro/r., p. 25. et Strabon, XIII, 604). 

'.'>. Cette étyniologie, admise par Varron et transmise par Lactancc, lnst. div., I, 6, 
me parait préférable a toutes celles que les modernes ont proposées. 

4. Si la MapTCTJorffa de la légende est placée en Messénie, je suis persuadé que c'est 
le résultat d'une transposition de l'Idas-ldaios de l'Ida en Idas de Messénie. Fille du 
fleuve Étolien Euéuos et aimée d'Apollon, elle lui préfère Idas ; de même, Marpessô à 
Gergis, Mantô a Klaros sont associées à des rivières et parfois tilles de la nymphe Hydolé 



NOE SANGARIOU 227 

yeux des Grecs pour une Naïade. Si son père fut donné comme 
pêcheur ou comme berger, 'il faut se rappeler que c'est en pâtres 
de l'Ida que les Grecs transformèrent toujours les amants divins 
de la déesse phrygienne : Attis comme Jasion, Ancbise comme 
Paris. Quand les temples d'Apollon furent établis par les Grecs sur 
la côte, la Sibylle ne tarda pas à quitter pour eux Marpessos 
déchue * ; de fille de la Magna Mater elle devint sœur ou amante 
d'Apollon ; nommée Hérophile ou Démophile 2 , elle fut transférée 
au temple d'Apollon Sminthios ou au temple d'Apollon Klarios ou 
au temple d'Apollon Zôstérios. Si, à l'époque hellénistique, les 
gens d'Alexandrie Troas soutenaient la première tradition, les 
gens de Colophon Nova la seconde, ceux de Kymé la troisième, les 
revendications d'Érjthées, avec sa grotte du Korykos, n'eurent 
pas moins d'autorité, habilement soutenues qu'elles étaient par 
un écrivain local, Apollodoros. Il se fondait sans doute en partie 
sur les vers où la Sibylle parlait de sa patrie, Marpessos la rouge 
(âpuôfYi) devenant un nom ancien d'Érythrées, et on a vu pourquoi 
c'est sous cette forme d'Erythréenne que la Sibylle grecque a pu 
le mieux se fondre avec la Sibylle chaldéo-judaïque. Dès le milieu 
du vi e siècle, un recueil des oracles de la Sibylle Marpessos paraît 
avoir eu cours dans l'Orient grec, en même temps que, d'Érythrées 
et de Colophon, surtout de Kymé et de Samos, ses prophéties pre- 
naient leur essor vers la Sicile et la Campanie. Mais c'est, on l'a 
vu, aux m e -ii e siècles, que commence le grand développement de 
la littérature sibylline, et cela, en partie, grâce aux communautés 
juives de Phrygie habituées à celte littérature, à la fois prophétique 
et apocalyptique. Que l'idée même de la Sibylle ne leur était pas 



«l'humidité». La légende de l'enlèvement de Marpessa par Idas, puis par Apollon, 
que connaît déjà lTlliade. doit exprimer le fait que, du temple de l'Ida, elle a été 
transférée dans celui d'Apollon : c'est à titre de légende éolienne qu'Homère a dû la 
connaître. Le fait que Marpessa -Marmessô se trouve sous le nom de Mermis, sur un 
miroir étrusque entre Ile et Apulu, et la présence d'une Marpe ou d'une Marpessa, 
parmi les Amazones, sont autant d'indices qui l'attachent Marpessa à l'Anatolie. 

1. La Sibylle a dû être adoptée par les Éoliens dès le x c siècle, quand ils achevèrent 
de se rendre maîtres de la Troade. Qu'elle était antérieure à la colonisation grecque, 
c'est ce dont paraît avoir eu conscience la tradition que lui attribue des prophéties 
relatives a la guerre de Troie et fait de Gassaudre (enfermée, selon certains, dans une 
grotte de l'Ida) une façon de Sibylle troyenne. L'adoption du culte fut rapide, puisque 
la Sibylle de Gumes a dû être emportée avec leurs autres divinités par les colons 
partis de Kymé d'Eolide au vir siècle. La première mention de chants Sibyllins est 
donnée comme contemporaine de Grésus, Gyrus et Solon ; la chronographie chrétienne 
varie entre la sixième génération après le Déluge, le juge Églom qui serait contempo- 
rain de Tros et de Tautalos, le roi Hosée ou Manassé, etc. 

2, Dans l'Hymne cité par Pausanias, loc. cit. 



22* REVUE DES ETUDES JUIVES 

étrangère, c'est ce que suffit à prouver la Pythonisse d'Endor, et, 
dans les origines du concept judéo-chrétien de la Vierge Mère qui 
conçoit au souffle de l'esprit saint, on ne saurait manquer de faire 
sa place à la Sibylle qui, bien qu'elle ne prophétise que lorsque 
L'esprit apollinien la possède, n'en reste pas moins éternellement 

vierge, Trapôévo; aùûàecaa. 

#*# 

Ainsi, de l'Ida à Ancyre, les Phrygiens connaissaient, dans le 
cortège de la Magna Mater, une Naïade prophétique qui, peut-être, 
se confondit par endroits avec cette autre figure de leur religion, 
hyposlase de la Grande Déesse et attachée au culte des eaux, 
Nana-Noé. Ne conçoit-on pas que les Phrygiens n'aient pas eu de 
peine à admettre son identité avec Sambéthé, fille de Noé ?' 

Il paraît même s'être fait un pas de plus dans la voie de la 
fusion. 

Voici ce qu'on lit dans le Traité contre les Hérésies de saint 
Épiphane, dans un chapitre consacré aux Nikolaïtes : 

Or donc ces sectateurs de Nikolaos qui sont nés de lui comme les scor- 
pions naissent de l'œuf d'un serpent ou d'aspics, nous opposent des noms 
qui ne sont que des mots vides de sens ainsi que les livres qu'ils com- 
posent à l'appui. Dans l'un d'eux, qu'ils appellent Noria, ils mêlent à la 
vérité le mensonge, puisant aux inventions et aux fables forgées par la 
superstition grecque. Cette Noria, ils disent qu'elle était la femme de 
Nôé. Ils l'appellent Noria, afin que, dissimulant sous des noms barbares 
les inventions des Grecs, ils abusent plus aisément de leurs dupes : s'ils 
l'ont appelée Noria, c'est par traduction du nom de Pyrrha. En effet, noura 
signifie feu en hébreu, non dans la langue pure, mais dans le dialecte 
syriaque ; car dans le pur hébreu feu se dit esauth. C'est ainsi qu'ils ont 
pu, profitant de l'ignorance et de l'incompétence, s'approprier ce nom. 
En vérité, ce n'est ni la Pyrrha dont les Grecs content la légende, ni leur 
Noria, mais Barthenôs qui fut la femme de Noé. Les Grecs disent que la 
femme de Deukalion s'appelait Pyrrha. Il en est qui nous objectent les 
mimes de Philistion : d'après eux, elle voulut à plusieurs reprises être 
dans l'arche avec Noé ; mais le Seigneur, créateur du monde, ne le lui 
permit pas, voulant qu'elle fut détruite avec tous les autres dans le cata- 
clysme. Ils disent qu'elle s'assit dans l'arche, et y mit le feu ni à une ni 
à deux reprises mais souvent, et une première et une deuxième et une 

1. Ajoutez qu'une Phémonoé, déjà connue par Antisthénès de Rhodes (l re moitié du 
11 e s. av.j, passait pour avoir composé un recueil de prédictions sur le vol des oiseaux 
en hexamètres. Elle s'y donnait comme iille d'Apollon et première pythonisse de Del- 
phes (Susemihl, Gesch. d. alex. Litt., I, p. 300). 



NOÉ SANG\RIOU 229 

troisième fois. C'est à eause de cela que la construction de l'arche par 
Noé fut différée de tant d'années, parce que maintes fois elle fut incendiée 
par elle. En cela, disent-ils, Noé obéit au Seigneur ; mais Noria surprit et 
dévoila lés secrets des puissances du ciel ainsi que la Barbélô, souveraine 
des puissances contraires du Seigneur, et, par son œuvre, ce qui avait 
été dérobé à la Mère Suprême par le Seigneur Créateur du Monde et par 
les autres dieux qui sont avec lui, anges et démons, fut (recueilli pour 
être communiqué aux humains?) par l'effet de la puissance qui réside 
dans les corps, per marium ac feminarum profluvia \ 

Nous ne saurions donner ici une exégèse complète de ce texte 
si obscur. Elle exigerait, d'ailleurs, des recherches sur les doc- 
trines gnostiques qui sont à peine amorcées 2 . Rappelons seule- 
ment l'essentiel. 

On a identifié le Nikolaos de qui les Nikolaïtes tenaient leur nom 
à Nikolaos, prosélyte de saint Paul à Antioche 3 ; ce serait à lui que 

la p. 109 de l'éd. Oehler (Corpus haeresiol., I, 1, Berlin, 1859). Il n'y a pas de pro- 
grès sensible entre ces éditions et le texte est si obscur par endroits que la traduction 
qu'on en a donnée ne peut être qu'approximative. Pour permettre de s'en rendre 
compte je reproduis ici le texte d'Oebler : TaÙTrjv y?p ©aat xrjv Ncopiav etvai xoù Nwe 
yuvaixa. KaXoOtfi os Nwptav, ôttwç Ta éXXrjvtxù); uapà toi; "EXXyicu pa'Lworiôé'vxa àuxoi 
(3ap6apixoï; ôvôfi/XTi (J.ETaTronQTavTe; xoï; rjuaTTHAÉvoi; 7cap' otÙTàjv cpavTaaiav èpydtTwvTai 
tva 6rj xa6' £pu.r)V£tav iroiria-wa-i tô tt)? IlOppa; ôvofia, Noopiav toûto ôvoptàÇovxE:, STzeiàr\ 
yào Noupà èv xrj 'Eêpai'St rcûp où xaxà xr,v (taÔEiav yX<ocr<7av épjjiTivsÛExai àXXa va' 
Eupiaxrj SiaXÉxxa). 'Ha-aùô yàp tô 7r0p Ttapà 'Eêpatotç xa/Etxai xaxà xrjv (SaÔeiav yXôoa-aav. 
Tourou yàpiv aùxoï; oujjLêéêrixs xaTà àyvoiav xai àTretpîav tw ôvô'Aau toutou xsyprjaôai" 
Oùt£ yàp nùppa rj ira?' "EXXrjaiv, oûxe Nwpta ri Trapà xoutoi; jjuj6eu6(j.£V7), àXXà 
BapOsvw; tô) N(oe yéyovs yuvr,. Kai oï "EXXrivec yàp 9x71 xrjv ÀeuxaXi'wvo; yvvaîxa 
llvppav xaX^aQat. Elra ir]v aixtav Û7toxi f j£vxat ouxoi oi Ta xoO <I>iXiitxuovo; r)[xiv auôiç 

7TpO<7Cp£pÔ[X£VOt, OTl TTO/Xàxi; PouXo[X£vr) fJLETÔ T<7Û Nà)£ év Trj XtêfOTfO y£V£a6ai où 

auvEytopEixo, toO "Apxovxo; (aarri 1 ) xoOxov xôajxov xxîffavxoç (3ouXouivou a0xr)v à7toXéjai 
oùv xoï; àXXoi; aTracriv èv xa> KaxaxXu<7u.à>. AOxriv oi cpao'.v £7nxa6iÇàv£iv èv xrj Xàpvaxi, 
xai è[X7ct7rpàv auTrjv, où/ àua£, oGSè Si;, àXXà TroXXàxt;, xai TrpwTov, xai oeuxepov, xai 
xptxov. "Oôev 8r) £•; ïvr\ TioXXà ÈXrjXaxEv f, xrj; avxoù xoù Nà)£ Xàpvaxo; xaxaaxEur) Sià tô 
îtoXXàxiq aùxrjv Ott' auxrj; sîXTtETCprjirOai. ^Hv yàp, çauiv, 6 Nûe 7r£i66[ji.£vo; xai "Apyovxi, 
7) Se Nwpîa àirsxàXu^* xàç àvto ouvàu.£i; xai xrjv àrco xàiv Suvâu.scov BapêrjXà) xr)v 
Oïrevavxîav xtô àpyovxi, tb; xai aï âXXai Suvà[X£iç, xai Cméçatvev, ôxi Seî xà ouXrjOÉvxa 
àrtà xrj; àvajOEv Mrjrpo; Sià xou "Apyovxo; xoO xôv xo^u^v 7r£7roi7]Xoxo; xai xcôv àXXwv 
xôjv <>ùv aùxâ) 6£t5v x£ xai 'ayyéXtov xai Sai[j.6va)v auXXey£iv aTro xr]; èv xoïç acou-airi ouvà- 
(j.£w;, oià xrl; à7roppoia; àppÉvtov X£ xai OrjXEiàiv. 

1. Épiphane, Adv. Haer., lib. I, tom. II, baer. xxvi. Ce passage se trouve à la 
p. 332 de l'ed. Migne [P. G., XLl), à la p. 39 de l'éd. Diudorf (Leipzig, 1860, t. II), à 

2. Pas un mot n'a été dit de cette question dans les deux ouvrages d'ensemble qui 
ont renouvelé Vfïistoire critique du Gnosticisme de Matter (2 e éd. 1843), W. Bousset 
Hauptprobletne der Gnosis (Gœttiugue, 1907), et C. de Faye, Gnostiques et Gnosti- 
cisme (Paris, 1913). L'ouvrage de M. de Faye est un exposé méthodique des doctrines 
gnostiques avec un essai de classement historique; c'est à l'origine de ces doctrines, 
aux influences qui ont agi sur elles que Bousset a consacré ses pénétrantes recherches. 

3. C'était un des Sept disciples, Act., vi, o. Saint Irénée, saint Épiphane et Clément 
d'Alexandrie identifient avec ce Nikolaos l'éponyme des Nikolaïtes. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

saint Jean adresserait ses invectives quand il montre les doctrines 
d'un Nikolaos abusant les églises dePergame,d'Éphèse et de Thya- 
teira. A Thyateira, il semble avoir fait partie du môme groupe reli- 
gieux que la prophétesse habel que l'Apocalypse bannit avec lui. 
On a vu que celle-ci tenait sans doute le rôle de Sibylle dans ce Sam- 
batheion autour duquel devaient se rencontrer les idées mystiques 
des Judéo-Chaldéens et celles des Gréco-Phrygiens *. Qu'un disciple 
avancé de saint Paul se soit associé à un mouvement de fusion 
dont devait sortir, un demi-siècle plus tard, le Montanisme, c'est 
ce qui ne saurait étonner. Sans doute, les exégètes modernes 
ont-ils repoussé pour Nikolaos une identification aussi compro- 
mettante, bien qu'ils n'aient pu nier que le fondateur de l'hérésie 
marcioniste ail été un autre disciple de Paul 2 ; mais les écrivains 
chrétiens des n° et 111 e siècles à qui nous devons de connaître les 
hérésies gnostiques ne semblent pas l'avoir mise en doute, et Paul 
n'était-il pas lui-même un hérétique aux yeux de l'intransigeance 
judaïque ? 

Quoi qu'il en soit, le système auquel se réfère notre texte est de 
ceux qui mettaient au principe des choses une sorte de trinité 
formée de deux éléments femelles et d'un élément mâle avec lutte 
des deux éléments entre eux. L'élément femelle, à l'origine unique 
comme chez la Mèter phrygienne, s'était dédoublé à la façon de 
Déméter et de Koré : la mère universelle restait au ciel, y recevant 
des noms abstraits, tels Sophia ou Sigé, Alétheia ou Ennoia; elle 
était, comme ces noms l'indiquent, la source de toute vérité et de 
toute sagesse ; mais elle était aussi à la fois tout amour et toute 
virginité et, quelle que soit l'origine du nom sous lequel elle a été 
le plus connue, Barbélô — nos Nikolaïtes sont une secte des Barbé- 
lognostiques —, les gnostiques lui ont fait subir des déformations 
significatives, d'une part Bapêepù, Bapêepwç, par attraction d'Éros, 
l'Amour; d'autre part, BapôsvoSç, d'où IlapOsvo;, la Vierge; un de 
ses autres noms insiste encore plus dans ce sens, faisant du ciel 
môme comme une matrice universelle : c'est Prounikos, terme tri- 
vial qui désigne les attouchements lascifs, la luxure. 

Dans notre texte, Barbélo paraît la puissance féminine suprême; 
elle a été en lutte avec le principe mâle, le Créateur du monde, 
appelé Jaldabaoth ou Sabaoth, qui lui a dérobé ses secrets, mais 
pour se les réserver à lui et aux divinités secondaires qui l'entou- 
rent. Pour les lui reprendre et pour les divulguer aux mortels. 

i. Cf. p. 224, n. 2. 

2. Je note que Marcion et son disciple Apella ont dû s'occuper du déluge puis- 
qu'ils critiquaient les dimensions attribuées par la Bible à l'arche. 



NOE SÀNGABIOU 231 

Barbélô semble avoir suscité une autre puissance féminine \ aussi 
terrestre qu'elle est elle-même céleste : c'est elle qu'on donne 
ailleurs pour personnifiée dans Eve -, qui est appelée ici Noria et 
qui joue le rôle d'un Prométhée ou d'une Pandore. C'est pour la 
châtier en même temps que la race impie des hommes que le Créa- 
teur veut déchaîner le déluge 3 . Comme Eve, qui perdit Adam pour 
avoir appris les secrets de l'arbre de science, élait sa femme, on 
fit de Noria, la femme de Noé 4 . La similitude des noms a dû 
contribuer à ce rapprochement et peut-être aussi l'influence de 
croyances phrygiennes. 

On a vu, en effet, que, l'hérésie Nicolaïte s'étant formée en Phry- 
gie,il était naturel d'y trouver l'écho des spéculations qui s'agitaient 
alors autour des cultes extatiques de la Mêter phrygienne 3 . Cette 
dyade que forment la Mère suprême et son agent terrestre peut 
rappeler celle que Rhéa Cybèle constitue avec une de ses hypos- 
tases, Nana ou Noé, Agdistis ou la Sibylle ; l'homme qui, chez les 
Gnostiques, repousse l'amour éthéré de la Mère divine poursuivre 
l'amour charnel de la Nymphe, doit certains de ses traits à Atlis ou 
à Daphnis. Par tout ce qu'ils avaient de scabreux, les mythes phry- 
giens prêtaient particulièrement à être exploités par les bouffons. 
On sait que le mime caricaturant les dieux fut la forme de théâtre 
la plus goûtée sous l'Empire, depuis que Philistion l'avait portée à sa 
perfection sous Auguste et sous Tibère. Tandis que les païens exal- 
taient ce mimographe, le traitant en satiriste profond et poète philo- 
sophe à la façon de Méuandre — des « Comparaisons de Ménandre 
et de Philistion » et des Florilèges communs nous sont parvenus en 
fragments —, les écrivains chrétiens ne poursuivaient rien avec 
plus d'âprelé que les mimes, ces daemonum inventa*. Épiphane 

1. D'après Irénée, Adv. lier., I, 30, 9-10. Prounikos fait naître d'abord Cain et 
Seth, puis Noreia et les hommes ; Noreia aurait épousé Setli, qui joue le rôle d'un 
Prométhée. 

2. Un des écrits gnostiques, une sorte d'Apocalypse nicolaïte, s'appelait : Évangile 
d'Eve. 

3. Selon d'autres gnostiques, c'est la Mère, et non le Père, qui envoie le Déluge. 

4. Ce fait ne résulte que du passage cité. Philaster, Adv. Haer., 33, dit seulement 
des Nikolaïtes : isti Barbelo venerantur et Noriam Sur la cosmogonie des Niko- 
laïtes, cf. Bousset, op. cit., p. 103-5; elle contient beaucoup d'éléments syro-phé- 
niciens. 

5. Sur ces spéculations et l'adaptation du mythe d'Attis, notamment par les Naas- 
sènes [Philosoph., V, 1, p. 138, 51), cf. Bousset, op. cit., p. 184-94, et Reitzenstein, 
Poirnandres, p. 93. 

6. Cyprien, De Spect., iv. Cf. H. Reich, Der Mimus (1903), ch. n, 3 : Beurteilung 
und Verurteilung des Mimus dure h die Kirchenvëter. On a des traces d'un mime 
parodiant Cybèle et Attis, Arnobe, V, 42 ; VII, 33. Porphyre de Gaza dit que les Mani- 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'en prend encore à Philistion dans trois autres passages 1 , accu- 
sant les gnostiques de déshonorer les traditions bibliques en les 
mélangeant à ses inventionsjburlesques ou licencieuses. Tl en est 
notamment ainsi du mélange des traits empruntés à son mime 
de « Deukalion et Pyrrha » avec l'histoire de Noé. Si je com- 
prends bien notre texte, ridée grotesque de s'asseoir sur l'arche 
pour l'empêcher de partir, puis d'y mettre le feu à plusieurs 
reprises, viendrait du mime 2 . 

Né en Asie — que ce fut à Prusa, à Sardes ou à Magnésie, selon 
les traditions diverses — Philistion avait dû mêler des légendes 
phrygiennes à la version grecque du déluge, renouvelant ainsi un 
sujet déjà vieux, puisqu'Épicharme, au milieu du v e siècle, avait 
écrit un ^< Pyrrha et Prométhée ». Il est tout aussi probable 
qu'un de ses successeurs, à l'époque où il devint à la mode de 
s'attaquer aux croyances judéo-chrétiennes, aura fait quelques 
emprunts à la tradition biblique du déluge. Certains gnostiques 
qui tirèrent leur nom de Noé, les Noachites, ont dû se prêter par- 
ticulièrement à ses contaminations. Peut-être est-ce ainsi que le 
personnage de Noria a été créé. Une tradition, répandue par les 
chants qui lui étaient attribués, voulait que la Sibylle, femme, fille 
ou belle-fille de Noé, ait survécu avec lui au déluge et appris le 
secret des destinées. La Bible ne lui donnant pas de nom, on était 
libre de l'inventer. On a vu pourquoi certains ont préconisé Sabbé 
ou Sambéthé. D'autres ont pu préférer Noria. Ce nom qui équivalait 
sans doute à l'origine à Parthénos (hébr. rr»M = vierge) présentait, 
en effet, un triple avantage : il pouvait sembler une traduction de 
Pyrrha, — nour désignant en syriaque le feu dont on voulait voir 
en Pyrrha le nom grec, ttuo 3 ; Noria ne ferait donc que se conformer 
à sa nature en mettant le feu à l'arche; son nom même se présente 
comme une sorte de féminin de No'ah ; enfin, si Ton admet que le 
grand centre du syncrétisme judéo-phrygien que fut Apamée n'est 
pas resté étranger à ces combinaisons, on a pu y voir en Noria 
comme une forme de transition reliant Noé, la déesse des eaux 
hypostase de la Mère des Dieux, à Nôrikon, ce nom porté par la 
ville de Marsyas ou par un de ses quartiers. 

chéens et Docètes ont pris leurs opinions dans « les pièces de Philistion » : Marius 
Diac, Vita Porph. Gaz., 86 (Teubner). 

i. Adv. Haer., I, 21, 3; I, 33, 8; II, 66, 22. 

2. Rappelons que l'idée de mettre le feu à l'Argo est attribuée à Médée dans les 
Arf/onau/iques d'Apollonios de Rhodes, IV, v. 390. 

3. 11 est intéressant de rappeler que, dans le système de Bardesane, d'Édesse l'éon 
du feu s'appelait Nouro. 



NOÉ SANGARIOU 233 

On peut entrevoir maintenant comment s'est produit le syncré- 
tisme judéo-phrygien dont la localisation à Apamée de l'arche de 
Noé marque l'apogée. Mais les éléments indiqués ne furent pas les 
seuls à agir dans le creuset fécond qui a produit cette légende ; il 
faut au moins rappeler que, depuis la fin du premier siècle, cette 
fusion s'activa en Phrygie, grâce à l'ardeur de prosélytisme que 
montrait la nouvelle secte judaïsante, le Christianisme. Avant de 
se retourner contre le paganisme, on sait à quel point le Christia- 
nisme a eu avec lui des accommodements auxquels l'ombrageux 
Judaïsme se refusait l ; dans la mesure même où les Chrétiens se 
détachaient des Juifs, ils se rapprochaient des Gentils; à l'ortho- 
doxie phaiïsienne, ils opposaient un esprit plus large qui ne 
repoussait pas ce qni pouvait s'adapter des croyances indigènes. 
De là leur prodigieux succès. 

Aussi bien, cette masse flottante des judaïsants et des craignant 
Dieu, qui s'était instituée autour des communautés juives, passâ- 
t-elle bientôt à ce qui devait lui apparaître à la façon d'un 
« Judaïsme libéral o : ce sont ses membre qui ont formé le noyau 
des églises chrétiennes. Le cas que les Actes (xvi, \) nous font 
connaître pour Lystra — la Juive Euniké épouse un Grec et leur 
fils Timothéos est judaïsant, mais non circoncis — paraît par les 
inscriptions avoir été fréquent. 

Pour marquer la rapidité de l'expansion chrétienne en Phrygie, 
il suffit de rappeler que, dès la fin du premier siècle, parles lettres 
de saint Paul et par l'Apocalypse, on connaît des églises dans la 
région qui nous intéresse, à Kolossai, Laodicée et Hiérapolis, à 
Lystra et à Derbé, à Ikonion et à Antioche, à Sardes et à Thyaleira. 
Grâce à l'œuvre des apôtres phrygiens, Épaphras de Kolossai, 
Philippe d'Hiérapolis, on peut, un siècle après les voyages de 
Paul, ajouter Philomélium, Hiéropolis, enfin Apamée; au milieu 
du 11 e siècle, Papias et Apollinaire d'Hiérapolis, Méliton de Sardes, 
Sagaris de Laodicée, Thraséas d'Eumèneia, saint Irénée enfin, 
attestent l'éclat de Tépiscopat phrygien. Les épitaphes font voir à 
quel point le Christianisme s'était diffusé dans les classes popu- 

1. Aux indices qu'on a donnés depuis longtemps de ce fait, l'épigraphie permet 
d'en ajouter un nouveau. Dans les inscriptions chrétiennes de Phrygie, je n'ai rencontré 
que deux noms sémitiques, Maria (Ramsaj, 365) et Martine (368), tandis que, sur une 
trentaine de textes juifs, on rencontre une douzaine de fois des noms hébreux : Esaii 
(Dorylée), Jacob (Germé, Gappadoce), Joseph (Chypre), Isakis (Tarse, Sidé), Môusès 
(Éphèse, Termessos), Rouhès (Euméneia), Salamon (Sala) ; comme femmes, Dehora 
(Antioche), Isabel (Thyateira, cf. p. 224, n. 2), Esther (Germé). Au contraire, on ren- 
contre, même parmi les Chrétiens de marque, des noms qui rappellent autant les cultes 
phrygiens que Ménophilos, Métrodôros, Sagaris. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

laires. Quand, vers 160, éclata la crise montaniste, on a pu dire 
que la moitié de la Phrygie était chrétienne '. 

Le Montanisme marque précisément l'apogée de ce christia- 
nisme phrygien 2 ; avec lui, c'est la vieille religion analolienne qui 
pénètre dans l'Église. Le haut plateau du Panasion, au-dessus de 
Pepouza 3 , centre de leur culte, où les Montanisles croyaient voir 
descendre la Jérusalem céleste, se rattachait au nord au Dindymos. 
la montagne sacrée des Phrygiens; au sud, nous l'avons montré, 
au Bérécynthe, l'autre montagne sacrée; il voyait se former leurs 
grands fleuves divinisés, le Méandre, l'Hermos, le Rhyndakos, le 
Tembris, affluent du Sangarios; le rôle des femmes dans leur culte, 
l'importance de l'extase et de la prophétie, la grande fête commen- 
çant par un appareil de deuil pour finir en réjouissances véhé- 
mentes, la communion avec un pain particulier ! : autant de 
traits qui semblent empruntés à la vieille religion phrygienne. 

Même l'église orthodoxe qui combattit le Montanisme n'avait 
pas résisté à cette pénétration. Si Mon tan a commencé par être 
prêtre de Cybèle, s'il se donnait comme l'époux de la Vierge Marie 
comme Attis était le parèdre de la Mère des Dieux, son principal 
adversaire, l'évêque d'Hiéropolis Aberkios a eu l'étrange fortune 
de laisser une épitaphe dont le christianisme est si fortement 
teinté par les croyances indigènes qu'on a pu l'attribuer à un 
prêtre d'Attis, et un de ses collègues ne croyait pas offenser la 
piété en portant le nom de Sagaris emprunté au cycle de Gybèle. 
Si les orthodoxes ont violemment attaqué les prophétesses qui 

1. Voir, pour la dispersion géographique du Christianisme en Anatolie, Ramsay, 
The Church in the Roman Empire before 170 (6 e éd., 1906) et Historical commen- 
tai^ on Saint Pauls Galatians (1899); pour son histoire générale, Mgr Duchesne, 
Histoire ancienne de l'Église, I, p. 262-9 (mais notez, lorsqu'il parle de « prêtres 
exaltés, Galles et Corybantes » que les Koryhantes sont seulement le nom que se don- 
naient des confréries bacchiques; à côté du texte de Lucien qui les mentionne, on ne 
les connaît que par une inscription d'Ërythrées). 

2. Sur le Montanisme, cf. le chapitre de Duchesne, op. cit., et l'article de Bon- 
wetsch dans YEncyklopaedie de Hauck. On a récemment proposé de voir dans les 
Odes de Salomon des hymnes montanistes (S. A. Fries, Z. f. neutest. Wiss., 1911, 85). 
Les mystères phrygiens paraissent avoir connu un rite de baptême, Keil-Premerstein, 
op. cit., II, n. 183; Ramsay, British School Annual, XVIII, p. 50. 

3. Voir sur le Banaz-Ova (Panasion) et Pepouza le chap. xm des Cities a?id Bisho- 
prics de Ramsay. 

4. Je crois avoir établi ce fait dans mon article sur le pain Galate {Revue celtique, 
1907); j'y ai montré que le pain azyme était seul permis aux prêtres et mystes de 
Cybèle, aux Montanistes dits Artotyrites et à la confrérie anti-chrétienne des Xe'noi 
Tekmoreioi en Pisidie. Sur le dipyron des Tekmoreioi, Ramsay s'est rallié à ma 
manière de voir, Journ. Ilell. Slud., 1912, et on a un témoignage épi graphique de 
l'observance par les Juifs d'Hiérapolis de la « fête des azymes » (Cichorius, Hie'rapolis, 



NOÉ SANGARIOU 235 

accompagnaient Mon tan, Philippe, le principal apôtre de cette partie 
de la Phrygie, ne manquait pas de se faire accompagner de ses 
filles, qui passaient également pour avoir le don prophétique. Avec 
l'Egypte, c'est sans doute en Phrygie que la religion nationale a 
exercé sur le christianisme la plus durable influence : on peut la 
suivre depuis l'importance prise par la Vierge -Mère à côté du Fils 
de Dieu souffrant et ressuscitant, jusqu'à la fixation par certaines 
églises de la Pâques au 25 mars, jour où Ton fêtait la mort d'Àttis ; 
depuis le Christ conçu à l'image d'Àttis sous les espèces du « bon 
pasteur » jusqu'à l'adoption du pain levé dans la communion par 
l'église d'Orient comme protestation contre l'usage judéo-phry- 
gien. De pareils faits, qui attestent l'action des cultes phrygiens 
sur le Christianisme, n'autorisent-ils pas à supposer une action en 
retour du Christianisme sur la religion indigène? En ces matières 
surtout, il n'y a pas d'action sans réaction. Or, pour l'adoption de 
la légende de l'arche, les églises ont pu ajouter leur influence à 
celle des synagogues. Sur ce point, leurs croyances étaient com- 
munes et on a remarqué, d'ailleurs, qu'en Phrygie, Juifs et Chré- 
tiens, animés d'un même libéralisme puisé sans doute au même 
fonds gréco-phrygien, ont vécu en meilleure entente. Les deux 
premiers Chants Sibyllins, qui ont pu, on l'a vu, être composés dès 
le début du n c siècle avant Jésus-Christ par quelque Juif helléni- 
sant de Phrygie, ces Chants où nous avons trouvé le Déluge mis 
en rapport avec la Phrygie, ont été l'objet de retouches de la part 
des Chrétiens au ir 3 siècle après Jésus Christ; ces retouches toute- 
fois n'y ont pas introduit, comme ailleurs, des violences contre les 
Juifs ni les Gentils '. 

Aussi bien, au lieu de se demander, comme on l'a fait, si les 
magistrats d'Apamée qui ont frappé les pièces au type de Noé 

n. 69). Quant aux Montanistes dits Taskodrouggites, ce qui signifie « ponce au nez » en 
phrygien, Mgr Dncliesue a tort d'en écrire plaisamment : « Certains sectaires, parait-il, 
se mettaient le doigt dans le nez pendant la prière », op. cit., p. 282; il s'agit pro- 
bablement pour eux de retenir l'esprit saint qui les remplit pendant l'extase, idée du 
même ordre que celle qui fait asseoir la Sibylle sur un trépied au-dessus de la faille 
d'où montent en elle les vapeurs sacrées. 

1. On sait que l'observance par les Chrétiens d'Asie de la Pàque juive au 14 de 
Nisan taillit causera la fin du n 8 siècle un schisme avec l'Église de Home, où on blâ- 
mait cette pratique comme judaïque et où l'on reportait la Pàque au dimanche suivant 
(Cf. Duchesne, op. cit., p. 290). Chrétiens et Juifs polémiquaient courtoisement en Asie 
comme l'atteste entre autres le Dialogue avec Tryphon (docteur juif d'Éphèse) écrit 
par Justin vers 160. Voir aussi lepitaphe métrique du Juif Rouben ( e Pouêr) pLeyocXoio 
GeoO 6epcx7rovTi) à Euméneia, remarquable pour son ton et ses sentiments helléniques 
(Ramsay, Cities, n. 232). Un des martyrs de Synnada porte le nom juif de Sabbatios; 
des chrétiennes ceux de Maria (op. cit., n. 365), Marthiné (n. 368). 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

étaient Juifs, on pourrait se demandera aussi juste litre s'ilsétaient 
Chrétiens . ' 

Il nous faut donc résumer ce que Ton peut savoir de ces deux 
communautés à Apamée. On a vu plus haut comment les Juifs 
sont arrivés à la ville de Marsyas. Mais, on pourrait inférer l'exis- 
tence d'une colonie juive du seul fait que, environ de 200 avant à 
200 après, Apamée fut la principale place de commerce de l'Asie 
intérieure. « Apamée, » dit Strabon, « est le grand emporion de 
l'Asie proprement dite, le deuxième après Ephèse 2 ». Deux siècles 
plus tard ; Dion Chrysostome dit encore aux Apaméens : « Vous 
êtes la première ville de la Phrygie, de la Lydie, et même de la 
Carie; d'autres nations vous entourent, Cappadociens et Pamphy- 
liens et PisiJiens; et pour toutes, votre cité sert de lieu de réu- 
nion et de marché 3 . » Dans une ville aussi considérable, il ne 
pouvait manquer de se trouver une colonie juive. Nous n'en avons 
qu'une seule inscription certaine, du milieu du n e siècle après; 
mais elle suffit à établir l'importance de la communauté. Il y est, 
en effet, question d'un vô[loç toW EIouSsojv 4 , qui ne peut être qu'un 
statut spécial concédé par la cité aux Juifs 3 . 

L'Église, à Apamée, n'a pas dû tarder à sortir de la Synagogue. 
Vers 180, on entend parler de son évoque Julianus comme adversaire 
des Montanistes. Une quinzaine d'épitaphes chrétiennes ont été 
recueillies, dont une de la fin du u e siècle (Ramsay n.387), deux 
datées de 239 (n. 388) et de 260 (n. 375); sur une seule, le défunt 
se dit XûiffT'.avb; (n. 393); c'est dans cette épitaphe qu'on rencontre 
le seul nom qui soit peut-être judéo-chrétien Msàtivt, (forme hellé- 
nisée de Marthiné?); le christianisme ne se décèle en général que 
par la formule qui termine la menace contre les violateurs de la 

1. Pour des Chrétiens occupant en Phrygie des charges municipales, cf. Ramsay, 
Ciliés and Bishoprics, p. 520. 

2. Strabon, XII, 8, 15 ; cf. 13 : 'Xr.a^eia. yj Ktëcoxo; leyo[i.ivr\ xai AaoSixeia, aurep 
è'.Ti [j.=yi<7Tai twv xaxà xrjv <ï>pvYiav Tro/.etov. 

3. Dio, Or., XXXV, 14. 

4. Ramsay, Cities, p. 538, n° 399 bis : Aùp. 'Poùcpoç 'IovXtavoù (}' cTcoiy)7<x xo 'yjpâiov 
eaa'JTw xs x-fl (ju(xëta) (xou Aùp. Taxiavrj - le, 6 ëxepo; où xeÔyj, el oé xiç £TUXY]G£va'., xov 
vojxov oloev tojv Eiou6éfov. 

5. Ramsay propose de reconnaître encore un Juif dans son inscription n° 385; c'est 
la dédicace d'un hérôon qu'élève en 253/4 AÏÀioç ITavyàpioç ô xal Zumxô; (Zotikos est 
le nom de baptême gréco-judaïque; Pancharios se retrouve donné à un Juif C. I. G., 
9904); elle s'achève par la formule judéo-chrétienne serrai àuxô) Tcpô; xov 6eov ; sa 
femme serait une païenne, à en croire son nom d'Aelia Atalanté. Ramsay soupçonne 
encore de judaïsme les inscriptions 315 et 394; 394 à cause de la formule 7cpoç xov 
xpixrjv ôsôv et de l'expression éx xoù atjxaxô; [xou, 315 seulement à cause de cette der- 
nière expression. 



NOÉ SANGARIOU 237 

tombe : « qu'il ait à en rendre compte devant le dieu vivant », ou 
« le dieu immortel », ou « le dieu justicier », ou « au jour du 
jugement » *. 

Ces inscriptions appartiennent, pour la plupart, au 111 e siècle. 
C'est alors que le Christianisme a dû arriver à son apogée à 
Apamée. Sa voisine, Euméneia, paraît avoir été entièrement 
chrétienne au temps de la persécution de Dioclétien 2 . C'est sous 
les Sévère que le prosélytisme a dû connaître son plus beau succès 
à Apamée. Malgré les Apologies que lui présentèrent Méliton de 
Sardes et Apollinaire d'Hiérapolis, Marc Aurèle avait prescrit ou 
autorisé des poursuites où périrent, entre autres, les évoques Poly- 
carpe de Smyrne, Sagaris deLaodicée, Hiérax d'Ikonion, Thraséas 
d'Hiérapolis, poursuites que le proconsul Arrius Antoninus reprit 
en 184/5. Sévère, selon Spartien, interdit de faire des juifs et des 
chrétiens, mais on n'entend pas parler persécution sous le règne 
d'aucun des Sévère. Il suffit de rappeler qu'Alexandre Sévère avait 
groupé dans son oratoire Abraham et Orphée, Jésus-Christ et Apol- 
lonius de Tyane, et que Philippe l'Arabe a passé pour chrétien; on 
comprend ainsi que ce soit de Septime Sévère à Philippe qu'aient 
été frappées les pièces d'Apamée, dans l'époque de tolérance qui 
s'étend entre la persécution de Marc-Aurèle et la persécution de 
Décius. Nos pièces à l'arche appartiennent bien au temps des 
Sévère où les cultes syriens dominaient dans la religion officielle. 
Nulle part la liberté des cultes ne paraît avoir été plus grande alors 
qu'en Asie : les évoques pouvaient publiquement tenir des conciles 
en Phrygie, à Synnada et à Ikonion 3 ; un évèque d'Ancyre, puis 
une prophétesse cappadocienne pouvaient librement prêcher « le 
jour du Seigneur » et, montrant dans des tremblements de terre 
un avertissement divin, entraîner des populations fanatiques vers 
Jérusalem -'. 

# # 

L'agonothète et le grand-prètre qui firent frapper les monnaies 
au type de l'arche auraient donc pu être chrétiens aussi bien que 
juifs. Mais il est probable quils étaient simplement des païens 
tolérants, ouverts aux idées nouvelles. Quand Artémas fut agono- 

1. Ramsay, Cities and Bishoprics, n os 385-399. 

2. Eusèbe, H. E., V, 16. 

3. Ramsay, op. cit., p. 506. 

4. Duchesne, op. cit., p. 437, 442. Apamée n a eu de martyr que sous Décius : c'est 
saint Tryphoii. Ce nom est connu par des inscriptions et des monnaies comme appar- 
tenant à une des grandes familles d'Apamée. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

thète pour la troisième fois, il fit frapper en même temps que les 
monnaies au type de Noé, des bronzes montrant Athéna au bord 
de rAulokrène (n. 163), Zeus tenant Niké à la main (n. 168), 
Athéna casquée appuyée sur sa lance (n. 174-4), une gerbe d'épis 
(160), un aigle aux ailes éployées (172) '. Alexandros, grand prêtre 
de Rome et d'Auguste, a émis, sous Philippe l'Ancien, avec les 
pièces au type de l'arche, d'autres qui montrent le héros Kélainos 
faisant une libation (n. 185) et un lion s'avançant vers un thyrse 
avec ciste mystique dans le champ (n. 183-4) 2 . 

Si Artémas et Alexandros étaient païens, il n'en est que plus 
frappant qu'ils n'aient pas hésité, probablement en 202 et en 204, 
a émettre des monnaies avec la légende de Noé en même temps 
que des pièces rappelant les fables païennes. Le fait est d'autant 
plus significatif que non seulement Alexandros était grand-prêtre, 
mais qu'il semble que tous ces grands bronzes, frappés par des 
grands-prêtres, des Asiarques, des agonothètes ou des panégy- 
riarques, étaient moins des espèces courantes que des médailles 
destinées à commémorer la réunion à Apamée du xoivbv 3>puytaç. 
Une monnaie d'Artémas porte précisément en exergue: KOINON 
<ï>PYn (172) 3 . C'est donc en l'honneur des assises solennelles de 
la Phrygie qu'on n'hésitait pas à graver sur les médailles commé- 
moratives la légende biblique. Ce fait n'est-il pas hautement révé- 
lateur pour la popularité des idées judéo-chrétiennes en Phrygie, 
dans la première moitié du m e siècle ? 

Analysons de plus près nos monnaies, maintenant expliquées et 
datées, pour voir ce qu'elles peuvent encore nous apprendre sur 
le syncrétisme dont la Phrygie fut alors le théâtre. 

Le type de notre monnaie rentre, comme on l'a fait remarquer 4 , 
dans une série qui devait reproduire des tableaux exposés dans 
une galerie d'Apamée. Les Rorybantes dansant la pyrrhique autour 
de la Nymphe à la chèvre qui porte Zeus enfant, Marsyas jouant 

1. Barclay Head, B. M. C, Phrygia, Apameia, n° 163 (Septime Sévère) ; n°" 168 
et 17 ( J, Caraealla, seul et avec Plautilla; n° 173-4 (Géta), 166 (Julia Domua). C'est sous 
Septime Sévère que sont frappées les pièces au type de Noé. La frappe de cette série 
de pièces doit donc se placer entre 198, où Garacalla fut proclamé Auguste et Géta 
César, et 211, date de la mort de Sévère; leur année d'émission est peut-être 202, quand 
la famille impériale parait avoir traversé l'Asie. 

2. Head, lac. cit., n » 183-4 (Philippe l'Ancien); n° 185 (Otacilia Severa). Philippe 
et sa femme paraissent avoir traversé l'Asie en 244, revenant de Nisibe par Antioche 
a Rome. Ce pourrait être la date de nos monnaies. — Le nom d'Artémas est porté par 
un chrétien à Apamée (Ilamsay, op. cit., p. 534, n° 388), ainsi que celui d'Alexan- 
dros (n° 386). 

3. Cf. à ce sujet Ramsay, op. cit., p. 442. 

4. Cf. Ramsay, op. cit., p. 432. 



NOÉ SANGARIOU 239 

dans sa grotte, sa rivalité avec Apollon ou avec Athéna, Artémis 
Anaïtis entre les quatre fleuves personnifiés, peut-être aussi Mên- 
Anchouros à cheval, voilà, à en juger par les monnaies, quelques- 
uns des tableaux qui devaient avoisiner celui de l'arche. Cette 
peinture pouvait remonter à la fin du i er siècle. C'est, en effet, 
alors que, dans la calacombe de Domitilla, se rencontre la plus 
ancienne représentation de Noé dans l'arche Sur deux fresques, le 
patriarche est peint, imberbe et vêtu d'une tunique sans manches, 
sortant à mi-corps d'un coffret rectangulaire dont le couvercle est 
levé ; un oiseau vole vers lui 1 . 

Cette curieuse figuration de l'arche sous forme de coffre ne 
résulte pas seulement de l'interprétation des noms sous lesquels 
on la désignait chez les Grecs et les Romains, x'.6ojto;, arca; elle 
est un nouvel indice de la réaction de la mythologie figurée des 
Grecs sur les légendes bibliques. C'est dans un coffre ou bahut, au 
couvercle levé, semblable à celui de nos monnaies, qu'on repré- 
sentait Deukalion et Pyrrha, Persée et Danaé, ïennès et Hémithéa 
abordant au Parnasse, à Sériphos, à Ténédos. Certaines de ces repré- 
sentations furent célèbres 2 ; telle l'arrivée de Danaé, peinte par 
Artémon au tii° s. av. Ce tableau paraît avoir influencé les monnaies 
d'Elée (le port de Pergame) montrant l'abordage en Mysie d'Auge et 
deTéléphos 3 . Les artistes prirent l'habitude de montrer dans Y arca 
leurs personnages, hommes et femmes, en sortant à mi-corps ; . 

1. Voir à l'article Arche du Dictionnaire d'archéologie chrétienne, col. 2712-3 
et de Waal, Roem. Quartalschrift, 1909, pi. I. D. Kauffmann a proposé ici (R. É. «/., 
1887, p. 45) de voir dans ce que j'appelle le cotfre, le capot ou l'écoutille qui surna- 
gerait comme dans un sous-marin, le reste de l'arclie étant censé caché par les flots. 
11 est certain qu'il a existé une figuration de l'arclie sous les traits d'une maison 
carrée à toiture plate dominée par une sorte de cheminée carrée (voir la miniature dans 
Hartel-Wickhoff, Die Wie?ier Genesis, 1893, pi. iv) ; mais la présence du couvercle 
suffit à prouver que telle n'est pas l'idée des artistes auxquels nos monnaies sont 
dues; la plus rapide comparaison avec les figurations dans l'antiquité classique de 
larnakes ou de kibôtoi flottant montrent que c'est bien celles-ci qui ont inspiré le 
graveur de la monnaie d'Apamée. Signalons que notre monnaie n" 4 est bien repro- 
duite dans K.-M. Kaufmann, Handbuch der christlichen Archaeologie (1913) p. 306. 

2. Pour les peintures représentant Danaé et Persée, Raoul Rochette, Choix de 
peintures de Pompéi, pi. xiv, p. 181 et 191; Museo Rorbonico, II, pi. xxx, 4 
(fig. 454 de l'art. Arca de Saglio), cf. Helhig, Wamtgemaelde, n. 119-21 (ligure dans 
Springer-Michaelis, fig. 570). Knatz, Quomodo Persei fabulam artifices traclaverint 
(Bonn, 1893), décrit deux peintures de vases (B., 1, 2) auxquelles Hartwig en ajoute 
une troisième, Mon. Piot., X, pi. vin. Ajoutez, tngelmann, Oest. Jahreshefte, XII, 
1909, p. 165. 

3. Cf. Marx, Ath. Mitteilungen, 1886, p. 23; Wroth, R. M. C, Aeolis, p. 130. 

4. On peut faire la contre-épreuve de ce que nous avançons sur l'origine grecque 
de ce type d'arche en se reportant à ses représentations dans l'art copte; là on trouve 
la barque égyptienne, la baris. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Aussi bien, est-ce ce couple qu'on a représenté sur nos monnaies, 

alors que la tradition biblique eût voulu qu'on y plaçât ou Noé 
seul, ou Noé accompagné, en dehors de sa femme, par ses trois fils 
et ses trois brus. La femme qui accompagne Noé est censée proba- 
blement être, non réponse de Noé, même sous la forme gnostique 
de Noéria, mais sa fille, la Sibylle Sambéthé : on a vu qu'elle rap- 
pelait elle-même qu'elle avait navigué dans l'arche, dans les vers 
sur lesquels les gens d'Apamée devaient appuyer leur prétention 
à être la ville où Noé avait débarqué avec la Sibylle. 

La colombe, que ne connaît aucune des légendes grecques de 
héros jetés à la mer dans un coffre, semble pourtant avoir, avant 
la frappe de nos monnaies, pris place dans le mythe de Deukalion '. 
En effet, on lit dans le traité de Plutarque : « Quels animaux sont 
les plus advisez », ch. xxxvm : « Ceux qui ont inventé les fables 
disent que, durant le déluge, Deucalion laschoit la colombe quand 
il voulait sçavoir quel temps il faisoit, parce que, s'il faisoit encore 
tempesle et temps de pluies, elle s'en retournoit en l'arche et, 
quand le beau temps fut revenu, elle s'envola du tout et ne retourna 
plus. » N'est-ce pas l'écho fidèle de la légende biblique 2 ? Les Gentils 
ont dû l'accueillir d'autant plus facilement qu'une légende, que 
connaît déjà Aristote, montrait Deukalion s'établissant à Dodone 
sur le conseil de la colombe sacrée et y fondant le culte de Zeus 
Naios. La légende épirote faisait succéder au déluge l'embrasement 
causé par la chute de Phaéton à Apollonia d'Epirc, et un scholiaste 
de Lucien identifie cet embrasement à celui de Sodome et le déluge 
de Deukalion à celui de Noé 3 . 

Une autre particularité de notre monnaie apporte un nouvel 
indice de syncrétisme: Noé, figuré barbu et sans coiffure sur les 
autres pièces, paraît, sur celle d'Alexatulros, plus court vêtu, 
imberbe et coiffé d'un béret qui rappelle nos bérets de matelots: 
on y reconnaît la kausia caractéristique des Thessaliens et des 
Macédoniens, ce qui indique que l'artiste devait se conformer à 
un modèle créé pour la légende thessalienne de Deukalion. Le 
geste même de Noé et de sa femme, la main droite levée, ce geste 
qui, pour le judéo-chrétien, était un geste d'invocation ou de 



1. Sur Deukalion h Dodone, cf. Tiitnpel, art. Dp.ukallon dans le Pauly-Wissowa ; 
sur Zeus Naios, dieu des eaux, et sa parcdre, Diônaia, rapprochés de Noé, cf. plus 
haut, au 1 er article, p. 164. 

2. Peut-être faudrait-il aussi tenir compte ici dune curieuse série de lampes 
romaines où l'on voit un oiseau portant un rameau dans son bec ou ses pattes ; mais, 
parfois il paraît perché sur la branche. 

3. Schol. à Lucien, Timon, 3. Cf. Lucien, De Sallat., 39. 



NOÉ SANGÀRIOU 241 

prière, est celui que devaient faire Deukalion et Pyrrha jetant par 
dessus leur épaule les pierres qui allaient repeupler la terre. C'est 
sans doute parce qu'on sentait si bien que tout Grec instruit qui 
verrait cette monnaie penserait instinctivement à Deukalion qu'on 
prit le soin, pour que nul ne s'y trompât, d'écrire sur le coffre 
NQE « . 

#*# 

Nous voici au terme de notre démonstration. Le nombre et la 
complexité des questions soulevées en ont rendu l'exposé néces- 
sairement discursif. Mais je ne crois pas que, parce qu'il a fallu le 
construire en matériaux disparates, notre édifice en soit moins 
solide. Chacun de ces matériaux a apporté un élément nouveau à 
la thèse que nous nous étions proposé d'établir sur une base solide, 
thèse que l'on peut formuler ainsi : si l'arche de Noé apparaît sur 
les monnaies d'Apamée au début du 111 e siècle de notre ère, ce 
n'est pas la conséquence de la fantaisie d'un magistrat judaïsant, 
c'est qu'Apamée était le théâtre d'une très ancienne légende phry- 
gienne du déluge et que, depuis la fin du 111 e siècle avant notre 
ère, le récit biblique avait commencé à s'unir avec les traditions 
indigènes. 

Résumons ce qui, des matériaux si divers qu'on a mis en œuvre, 
ressort en faveur de ce qui est l'essentiel de cette thèse. 

Les Phrygiens avaient une légende propre du déluge : ce n'était 
pas un déluge causé par les eaux du ciel; c'était un cataclysme lié 
à des secousses sismiques qui déchaînaient à la surface du sol les 
eaux souterraines, inondaient les campagnes et engloutissaient les 
villes. Une pareille légende paraît particulièrement à sa place dans 
un pays volcanique comme l'est la Phrygie centrale, entre Pessi- 
nonte, Ancyre, Iconium, Hiéropolis, Laodicée et Apamée. 

Dans chacune de ces villes on retrouve des éléments de la 

1. Gomme il est probable que la Noé phrygienne a été ainsi judéo-chtïstianisée de 
même que les liéros cavaliers, Mén devenu saint Pliilippe ou saint Georges (cf. 2 e art., 
p. 8 et 13), serait-ce dépasser la vraisemblance que de supposer que saint Zacharie a 
pu être rapproché, de même, de Sangarios, le père de Noé (cf. 1 er art., p. 105)? Ainsi, 
la liturgie de saint Jacques en usage à Jérusalem prescrivait l'emploi de la formule 
suivante quand on agitait l'encensoir : 6 6eô; 6 TipocrÔE^à^evoç "AêsX xà Sùipa, Nà>s xai 
Aêpaâ[J. xr)v 6uiîav, 'Aapa>v xat Ea^aptou to 6v|iiàfi.a (Graeven, Byzant. Ztschr., 1901, 
p. 4 ; Orsi, ibid., 1912, p. 189). On sait que Zacharie passait pour le thuriféraire par 
excellence et on trouve cette glose due à un lecteur byzantin en regard d'un passage 
où Pausanias parle du Sayyapio? : 'o vùv Xey6[X£vo; ■noTajxô; la^apia; (éd. Blumner, I, 
p. 147). La forme de ce nom dans les tablettes d'Armana est ^yyQ (Knudzton, n° 35, 
p. 1082). 

T. LXVI, u° 132. 16 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

légende : à lkonion, Nannakos annonçait le déluge et la nouvelle 
race d'hommes formée par Athénée et Prométhée; à Hiérapolis et 
à Laodicée un temple englouti et une gorge ouverte pour sauver 
le pays par un glaive divin; à Pessinonte et à Ancyre, il semble 
qu'on ait cru à une arche abordant au sommet des monts à la fin 
du déluge, puisqu'on montrait au mont Agdos, au-dessus de Pessi- 
nonte, retraite de la Méter Agdislis, les pierres dont Deukalion et 
Pyrrha auraient tiré l'humanité nouvelle et qu'un temple abritait, 
au-dessus d'Ancyre, l'ancre retrouvée par Midas. Enfin, à Patara 
en Syrie, on a des traces d'une légende de l'arrivée de l'arche de 
Persée ou de Télépbos. 

A Apamée Kibôtos elle-même, on a retrouvé des traits plus nom- 
breux d'une légende diluvienne : dans ce bassin arrosé par les 
eaux qui, de toutes parts, viennent former le Méandre, les secousses 
sismiques comportaient de terribles inondations; celle qui eut lieu 
sous Alexandre amena Antiochos 1 er à reconstruire la ville ruinée; 
celle qui eut lieu sous Mithridate est déjà enveloppée de fables dans 
le récit de Nicolas de Damas. Une légende nous parle d'un abime 
plein d'eau bouillonnante où la ville s'engouffre au temps de Midas 
et qui ne se referme que lorsque le héros Anchouros, son fils, 
s'y précipite à cheval, et cette légende paraît avoir été destinée à 
expliquer un rite qui se serait pratiqué dans le temple de Zeus. 
Ce Zeus paraît à la fois dieu des eaux du ciel, comme représen- 
tant un dieu pluvieux indigène, Hyès-Hyagnis (Hyas passait pour 
avoir rétabli les hommes après un déluge), et dieu des eaux de la 
terre sous son vocable de Kélaineus, une sorte de Zéno-Poséidon 
comme le dieu de Mylasa. Dans son temple, comme dans celui de 
Mylasa, comme au ploutônion de Mon et de Gybèle à Hiérapolis de 
Phrygie, comme au temple d'Hiérapolis de Syrie, on paraît avoir 
jeté des offrandes propitiatoires dans un gouffre d'où seraient 
sorties les eaux diluviennes. 

Une forme de ce Zeus Kélaineus était Marsyas dont le nom même 
désigne Y outre qu'il porte sur le dos, l'outre d'où est censée 
sourdre le torrent qui porte son nom ; c'est aussi outre que signi- 
fie Nôrikon, un des noms phrygiens d'Apamée Kélainai. Kélaineus- 
Kélainos, fils de Poséidon, est associé à Kélainô ; celle-ci devait 
être, avant tout, une déesse pluvieuse puisque les Grecs en font 
une Pléiade, une Hyade ou une Danaïde. Comme la grande déesse 
d Apamée est représentée sous la forme qui est coutumière pour 
la Déesse-Mère en Phrygie, on peut voir un de ses vocables en 
Kélainô et se demander si elle n'aurait pas été également vénérée 
sous le nom de Noé. 



NOÉ SANGÀRIOU 243 

Si les Juifs placèrent de préférence à Àpamée la légende de 
l'arche et l'Ararat, c'est d'abord qu'ils traduisirent par* arche son 
surnom de kibotos, qui désignait peut-être en réalité Y entonnoir 
où s'étaient engrouffrées les eaux diluviennes — , c'est ensuite que 
la ville était dominée par les deux plus hautes cimes de la Phrygie 
centrale. L'une, le Mont de la Lune d'aujourd'hui, était sans doute 
consacrée à Mèn Àskaénos, le dieu lunaire des Phrygiens (et 
Askaénos doit être en rapport avec askos, outre ; l'autre, le Mont 
Blanc moderne, était apparemment ce Bérécynthe à qui la Mêter 
phrygienne doit son surnom de Berecynthia. 

Peut être les Juifs d'Apamée rapprochèrent-ils aussi Bérécynthe 
de Baris. Ce nom était celui d'une ville de Milyas proche d'Apamée 
et d'un temple d'Arménie du pays de Minni, dont les Grecs avaient 
fait Minyas. Une légende du déluge, apparentée à la légende phry- 
gienne, paraît avoir existé en Arménie ; elle se rattachait à un 
héros indigène que les Grecs identifièrent à Jason. Or, baris était 
un mot égyptien signifiant la barque des dieux, mot que les Grecs 
avaient adopté, et l'on montrait peut-être les débris d'une arche — 
les Grecs y virent l'Argô — dans le temple d'Anaïtis à Baris et 
dans les Jasonia de son parèdre. 

Ces confusions, dont on a montré l'existence dès le m e siècle 
avant notre ère, ont pu d'autant mieux jouer leur rôle dans la 
localisation au-dessus d'Apamée du Mont de l'arche que, même au 
temps de Josèphe, celui-ci n'était pas encore définitivement iden- 
tifié. S'il était notoire que l'Ararat biblique désignait l'Arménie, 
l'identification du Mont de l'arche avec le Mont Ararat actuel ne 
s'était pas encore imposée ; on pensait surtout aux monts de Gor- 
dyène dans le Kurdistan; mais d'autres soutenaient les prétentions 
du mont de Baris en Atropatène, d'une localité en Osrhoène près 
de Harran, peut-être aussi celles du mont Nisir au-dessus de 
Ninive. Chacune de ces localisations a dû être défendue par les 
colonies juives du voisinage; il n'y a donc rien de surprenant à ce 
que celle d'Apamée ait aussi soutenu la sienne. 

Ce sont des Juifs de Babylonie qui l'ont importée à Apamée dès 
la fin du m siècle avant notre ère, et, la fusion une fois com- 
mencée entre leurs légendes et celles des indigènes, le syncrétisme 
s'est bientôt développé comme de lui-même au milieu des commu- 
nautés mixtes. La Sibylle gréco-judaïque fait sienne la localisation 
de l'Ararat à Apamée sans doute un siècle avant notre ère ; cette 
Sibylle s'identifie elle-même à la femme ou à la fille de Noé en pro- 
fitant de ce qu'une hypostase de la Grande Déesse phrygienne, 
déesse des eaux fécondantes devenue simple Naïade, portait aussi 



244 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



le nom de Noé ; dès le 11 e siècle après notre ère, le gnosticisme 
s'empare de cette Noéria et en fait l'une des héroïnes de ces com- 
promissions entre le judéo christianisme et le paganisme dont le 
Montanisme assure longtemps le succès au cœur de la Phrygie, 
dans la région même d 1 Apamée. Les communautés chrétiennes, 
si rapidement multipliées à travers la Phrygie, ont ajouté, dans 
ce syncrétisme, leur action à celle des colonies juives. A la fin du 
ni siècle, Apamée aura une Montagne de l'arche, avec église com- 
mémorative, et les écrivains chrétiens répandront la tradition 
apaméenne. Loin d'être un fait isolé ou fortuit, la localisation de 
Noé à Apamée de Phrygie est une des conséquences logiques du 
grand mouvement syncrétique judéo-phrygien sur lequel nous 
espérons que cette étude aura jeté quelque lumière. 

Adolphe Reinacu. 




N o h 

iAT VA PloY 
TYNH 




1. Nous donnons ici, comme cul-de-lampe, la stèle de Thasos qui a été le point de 
départ de cet article d'après un dessin fait devant l'original. La stèle est en marbre 
local : haut. 0,33 dont 0,045 pour le rebord mouluré; larg. 0,21 au bas, 0,20 au haut ; 
ép. 0,055. 



NOÉ SANGARIOU 245 



ADDENDA ET CORRIGENDA 



1 er art., p. 167. Dans la série des noms du groupe de Noé, le lecteur 
aura corrigé spontanément Nvuvoç en Nouvo;, Nimxa en Ni'vixa. On trou- 
vera d'autres noms de cette série signalés dans l'index de mon Bulletin 
d'épigraphie grecque pour 1910 12 (1913). C'est évidemment la déesse 
Nana-Noé qui se cache dans Nanis, la fille de Grésus qui aurait livré 
Sardes à Cyrus (Parthénios, Narrât. 22). 

2 e art., p. 20. Sur Persée à Ikonion dans les monuments antiques, voir 
G. Minervini, Perseo ed Andromeda in Iconium (dans ses Memorie Aca- 
demiche, Naples, 1862); sur les travaux de drainage que le peuple lui 
attribue encore dans la région, Hasluck, Annual of the british School, 
XVIII, p. 267. 

2 e art., p. 30. Sur les traditions relatives au déluge en Arménie et 
Anâhita comme déesse des eaux en Arménie et son parèdre Verethragna, 
on trouvera encore des textes intéressants dans Spiegel, Eranische Alter- 
tumskunde, et Lagarde, Gesammelte Abhancllungen (1866). Il n'y a rien à 
tirer du mémoire où H. Schneider vient de reprendre la théorie de l'ori- 
gine babylonienne de toutes les légendes diluviennes (Zur Sintflutsage, 
Leipzig, Hinrichs, 1913). — Sur la coupe qui montre Jason rejeté par le 
dragon à la façon de Jonas, un mémoire de G. Loeschcke a été annoncé 
à YArchaeologische Gesellschaft de Berlin (séance du 4 février 1913). — 
Les Ibères du Caucase se seraient également réclamés d'une origine thes- 
salienne, Tacile, Ann., VI, 34. 



T. LXVI, n« 131. 



DAVID KIMHI APOLOGISTE 

UN FRAGMENT PERDU 
DANS SON COMMENTAIRE DES PSAUMES 

On sait depuis longtemps que David Kimhi a cultivé l'apologé- 
tique. Pourtant Graetz n'en dit rien et s'efforce de le présenter, 
ainsi que son frère Moïse, comme un personnage insignifiante 
C'est là un jugement qui ne s'accorde pas avec les progrès de la 
science historique. Kimhi est plus équitablement jugé, parmi les 
anciens chroniqueurs, par Isaac Lattes 2 et, parmi les modernes, 
par Landshut 3 et Micbael ''. 

Nous avons trouvé dans la collection de textes de la Gueniza 
appartenant à M. Elkan-N. Adler, de Londres, un fragment com- 
posé de deux pages et contenant probablement un morceau du 
commentaire de D. Kimhi sur les Psaumes 3 . Les passages apolo- 
gétiques de ce commentaire ne se trouvent que dans les premières 
éditions 6 . Plus tard on les imprima à part, n'osant pas le faire 
autrement 7 . Mais notre fragment nous apprend que déjà les pre- 
mières éditions n'ont pas la plupart des passages qui contiennent 
une critique des Évangiles. Il n'est donc pas étonnant que ces pas- 
sages manquent dans les extraits, qui n'ont môme pas reproduit — 
ou qui ne connaissaient pas — certains morceaux des éditions 8 . 

Dans ces conditions, il n'est pas sans intérêt de faire connaître 
ce fragment et d'en publier le texte. Mais d'abord, quelques obser- 
vations sur son contenu sont nécessaires. 



i. Graetz, Geschichte, VI 3 , p. 200 et s. 

2. Neubauer, M. J. C, II, p. 237; Buber, Schaarê Cion (Jaroslau, 1885), p. 43 : 

rmnn ©tdi pnp-in n?:ana û'HaDSi d"w o-man nan ^nny "m '"in 

van baô p© ba> vjttita baô baipwn n«3 sn^sa aroais. 

3. Arnoudê ha-Aboda, p. 90. 

4. Or ha-Chajim, p. 332. Cf. Wolf, Bibl. Hebr., III, p. 188. 

... N° 11 80, 20. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici nos meilleurs remerciements 
au savant propriétaire de ce texte pour son amabilité. 

6. S. a. 1447). J'ai pu utiliser l'exemplaire du British Muséum, qui possède aussi 
l'édition d'Isny; v. Berliner, Or ha-Chajim, p. 331. 

7. V. Wolf, Bibl. Hebr., III, 183; Or ha-Chajim, p. 331. 

8. V. p. 6, début. Ces deux passages manquent même dans l'édition du Nizzahon 
par Hackspao (Nuremberg, 1644). Un juif converti, Rabbi (!) Joban Salomon a cité et 
traduit les observations de Kimbi sur Psaumes, xc, 10, dans son 0*3 1231125 îlUîbïJ 

Danzig, 1675). 



DAVID KIMI1I APOLOGISTE 247 

Ce qui prouve que nous avons affaire à un commentaire des 
Psaumes, ce sont les derniers mots du fragment, où l'auteur 
annonce qu'il va passer à l'explication d'un psaume, qui est vrai- 
semblablement le psaume xix. Le style décèle David Kimbi '. 
L'auteur cite des prosélytes français (sans doute des Albigeois 2 ), 
qui ont embrassé le judaïsme à cause des contradictions des 
Évangiles : vr^nai» dtTDixraa û^Tosn irTon û^ns-ii: tria tpèti "pi 
ï-.T "»3Btt. Enfin, l'auteur polémise contre s. Jérôme (nui n^îon 
mn piccn tfsitt abi fin m*an DwavY") , tout comme Kimhi dans 
les parties apologétiques connues de son commentaire des 
Psaumes 3 . 

Examinons maintenant le contenu môme du fragment. Les 
questions qui y sont examinées sont les suivantes : 

1. — D'après Matthieu, xnt, 11-17, Jésus parle au peuple en 
paraboles pour confirmer Isaïe, vi, 9 : la citalion d'Isaïe est 
inexacte. 

2. — D'après Matthieu, xv, 8, Jésus dit aux Pharisiens que le 
verset d'Isaïe, xxix, 13, s'applique à eux : le verset d'Isaïe est cité 
inexactement. 

3. — D'après Matthieu, xix, 3 et s., Jésus répond à la question 
des Pharisiens s'il est permis dans tous les cas d'écrire un acte de 
répudiation, en citant Genèse, n, 23 : citation inexacte '. 

4. — D'après Matthieu, xxi, o, Jésus, arrivant à Jérusalem, 
charge ses disciples d'aller dans la ville et de lui amener un âne, 
à cause de la prédiction de Zacharie, ix, 9 : citation erronée. 

5. — D'après Matthieu, xxi, 16, les Pharisiens étant irrités de 
ce que les enfants criaient devant Jésus : « Hosanna, fils de 
David! » Jésus leur répond par Psaumes, vm, 3 : mais il cite ce 
verset inexactement. 

6. — D'après Matthieu, xxvn, 17-21, Jésus a mangé la pâque 
dans la soirée au lendemain de laquelle il a été crucifié. La fête de 
Pâque serait donc tombée en cette, année un samedi et Jésus 
aurait été crucitié le premier jour de Pâque. C'est absolument 
faux, car on ne suppliciait pas un jour de fête. « J'ai posé la ques- 

1. Je note, comme indices du style de Kimhi, des expressions comme -,72N TU*, 
33TO T\y ou "iHN T\V (cf., dans l'édition de 1477, p. 4 a, sur le ps. n), l'indication 
du but de Fauteur, comme p. 4a, 15 a : riTH *p ^Dmm, enfin le fait que les 
questions touchées ici ne sont pas traitées dans d'autres parties du commentaire. 

2. Sur les rapports des Albig-eois avec les Juifs, v. Graetz, Geschichte, IV 3 , 141. 

3. Voir p. 23 a. 

4. Cf. Schechter, Fragments of a Zadokite work (Cambridge, 1910), p. 4, 1. 20. 
Mais là il n'est pas question de la répudiation, comme le croit l'auteur, v. Biichler, 
/. Q. R., 1912, p. 433. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion à un chrétien versé dans l'Évangile et il m'a dit qu'il ne 
comprenait pas cela. » 

7. — Dans Matthieu, xxvii, 3-11, il est dit que Juda Iscariote, 
après avoir reçu des prêtres trente pièces d'argent pour livrer 
Jésus, eut des remords de sa trahison et rendit la somme aux 
prêtres, qui l'employèrent à l'achat d'un champ, confirmant ainsi 
un prétendu verset de Jérémie. Ce verset n'existe pas. S. Jérôme 
prétend avoir vu un verset semblable dans ce prophète. L'auteur 
s'étonne que le Père de l'Église n'ait pas fait connaître ce passage. 
— On sait que les indications de s. Jérôme sont du domaine de 
la fantaisie. Les apologistes et les exégètes veulent y voir une 
combinaison de Zacharie, xi, 12-13, et Jérémie, xix, 12 '. 

8. — Dans Matthieu, m, 3, le verset Isaïe, xl, 3, est appliqué à 
Jean-Baptiste; il y a erreur dans la citation. 

9. — D'après Matthieu, xxn, 34, Jésus, à qui on demande quel 
est le premier commandement de la Loi, répond en citant les ver- 
sets : « Écoute, Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est 
un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton 
âme et de toutes tes pensées. « Ce pauvre homme, s'écrie Kimhi, 
ce pauvre homme dont ils ont fait un Dieu ne savait pas même le 
Schéma. » — Il n'est pas étonnant qu'un censeur n'ait pas laissé 
passer ce texte. 

10. — Dans Matthieu, xxvi, 31, est cité un verset qui ne se 
trouve pas dans rÉcriture. — D'après les exégètes, c'est une com- 
binaison de Zacharie, xm, 7 + xi, 4. 

11. — Dans Matthieu, ni, 3, le verset Isaïe, xl, 3, est inexacte- 
ment rapporté à Jean-Baptiste (voir n° 9). 

12. — Sur bien des points, les quatre Évangiles se contredisent. 
« Les modernes ont essayé de les harmoniser. J'ai vu un livre de 
ce genre : l'auteur cite un passage, constate que tel Évangile est 
d'accord, tel autre en désaccord, et corrige à sa manière. Je con- 
nais des prosélytes français, sages et pieux, qui se sont convertis 
pour cette raison. » 

13. — La pensée qui a inspiré la généalogie de Jésus est que le 
Messie doit être d'origine davidique. « On s'est imaginé que, le 
fiancé (Joseph) étant de la race de David, sa fiancée (Marie) l'est 
aussi. C'est un raisonnement sans preuve, même d'après leurs 
livres. » La généalogie de Matthieu est, du reste, en contradiction 
avec celle de Luc. 

14. — Jésus dit que, sous Achab, la pluie fut arrêtée pendant 

1. Voir E. Haupt, Alites tamenlliche Cilate, 1871, p. 279 et suiv. 



DAVID KTMHI APOLOGISTE 249 

trois ans et six mois. C'est faux : la pluie recommença à tomber 
dans la troisième année. 

15. — Les règles morales du Sermon sur la Montagne (Mat- 
thieu, v) sont qualifiées de « piété insensée ». Ainsi, Jésus dit : 
« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, 
bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous 
oppriment. Si on vous frappe sur une joue, tendez l'autre. Si on 
vous vole votre tunique ou votre vêtement, ne vous y opposez 
pas ; qu'on prenne tout ce qui est à vous. Ne vous demandez pas : 
que mangerons-nous? que boirons-nous? comment nous habille- 
rons-nous? comme font les païens, car votre Père qui est au ciel 
sait ce qu'il vous faut, recherchez d'abord le royaume du ciel et 
sa justice et il vous donnera tout cela. Ne vous occupez pas du 
lendemain, car le lendemain s'occupera de lui-même. » Et bien 
d'autres traits de « piété insensée ». Les chrétiens veulent prouver 
par là la perfection de leur loi. Mais on ne peut même pas appeler 
loi un système aussi antisocial. 

Les deux passages que nous donnons en appendice sont des 
extraits apologétiques de Kimhi sur les psaumes ni et xiv. Dans le 
premier, il montre que le psaume ne peut pas s'appliquer à Jésus; 
dans le second, que le psalmiste n'a pu défendre tout intérêt, 
sans distinguer entre l'israélite et le gentil, alors que Moïse le per- 
mettait pour celui-ci. 

Londres. 

A. Marmorstein. 



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^"nnb nms tnn vo* "O nw« -n* .' airoa (ruai) ...ibn 1 " a^ia i73Uîbn 
ïtbi icnn ïam iran 2 aôi lyausn yi-aa toia n» aa^pb ta"»b«»a 
*\yvr> 5 Dn^TMi 1*7312; naarr fc arP3wn ï-tt- arn ab t-nn 3 )72V unn 
7 Dm» NDi&o ■mia , n ira-» aaabai i^tdC" 1 arrowi arpT^b 6 -in-p \b 
■priDiaa nTn a*rs anro nrrôy "*d crçjnob rai -173» iiy .«ainaa nr^i 
J™ns7an aa^nai73 ta^nba ^"nay nan «b b* ^37373 prn labi isnaa 
as mnb nni73 as cwion imbwB tso m* . 9 annaD hj'ut D"©3N 
rmcaro "O taruna «b a->\am ïrnn» r-ia^a ï-rrab nmDKb rnrrna 

1. La première ligne est illisible. 

2. Texte mass. : biO. 

3. T. M. : 173tan, fin!! manque. 

4. T. M. : -p;îN1. 

5. Au lieu de Dm3Tôn "I273tt, T. M. a TD^I. 

6. T. M. nfrTP et les autres mots au singulier. 

7. Isaïe, vi, 9-10. 

8. Matth., xiii, 11-17. 

9. Is., xxix, 13 ; Matth., xv, 8 ; Marc, vu, 13. 



2oO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•vm nntDKa pam ûwXt ax «na aïan p ba» na«i napi-i nat 'i nea» 

iN33 i*r»bnb naN -na" 1 *»a do nv .* awaa na»En in« niaab landau? 
ibéOID na a^pb vby aima man Va ".trn-n ma*n b« "oVra D^b-c-i-i-b 
•jipwS p m* ban "jipn b* aam "a* *jb «a** npba nan jts: nab maN 

a^s-np a^-i^nn -na« ba> na^n i»bnna û^ian^sn ^a ainai .«ainaa na»rai 
*ca 's« na ûna*à« «bn anb w na«i mn p «3 nania-ih nur nn« 
baK to *a a a aina ma» . 3 ainaa na»tai nacn nabifiH a^pam o^abia» 
fin 'i dv nos ^nn na\pa p aa mm nbna ipnnaia swbn nasn 
pi .wrp a-na an» lanrr «b "a maa npia nn n'rp: npa b« piDNn 
aana "m«b nT "»nbNU3 naai nasn an? ana» abm tims mabna 
rnnm "o ao ma» >ni paa na^Nta *b "laNi ïvba p«a ^pa 
[■nataa] irrnaa va-' anb noai tpa ta^bia b^anana npb 8 cavnpTi: 
6 inpTas ^aax n©N "»a TOonb wanœa -ia&o ia">a anb "jna ^a .losnbi 
fcaranabi D^apîb tpa a^tabia K»am cannna p nrtai •ira a» pi w ton 
a*mn nnai "«b nai ib tibn .p^ma an mnaa "o Ti»ûn anb naao 
rpan inpb ta*anam îaaaa» nbm ib h p :TI «npaa cpan mbtam 
tonatya ...msia aai npa» >nn ^d jnn-p'? /na-i naa^N "o (fimfinai) 
na» «an bpn mers Nnpa pb-i D*nab nnp pfn«b nsm rrm na iap">p 
û^iabia inp'na 'firran imam *m ba» nawaffl na a^pna tni riTH dvïi 
nirn^n mv iyn bpin larai b^nc " , :a7a inpb -^c« ^n^s ^ny rpa 
rt«"i n»Ran ST'aT^a bbaa iar« ^a annan np^ya n:m '-i rns -iia«a 
tnma» T'rn rP73n-2 ht- pioort Ni:73 «bi nia t-nyan u:^72* , :"n"'■ , 
aa*C3 piaon nr Ma aipa ^iip- iiiaba nne* ï-ibj* hni ^a 8 -ipe 
nbrn au: «b nab ^a ma naa^a ht ini< bai "cnsan apa p man" 1 
•naiN ton niasa irn pnaD cn rra-p nsob npppynn ©a^an^ nîn 
nb^oa TitD^ 'i ^m i:d na-taa x^iy 'ii-p naî« "jrnv ba> ^d au: aipa lia» 
msan N^n H7û iia^b bwo -tnx dix ^d bïî anna m y . 9 mpaa n^ai 
'n pn nanan ins 'i ^^nbN r i b^iiû"' yaïî in-'^n mina rî:T>aN-ir: 
. 10 ]*o "ry f^-.xa ban ^"»ma©n73 baai ^^aa baai ^nab ban ^^-bx 
n^n «b a*7ûu: nxnp ib^aa mbs irnxoyi: hth ^3yn nam 
nj-jT v^^ 71 raticm n?in na^N "ia« ^e ,, ^a a '«a aina nny .nr 
a^py^: ^m 'iai Nmp bip na«: pm 1 ba> ^a 'ha nn^ Tiy .aipan 
. n mpa3 n^aT 'n nyittî* 1 pn nioa ba ikt» a^^i^D a^a-rtb .mcîab 
.*m p p: nbiabiaa mm .a^n?: ai-iwN t]o^ nnbw nca do apa ma» 
Canmai . 12 rî7ûb'a nbobea -^no na^T -inx pnxa ban aina nn^T 
.m pn ht a^ipia rmabp rryanaa anb bj^îc p^ba ^i« ^an w \n a^an 
^snt apbD-" ^Da a^a^ayn aîD^b m-iiaa moa»b bmann» ibnnwn "iddi 

1. Gen., ii, 23 ; Matth., xix, 3 et suiv. 

2. Zach., xix, 9 ; Matth , xxi, o. 

3. Ps., vin, 3 ; Matth., xxi, 16. 

4. Matth., xxvn, 17-21. 

5. V. Krauss, Leben Jesu, Berlin, 1902, p. 285. [Jewish Review, IV, p. 199]. 

6. V. Archiv fur Heligionswissenschafl, 1912, p. 318 et suiv. 

7. Matth., xxvn, 3-11. 

8. Sur les inventions de ce Père de l'Église, voir Zdckler, Hieronymus, Gotha, 1863, 
I>. 331 et suiv. 

9. 1s., xl, 3 ; Matth , m, 3. 

10. Deut., vi, 4-5; Matth., xxn, 3i. 

11. Voir plus haut, p. 248, § 10. 

12. Matth. ; i ; Luc, m. 



DAVID KIMIÎI APOLOGISTE 251 

'iba iay a^aan ma a^naiN nnaa naa*a «laataai tonn -isan "«n^n 
naai .m^san û-it* «bi "pmaiana ■'sb priai iay a^aon Nb mai 
T-p^anaio amoi7a->aa a^aan û^van D^nsns a^nj Tnan 
rrmia a^ina n v aan ■•a ann nnbwn maaa anaïai .m ^dw 
p aaa inoviN nn a*->T?3 mn ai-iama "itin ■'a a\am *m rn^aa 
i-iannai .om-iaaa Nb sjn ï-pk-i sba orra aoao iî ainn anTna 
^■'iNnb aanan by n-nan marna a^piaa "paraa p^ba *pNa r-naipa 
V2^y *-iana as "PT'abna "H ©•* Tianaia naai ."paï na» ain ma 
ion mn «bi a^aian nat^a a^tann rw3T»i a^aia ©b« ^a nais Ninia 
asnsb narin -p imbab 'n naa rmœ-vatan r-iatoa -«a t^nn np'ai 
a^aan ba aans lana^ -irawa aab ^*ia r-rabrib nas iia-< ^a aman 
nana nais -^n aaab baN tammaan fcantTMn tanai* vn ï-ït n sa 
caNT D3"nms iya ibbann a^bbpa lana esa^aitab i^n .aa^a-nN 
in taaanana eana biw taaio nnan . .."iriKn Tiba thn aant* na** 
bî* nn-iN mat iu -aab tono vi bab bnam im« lyaan ab aaœaba 
■»a D"nan niBano iaa raaba nai nnraa n7ai basa na -na«b ibnncn 
taa-'aTa maba naiiaen iiapa aab ^puataia na a*>au3au: aa->aK yv\^ 
bin»- nna B"p ^a nna ara ibintan b« 'aab "jm ht ban inpnati 
rna Nin rm .nain ana mao bus rm-am ibetb nainai îaatyb 
min Nnpnuj -nan ■;■>« nTa «atra -non inmn mabiaa a-oya ania 
mvnata naarm aaiam m baai .^"Han a*pp mas" 1 nnmaïaa -o 
ma ^".on an nnTaaa n^snnb a^Nan -ra** nns nujinpn nsTimn 
t-iTrb«n rmnn tnvnatab m«n nTa ■»*tï .t|na ban an an-nn nan 
irmin nn^a nan b«i©- fnn^aT tan y a nc« nn^Ni .ta7ai:y ^aiîj 
"la^7an n"i?aT7an ^hdn nnyn .nmab^ab *ji"ian nnb ibai* 1 ta |* , « nab'an 
.rranp nana a?ay na*>nai qio mmœ ^ia nttbton la-nmn na'aa 
mK^atan nTa*a mnaraa inm niKatnaa na-ib nmioan a"«ipn nam 
ana banoan ion a^wan am fnnb«n s— laana bna pbn ma^pnn 
im^atri b«n niaaa bina i"»a^ ^-a^ an*>in fiabei amrra a^^an 

■ wnbyoai 

APPENDICE 

1. — Sur le psaume m (p. 8 a). 

taa , »7aiwsb t-ny ^©ibhi ra-> by pnoan a^anD7au: a^arian p by 
i-p ^a t-n«b mai'a aannab r-nbyn nawxn inainsb na^u: a^ian by 
by -nas-ia îa-i^au: maT7an ->a nb">nn anb ma» nn^i ~iaan t-inpb 
by nnban nn^n oni mb» Nin a« nro? nbann ^a nn;n .nasa ^a 
p aN iaia:-i n^n «b ^a ^b i-ia^^ bnt .nnbon r-ïbvin «b nu:an 
nan^ maian ann ^a -nyi .narin n^n «b^j lan by bbsna mn nab 
•^nana naa n'aan nn^pb by-\ "ib vn a^ai Q-»a^N ami nnN a^ix by 

.anb a-«u:nu: na ^aujn -naTaa ^b 

2. — Sur le psaume xiv (p. 15 a). 

■m ^a DnaiNtt? a">-iatiab nai^nn Natania ^-ia nia ^b vamm 
■»a ia pni «b nn moN n-^an ba Nb^ ^w bs-iw ^a D^-ian (Nb) 
.b«n ^s by na^ai ma 73 n^nnu: na -ion nn 

1. Matth., v, 73; vi, 25-34. 

2. Il s'agit probablement du psaume xix. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

(suite *) 

ACTES DE PEDRO III (1276-1285). 

1316. — L'infant don Alfonso ayant reçu des plaintes contre Abraham 
de Torre et son fils Vidal, Juifs de Figueras, a fait informer contre eux 
sur les articles suivants : 1° ils auraient volé à Navarro de Monzôn, Juif 
de Figueras, une tunique talaire 2 et d'autres vêtements ; 2° ledit Abra- 
ham aurait étouffé deux nouveau-nés, qu'il avait eus d'une Sarrasine ; 
le même vivrait en concubinage avec une Sarrasine de Palia (?), du nom 
d'Axian, qu'il avait rendue mère à plusieurs reprises ; 4° le père et le 
fils auraient réclamé des créances déjà libérées ; 5° ils auraient pratiqué 
l'usure ; 6° après avoir juré sur les dix préceptes de la loi de payer leurs 
dettes, ils auraient failli à leurs engagements ; 7° en fraude de la quête 
et de la taille royales, Abraham aurait remis à Vidal, son fils, des actes 
de ci-éance d'un total de 20.000 sous, en vue de dérober cette somme à 
l'estimation fiscale ; quant audit Vidal, il aurait juré ne rien avoir en 
capital ; 8" le père et le fils se seraient rendus coupables de faux, d'alté- 
ration de comptes, de rixes et coups au préjudice de chrétiens ou de 
Juifs, à l'intérieur ou à l'extérieur de la synagogue, le jour du sabbat et 
autres jours de la semaine, de disputes, coups et injures entre père et 
mère, de port d'armes, de menaces avec couteau, de vols, etc. ; 9° ledit 

1. Voyez Revue, t. LX, p. 161, t. LXI, p. i, t. LX1I, p. 38, t. LXIII, p. 245, t. LXIV 
p. 67 et 215, et LXV, p. 61. 

2. Tunique talaire, sorte de robe descendant jusqu'aux talons. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 253 

Vidal aurait vendu un roucin à Melgueil (?), dans une terre royale, à 
rencontre des prohibitions du roi ; 10 Ml aurait troublé l'exercice du 
culte dans la synagogue de Figueras, et un jour de sabbat il aurait tiré 
le glaive du fourreau et tenté d'assassiner un de ses coreligionnaires ; 
11° il aurait traîné hors de la synagogue un Juil' par les cheveux et, ce 
faisant, l'aurait blessé atrocement ; 12° un jour de sabbat, il aurait enlevé 
furtivement des actes de dettes de la maison de son père ; 13° il se serait 
précipité sur Abraham, son père, l'épée à la main, avec l'intention de le 
tuer ; 14° il aurait fait frapper et voler son père, ainsi que Azdey, son 
frère ; 15" il aurait fait plusieurs tentatives et infractions contre la juridic- 
tion de Figueras et contre les habitants, de concert avec le comte d'Am- 
purias ou autres-, 16° de propos délibéré, à la tête de gens armés, il aurait 
attaqué la maison du Juiflsach Solam, à Castellô, blessant grièvement 
avec un glaive ledit Isach et d'autres qui s'y trouvaient ; 17° enfin, il 
aurait attaqué de la même façon, à Figueras, la demeure d'en Gamelera, 
qu'il croyait habitée par Isach Solam ; après enquête, Abraham et Vidal 
de Torre ont supplié l'infant de les admettre en composition ; D. Alfonso 
y consent au prix de 7.900 sous barcelonais. — Girone, 15 mars 1284-5. 

Reg. 62, f° 136 v°" 137. — Publ. : Pella y F'orgas, Historia del Ampur- 
dân, Barcelona, 1883, in-4°, pp. 603-604, en note, avec de nombreux points 
de suspension (d'après une copie communiquée à l'éditeur par don Manuel 
de Bofarull). — Pièces justificatives : n° XV. 

1317. — D. Alfonso avise A. de Ordis, jurispérite, qu'il a cru devoir 
lui confier le règlement du procès qui s'est élevé entre Astrug, Juif de 
Perelada, et sa fille, d'une part, Astrug de Belcayre, d'autre part, au sujet 
de la dot, de la pension alimentaire et autres choses nécessaires à l'en- 
tretien de la fille dudit Astrug, L femme d'Astrug de Belcayre. — Girone, 
16 mars 1284-5. 

Reg. 62, f° 136. 

1318. — D. Alfonso donne procuration à P. Rossinyol pour intervenir 
dans les enquêtes que dirige A. Taberner contre les Juifs de Figueras, 
inculpés de coups, injures, rixes et maléfices. —Girone, 17 mars 1284-5. 

Reg. 62, f° 137. 

1319. — D. Alfonso mande à Taberner de prélever 100 sous barcelo- 
nais sur les 7.900 que Abraham de Torre et Vidal, son fils, Juifs de 
Figueras, doivent verser pour prix de leur composition, et de les remet- 
tre à Samuel Botin, Juif de Girone, pour le rétribuer de la part qu'il a 
prise à l'enquête ouverte contre ceux de Girone et Besalu. — Même date. 

Reg. 71, f° 164 v°. 

1320. — Pedro III confie à Berenguero Ricart, jurispérite de Valence, le 
jugement de l'appel qui a été interjeté par Bn. de Plan contre la sen- 
tence interlocutoire rendue par Omberto de Lavayna entre le dit Bn. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Plan et Jahuda Abennexanaye, Juif de Valence. — Au monastère de 
Santa-Creu, 22 mars 1284-5. 
Reg. 56, f 35. 

1321 . — Pedro III donne quittance à l'aljama juive de Lérida de 7.500 
sous barcelonais, qu'elle devait remettre à Barcelone entre les mains de 
Bastida, pour sa part de contribution aux dépenses de Y armada. — Lérida, 
22 mars 1284-5. 

Reg. 58, f. 92. 

1322. — L'infant don Alfonso a autorisé Benvenist, Juif de Torroella, 
à donner, sous l'obligation de ses biens, comme « capleveur» (répondant) 
de son fils Bionin, alors détenu par Bg. de Villafranca en raison de l'en- 
quête ouverte contre lui, à la condition que, dans les quatre jours qui 
suivront l'acte de réquisition, il soit tenu sous certaine peine de ramener 
son fils ; ce dernier devra demeurer sous la surveillance de l'enquêteur, 
jusqu'à ce qu'il se soit acquitté de l'amende à laquelle il a été condamné. 

— Peratallada, 25 mars 1285. 

Reg. 62, f° 141 v. 

1323. — D. Alfonso mande à Bg. de Villafranca de faire payer Bionin. 

— Même date. 

Reg. 62, f° 141 v. 

1324. — Pedro III ayant appris que Hasquel del Rabi, Juif de Calatayud, 
fait citer son compatriote Jucef Avenfalant devant la cour de cette ville et 
que ledit Jucef est obligé de s'absenter à cause de ses fonctions de pro- 
cureur commun de l'aljama, mande au justice et au baile de Calatayud 
défaire surseoir à la citation jusqu'au retour de l'intéressé. — Baiceicte, 
26 mars 1285. 

Reg. 56, f° 37 v°. 

1325. — Pedro III écrit sur le même sujet à G. de Moulins. — Même 
date. 

Reg. 56, f» 34 V. 

1326. — Pedro III mande aux Juifs de Barcelone de remettre à Rer- 
nardo Scriba les 1.000 sous barcelonais qu'ils lui ont octroyés pour le 
droit de gîte (pro conv'wio). — Barcelone, 28 mars 1285. 

Reg. 58, f° 92 v°. 

1327. — Pedro III demande à P. de Sura, portier, de certifier si les 
aljamas juives du royaume de Valence ont versé les 30.000 sous réaux 
représentant leur part de contribution au subside de la présente armada. 
— Barcelone, 3 avril 1285. 

Reg. 56, f 4 49. — Indiq. : Carini, Gli archivi e le bibliothe.ee di Spagna, 
II, 71. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 255 

1328. — Linfant don Alfonso reconnaît devoir à R. Renan, citoyen 
de Girone, 1.000 sous barcelonais, qu'il lui assigne sur le solde de 900 
sous que Abraham de Torre et son fils Vidal, Juifs de Figueras, ont 
encore à verser pour prix de leur composition ; il mande aux deux Juifs 
de s'obliger à l'égard de Uenau. — Torroella, 4 avril 1285. 

Reg. 71, f° 166 v°. 

1329. — D. Alfonso mande à Abraham de Torre et à son fils Vidal, 
Juifs de Figueras, de s'obliger vis-à-vis de R. Renau, habitant de Girone, 
pour la somme de 1,000 sous barcelonais. — Même date. 

Reg. 71, f° 166 v°. 

1330. — D. Alfonso mande à Taberner de contraindre les deux Juifs à 
payer ladite somme. — Même date, 

Reg. 71, f° 167. 

1331. — D. Alfonso mande à R. Renau que, s'il ne peut recouvrer les 
1.000 sous desdits Juifs, il lui en fournira le recouvrement sur une autre 
source. — Même date. 



1332. — Pedro III a appris de Vidal de Gastellazo, Juif de Tarrega, que 
ce dernier, à la prière de certains habitants de cette ville, s'est constitué 
principal débiteur avec Gastell, Juif de Tarragone, vis-à-vis de Abrahyam 
Baloix, Juif de Tarragone, pour 1.440 sous barcelonais, montant de l'huile 
que Vidal de Gastellazo a achetée à Abraham Baloix pour les besoins des 
prud'hommes et autres habitants de Tarrega, moyennant quoi les habi- 
tants avaient promis de garantir les biens des deux acheteurs dans leur 
intégrité ; le roi mande au viguier de Gervera de faire rembourser aux 
deux intéressés les 1.440 sous avancés par eux. — Barcelone, 5 avril 1285. 

Reg. 56, f° 57. 

1333. — Pedro III a appris que le Juif Abraham de Tolosa, fils de feu 
Astrug de Tolosa, refuse de pourvoir à l'alimentation de Bonafilla, sa 
femme, bien qu'il s'y soit obligé avec Asther, sa mère, par acte hébraï- 
que ; le roi mande au baile de Barcelone que, s"il a été pris des engage- 
ments dans le sens indiqué, il use de contrainte à l'égard d'Abraham et 
de ses biens, en prenant conseil de M° Aharon Levi, Juif de Barcelone. — 
Barcelone, 7 avril 1285. 

Reg. 56, f° 59. 

1334. — Pedro III rappelle au justice de Jâtiva qu'il lui a déjà mandé 
de faire arrêter les Juifs Haaron Abmeletran et Salamon Abengayet et de 
saisir leurs biens pour les punir de s'être éloignés de la cour sans y être 
conviés par le roi ; il lui mande de les mettre en liberté sous caution, 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pourvu que la garantie offerte soit en rapport avec la valeur des biens 
saisis. — Barcelone, 8 avril 1285. 
Reg. 56, f» 58. 

1335. — Pedro III a appris de la part des Juifs de Pina que quelques 
chrétiens et Sarrasins de la localité ont pénétré dans la synagogue, brisé 
l'édieule qui renferme la thora et emporté différents objets; il mande à 
ses fidèles justice, jurés et alcalde de Pina d'arrêter les coupables et de 
saisir leurs biens jusqu'à ce que justice soit faite. — Même date. 

Reg. 56, f° 62 v°. 

1336. — Pedro III a appris de la part d'Aguillam, de ses neveux et de 
Salamon Alfandal, Juifs de Saragosse, quelesdits se trouvant un jour dans 
leur maison d'Alfamén,ils furent assaillis par une troupe de chrétiens qui 
tentèrent de les détrousser; les assiégés sonnèrent l'alarme, mais les 
Sarrasins du lieu refusèrent de leur porter secours; le roi mande à Ala- 
man deGudal, snbrejuntero de Tarazona, d'ouvrir une enquête diligente 
contre les Sarrasins d'Alfamén et de procéder ensuite contre eux dans 
leurs personnes et leurs biens. — Même date. 

Reg. 56, f» 62 v°. 

1337.— Pedro III, voulant que R.Laurent, patron de navire, transporte 
en Sicile sur une taride royale, le Juif Haym, fils de Mosse Dargol, qui 
payera au patron le prix de la traversée, ainsi que sa famille, et trois 
Juifs qui s'appellent Abraham Abenmuça, Maymo et Navarro, mande à 
tous ses offîciaux de ne pas entraver leur voyage, nonobstant l'interdic- 
tion faite aux Juifs de sortir des terres de la couronne. — Barcelone, 9 
avril 1285. 

Reg. 56, f« 59 v°. 

1338. — Pedro III, supplié par Izach Daray d'interdire l'administration 
de ses biens à son fils Jucef, qui est un joueur et un dissipateur, mande 
au baile de Barcelone de confier à quelque jurispérite idoine la connais- 
sance de ce conflit et, en attendant le prononcé de la sentence, de ne pas 
permettre audit Jucef de sortir de la cité avec sa femme et ses biens 
contre la volonté de son père. — Même date. 

Reg. 56, f° 63. 

1339. — Pedro III mande àl'aljama des Juifs de Girone de remettre à 
dame Sibila, comtesse d'Ampurias et vicomtese de Bas, le montant de 
l'assignation qu'il a faite à cette dernière sur le produit du tribut de jan- 
vier passé; et si le recouvrement de cet impôt n'est pas terminé, le roi 
enjoint à laljama de recueillir les 60.000 sous qu'il lui a demandés, ainsi 
qu'aux autres communautés juives de Catalogne, pour le subside de la 
présente armada. — Figueras, 15 avril 1285. 

Reg. 56, f» 68 v«>" 69. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 257 

1340. — Pedro III mande à Thomas Vives, justice de Murviedro, de 
surseoir aux poursuites engagées à nouveau contre Salomon Avinçapruch 
par quelques Juifs de cette ville, jusqu'à ce que ledit Salomon se soit 
acquitté à la cour royale de la mission qui lui a été confiée par l'aljama 
juive de Murviedro. — Figueras, 22 avril 1285. 

Reg. 56, f° 77. 

1341. — Pedro III a appris que, malgré la défense qu'il avait signifiée 
aux aljamas juives de Catalogne de procéder à des opérations de taille, 
quelques-unes y contreviennent; il mande à ses officiaux de ne pas user 
de contrainte jusqu'à nouvel ordre à l'égard des Juifs qui sont obligés 
pour leur communauté, sauf, cependant, en ce qui concerne les obliga- 
tions contractées avant la précédente défense. — Figueras, 23 avril 1285. 

Reg. 56, f° 75. 

1342. — Pedro III a été informé que ses fidèles de l'aljama juive de 
Tarazona ont dressé une tacane ou statut portant défense sous certaine 
peine à tous les Juifs, quelques-uns exceptés, de revêtir des étoffes claires 
ou blanches; il leur mande de permettre qu'Assac Avescoe et ses enfants 
portent des étoffes claires, ce qu'il concède à cette famille par grâce spé- 
ciale. — Figueras, 2 mai 1285. 

Reg. 56, f° 92. 

1343. — Pedro III mande à Bernardo Scriba de remettre à son fidèle 
Samuel, médecin du roi deCastille, des vêtements convenables, en étoffe 
de couleur, avec des draps de peau de lapin (cum pennis cirogrillorum). 
— Même date. 

Reg. 58, f° 22. 

1344. — Pedro III a appris qu'il a subi des préjudices de la part des 
secrétaires des aljamas juives d'Aragon dans la répartition des tailles et 
des peites; pour savoir la vérité, il s'est fait rendre compte par les secré- 
taires et adélantades de leur gestion financière; il a examiné les statuts 
généraux ou spéciaux établis parles aljamas; en suite de quoi, il promul- 
gue un statut indiquant de quelle façon et suivant quelle base contribu- 
tive, les impôts seront payés à l'avenir. — Figueras, 6 mai 1285. 

Expédition de huit exemplaires de la présente ordonnance au mérine 
de Huesca et de Barbastro, au baile et au mérine de Saragosse, au justice 
de Galatayud, à l'alcaide de Daroca, au baile de Téruel, à Juân Gabata, 
chanoine de Tarazona, aux justices d'Egea et de Jaca. 

Reg. 56, f°126. — Publ.: Pièces justificatives, n° XVI. 

1345. — L'infant don Alfonse a été informé par la plainte de l'aljama 
juive de Gervera que le baile, les paissiers et les prud'hommes de Gervera 
ont pris un arrêté interdisant aux Juifs de juguler ou préparer des vian- 

T. LXVI, n» 132. 17 



2S8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des suivant leur rite dans la boucherie de la ville, ce qui jamais ne leur 
a été prohibé; il mande aux auteurs de la prohibition de laisser les Juifs 
disposer de leurs viandes à leur guise dans la boucherie de Gervera. — 
Barcelone, 6 mai 1285. 
Reg. 62, f° 148. 

1346. — D. Alfonso mande à tous ses officiaux et sujets de ne pas 
entraver le voyage de Samuel, Juif de Tolède, qui est venu en Catalogne 
avec Diego Gomez de San Naval et qui s'en retourne présentement vers 
les parties de Castille ; il les prie de pourvoir à la sécurité des voyageurs 
pendant l'espace de trois semaines. — Barcelone, 7 mai 1285. 

Reg. 62, f° 150. 

1347. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Calatayud de recourir 
à ses juges juifs pour le règlement des procès entre demandeur et défen- 
deur juifs, malgré la défense qu'il a faite à quelques-uns de ses membres 
d'exercer certaines fonctions; occupé à des affaires plus pressantes, le roi 
doit remettre à plus tard l'examen de cette prohibition. — Au col de 
Panissars, 8 mai 1285. 

Semblables mandements aux Juifs de Saragosse, Murviedro, Huesca, 
Jâtiva, Valence. 

Reg. 56, f° 96. 

1348. — Pedro III mande aux jurés et prud'hommes de Saragosse de 
ne pas surtaxer les Juifs de cette ville pour la dépense de l'œuvre des 
fossés et des murs en pierre de taille, mais de les soumettre à la même 
contribution que les habitants chrétiens. — Même date. 

Reg. 56, f» 96. 

1349. — Pedro III a appris que dans plusieurs procès intervenus par 
devant l'alcaide des Sarrasins de Saragosse entre des Juifs de cette ville et 
l'aljama sarrasine, il n'a pas été fait application, ainsi qu'il y avait lieu de 
le faire, de l'açunna des Sarrasins; il mande à Juan Gili Tarino, justice 
d'Aragon, de faire annuler les jugements prononcés dans de pareilles 
conditions et de faire régler ces affaires conformément à l'açunna. — 
Même date. 

Reg. 56, f 96. 

1350. — Pedro III mande à Garcia de Lorent et à David Mascaram de 
restituer aux al j amas juives d'Aragon et de Murviedro les privilèges 
qu'elles leur ont remis, après en avoir extrait préalablement des copies 
authentiques. — Même date. 

Reg. 56, f° 96 v». 

1351. —Pedro III confie à Berenguero Tolsan, juge de Valence, le 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er PEDRO III ET ALPHONSO III 2S9 

jugement de l'appel qui a été interjeté par Bonassies, veuve de Bertran de 
Villanova, de la sentence rendue en contumace par Geraldo de Albalat 
contre le Juif Jahuda Alazar. — Panissars, 14 mai 1285. 

Reg. 56, f° 99 v». 

1352. — Pedro III mande au justice de Calatayud de ne pas grever les 
Juifs de sa résidence sur le fait des serments, mais d'observer en leur 
faveur l'ordonnance y relative. — Même date. 

Reg. 56, f° 100. 

1353. — Pedro III minde au justice et au juge de Calatayud de per- 
mettre aux Juifs de leur ressort de se rendre en Castille pour y recouvrer 
leurs créances ; la même autorisation devra être accordée aux courriers 
juifs de Calatayud et autres qui se proposent de partir pour les foires de 
Castille. — Au col de Panissars, 15 mai 1285. 

Reg. 56, f° 100. 

1354. — Pedro III mande à Juân Gili Tarino, justice d'Aragon, d'arrê- 
ter Sento de Belforat El Moreno, inculpé de la mort de Salomon Aven- 
bruc, en quelque endroit qu'il le découvre, et de procéder en justice 
contre lui. — Au col de Panissars, 16 mai 1285. 

Reg. 56, f° 101. 

1355. — Pedro III a été informé par l'aljama des Juifs de Calatayud 
que le justice, le juge, les jurés et la communauté de cette ville enten- 
dent la contraindre à participer aux réparations des murs d'enceinte; il 
leur mande de ne pas exiger cette participation, alors surtout que les 
Juifs sont obligés de lui fournir plusieurs services et d'assumer de gran- 
des dépenses pour l'entretien des murs et 'des châteaux qu'ils sont tenus de 
réparer. - Même date. 

Reg. 56, f° 102. — Indiq.: Carini, Gli archivi e le bibliothece di Spagna, 
II, 80. 

1356. — Pedro III mande au çalmédine, aux jurés et aux autres offi- 
ciaux de Saragosse de ne pas admettre l'exception proposée par des débi- 
teurs ou obligés de créanciers juifs de Saragosse et suivant laquelle les 
chrétiens de cette communauté ne seraient pas tenus, en vertu d'un pri- 
vilège royal, de prêter serment sur le capital et les intérêts; bien plus, 
le roi mande à ses fonctionnaires de Saragosse de faire exécuter ces dé- 
biteurs, et comme par le privilège invoqué il avait relevé les débiteurs 
chrétiens de l'obligation du serment, il entend que pour les contrats de 
dettes les Juifs jurent sur le capital et les intérêts. — Au col de Panissars, 
17 mai 1285. 

Res. 56, f° 102. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1357. — Pedro III se fait céder par Abraham fils et héritier de feu 
Astrug Jacob Xixo, Juif de Tortose, tous les droits qui reviennent à ce 
dernier sur le solde de 16.000 sous de Jaca que deux habitants de Téruel 
devaient à feu Astrug; ces 16.000 sous représentaient la somme que 
Jaime I er avait assignée audit Astrug sur le produit de la peite de Téruel 
par mandement donné à Valence le 12 mars 1275/6. Souscriptions hébraï- 
ques d'Abraham, fils de feu Astrug Jacob Xixo, et de Jucef Cohen : 
rrnn prima** anaa iy n'nbt pan ;..'-o B|OT\ — Même date. 

Parch. de Pedro III, n° 477. 

1358. — L'infant don Alfonso mande à son fidèle Muça de Portella de 
verser un à compte de 2000 sous barcelonais sur la dette de 7900 sous 
que Abraham de Libres (alias de Torre) et son fils Vidal, Juif de Figueras, 
ont contractée à l'égard du Trésor royal. — Panissars, 21 mai 1258. 

Reg. 71, f* 169. 

1359. — Pedro III mande à son fidèle Bonjuda Salamô, Juif de Barce- 
lone, de donner aide et conseil, dans les opérations de mainlevée qui lui 
incombent, à son fidèle scribe Bernardo de Segalar, qu'il envoie à Barce- 
lone pour s'occuper du payement de Y armada et du règlement d'autres 
affaires. — Col de Panissars, 22 mai 1285. 

Reg. 06, f° 105. 

1360. — Pedro III rappelle aux aljamas juives de Valence, Jâtiva et 
Murviedro et de tout le royaume de Valence qu'il leur a déjà mandé de 
répartir et d'acquitter par sou et par livre les dépenses au sujet desquel- 
les il a convoqué par devers lui leurs secrétaires et procureurs; or, il a 
été informé par des Juifs de Jâtiva que certains de leurs coreligionnaires 
refusent d'acquitter lesdites dépenses, sous prétexte que chaque aljama 
doit les verser à ses procureurs ; le roi mande aux aljamas précitées de 
faire la répartition et la levée des dépenses en question de la même ma- 
nière qu'elles ont procédé pour d'autres tailles ou exactions. — Col de 
Panissars, 24 mai 1285. 
Reg. 56, f» 107. 

ÎSS1. — Pedro III informe R. de San Licerio qu'à la suite de l'appel 
qui a été interjeté par dame Bonassies, veuve de Bertrân de Villanova, 
de la sentence rendue par F. de Apiera dans le procès pendant entre 
ladite veuve et Jahuda Alaçar au sujet d'un règlement de comptes, il a 
choisi pour juge, à l'instance du procureur de ladite Bonassies, Beren- 
guero Tolzan, jurispérite de Valence; or, Jacob Amnuba, procureur de 
Jahuda Alaçar, a comparu devant le roi pour le prier de récuser ledit 
juge, qu'il considère comme suspect de partialité; le roi mande à R. de 
San Licerio d'examiner les raisons formulées par Jacob Amnuba et, s'il 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME V PEDRO III ET ALPHONSO III 261 

les trouve justes, de récuser Berenguero Tolzan; dans ce cas, R. de San 
Licerio connaîtrait de l'appel, et dans le cas contraire, Berenguero Tolzan 
poursuivrait sa prodédure. — Col de Panissars, 30 mai 1285. 
Reg. 56, f° 118. 

1362. — Pedro III établit un règlement sur la répartition des tailles 
qu'il envoie aux aljamas juives de Saragosse, Huesca,Tarazona, Calatayud, 
Daroca, Téruel, Alagôn, Borja, Tauste, Luna, Egea,Barbastro, Uncastillo, 
Montclûs, Jaca. — Col de Panisssars, 1 er juin 1285. 

Reg. 56, f° 127, catalan. — Publ.: Pièces justificatives, rr XVII. 

1363. — Pedro III promulgue un règlement sur les peites, qu'il adresse 
à ses fidèles Jucef Folluf, Mosse Abullami et Jucef Almucaci, Juifs de Sa- 
ragosse. — Col de Panissars, 1 er juin 1285. 

Reg. 56, f° 127 v" 128. 

1364. — Pedro III expédie le règlement sur les peites à Azmel Aven- 
dehueyt et Açach Abenxve, Juifs de Tarazona, en spécifiant que les col- 
lecteurs devront munir l'arche de deux serrures et que le « districteur » 
de ladite aljama sera Juan Çapata. — Même date. 

Reg. 56, f» 128. 

1365. — Pedro III expédie le règlement sur les peites à Mosse Amnar- 
dut, fils, à Jaffia Vidal Avengatam et à Jucef Abulbacam, gendre de Jucef 
Graper, Juifs de Huesea. en leur recommandant de munir les arches de 
trois serrures et en les avisant qu'il nomme « districteur » Lope de 
Jassa. — Même date. 

Reg. 56. f° 128. 

1366. — Pedro III fait le même envoi à Mosse, fils d'Acac Avenrodrig, 
à Açach de Vidales et à Habraham Toledano, Juifs de Téruel, et nomme 
« districteur » Martin de Scrich. — Même date. 

Reg. 56, f' 128. 

1367. — Pedro III adresse une expédition du règlement à Jucef del 
Arrabi et au fils de Samuel, qui est envoyé au roi comme procureur par 
l'aljama d'Uneastillo, et choisit comme « districteur » Garsias Alatras, 
justice d'Egea; cependant, comme dans les lieux susdits il n'y a pas de 
maison du Temple, l'argent recueilli devra être versé à la fin de chaque 
semaine dans une arche, qui sera placée dans une maison, sur avis con- 
forme de deux autres prud'hommes, où l'argent puisse être déposé en 
toute sécurité. — Même date. 

Reg. 56, f° 128. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1368. — Pedro III fait le même envoi à Mosse Bilaam, Juçef Avenfa- 
laut, Hahayn Avenrodrig, Juifs de Calatayud, et leur donne comme 
« districteur » Paseaso Domenech de Pamplona. — Même date. 

Reg. 56, f- 128. 

1369. — Pedro III adresse le même avis à Azmel de Boclares et Jala- 
mon Almuli, Juifs de Daroca, et nomme « districteur » Garsias Garces de 
Arazur. — Même date. 

Reg. 56, f- 128 v». 

1370. — Pedro III fait le même envoi à Jucef Allmaxnino et à Jacob 
Almaxnino, gendre de feu don Ferrer, Juifs de Jaca; « districteur » : p. 
Ganart, justice de Jaca. — Même date. 

Reg. 56, f« 128 v. 

1371. — Pedro III adresse pareil avis à Açac Avengabay et Açach 
Abnuba, Juif de Barbastro ; « districteur » : Enego Lopez de Jassa. — 
Même date. 

Reg. 56, f- 128 v. 

1372. — Pedro III envoie le même règlement à Vidal Gacereno et 
Bueno Avenfuba, Juifs de Montclûs ; « districteur » : Enego Lopez de 
Jassa. — Même date. 

Reg. 56, f- 128 v. 

1873. — Pedro III fait le même envoi à Juçef Saçon et Fahim Tràpero, 
Juifs d'Egea; « districteur » : Garsias Alacras, justice d'Egea. — Même 
date. 

Reg. 56, f 128 v. 

1374. — Pedro III adresse le même avis à Jucef Avendino et Açach 
Avenmarich, Juifs d'Alagon; « districteur »: Galacian de Tarba. — Même 
date. 

Reg. 56, f' 128 v. 

1375. — Pedro III envoie le même règlement à Habrahem de Jaffuda 
et à Bicas, Juifs de Tauste; « districteur » : Juan Çapata. — Même date. 

Reg. 56, f- 128 v. 

1376. — Pedro III adresse le même mandement a Habrahem Albatof età 
Fehia Abenmefi, Juifs de Borja; « districteur » : Juan Çapata. — Même 
date. 

Reg. 56. f- 128 v. 

(A suivre). 

Jean Régné. 



SAMUEL LÊVY, RABBIN ET FINANCIER 

(suite *) 

PIÈGES JUSTIFICATIVES 

II b. 



Mémoire pour Mons le prince de Birckenfeld, en qualité de Comte et 
Seigneur de Ribeaupierre opposant contre les Juifs de la haute Alsace qui 
ont surpris un arrest sur Requeste le 14 9 May 1700 signifiée le 22 e dud. 
mois. 

Les Comtes et Seigneurs de Ribeaupierre ayant de tout temps eu le droit, 
en qualité de Seigneurs haut justiciers d'establir des officiers et toutes 
sortes de Magistratures dans leur comté selon leur bon plaisir, ils ont 
aussi eu la faculté de mettre un préposé aux juifs de Ribeau ville pour 
avoir soin de ses interests particuliers; et le nommé Jôcklé qui avoit fait 
cette fonction, estant venu à mourir l'année passée, Mf le prince en lad 8 
qualité de haut justicier trouva a propos de choisir la personne de 
Barouch Weille juif demeurant à Weslhoffen auquel il confia son inte- 
rest et lu y fit expédier ses provisions. Mais quelqu'un des envieux dud. 
Barouch, estant jaloux de ce choix, s'adviserent de présenter au nom 
de tous les juifs de la haute Alsace une Requeste au Conseil souverain 
d'Alsace et sur un faux exposé obtinrent un arrest le 14 e May dernier qui 
ordonne de faire assigner led. Barouch, et cependant par provision et 
sans préjudice du droit des parties au principal luy fait deffensesde s'ériger 
en chef de famille de juif, d'en prendre la qualité ou de s'immiscer dans 
aucune affaire concern 1 lad. qualité et fait pareillement deffense aux 
familles de Juifs de Ribeauvillé de le reconnaître en lad e qualité, leur 
enjoint de continuer de reconnoistre le Rabi préposé par les suppliants 
sous les peines de droit jusqu'à ce que autrement ait esté ordonné. Led. 
arrest signifié le 25 e May estant très préjudiciable aux droits et a la haute 
justice dud. seign r prince : 1° en ce qu'il renverse les provisions qu'il a 
donné aud. Juif Barouch; que 2° led. arrest le met hors de sa possession 
d'establir un préposé a bon plaisir, ainsi que luy et ses auteurs ont 
tousjours eu et exercé led. droit; que 3° de cette manière il seroit exposé 

1. Voir Revue, t. LXV, p. 274, et t. LXVI, p. 111. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de souffrir dans sa juridiction une Magistrature estrangere c'est à dire un 
Rabi qui exerceroit la juridiction dans ses terres sur les juifs qui luy 
appartiennent en propre, que 4° par cette occasion il perdroit tous les 
revenus qui luy sont deus par lesd. Juifs, et notamment les impost de 
vin, les amendes et autres revenus, n'ayant pas une personne fidelle qui 
puisse avoir l'inspection parmy lesd. Juifs; que 5° led. Barouch Weille n'a 
esté establi que pour observer les interests seigneuriaux, les affaires du 
Roy appartenant toujours a celuy qui les a eu jusqu'à présent; que 6° les 
juifs de Ribeauvillé appartiennent aud. prince en toute propriété les ayant 
achepté de l'empereur Louis es année 1331, de sorte qu'outre le droit que 
les seigneurs de la province d'Alsace exercent ordinairement sur les Juifs 
qui sont establis dans leurs terres, led. Seign 1- prince de Birckenfeld et 
demandeur en opposition est encore au droit de l'empereur et de l'empire 
et par conséquent au droit du Roy ; que 7° tous les autres seigneurs delà 
province ont tousjours eu le droit de mettre un préposé a bon plaisir et 
de recevoir un Raby, ainsi que cela se pratique encore dans l'eveché de 
Strasbourg, dans le comté de Hanau et ailleurs, lesquels pourtant n'ont sur 
lesd. juifs qu'une simple prétention qui provient de la haute justice, les 
comtes de Ribeaupierre ayant outre cela par droit d'engagement le droit 
de souveraineté sur iceux ayant payé pour cela 800 Marcks d'argent aud. 
empereur; d'ailleurs 8° il seroit libre aud. juif Barouch d'exercer luy 
mesme cette charge de préposé ou d'y mettre un substitué ainsi qu'il l'a 
fait jusqu'ici, lequel substitut est de la ville de Ribeauvillé et connoit le 
fort et le faible des familles de la communauté des juifs mieux que celuy 
qui veut demeurer à Golmar ou autrement; 

C'est pourquoi led. seign*" prince conclue a ce qu'il soit receu opposant 
contre led. arrest du 14 e May; et en conséquence que led. juif Barouch 
puisse exercer sa fonction suivant les provisions qui lui ont esté expédié, 
en condamnant les juifs de la haute Alsace aux despens '. 

II c. 

A Nosseigneurs le Pelletier de la Houssaye 

Conseiller cVEstat du Roy, Maistre des Requesles ordinaires 

de son A. et Intendant en Alsace 

Supplie humblement le Rabin et préposé pour l'administration de Jus- 
tice et pollice des communautés juives habitans en cette province disant 
qu'il va plusieurs particuliers Juifs d'entre les d. habitants qui refusent 
d'obéir aux ordres qui leur sont ainsi ordonnés par le d. Rabbin et pré- 
posé, ce qui cause non seulement un grand désordre parmi les communau- 
tés juives mais encore un très grand préjudice au service du Roy et comme 
il importe de pourvoir à de pareils abus et de tenir les d. mutins dans leur 
debvoir, c'est ce qui oblige le suppliant de recourir à vostre justice a ce 

1. Arch. dép.Jde Colmar, E. 1627. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 265 

qu'il vous plaise, Monseigneur, considère ce que dessus donner vos ordres 
a Messieurs les Baillifs, Magistrats et prévôts des lieux, à leur prêter 
main forte en cas de désobéissance contre les d. mutins et les contraindre 
même par corps s'il y echet, tant pour ce qui regarde l'observation de 
leur loy administrative de justice de Juif à Juif que l'exécution des ordres 
pour le service de sa Majesté et ferez bien ; nous ordonnons que tout ce 
qui sera réglé de Juif à Juif par le Rabin et préposé sera exécuté. Fait 
à Strasbourg le 2 8 aoust 1700 signé le Pelletier de la Houssaye 2 . 



III. 

Dieu tout puissant qui règne sur les cœurs de tous les Rois ayant porté 
Sa Majesté notre auguste Prince et invincible Monarque, a avoir assez de 
bonté et de clémence pour les Juifs de la province d'Alsace soubsignés de 
leur accorder la permission d'avoir et recevoir un Rabin pour eux en haute 
et basse Alsace, pour laquelle grâce et faveur insigne nous faisons toujours 
mille vœux pour la conservation de sa personne sacrée et la prospérité 
de ses armes victorieuses et voullant nous mettre en estât de juger de ce 
bénéfice, à nous ainsi accordé, nous soubsignés avons convoqué une 
assemblée gn' e de tout le peuple judaïque habitués dans ldte province pour 
nous consulter et prendre entre nous conseil sur les mesures que nous 
avons à prendre pour trouver un sujet capable et digne de remplir l'employ 
de véritable Rabin, lequel fut parfaitement expérimenté dans notre juris- 
prudence pour pouvoir en estre le véritable interprète et ainsi que nostre 
père et nostre juge nostre patron et nostre conducteur dans nos actions et 
dans nos affaires qui fut pareillement d'une honneste et bonne famille et 
dont la capacité et la probité fussent suffisamment reconnus et attestées 
de nos Rabins les premiers et les plus renommés, dans laquelle la dte 
assemblée nous soussignés ayant en effet procuration et pouvoir suffisant 
des autres juifs de notre province absents et qui doivent despendre de 
la juridiction dud. Rabin n'en avons point trouvé qui possède et fut plus 
revêtu des qualités susd. que le nommé Samuel Lévy très docte et très 
expérimenté Juif Rabin, fils du nommé Cerf Lévy, l'ancien et le préposé des 
juifs delà Ville de Metz, en cette considération aussi nous avons tous parle 
résultat de notre assemblée consenti unanimement à ce que ledit Samuel 
Lévy fut élu devenir notre rabin et maistre lequel pourra nous donner 
les ordres la nuit comme le jour en toute chose suivant et conformément 
aux us et coustumes, statuts et cérémonies judaïques sans lequel aussy 
aucun de nous ne sera assés osé de faire ny de s'ymmiscer de quelque 
manière que puisse estre dans toutes les affaires qui regardent le ministère 
d'un Rabin, exceptés ceux de nous auxquels il aura donné le pouvoir, à 
l'effet et pour raison de quoy, nous lui donnons et attribuons par les 
pntes tout pouvoir et jurisdiction de mesme qu'ont tous les autres Rabins 

1. Arch. dép. de Colmar, E. 1627. 



266 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Juifs tant en Allemagne qu'en Italie et sera la demeure de nostre cU 
Rabin dans la ville de Ribauvillé. Personne de nous ne sera pareillement 
en droit de contredire à ses paroles et moins encore à ses jugements 
lorsqu'il en rendra et au cas qu'il s'en trouve quelqu'un entre nous qui 
soit ozé (ce que nous ne voulons pas espérer) de ne vouloir pas s'en tenir 
aux jugements qu'il aura rendus entre nous juifs, ou que d'ailleurs, il lui 
manque de respect, alors notre Rabin aura le pouvoir et sera en droit de le 
punir arbitrairement suivant qu'il l'aura mérité mesme de le condamnerai! 
bannissement pour l'obliger à subir la peine que nostre Rabin aura édictée 
contre lui, en un mot et sans rien excepter, d'en agir avec lui suivant les ri- 
gueurs de notre loi judaïque ainsi qu'il avisera bon estreetquele délinquant 
aura mérité d'estre puni bien entendu que lorsque la peine consistera en 
une amande, la moitié en appartiendra à la seig ie , et Vautre moitié 
sera employée et appliquée à Vusage de nos juifs pauvres et en nécessité 
que si nostre d. Rabin veut condamner le délinquant à une amande qui 
aille au-delà de deux escus, il faudra qu'auparavant le préposé de nos 
Juifs en ayt connaissance ou du moins les principaux des Juifs de V endroit 
ce qui aura lieu à compter du jour et dates des jugements jusqu'à 
l'expiration et la fin des trois années prochaines consécutives, et les 
appointements de nostre Rabin seront annuellement de deux cents livres 
argent courant, sans compter les autres revenus revenant bons et salaires 
qui lui sont deus d'ailleurs ainsi que le tout est spécifié en bonne forme 
article par article, aucun de nous ne pourra aussi prendre de son costé 
un Rabin faisant pour luy que led. Samuel Lévy nostre Rabin ne soit 
présent par lequel comme par le Rabin principal et préposé le jugement 
qui interviendra doist estre prononcé, lequel nostre Rabin sera aussi 
obligé de sa part de servir de son ministère où besoin sera dans tous les 
reglem ts pour la d te province d'Alsace sans aucune autre rétribution ou 
salaire. Il sera pareillement exempt de touttesnos charges et impositions 
de quelle qualité elle soit, et quel nom elle puisse avoir et cela dans 
le lieu de sa demeure que dans la province, nous nous estant obligés 
de les payer et acquitter pour luy, que si l'un de nous ou plusieurs estoient 
assés malavisés de se rebeller contre nostred. Rabin, d'une manière que 
la cause porta préjudice à son honneur et sa réputation, alors les pré- 
posés de nos Juifs dans la province qui sont adjoints à nostre Rabin 
comme ses assesseurs seront tenus de prendre aussitôt le party dud 1 
Rabin et de luy rendre justice en punissant les délinquants, ils l 'auraient 
mérité sans que pour raison de ce II en compte à nostre Rabin aucuns 
dépens domages ny intérests, et cela soit que la rébellion faitte contre luy 
soit de paroles ou de fait, et affin que dans la suitte tout ce que dessus 
sortisse son effet, et aye son entière et pleine exécution, Nous avons 
donné et accordé, donnons et accordons aud 1 Samuel Lévy nostre Rabin 
cy dessus nommé les présentes à la meilleure forme que faire se puisse 
avec attribution de toutte autorité, puissance, franchise, jurisdiction et de 
tous autres droits quel nom II puisse avoir, pour par luy en jouyr et 
user sur le mesme pied dont un Rabin jouit et il peut avoir dans toutte 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 267 

PEiirope. En foy, témoignage et confirmation de tout quoy, Nous Juifs 
de Haute et Basse Alsace, tant pour nous que comme fondés de procura- 
tion des autres Juifs de la province absents avons tous après mure déli- 
bération prise unanimement signé les pnt es de nostre propre main ainsi 
fait et passé le mardi 16 e 9 re 1700 en nostre assemblée tenue à Colmar et 
plus bas ainsi signé 

Alexandre Doterlé dem 1 à Colmar. Aaron Veil. Jude Merx. Jesaye 
Lazare. Lazare Moyse. Abraham Raphaël. Meyer Lazare. Samuel Verd. 
Elkan Salomon. Aaron Moyses. Joël Salomon. Jacques Vayant Raphaël 
Moyses. Benjamin Natan. Abraham Gôtschly. Simon Natan. Jacques 
Gôtstchel. Jude Jacque. Lazare Kohen. Moyse Meyer. Mendié Bloch. 
Jacques Lazare. Samson Lehman kohheim et Isaac Kohheim. 

P. S. Gomme nostre Rabin à son arrivée en ce pay cy avec sa femme 
s'est plaint à nous de ce que le d ( appointement de deux cents livres 
argent courant à luy par nous accordés comme dit est dessus estaient 
trop modiques nous soussignés aurions fort souhaités ayant recognu sa 
loyauté par ses preisches de pouvoir les luy augmenter considérablement, 
mais la plupart de nous n'estant point en estât de faire de gros efforts, 
pour luy témoigner leur bonne volonté, nous lui avons cependant aug- 
menté ses d ls appointements de la somme de 100 1. faisant ensemble celle 
de 300 1;, en foy et témoignage et pour seureté de quoy nous lui avons 
encore accordé les p ntes signés de nous en dessus nommé le mercredi 
9 e jour du mois d'Avril de l'année 1701 et plus bas ainsi signé, Alexandre 
Dotterlein. Samson Kohein. Aaron Meyer avec la signature de tous ceux 
qui ont signé les précédentes. 

Traduit d'allemand en français par moy soussigné ad at et secrétaire 
interprette au conseil souv ain d'Alsace. 

Fait à Colmar 19 e janvier 1702, signé Gonthier avec paraphe f . 



IV 

Louis par la Grâce de Dieu Roi de France et de Navarre. A Nos Seigneurs 
le Presd*, Conseillers, les gens tenants notre conseil supérieur d'Alsace 
séant à Colmar, Salut. 

Les Juifs résidents en nostre province d'Alsace, nous ont fait représenter, 
qu'ayant après la démiss 0n d'Aaron Worms leur dernier Raby esleu 
Samuel Levy pour remplir sa place ils nous supplient très humblement 
de vouloir bien accorder nos Lettres patentes nécessaires pour permettre 
au dit Levy de faire les fonctions de Raby ainsi que nous avions accordé 
pour son prédécesseur a quoi ayant égard à ces causes nous avons 
permis et accordé et permettons et accordons par les présentes signées 
de nostre main aux Juifs residans en nostre province de la haute et basse 
Alsace de se servir du nommé Samuel Levy pour leur Raby et qu'il 
puisse en faire les fonctions dans la province telle et en la même manière 

1 Arch. dép. de Colmar, E 1627. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que fait en nostre ville de Metz le Kaby des Juifs residans en la d t0 Ville. 

Cj Nous mandons et ordonnons que ces présentes vous ayé à faire 
enregistrer, du contenu en Icelui jouir et user led. Raby Samuel Levy 
pleinement et paisiblement sans permettre qu'il soit troublé en ses 
fonctions par qui que ce soit Car Tel Est Nostre Plaisir. 

Donné à Versailles le vingtième jour du mois de janvier l'an de grâce 
mil sept cent deux Et de nostre règne le cinquante neuvième. 

Signé Louis et plus bas par le Roy C. Hamillart 
avec paraphe et scellé du grand sceau en cire jaune. 

Registres es Registres du Conseil Souverain d'Alsace a Colmar en 
conséquence du Rapport du 11 février 1702 l . 

V 2 . 

Nous les soubsignés Juifs demeurant à Ribeauvillé confessons et savoir 
faisons par ces présentes signées de nos mains que nous n'avons jamais 
donné aucune commission ny procuration aux Juifs de la haute Alsace ny 
a aucun juif de former action ou de présenter requeste au conseil sou- 
verain d'Alsace contre Barouch Weill de Westhofen juif que son Altesse 
nostre très bénin prince et seigneur nous a donné pour Schoultz et 
prevost de nostre communauté pour avoir sur nous l'inspection ainsi 
que cela se pratique ailleurs déclarant en outre que la requeste qui a 
este présenté aud. Conseil souverain contre led. Barouch ne nous 
regarde point, que nous n'y avons jamais consenti et que nous nous 
soumettons aux ordres et aux règlements que sad. Altesse fait expédier 
pour led. Barouch et qu'il est en droit de faire; desavouant tout ce qui 
a esté présenté au nom des d. Juifs de la Haute Alsace à cet égard n'ayant 
aucun reproche à faire contre led. Barouch Weille à l'égard de sa charge 
de Schoulz qu'il occupe ; En foy de quoi nous avons signé la présente 
déclaration pour servir et valoir ainsi que de raison. Fait à Ribeauvillé 
ce 24 e novembre 1700. 

5° x b,e 1700. Nous les soubsignés très humbles sujets et Juifs confessons 
par ces présentes signées de nos mains que nous n'avons jamais fait 
aucune plainte contre Barouch Weille pour raison de son office de 
préposé à Ribeauvillé, moins encore contre l'interest de son altesse 
serenissime notre prince, le procès qui a esté intenté pour cet effet ne 
nous regardant point ; fait à Ribauvillé le 5 e décembre 1700. Signés, 
Aaron Juif, Jôckele le grand juif, Barouch le grand juif, Isaac Hurz, 
Juif, Gumbrich Hurz, b"T DnnaN n'a 'lyw* apyi na Dip^N, Gumbrich 
Moses, Jacob Getschel Hurz, Jacob Juif. 

Toutes ces signatures cy dessus sont de la communauté des Juifs de 
Ribeauvillé, ce que j'atteste Moses Jacob, juif de ce lieu. 

1. Arch. (16p. de Colmar, Enregistrement I r e partie, vol. X, pag. 256. Sur la marge: 
Permission aux juifs <l<: la haute et basse Alsace de se servir du nommé Samuel Lévy 
pour leur Raby. Puis cette mention : 

"a"o"n anrc "n; "n dv nbm i» *p» nn an û:n -pc ninn èot r« n 

2. Arch. dép. de Colmar, E. 1627. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 269 



VI 1 . 

Notoire soit à tous et a chacun qu'ayant esté remontré à nous les 
soubsignés que Moyse Jacob et Samuel Werth tous deux Juifs avaient 
entrepris témérairement de juger le différend qui estoit entre Schayle 
Juif de Bibeauvillé contre Joseph Juif de Biessen et avoient rendu 
sentences, ce qui est contre et au préiudice de nostre Raby ressent que 
nous avons receu et est difficilement à pardonner, nous lesd. soubsignés 
Juifs préposés aurions jugé, que tant les d. deux Juges, que les parties 
feroient leurs excuses à nostre Raby, moyennant quoy toutte satisfaction 
luy sera faite, et au cas que l'un ou l'autre y manque, et que la satis- 
faction ne soit faite au d. Raby, il sera mis dans le ban par la communauté 
des Juifs et y restera tant qu'il n'aura pas suby sa peine. Fait à Golmar le 
28 e juin 1702 signé Alexandre Juif de Golmar. Sambson Juif d'Oberenheim. 
Aaron Weil Juif de Ribeauvillé. Raphaël Juif de Berkheim. Isaac Juif de 
Ribeauvillé. 

Traduit d'allemand en français par moi soubsigné secrétaire Interprette 
au Conseil souverain d'Alsace fait à Golmar le 17e x ble 1702, signé Muller 
avec paraphe. 

VII 2 . 

Nous soubsignés confessons par et en vertu du présent projet par nostre 
foy et serment judaïque que tous les points et clauses y mentionnés serons 
par nous signés et gardés pour fermes et stables, à peine de cent escus 
payables par celuy qui y contreviendra, un tiers à sa Majesté, le second 
tiers au judaïsme commun, la moitié du troisiesme tiers au Seigneur et 
l'autre a nostre Raby, et seront tous les points accomplis et gardés 
fermes et stables à peine de ladite somme de cent escus sans aucune 
fraude. 

Premièrement nous annulions la sentence et autres rendues par Moyse 
Jacob de Ribeauvillé et Samuel Werth de Biessen avec le compromis du 
29 e may 1702 qu'ils ont signé à cause de nous en vertu duquel compromis 
ils ont rendu la sentence, laquelle nous soubsignés annulions avec le 
compromis et les estimons non valables, comme s'ils n'avoient jamais 
été faits et rendus, parce que nous avons levé le différend et y avons renoncé 
au cas que nous ayons quelques difficultés par ensemble nous nous obli- 
geons de tout vuider pardevant notre Raby dans l'espace de trois semaines 
que le Raby juge par sentence ou accommodement, nous serons obligés 
de nous y conformer, mais pour ce qui est de la sentence rendue par 
led. Moyse Jacob et Samuel Werth et du compromis nous les disons 

1. Arch. dép. de Colmar, E. 1629. 

2. Ibid. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

non valables de toutes manières, volontairement ayant levé toutes les 
difficultés sur ee sujet ainsy que moy soubsigné Scliayllé ay d'abord 
remis en ce teins la la sentence desd. deux Juifs au Raby et je soubsigné 
Josepb m'oblige aussy de remettre incessament aud. Haby la sentence 
conforme à l'autre que je n'ay pas devers moy présentement le tout à 
cette tin que la sentence n'est plus valable en aucune manière. 

Et sur nos instances, prières et réquisitions faites au Raby de vouloir 
ordonner à Moyse Jacob à peine de punition deluy remettre led. compromis 
qu'il avoit en mains, puisqu'il n'estoit plus valable led. Raby a aussitost 
ordonne aud. Moyse Jacob à peine d'une grosse amende de luy remettre 
led. compromis, mais non seulement il ne luy a pas remis, mais encore 
l'a gardé en disant des paroles injurieuses. 

Tous ce que cy dessus nous avons signé de nostre propre main avec une 
mure délibération et voulons que la mesme foy y soit ajoutée que si 
tout avois esté fait en la meilleure forme et manière, suivant les céré- 
monies judaiques ou que tout eut esté passé et confirmé par un notaire 
royal. Fait et passé le 5 e juillet 1702 signé Schayllé Juif de Ribeauvillé 
Joseph Katz Juif de Biessenheim. 

Traduit d'allemand en françois par moy soubsigné avocat et secrétaire 
interprette au Conseil souverain d'Alsace fait à Colmar le 17 e x bre 1702 
signé Muller avec paraphe. 

VIII 1 

Sur ce que le nommé Baroueh Weyl, Prévost estably de la commu- 
nauté des Juifs d'icy, de la part de la très gracieuse Seigneurie a 
remonstré à la Chancellerie de Son Altesse, que les nommés Scheyel, 
Juif demeurant icy, et un autre Juif estranger demeurant à Biesheim ont 
passé un compromis par ensemble par devant les nommés Moyse Jacob 
aussy Juif demeurant icy et Samuel Werth demeurant aud. Biesheim 
pour terminer le différend d'entre eux a cause de leur société qu'ils avoient 
par ensemble jusques a présent et ont confessé literallement qu'ils avoient 
stipulé une amende volontaire de la somme de cent ducats, applicable 
un tiers au profit du Roy, un tiers envers la seigneurie, et un autre tiers 
aux pauvres, de sorte que le contrevenant audit compromis sera tenu de 
payer la d e amende. Mais que lesdites parties auroient répété led. compro- 
mis sans doute pour raison de quelque fraude ou dol, le dit Baroueh 
ayant rencontré ledit Moyse Jacob en chemin faisant de remettre au Raby 
led. compromis susdit, il auroit esté obligé pour la conservation des 
Intérêts de la Seig rie de faire deffenses audit Moyse Jacob a peine de 
vingt escus d'amende, de se défaire dud. compromis, et ayant appris que 
ledit Raby sans avoir égard a lad e deffense auroit ordonné le contraire 
audit Moyse Jacob sous peine de cent escus d'amende et du bannissement 
de la sinagogue, requeroit pour cet effet a ce qu'il plust à la Seig rie 

1. Arch. dép. de Colmar, E. 1627. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 27l 

d'intervenir et d'empêcher ledit Raby de son injuste entreprise, surqiioy 
ledit Moyse Jacob a esté appelle auquel a esté imposé de la part de la 
Seig lie a peine de désobéissance, de consigner au Greffe du grand Baillage 
le susdit compromis, jusques a ce qu'il soit autrement ordonné, de 
mesme a ce qu'il ayt a se pourvoir pardevant le juge ordinaire, de 
première Instance pour raison dud. bannissement. Enfoy de quoy on luy 
a accordé le présent acte muny du sceau ordinaire de la chancellerie de 
S. A. S ,,,c Monseig'' le Prince Palatin de Birkenfeld pour la comté et 
Seigneurie de Ribaupierre. Fait à Ribauvillé ce 5 e Juillet 1702. Signé la 
Chancellerie et munye du sceau ordinaire en cire d'Espagne rouge. 

IX 1 

Nous François Luc Bartmann grand bailly de la Comté et Seigneurie de 
Ribeaupierre et Hohenac certiffions a tous qu'il appartiendra que le 
compromis dont est fait mention a l'acte de l'autre part a esté déposé 
entre nos mains jusques a ce qu'il sera autrement ordonné. Fait àRibeau- 
villé le 8 e Juillet 1702. Signé Bartmann. 



Louis par la Grâce de Dieu Roy de France et de Navarre au premier 
notre huissier ou sergent pour ce requis savoir faisons que comme ce 
jourdhuy veu par nostre conseil souverain d'Alsace la requête à luy 
présentée par Samuel Lévy Rabin de la communauté des Juifs de la haute 
et basse Alsace expositive qu'il nous auroit plu luy accorder des lettres 
patentes en forme de permission de faire les fonctions de Rabin dans 
nostre province d'Alsace et ce de mesme que le Rabin des Juifs de la 
ville de Metz ces mesmes lettres patentes auroient été addressées en 
nostre conseil pour y estre enregistrées et pour faire jouir le suppliant 
du contenu en icelles plainement et paisiblement, sans permettre qu'il 
soit troublé esd. fonctions, par qui que ce soit, elles ont esté mesme 
enregistrées suivant l'arrest du 11 e febrier dernier, en conséquence de 
quoy ils en auroient fait les fonctions suivant et au désir des lettres et 
arrest. Il est cependant arrivé que deux Juifs de la province ayant eu 
quelque différens pour raison de leur société, pour en sortir ils commirent 
des arbitres pour terminer ce différens et le nommé Moyse Jacob en dressa 
compromis en hébreux qui contenait que celui qui se dédirait de ce que 
les deux arbitres feraient serait tenu de payer cent ducats d'amande 
sçavoir la moitié à nostre profit et l'autre moitié seroit pour le seigneur 
et pour les pauvres, mais les arbitres n'ayant pu s'accorder ou ayant été 
longtemps à décider le différens, les deux Juifs devenant impatients de 
cette décision terminaient leur différens à l'amiable, au contentement de 

1. Arch. dép. de Golraar, E. 1627. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'un et de l'autre en sorte que voulans avoir leur compromis dud. Jacob 
Moyse. qui s'en estoit saisy, lequel le leur refusa, ce qui obligea ces deux 
particuliers, de s'addresser au suppliant affin d'obliger ce Moyse Jacob, 
de leur remettre ce mesme compromis, c'est ce qu'il luy auroit ordonné, 
mais bien loin de le faire, il s'addressa au nommé Borack Juif demeurant 
à Westhoffen qui se dit préposé des Juifs de la ville de Ribeauvillé, ou 
led. Moyse réside, lequel Borack luy fit défense sous peine d'une amende 
de 20 ecus, de remettre led. compromis, nyesmains des deux particuliers 
ny mesme entre celles du suppliant, ce qu'estant venu à sa connaissance 
il luy ordonna encore de rendre led. compromis sous peine de trente 
escus, et que le commandemen dud. Borack ne pouvait luy préjudiciel' 
puisqu'il n avait aucun caractère que mesme par un arrest provissionele 
du 14 e may de l'année 1700 il luy avait esté fait deffense de s'ériger en 
chef des Juifs, aux Juifs de ne connaistre d'autre que le suppliant, 
nonobstant ce par une desobéissance tout à fait punissable il refusa tout 
a fait d'obéir en sorte que le suppliant fut obligé de luy faire un 
troisième commandement ainsi que cela se pratique parmi les Juifs, de 
représenter led. compromis sous peine du ban de la sinagogue après 
cette extrémité on auroit crû qu'il satisfairait puisque ces sortes de 
commandemens chez leur nation est regardée comme une cause tout a 
fait spirituelle, et auquel il se faut conformer, si l'on veut estre de la 
sinagogue et enfans d'Israël et c'est une loix qui a esté establie parmis 
leur nation qui a toujours été observée très religieusement, de tout temps 
et particulièrement en la ville de Metz mais cet oppiniastre au lieu de 
quelque respect pour son juge et son pasteur porta sa requête au bailly 
de Ribeauvillé, demanda a estre receu appellant du bannissement conver- 
tissant son appel en opposition et y faisant droit luy permettre de faire 
assigner le suppliant par devant luy, pour voir déclarer le d. bannisse- 
ment fquoyquil n'ait encore été réel) nul injurieux tortionaire et 
deraissonable, le condamner a mille livres de domages et interests, et 
en tous les dépens sur cette requête, le Baillif auroit ordonné que l'on 
enviendra pardevant luy vendredi prochain; ors comme le suppliant ne 
croit point estre obligé de répondre de sentences qu'il rend, particulière- 
ment lorsqu'il le fait a la req te d'un demandeur ou plaignant, et encore 
moins pardevant un juge subalterne, et qu'il n'y auroit que nostre d. 
conseil comme juge supérieur, qui pourroit luy prescrire des loys, 
lorsqu'il feroit quelque chose contre ceux établis par leur escrit, qu'il 
seroit le plus malheureux de tous les hommes, que des qu'on ne se trou- 
verait content de son jugement il faudrait repondre et toute sa condition 
serait plus à charge que profitable, comme elle debvrait estre, ainsi se 
trouvant troublé dans sa fonction de Haby tant par led. Borack qui 
affecte de donner des deffenses que parled. Moyse Jacob, et le baillif de 
Ribeauvillé qui décrète contre le suppliant que tout étant contraire à nos 
lettres patentes aux arrests de nostred. conseil, et encore à un juge- 
ment du sieur de la Grange, cy devant Intendant de cette province du 
17 e juin 1694, par lequel il est fait deffenses à tous les Juifs d'Alsace, et 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 273 

généralement quelconque de se servir d'autre Rabin que de celui qui a 
esté estably à Brisac a la place duquel le suppliant a remply pour 
terminer les différons qui surviennent entre eux de mesme qu'il se 
pratique à Metz avec iniunction d'exécuter ce qui sera par luy ordonné, 
sur peine de désobéissance, trente livres d'amande et de tous dépens, 
domages et interest, c'est pourquoy il est obligé de se pourvoir contre 
eux, et mesme par appel contre ledecret du baillif de Ribeauvillé du 
10 e du p f mois qui permet aud. Jacob Moyse de faire assigner le suppliant 
pardevant luy ainsy il présente la requ te , requeroit veu nosd. lettres 
patentes Tan-est d'enregistrement d'icelles, l'arrest provissionnel obtenu 
par la communauté des Juifs contre Borach le 14 e may 1700 l'exploit 
d'assignation et de signification fait aud. Borach le 22 du mesme mois et 
le jugement du s r de la Grange du 17 B juin 1694 la requ te portée au baillif 
de Ribeauvillé, 11 plut à nostred. conseil recevoir le suppliant appelant de 
ladite permission d'assigner tenir led. appel pour bien relevé luy permettre 
de faire intimer sur icelluy led. Moyse Jacob, et tous les autres il appar- 
tiendra, surquel ordonner que les parties enviendront au premier jour 
et par provission ordonner aud. Moyse de remettre ce compromis en 
question es mains du suppliant, luy donner pareillement acte de ce qu'il 
prend pour troubles en sa fonction de rabin les deffenses faites par le 
nommé Borach aud. Moyse Jacob de remettre le compromis en question 
entre les mains du suppliant et entre celles des parties cy dénommées 
permettre aud. suppliant de faire assigner led. Borach demt à Westhoffen, 
pour luy voir faire défenses de ne troubler le suppliant dans sa fonction 
de Rabin des Juifs d'Alsace ny de prendre aucune qualité de préposé des 
Juifs de Ribeauvillé et pour l'avoir fait estre condamné aux domages et 
Interests dud. supliant en telle amande qu'il plaira au nostred. conseil 
arbitre et pareillement aux dépens et cependant par provision et sans 
préjudice dudroit des parties au principal, faire défenses tant aud. Jacob 
Moyse Juif de Ribauvillé qu'aud. Borach et au baillif de la d. Ville de 
Ribauvillé à tous autres il appartiendra de troubler led. suppliant dans 
ses fonctions de Rabin a peine de mille livres d'amandes de tous dépens 
domages et interests lad req te signée Milhoud procureur, ouyle rapport 
de M r Jean Claude Moulny conseiller tout veu considéré nostred. conseil 
ayant aucunement esgard a la requête a receu et reçoit le suppliant 
appelant du décret du 11° du présent mois, a tenu et tient son appel 
pour relevé luy a permis et permet de faire intimer sur icelluy le nommé 
Moyse Jacob, et tous autres il appartiendra sur lequel les parties auront 
audiance au premier jour et par provision a ordonné et ordonne aud. 
Moyse de remettre es mains du suppliant ou en celles des partiesy 
dénommées le compromis dont est question luy a pareillement permis 
de faire assigner aud. conseil aux fins de lad. requête le nommé Borach 
pour se voir faire défenses de troubler a ladvenir le suppliant dans les 
fonctions de Rabin des Juifs d'Alsace et par provisions et sans préjudices 
du droit des parties au pp al a fait et fait deffenses aud. Moyse Jacob de 
Ribauvillé et tous autres de le troubler dans les fonctions de Rabin à 
T. LXV1, n° 132. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peine de mille livres d'amende et de tons dépens domageset interests sy 
mandons de faire pour l'exécution du p* an-est tous exploits et autres 
actes de justice requis et nécessaires de ce faire donnons pouvoir, donne 
à Colmar en nostre conseil souverain d'Alsace le 12 juillet l'an de 
grâce 1702 et de nostre règne le 60 e par arrest et ordonnance du Conseil 
signé Huot collationné et scellé, collationé et trouvé conforme la présente 
coppie a son original en parchemin par nous soussigné notaire Royal en 
la province d'Alsace aud. Conseil souverain d'Alsace ce fait à l'instant ren- 
du à Colmar le 22e octobre 1702. Signé Drouinau avec paraphe. 



XI 1 

A la Requeste de Moyse Jacob Juif demeurant à Ribauvillé Intimé 
lequel pour la validité du présent acte a esleu son domicile en celuy de 
M'e François Joseph Klein Procureur au Conseil Souverain d'Alsace, soit 
signiffié bien et deuement fait a scavoir au nommé Samuel Levy Raby 
des Juifs de Ribauvillé que pour satisfaire a l'arrest provisionel obtenu 
aud. Conseil par led. Samuel Levy, Il luy déclare que tant par ordre de 
Messieurs les officiers de la chancellerie de son Altesse Monseigneur le 
Prince Palatin de Rirkenfeld que de celle de la justice du comté de Ribau- 
pierre II a esté deff'endu aud. Requérant de se défaire dud. compromis 
dont est fait mention aud. arrest, lequel il a aussy réellement consigné, 
ainsy que led. Requérant est hors d'estat de pouvoir remettre led. 
compromis aud. Raby. C'est pourquoy il luy déclare a ce qu'il ayt a se 
pourvoir contre M. Bartmann qui est saisy dudit compromis suivant son 
receu ci-joint, sinon et a faute de ce et que led. Samuel Levy procède ou 
passe outre a ce préjudice du présent acte contre led. Requérant, Il luy 
déclare qu'il proteste contre luy de tous dépens, domages et Interests ce 
qui luy sera signifié dont acte. Signé en Allemand Moyse Jacob Juif. 

Signiffié et les présentes délivrées pour coppie à Samuel Levy Raby 
des Juifs à Ribauvillé a domicile parlant a sa personne pour se conformer 
au contenu d'autre part Et ace qu'il n'en ignore fait par moy sergent 
royal a Ribauvillé soubsigné le 24 e juillet après midy 1702. Signé Dieu- 
donné. 



XII 2 

Les président lieutenant gnal et conseillers au Baillage du siège presi- 
dial de Metz, certifions a tous il appartiendra que le Rabin de la syna- 
gogue de cette ville et endroit en sa ditte qualité de juge comme il fait 
journellement tous les diff'erens et affaires qui surviennent entre un Juif 

1. Arch. dép. de Colmar, E. 1.627. 

2. Ibid. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 275 

contre un autre, des jugemens desquels il n'y a jamais paru d'appel en ce 
siège et sy aucun y avait esté, ou esté intcrietté II n'y seroit escouté ny 
receu d'autant que ces sortes de jugemens ne sont pas regardés comme 
émanés d'un juge ayant caractère mais comme faisant partie des fonctions 
qui sont attribuées aud. rabin, et que d'ailleurs on ne prend aucune 
connaissance de tout ce qu'il ordonne ou décide en cette qualité es affaires 
de Juifs à autre en foy de quoy le pt certificat a esté accordé à Samuel 
Levy Rabin d'Alsace pour luy servir et valoir ce que de raisons; fait à 
Metz sous le sccl royal dud. Bailliage et siège présidial par moy président 
lieutenant g^ 1 susd. le 11 e aoust 1702. Signé Boutallon Julie a Metz le 
11° aoust 1702 receu o sols signé le français collationné et trouvé conforme 
à son original, signé et scellé comme dit est ce fait à l'instant rendu par 
moy soubsigné not. Royal résident à Colmar le 23 octobre 1702 Drouinau 
avec paraphe. 

XIII 1 

Extrait des Registres des fonctions du Conseil souverain d'Alsace. 

Deffendeur Samuel Levy Rabin des Juifs d'Alsace detm à Ribeauvillé 
appelant contre le nommé Moyse Jacob aussy Juif du même lieu Inthimé 
fait aud. greffe le 11 e septembre 170 ï collationné. Signé Salmon avec 
paraphe. 

Moyse Jacob de Ribeauvillé donne pouvoir en vertu des pntes en la 
meilleure forme et manière judaïque que faire se peut à Alexandre Juif 
de Colmar de s'accorder en mon nom avec le Rabin, me soumettant à 
tous les frais, et de plus de quelle nature Ils puissent eslre, Il luy donne 
ce pouvoir en présence de deux temoigns ainsi que la cérémonie Judaique 
le requiert, et qui vaudra autant que s'il estoit passé pardevant not. Royal: 
traduit d'allemand en français par moi soubsigné Interprette au conseil 
souv. d'Ahace à Colmar ce 9 décembre 1702. Signé Muller avec paraphe 

NlTHARD. 

XIV» 

A nos Seigneurs du Conseil Souverain d'Alsace. 

Supplie humblement Christian prince palatin de Birkenfeld duc de 
Bavière comte de Veldens Sponheim et Ribaupierre, Seigneur de Honack, 
Brigadier des armées du Roy, colonel du Régiment d'Alsace, disant que 
le nommé Scheyel Juif demeurant a Ribauvillé estant en contestation 
avec un autre Juif au sujet de quelques ditferents, dont ils remirent la 
décision aux arbitres convenus entre eux par un compromis qu'ils passè- 
rent a cet effet et ils stipulèrent une peine de cent ducats payable par le 
contrevenant scavoir un tiers au Roy, un autre au Seigneur de Ribauvillé 

1. Arch. dép. de Colmar, E. 1.627. 

2. Ibid. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et l'autre tiers au profit des pauvres Juifs, lequel demeura en depost entre 
les mains de Moyse Jacob aussy Juif qui l'avait rédigé par escrit, ledit 
compromis estant venu a la cognaissance de Samuel Levy nouveau Raby 
et prétendant que lesdits Juifs n'avoient pu compromettre, qu'il estoit 
seul en droit déjuger et terminer leur différent, il ordonna d'authorité 
audit Moyse Jacob de le luy remettre. Comme pariceluy ily avoit, comme 
dit est, une peine stipulée en cas de contravention, dont le tiers debvoit 
appartenir au suppliant en la qualité de Seigneur que par conséquent il 
y alloit de l'interest de laditte Seigneurie que ce compromis soit exécuté 
d'autant plus que pas une des parties ne s'en estoient déportés. Ledit 
Moyse Jacob en donna avis a Baruch Weïl préposé par le suppliant aux 
Juifs de la Comté de Ribaupierre, lequel ayant donné advis aux officiers 
de la chancellerie que ledit Samuel Levy vouloit obliger d'authorité led. 
Moyse Jacob a luy remettre ledit compromis a peine d'amende et du ban 
de la Sinagogue, laditte chancellerie qui cognut que ledit Samuel Levy 
vouloit anticiper sur les droits qui appartenoient a la Seigneurie sur les 
Juifs qui sont habituez dans icelle, ordonna par un décret du 6 e juillet 
dernier audit Moyse Jacob de déposer au Greffe du Baillage ledit 
compromis a peine de désobéissance et qu'au regard de l'amende et du 
ban prononcé contre luy et debvoit se pourvoir pardevant ledit Bailly. 
Ce qu'ayant fait et ledit Bailly ayant ordonné par son décret que ledit 
Samuel Levy seroit entendu, il s'est porté pour appellant d'iceluy décret. 

16 décembre 1702. 



XV 



Causes et moyens que met et baille par devant Nosseigneurs du Conseil 
souverain d'Alsace 

Samuel Levy Rabin des Juifs de la Haute et Basse Alsace appellant 
deffendeur en opp ou intimé incidemment et deff r en intervention, 

Contre Moyse Jacob juif dem 1 à Ribeauvillé inthimé opposant et appel- 
lant, 

Et encore contre Monsieur le prince de Birkenfeld demandeur affins 
d'intervention. 

Pour satisfaire a l'arrest du conseil en datte du 24 e X bre 1702 qui appointe 
les parties au conseil sur les appels, sur les demande et intervention en 
droit ci-joint. 

Et obtenir de son équité qu'il luy plaise sans s'arrester à l'appel inci- 
dent faisant droit sur l'appel principal dire qu'il a esté mal nullement et 
incomplètement décrété assigné et en conséquence décharger l'appellant 
de l'assignation avec dépenses et en ce qui concerne l'intervention après 
la déclaration que led. Samuel Levy fait qu'il n'empêche pas que M r le 
prince de Birkenfeld n'ayt un préposé de sa part aux juifs de Ribeauvillé 
pour les affaires de son Altesse purement et simplement qu'il en soit 
débouté avec dépenses et faisant droit sur la demande que led. Moyse 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 277 

Jacob soit tenu de remettre le compromis entre les mains de l'appelant ou 
des parties. 

Pour a quoy parvenir il remontre humblement au Conseil qu'encore 
que depuis dix sept siècles entiers sa Nation dont les parties principales 
s'était vu la forme de son gouvernement changée du tout au fond et 
s'etoit vue dispersé ça et la, n'a pas laissé de vivre avec tout l'ordre et 
toute la régularité possible, et a l'exemple de ce qui fut autrefois sagement 
conseillé par jetro ils se sont toujours choisis des chefs dont ils ont suivi 
les décisions les loix qui leur ont servi de Règles sont les préceptes 
contenus dans la loix escritte et ceux de la loix orale recueillie par les 
docteurs. L'un et l'autre de ces livres establissent l'authorité de leurs 
supérieurs au 17 e du dernier du pentateuque il estoit donné aux pontifes 
un pouvoir souverain sur les juifs en cas de contestation soit que ce fut en 
matière civille soit que ce fut en matière criminelle, inter sanguinem et 
sanguinem, causam et causam, lepram et lepram, sequerisque sententiam 
nec declinabis ad dexteram neque ad sinistram, a la vérité ce gouverne- 
ment ayant dégénéré de cette ancienne candeur israléitique on ne doit 
plus avoir les mêmes égards ny attribuer la même authorité à ceux qui se 
trouvent dans les premières places parmy eux ailleurs pour ce qui regarde 
la criminelle n'en peuvent ils (avoir) aucune connoissance, et suivant que 
le remarque Léon Modène, fameux rabin de Venise, il dépend entièrement 
des princes dont ils sont sujet mais de quelque manière que la pureté de 
notre loix les fasse regarder au moins le particulier qui fait profession de 
judaïsme doit-il en suivre les loix, il doitsy conformer et avoir de la véné- 
ration pour une personne que toute la synagogue respecte a ce engagé 
encore plus particulièrement par les constitutions renfermées dans les 
compilations talmudistes ainsy que l'on apprend par le même Léon de 
Modene et par Buxtorffe qui ont traité de leur cérémonie qui l'un et l'autre 
baille un empire absolu a ceux qui remplissent la place de Rabin et qu'ils 
tirent de l'un des six ordres du talmud babilonien. 

Pour ceux qui ont eu cette qualité en Italie en france et en allemagne 
ont eu l'aggrement de voir une subordination uniforme et une exécution 
aveugle pour leur jugement, dans la ville de Metz ou il y a une nombreuse 
sinagague on n'a pas oui retentir de plainte formée contre la décision de 
leurs supérieurs, tous ceux qui se disent de la synagogue ont acquiescé a 
ce qu'il ordonnait, et cela non seulement est il establi sur un ancien 
usage obtenu par toute la terre mais encore particulièrement dans la 
ville de Metz a l'instar de laquelle ceux d'Alsace se gouvernent, avait des 
privilèges qui leur en confèrent le pouvoir, la première permission qui 
leur en fut donnée est du 5 septembre 1624, par laquelle M r le duc de la 
Vallette paire et colonel g ral de france gouverneur et lieutenant gnai pour 
le Roy dans les villes des trois eveschés leur octroya entre autre chose de 
pouvoir faire juger décider et terminer tous les différents qui pourroient 
naistre entre eux touchant leur religion et police particulière en cas civile 
seulement ainsi et par qui ils auroient accoutumés de tout temps depuis 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leur établissement dans lad. ville, il est vray que ce privilège n'estant 
donné que par un gouverneur qui a un pouvoir limité et momentané on 
ne pouvait l'estendre et s'en servir au delà de la sphère, mais en 1632, la 
communauté des juifs obtint du Roy Louis treize une confirmation de ce privi- 
lège et nommément de ceux accordés par le duc de la Vallette en datte du 
5 sept. 1624 et 1657, elle en obtint encore nouvelle confirmation du Roy, 
ceux qui ont été Rabin dans cette synagogue ont exercé l'employ sans y 
estre troublé par aucun appel qui ait esté interjette de ses jugements le 
certificat donné par le président lieutenant gênerai et conseiller au 
bailliage du siège presidial de Metz justifie de cette vérité. 

Ceux de la province d'Alsace ont aussy obtenu la liberté de se faire des 
Rabins et de se régler a l'exemple de ce qui se pratique dans la ville de 
Metz, Aaron Worms qui a été le p er en a eu des patentes le 21 e may 1681 
en conséquence desquelles il a exercé les fonctions sans trouble, mais s'es- 
tant retiré dansla ville de Metzlesjuifsfurentpendantquelquesannéessans 
avoir un Rabin qui eut des patentes et eut un pouvoir suffisant jusqu'au 
16 e 9 bre 1700 que leur communauté estant assemblée il y eut résultat entre 
eux par lequel entre autre chose après avoir choisy le produisant pour leur 
Rabin ils luy attribuèrent le même pouvoir et juridiction qu'ont tous les 
autres Rabin tant en Allemagne qu'en Italie et en les énonçant interdirent 
a tous juifs la liberté de contredire a ses parolles ny a ses jugements a 
peine. d'amande et de bannissement de la synagogue ce qui est plus 
amplement spécifié par cet acte, sur le pied duquel il obtint des patentes 
le 20 janvier 1702 registrées au Conseil ce onzième février de la même 
année depuis lequel temps il a rendu plusieurs jugements de juif à juif 
qui ont eu leur exécution. 

Il est cependant arrivé que les nommés Schailé juif de Ribeauvillé et 
Joseph aussy juif de Biessen ayant eu difficulté ensemble a l'occasion 
d'une société qu'ils avaient eu entre eux ils compromirent sur les per- 
sonnes de Moyse Jacob et de Samuel Wert, et contractèrent un dédit de 
cent ducat dont le bien devait revenir à son Altesse M r le prince de 
Birkenfeld, les juges compromissaires furent longtemps sans examiner 
l'acte même après avoir différé ne donnèrent aucun jugement mais seu- 
lement une déclaration de leur sentiment et que quand les parties se 
pourvoiroient pardevantle Rabin elles se voient jugées de même qu'ils le 
declaroient, le Conseil est supplié de prendre lecture de l'acte qui le justi- 
fiera qui date du 29 e may 1702 signé dud. Samuel Wert et de Moyse 
Alsace qui est le même Moyse jacob qui prend le nom de la province. 

Cette manière ne satisfaisant pas les parties et la comté des juifs n'ayant 
pas trouvé chose suivant l'usage observée entre eux, elle ordonna que 
tant les juges compromissaires que les parties compromettantes feraient 
leurs excuses à leur Rabin a peine d'estre mis au ban de la synagogue qui 
est une espèce d'excommunication entre eux et qui est la seule peine 
qu'ils aient pour engager a obéissance, en exécution de laquelle ordon- 
nance du 28 ,: juin Tune et l'autre des parties et les juges se rangèrent à 
leur devoir, firent ainsy qu'il se pratique entre eux des excuses publiques, 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 279 

et payèrent, Moyse Jacob entre autre, deux ducats (!) pour de la cire a la 
synagogue. Ensuitte de quoy les parties le 5 juillet ayant révoqué et 
annulé le compromis même ce qui avait été édicté par les compromis- 
saires que l'on ne peut appeler^ni sentence ni transaction ils prièrent le 
Rabin de faire remettre ce compromis qui estoit resté entre les mains de 
Moyse Jacob, iceluy étant devenu inutile au moyen de la revocation et de 
l'annulation de l'acte des juges, mais au lieu de la part du dit Moyse Jacob 
de déférer, il s'emporta et insulta de paroles d'outrages et de mépris 
l'appellant pour lequel néanmoins il devait en la qualité de Rabin supé- 
rieur et directeur de la sinagogue avoir le respect que tous les autres ont. 
Le Rabin aurait méprisé ces injures si elle ne s'etoit addressé qu'à luy 
même, mais comme elle regardait aussy leur loix contre laquelle il avoit 
proféré des termes peu convenables a un homme qui en fait profession que 
d'ailleurs il estoit dans l'obligation en qualité de juge né de faire rendre 
aux parties qui s'en requeroient le compromis, il tit les trois monitions 
qui sont de coutume avant de le mettre au ban de la sinagogue, de tout 
quoy s'etant peu soucié il fut contraint de prononcer le ban et quoyque 
par rapport au mépris qu'il avait fait de la loix et a l'insulte faite a son 
Rabin il auroit pu le mettre au grand ban ou excommunication extraor- 
dinaire il ne le mit cependant qu'au petit ban. 

Gela ne regarde que la discipline de juif à juif en fait civil, et correc- 
tion de mœurs, devait avoir son exécution sans aucune résistance, mais 
ce Moyse Jacob par une nouvelle manière qu'il nous veut introduire, 
interjetta appel pardevant le juge de Ribeauvillé non pour de ce qu'il 
avait été ordonné, que le compromis seroit rendu, mais du ban qui avait 
été prononcé sur luy, et conclut a ce que l'on invertirait son appel en 
opp on il fut déclaré nul injurieux et tortionnaire et fit intimer son Rabin 
consequement lequel n'avoit fait que l'office de juge, comme cette pro- 
cédure n'étoit pas dans l'ordre que led. Moyse Jacob ne pouvoit inter- 
jetter appel de ce qui avoit été prononcé surtout d'une peine qui estoit 
plutôt correction et de discipline et qui tenoit plus du spirituel s'il est 
permis de se servir de ce terme — , qu'en tout cas l'appel ne pouvoit en 
estre omis pardevant un juge subalterne, mais pardevant vostre (?) con- 
seil souverain il présenta la Requette aux fins d'estre reçu appellant de 
la permission d'assigner, et assigna donc en conséquence et a ce que par 
provision il fut ordonné aud. Moyse Jacob de remettre le compromis 
entre les mains des parties intéressées, et comme le nommé Borach Veil 
le troublait dans la fonction de Rabin par des prétendues deft'enses par 
luy faites a Moyse Jacob d'obéir aud. Rabin il demanda acte de ce qu'il 
prenait lesd. detfenses pour trouble et conclut a ce qu'il fut assigne avère 
led. Moyse pour se voir faire deft'enses de plus de troubler et pour l'avoir 
fait en les dommages et interest et en cette amende qu'il plairoit au 
conseil et aux dépens, sur laquelle requette il y eut arrest conforme au 
concluant, et qui ordonne la remise du compromis, Tarrest est du 
12 e juillet 1702. 
Jusqu'à la liquidation de cet arrest on n'avait pas encore parlé du 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dépôt de ce compromis au greffe de la chancellerie, car dans la Requette 
qui fut présenté par Moyse Jacob le 10 e juillet deux jours après le pré- 
tendu dépôt il n'en est fait mention en aucune manière ce que neant- 
moins l'on n'auroit pas manqué de faire puisque cela estoit a sa décharge, 
il ne laisse pas cependant de se trouver aujourd'hui un acte de dépôt 
dud. compromis datte du 8 e juillet pour éluder l'effet de l'arrest obtenu 
par Requette le 12 e . Le conseil fera attention sur la suspicion de cette 
datte puisque outre que comme on vient de dire cy dessus on n'en a pas 
parlé dans la requette introductive de l'instance, il est fait mention dans 
l'acte qui est au dessus de ce dépôt que l'on se pourvoira pour le bannis- 
sement par devant les juges ordinaires et que le compromis seroit déposé, 
or sans prendre droit (?) par ce que dit ftl r le prince de Birkinfeld au com- 
mencement de sa Requette d'intervention il est dit que le Rabin a mis 
au ban au préjudice des deffenses faites a Jacob par la chancellerie de 
remettre le compromis, et dans l'acte qui se trouve aujourd'huy du 
5° juillet qui porte ces deffenses, il est dit que l'on se pourvoira pour 
raison du bannissement, de cette manière ou l'on s'est trompé en dat- 
tant l'acte ouïes deffenses n'estoient pas faites dans le temps du ban, car 
au moment que les prétendues deffenses de la seigneurie ont esté faites 
et que l'on datte du 5 e juillet, on ne pouvoit ordonner que l'on se pour- 
voiroit pour un bannissement qui n'avoit point été fait. 

Cet acte ne laisse pas d'estre un prétexte aud. Moyse Jacob pour pré- 
senter sa Requette aux fins d'estre receu appelant a l'arrest du 12e juillet 
sauf à Samuel Levy de se pourvoir contre le bailly qui est chargé du 
compromis, après laquelle encor en multipliant une procédure il pré- 
sente de nouveau une Requette tendante a ce que par provision il fut 
relevé du ban de la sinagogue sans préjudice de droit des parties au 
principal, a laquelle le conseil ayant eu égard par son arrest du 22 e 9 bre 
ensuivant il le releva dud. ban et au surplus ordonna que les parties en 
viendraient au premier jour, il n'estoit pas nécessaire que le ministère 
du produisant intervint suivant les termes de l'arrest, car il n'ordonnoit 
pas que Moyse seroit relevé par le Rabin, il dit seulement que le conseil 
l'a relevé et relevé du ban prononcé, cependant en déférant a cet arrest 
il ne laisse pas de faire les cérémonies ordinaires pour le mettre hors 
du ban. 

C'en fut assé pour rendre led. Moyse Jacob plus alticr et oubliant de 
nouveau son devoir il s'imagine que son Rabin n'avait plus aucun carac- 
tère, il s'échappa a parler avec irrévérence contre la loix dequoy le pro- 
duisant ayant esté averty par des juifs tous scandalizé il fut obligé de le 
mettre de nouveau au ban de la sinagogue, ce qui occasiona une nou- 
velle Requette de la part dud. Moyse aux fins d'estre receu appellant en 
adhérant à son premier appel de ce second banissement, et dans la suitte 
a la veille de la plaidoirie arrive 1 intervention de M r le prince de Birkin- 
feld, du nom du quel l'on abuse dans le comté, sur toutes ces procé- 
dures les parties ont esté appointées, il y a appel principal, demande 



SA MUEL LÉYY, RABBIN ET FINANCIER 281 

principale, appel incident l'oppo» a l'arrest dn 12° juillet et l'interven- 
tion. 

A regard de l'appel principal le produisant soutient sous la reverance 
du conseil que Ton ne peut appeller de ses jugements les raisons en sont 
déjà déduites cy dessus, et pour les résumer il représenta le droit qui 
appartient aux Rabins ainsi que ceux qui ont traité de leurs cérémonies 
les expose les privilèges qui ont été accordés à ceux de la ville de Metz, a 
l'instar desquels ceux d'Alsace doivent se gouverner le résultat qui a été 
fait par toute la comté lequel en choisissant le produisant Habiluy attribue 
le pouvoir de juger sans aucune contravention de la part des parties. Le 
décret donné par M. le Pelletier de la Houssaye en datte du 12e ao ût 1701, 
par lequel il est ordonné que ce qui sera réglé de juif à juif par le Rabbin 
et préposé sera exécuté. L'usage observé dans la ville de Metz de ne point 
recevoir d'appel de sentence de Rabins led. usage justifié par un certificat 
de notoriété, toutes lesquelles raisons concourent a adjuger au produi- 
sant les fins qu'il a prises surtout dans le cas présent, ou correction de 
mœurs est mêlée, car il faut faire attention que c'est tant pour avoir parlé 
contre la loix et insulté le Rabin que pour avoir refusé le compromis, ou 
scieroit-il au conseil de descendre jusqu'à entrer dans le spirituel des juifs 
de juger si l'on a suivi les préceptes de la loi judaïque ou non, de blâmer 
ou d'approuver l'irrévérence de ce qu'un particulier peut avoir usé pour 
son Rabin en un mot de décider des cas de conscience d'une loix que l'on 
ne fait que tolérer, le produisant espère sous la reverance du conseil 
qu'estant choisy par la comté autorisé par Sa Majesté, en possession tant 
par luy que par ses prédécesseurs soit d'Alsace ou de Metz le conseil l'en 
laissera l'arbitre ne donnant pas lieu par sa conduitte et la manière dont 
il en use avec la sinagogue de se plaindre de luy. 

Son appel est d'autant mieux fondé que ce ne pouvait estre en tout 
cas que pardevant le conseil et non pas pardevant le juge subalterne, car 
si on admettait l'appel pardevant le juge de ressort, ce seroit attribuer au 
Rabin une juridiction qu'il n'a point, ce seroit regarder son jugement 
comme émané d'un juge qui auroit caractère et territoire ce qui n'est 
point, car il ne faudrait en tout cas le considérer que comme un arbitre, 
les appels duquels vont recte aux cours souverains omisso medio on le 
reconnoit même par l'appel incident interjette le 12« décembre du second 
bannissement et cela recte au conseil, sur quoy le conseil est supplié de 
faire cette reflexion que l'intimé principal ne peut concilier les conclu- 
sions, car sur l'appel principal il faut qu'il conclue à ce que l'appel soit 
mise au néant, et en ce cas il faudrait procéder pardevant le I e1 ' juge et 
sur l'appel incident, qu'il a interjette en adhérant il conclut à ce que les 
bannissements soient déclarés nuls injurieux et tortionnaires. 

La demande ne fait point de difficulté, on ne s'en deffend qu'en disant 
que l'on n'a pas le compromis et qu'on l'a déposé entre les mains du 
bailly de Ribeauvillé, a cet égard d'abord que le conseil en aura ordonné 
sa restitution il sera facile de le faire rendre mais ce doit estre a la dili- 
gence de celuy qui l'a mal apropos déposé. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'opp on de Moyse a l'arrest n'est que de procédure et de pure formalité 
ou n'empêche pas qu'il ne soit reçu appelant en refondant les dépens. 

Quant à l'appel incident il regarde le fond soit sur l'appel du 1 er bannis- 
sement soit sur l'appel du second, sur l'un et sur l'autre on soutient 
avoir eu raison de mettre Moyse au ban de la sinagogueque p r le second 
bannissement c'est purement discipline et correction de mœurs, c'est en 
punition des termes irreverents qu'il a proféré contre la loix et le Rabin 
indépendamment et sans aucun rapport a la restitution du compromis, 
p r le 1 er ban c'est aussy p r raison d'insulte principalement et conjointe- 
ment pour le refus de remettre le compromis. 

P r ce qui est de l'intervention elle est mal fondée, l'on ne veut point 
toucher au droit que M 1 * le prince de Birkinfeld peut avoir. L'on n'empêche 
pas qu'il n'ait un préposé de sa part aux juifs si bon luy semble mais 
p r veiller à ses affaires seulement ou son altesse a intérêts icy il ne 
s'en agit pas car quoyque le compromis porte le tout des cent ducat du 
dédit au profit de son altesse, cependant il ne convient pas à M r le prince 
de s'intéresser a l'exécution d'un compromis révoqué par les parties qui 
Tavaient passé. Les choses prennent leur exécution de la volonté des 
parties, c'estoient les parties qui l'avoient stipulé entre elles, ce sont encor 
elles même qui changent de volonté, il serait odieux que l'on les astrei- 
gnit a ce qu'ils ont voulu estre anéanti et qui n'avait pris commencement 
que par leur propre mouvement. 

Pr ces raisons et celles a suppléer de droit il espère obtenir a sa fin aux 
conclusions qui tendent a ce qu 1 plaise au con 1 sans s'arrêter a l'appel 
incidant faisant droita l'appel pp' 1 direq 1 a esté mal nullement et incom- 
petamment décrété assigné et en conséquence décharger l'app 1 de l'assigna- 
tion avec dépens, et en ce qui concerne l'intervention après la déclaration 
que ledit Samuel Levy rabin fait qi n'empêche pas que M r le prince de 
Birgenfeld n'ait un préposé de sa part aux Juifs de Ribeau ville p r les 
affaires de son Altesse purement et simplement q 1 en soit débouté avec 
dépens, et faisant droit sur la demande que led. Moise Jacob soit cond ne 
de remettre le compromis entre les mains de l'app 1 ou des parties inté- 
ressées le tout après q 1 aura plu au cons 1 recevoir led. Moise Jacob 
opposant a l'exécution de l'arrest du. .. en refondant les despens. Signé 
Mathieu. 

A la requeste de Samuel Levy Rabin des Juifs de la province d'Alsace 
app 1 et deff r en Intervention soient sommés et interpellés M e Klein p r de 
Moise Jacob Juif dud. Ribauvillé Intimé Me Ganolle p r de Mr le prince de 
Birkenfeld demand r en Intervention de fournir de réponses aux causes et 
moyens d'appel du requérant Et de la part de M r le prince d'escrire et 
produire en exécution de l'appointement intervenu entre les parties le 
24 e décembre dernier le tout dans le temps de l'ord ce a peine d'estre 
forcés a ce qu 1 n'en ignore dont acte. 

Inventaire de prod on que met et baille pardevant vous Nosseigneurs 
du Conseil souverain d'Alsace Samuel Levy, Rabin des Juifs de la haute 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 283 

Alsace appt deffendeur en opp™ inttimé incidemment et deff. en inter- 
vention. 

Contre Moyse Jacob, Juif dud. Ribauvillé, intimé opposant et appelant. 

Et encore contre M r le prince de Birkenfeld def r afin d'intervention pour 
de la part du Rabin, satisfaire à l'appointement rendu entre les p ties de 
24 e x bre de Tannée d ro 1702, par lequel elles ont été appointées au Gons 1 
et sur les dem ries et interventions en droit ci joint. 

Et obtenir a ce qu'il plaise au conseil sans s'arrêter à l'appel incidant 
faisant droit sur l'appel pal dire qu 1 a esté mal nullement et incompetam- 
ment décrété assigné et en conséquence de charger l'appelant de l'as- 
sig on aux despens. Et en ce qui concerne l'intervention après la déclara- 
tion que led. Samuel Levy Rabin fait qu'il n'empesche pas que M r le 
prince de Birkenfeld n'ait un préposé de sa part aux Juifs de Ribeau ville 
pour les affaires de son Altesse purement et simplem 1 , qu 1 en soit 
deboutté avec dépens et faisant droit sur la demande que led. Moïse 
Jacob soit condamné a remettre le compromis entre les mains de l'appe- 
lant ou des p ties intéressées et condamner led Moyse Jacob aux dépens. 

Pour y parvenir l'app 1 produit premièrement une coppie collationné 
des privilèges que Bernard duc de la Vallette, etc., du 5 e 7 br ° 1624, 
cotté. A. 

Item la confirmation desd. privilèges en copie — du 24 e janvier 1632. B. 

Gertifficat des présidents lieutenant g al , etc. G. 

Copie coll. des 1. pat. que S. M. a accordé à Aion Womser, 21 mai 
1681. D. 

Translat. du résultat du 16 9 bre 1700 entre les Juifs de la province. E. 

Lettres patentes de S. L., 20 janvier 1702. F. 

Sentence arbitrale rendue par Samuel Wert et Moïse Jacob sur le dif- 
férent de Scheilé Joseph du 29 may 1702. G. 

Sentence rendue par tous les préposés de la sinagogue le 28 e Juin de 
la mesme année par laqie il a esté dit que lesd. deux arbitres aussy bien 
que les deux parties feraient leurs excuses au Rabin pour avoir jugé 
contre sa fonction moyennant quoy toute satisfaction luy sera faite et au 
cas que l'un ou l'autre y manque et que la satisfaction ne soit faite aud. 
Raby, il sera mis dans le ban par la comm té des Juifs et y restera tant 
qu'il n'aura pas suby sa peine. H. 

La révocation faite par Scheilé de Ribeauvillé et Joseph, Juif de 
Biesheim, le 5 e Juillet de lad e année, tant de la sentence rendue par lesd. 
deux arbitres que du compromis qui l'avait précédé. J. 

Copie de la req te présentée par l'intimé au Bailly de Ribeauvillé, le 
dix e Juillet aux fins d'estre reçu appellant du ban prononcé contre luy, 
la permission du Bailly au bas d'icelle de f ro assigner le produisant par 
devant luy et de quoy il y a appel au conseil. K. 

L'arrest du 12 e Juillet qui reçoit S. L. app 1 de la permission du bailly 
de l'assigner pardevant luy et ordonne que par sa provision le compromis 
en question sera remis. L. 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les assignations et significations dud. an-est des 18 e et 19 e du même 
mois. M. 

Le prétendu acte de dépose dud. compromis au greffe de Rib. Il est 
datte du 5 e dudit mois de Juillet quoyqu'il soit constant que Moïse Jacob 
ne la déposé qu'après avoir été mis au ban et même après que le Rabin 
s'estoit pourvu en conseil; et led. Moyse Jacob nosserait affirmer le 
contraire. N. 

La req' e présentée par Moyse Jacob le 28 e aoust aux fins d'estre reçu 
opposant a l'arrest obtenu par le produisant. 0. 

Coppie de celle p te par Mr le prince de Birkenfeld, le 16 e déc. aux fins 
d'être reçu partie intervenante et a ce qu'il luy soit donné acte de ce 
qu'il prend fait et cause pour Borach Weil. P. 

Copie de l'arrest obtenu par Moïse Jacob, le 22 e 7 1)re qui le relevé du 
bannissement. Q. 

Copie d'une autre Req te p tée par M. J., le 12 x bre aux fins d'estre reçu 
app 1 d'un second bannissement. R. 

Ordonnance de M. de la Houssaye, 12 e aoust 1700. S. 

L'acte de présentation du 12 e 7 bre . T. 

Un pouvoir donné à Alexandre par l'intimé. U. 

Appointement intervenu entre les parties, le 24 x bre . X. 

Causes et moyen d'appel du produisant sig é le Janvier 1703. Y. 

Une sommation faite à l'intimé de fournir des réponses à l'interve- 
nant. Z. 

Le présent inventaire. AA. 



{A suivre). 



NOTES ET MÉLANGES 



UNE HOMÉLIE ÉNÏGMATIQUE DE RABÀ 

; La Guemara Zebahim, Mb, contienL une curieuse derascha de 

l'Amora Raba, un des rares docteurs babyloniens qui se soient 

adonnés à l'Aggada. Cette homélie a pour point de départ les 

versets I Samuel, xix, 18-19 condensés, dans une citation faite 

apparemment de mémoire, en ces mots rrcna nraa baoEtsi TH ^Vn 1 . 

« David et Samuel se rendirent à Naïot, à Rama. » — « Que vient 

faire Naïot à côté de Rama? demande notre docteur. Réponse: 

Ils se trouvaient à Rama et s'y entretenaient de la « merveille du 

monde », ûbi^ b^ Tnsa (jeu de mot sur le nom de cette mystérieuse 

localité de dvd). La merveille du monde, c'est à savoir le Temple 

futur. Ils (David et Samuel) disaient : le verset (Deutér., xvii, 8) 

contient les mots : mb*i nttpi « tu te lèveras et tu monteras 

(chaque fois qu'il y aura un cas difficile à résoudre) vers le lieu 

que le Seigneur, ton Dieu, aura choisi. » De ce texte résulte que le 

Temple devait marquer le point culminant du pays d'Israël (de 

même que le pays d'Israël devait être situé plus haut que les 

autres pays). Mais ils n'en connaissaient point l'emplacement 

exact. Pour se renseigner, ils se font apporter le livre de Josué 

(lequel présente, à la lin, une description topographique des lots 

attribués par la voie du sort aux neuf tribus et demie d'Israël). Et 

ils font la remarque suivante : iNm bnaan nb:n n-pi tto ittbiaa 

avo ab rvn a-ro nban iwaa aaoa biaan, « pour toutes (les tribus 

d'Israël) il est dit: La frontière descend, monte, s'infléchit; pour 

la tribu de Benjamin, il est dit que la frontière monte, mais il 

n'est pas dit qu'elle descend. » 

Si l'on veut trouver un sens à cette remarque, qui paraît inco- 

1. Le texte massorétique exact est : v. 18 6 miDD laUÎ^I bfiOT3»D1 JOH T^l 

v. 196 nuin rmaa in rtn. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

liérente et même en contradiction avec le texte biblique, force 
est d'adopter l'interprétation de Raschi, d'ailleurs confuse, mais 
heureusement simplifiée et éclaircie par Samuel Edels (Marscha), 
interprétation qui supplée beaucoup à l'extrême laconisme du 
texte : « Pour toutes les tribus, etc. » signifierait : pour la frontière 
de Juda commune à l'ensemble des tribus, l'Écriture emploie tan- 
tôt le verbe monter, tantôt le verbe descendre. « Pour la tribu de 
Renjamin, etc. » doit s'entendre ainsi : pour celle partie de la 
frontière de Juda qui est limitrophe de Renjamin, on ne trouve 
employé que le verbe monter (Josué, xv, 7-9, énumérant les loca- 
lités de l'est à l'ouest '). 

L'homélie se poursuit ainsi : « David et Samuel concluent : 
c'est là qu'il faut chercher l'emplacement du Temple (entendez : 
dans la partie du texte saint qui fait suite au dernier emploi du 
verbe « monter »). Ils avaient songé d'abord à Èn-Etam, qui est 
élevé, "^1121 Dur* V* 3 tt^iafcb *nno. Mais ils dirent : descendons 
un peu, car il est écrit (à propos de Renjamin, Deut. ? xxxin, 12) : 
« Il réside entre ses épaules (donc plus bas que la tête). » Autre 
explication : ils savaient de tradition que le Sanhédrin devait se 
trouver dans le lot de Juda, et la Schekhina (la majesté divine) dans 
celui de Renjamin. Dès lors, si l'on avait situé le Temple aussi 
haut, il y aurait eu une trop grande distance entre les deux. Il 
vaut donc mieux descendre un peu. » Suivent quelques lignes 
auxquelles nous viendrons tout à l'heure. 

Tout ce passage est malaisé à comprendre. Le texte est visi- 
blement altéré. Mais le sens est bien, quelques corrections qu'on y 
propose (voir à ce sujet Marscha), que l'emplacement du Temple 
est sur la limite Juda-Renjamin et vers le point le plus élevé de 
celte limite. Seulement, que vient faire là Ên-Etam? On cherche 
en vain ce nom dans Josué. Voici ce que dit le texte à l'endroit visé 
(xv, 8-9; cf. xvin, 15-16) : « 8. La frontière s'élève par la vallée de 
Ren-Hinnôm vers l'épaule du Jébusite au midi, c'est-à-dire Jéru- 
salem; puis la frontière s'élève au sommet du mont qui est en 
face de Gê-Hinnôm, à l'ouest, à l'extrémité de la vallée des Refaïm, 
au nord. 9. Ensuite la frontière s'infléchit du sommet du mont 
vers la fontaine des eaux de Neftoah et arrive aux villes de la 
montagne d'Éphron, etc. . . » Raschi, constatant que la première 
localité mentionnée après que la frontière cesse de monter est 
justement une source, a pris le parti de poser simplement l'égalité 



1. Dans la description correspondante de la frontière sud de Benjamin (Josué, xvin, 
13-16), on ne trouve, en revanche, que TV), la liste des localités allant inversement 
de l'ouest à l'est. 



NOTES ET MÉLANGES 28" 

Èn-Etam = Mê Neftoah. Tous les commentateurs rabbiniques ont 
suivi Raschi dans cette identification, qui n'a pour elle que la 
situation de Mè Neftoah dans la noLice biblique, mais qui, en 
revanche, a contre elle, non seulement la situation réelle de 
cette localité, mais aussi et surtout la situation parfaitement 
connue d'Èn-Etam dans le territoire de Juda. En effet, Mê Neftoah, 
c'est, selon toutes les vraisemblances, la Lifta actuelle, dont le 
nom reproduit à peu près l'ancienne forme, à une lieue au nord- 
ouest de Jérusalem. Les eaux de cette fontaine y parvenaient, mais 
dans des cruches à dos de mulet; aucun aqueduc ne pouvait les y 
amener, car Lifta est sensiblement au-dessous du niveau de Jéru- 
salem ; cette localité n'a donc pu donner naissance à la curieuse 
tradition dont Raba s'est fait l'écho. Au contraire, Ên-Etam était 
célèbre. Cette source, l'Aïn-Atan d'aujourd'hui, se trouve dans 
une région dont l'altitude est supérieure à celle de Jérusalem, sans 
être d'ailleurs le point culminant du pays d'Israël. Il y avait autre- 
fois non seulement une source, mais une ville d'Elam (aujour- 
d'hui disparue). Etam est mentionnée plusieurs fois dans la Bible, 
quoiqu'il ne s'agisse pas partout de la même localité. Mais, en 
tout cas, c'est notre Etam qui figure dans II Ghron., xi, 6, entre 
Bethléem et Técoa, villes « bâties », c'est-à-dire reconstruites ou 
fortifiées, parRoboam. La même série de villes se retrouve, chose 
curieuse, dans le grec de Josué (xv, 59) et manque dans l'hébreu. 
La mention d'Etam près de Bethléem et Técoa la situe suffisam- 
ment. Selon Robinson \ dont l'opinion a été suivie par presque 
tous les auteurs, Etam devait se trouver dans le voisinage du vil- 
lage actuel d'Ourtas. Quant à la source d'Etam (Ain Atan), c'est 
une des sources qui alimentaient les fameuses piscines dites de 
Salomon 2 et qui, conduites par d'énormes aqueducs jusqu'au 
Temple, servaient aux besoins du culte. L'un de ces aqueducs, 
l'aqueduc de bas niveau, qui date vraisemblablement de l'époque 
d'Hérode, recevait précisément les eaux d'Aïn Atan un peu au-des- 
sous des piscines, et pénétrait après force méandres (d'une lon- 
gueur totale de plus de 40 kilomètres), au sud de Jérusalem, passait 
au-dessus du Tyropéon, pénétrait par le flanc ouest du Temple et 
aboutissait sans doute aux piscines proches des appartements du 
grand-prêtre. La renommée d'Etam, de ses sources, qui faisaient 
de ce site un endroit fertile et riant, encore actuellement garni de 
beaux vergers, est attestée par Flavius Josèphe (Ant., VIII, § 186). 

1. Bibl. researches, I, p. 348. 

2. Voir sur ces piscines, les sources de la région et les aqueducs, G. A. Smith, Jéru- 
salem, Londres, 1907, t. I, 124 et suiv. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il évalue la dislance d'Elam à Jérusalem à deux scliœnes, c'est-à- 
dire soixante stades, soit dix à onze kilomètres. Cela concorde 
bien avec les évaluations actuelles. 

Mais, si l'Èn-Etam du Talmud est le site bien connu au sud de 
Jérusalem, — et il ne saurait y avoir de doute à cet égard, — com- 
ment Rascbi a-t-il pu songer à Mê Neftoah? Mais surtout comment 
Raba a-t-il pu mettre en rapport Èn-Elam avec la notice du livre de 
Josué, puisque Etam est en plein territoire de Juda et à une telle 
distance de la frontière Juda-Benjamin ? Sans doute, la version 
grecque de Josué mentionne Etam et comble ainsi une lacune du 
texte bébreu, tel du moins qu'il est parvenu jusqu'à nous. Mais, à 
supposer que Raba ait connu un texte plus complet, Etam, se trou- 
vant dans la liste des localités de Juda, ne pouvait être prise en 
considération, puisque, encore une fois, cette exégèse midrascbique 
ne fait jouer que les versets qui parlent de la frontière ascendante 
Juda-Benjamin et que, au surplus, selon Raba, David et Samuel 
savaient par tradition que la Scbekbina devait se trouver spéciale- 
ment sur le territoire de Benjamin. 

En ce qui concerne Raschi, la réponse est facile. ïl apparaît bien 
qu'il a méconnu l'identité de rÈn-Etam talmudique avec l'Etam du 
livre des Chroniques; quant aux renseignements de Josèphe, il les 
ignorait. Enfin, ce qui a pu l'induire à l'identification qu'il pro- 
pose, c'est un autre passage du Talmud où il est question d'Èn- 
Etam et qui va nous fournir peut-être une explication de l'erreur 
de Raba. Car Raba, selon toute probabilité, ne connaissait que par 
ouï-dire les eaux d'Etam, l'aqueduc, et n'avait que des données 
imprécises sur la situation exacte de cette source. Il a pu, comme 
on va voir, s'imaginer qu'il s'agissait d'une source jaillissant du 
roc de la montagne prochaine et en ignorer l'origine réelle. Dans 
Y orna, 31a, il est question des bains imposés au grand -prêtre 
le jour de Kippour. Une baraïta dit que le grand-prêtre se bai- 
gnait cinq fois et se sanctifiait dix fois. Tout se passait dans le 
Bet Haparva, à l'exception du premier bain, qui avait lieu dans un 
endroit profane, une piscine située au-dessus de la Porte des 
Eaux. Abaï (l'émule de Raba) en concluait qu'Ên-Etam était de 
vingt-trois coudées au-dessus du sol de l'Azara. A l'appui de cette 
assertion, il cite une autre baraïta qui indique que toutes les 
Portes avaient vingt coudées de haut, sauf le portique, qui en 
avait quarante. Les vingt coudées de la Porte des Eaux, avec les 
trois coudées de haut indispensables de la piscine où le grand- 
prêtre prenait son bain, donnent ensemble les vingt-trois coudées 
de surélévation par rapport au sol du Temple qu'une tradition 



NOTES ET MÉLANGES 289 

attribue à la fontaine d'Etam. Il est visible que les docteurs baby- 
loniens, en parlant de cotte fontaine, se la figuraient a proximité 
du Temple et jaillissant d'un sommet voisin. C'est pourquoi j'es- 
time que Raba a songé, non pas à la fontaine de Neftoab, — car 
pourquoi ne pas la nommer, ou pourquoi ne pas indiquer qu'elle 
ne faisait qu'un avec Èn-Etam? — mais bien à cette montagne 
anonyme du verset biblique, Josué, xv, 8 : « Le mont qui est en 
face de Gê-Hinnôm, à l'ouest », c'est-à-dire la colline sud-ouest, 
en effet plus liante que la colline du Temple (les géographes don- 
nent à celle-ci 744 ni., à l'autre 777 m. environ) et que contourne 
l'aqueduc, qui amène aujourd'hui encore les eaux d 'Aï n Atari aux 
piscines du Haram-ecli-Ghérif. 11 est vraisemblable que l'aboutis- 
sement ancien de l'aqueduc était cette Porte des Eaux, voisine des 
appartements des prêtres, dont le Talmud a conservé un souvenir, 
d'ailleurs assez vague. 

La fin de la derascha contient encore des choses assez singu- 
lières. Raba, après avoir ainsi établi les raisons pour lesquelles 
David s'est décidé à choisir un lieu moins haut pour le Temple, 
ajoute : « Et voilà pourquoi Doëg a été jaloux de David, ainsi qu'il 
est dit (Ps., lxix, 10) : car la jalousie (à propos) de ton Temple m'a 
dévoré », et il est dit encore (Ps., cxxxn, 1 suiv.) : « Souviens-toi, 
Seigneur, de tout ce que David a souffert, lui qui avait juré. . . Je 
ne donnerai pas de sommeil à mes yeux, ni d'assoupissement à 
mes paupières, avant d'avoir trouvé un endroit pour le Seigneur, 
etc.. Voici, nous l'avons ouï-dire en Éphrata, nous l'avons trouvé 
dans les champs de la forêt. » a En Éphrata » commentei'aggadiste, 
c'est-à-dire dans Josué, qui est issu d'Éphraïm ; « nous l'avons 
trouvé dans les champs de la forêt », c'est-à-dire nous avons 
trouvé l'emplacement du Temple sur le territoire de Benjamin 
dont il est dit (Gen., xlix, 27) : « Benjamin est un loup ravisseur. » 

Si Raba nous explique ici les allusions très lointaines qu'il s'in- 
génie à découvrir dans les textes relativement à Josué et à Benja- 
min, il ne nous explique pas le motif de la jalousie de Doeg. Que 
les plaintes de David visent Doeg, soit! Mais de quoi Doeg est-il 
jaloux? Rascln est muet là-dessus. Samuel Édels, s'appuyant sur 
Ps., lxix, 9, que la Guemara ne cite pas, mais qu'elle aurait cepen- 
dant en vue, suggère que Doeg, dans son loyalisme pour Saïil, 
voyait dans le dessein de David de bâtir en Benjamin quelque 
chose d'injurieux; un fils de Moabite, comme lui, était mal qualifié 
pour l'entreprendre. C'est possible et ingénieux, mais peu indiqué 
dans le texte. Hasardons une hypothèse : n'y aurait-il pas là l'écho 
d'une tradition populaire, selon laquelle le Temple aurait dû être 

T. LXVI, n» 132. 19 



•290 &EVUE DES ÉTUDES JUIVES 

construit à Etaui, le vrai Etam en Juda, par conséquent dans le 
voisinage de ridumée, et la renonciation à ce premier dessein et 
le choix d'une localité sur la frontière nord auraient excité l'animo- 
sité d'Edom, incarné dans le personnage de Doeg. Cette manière 
de voir, il est vrai, ne se concilierait pas bien avec l'interprétation 
qu'on a donnée plus haut du corps de la derascha. Mais nous 
avons surtout voulu poser quelques points d'interrogation à propos 
de cette curieuse homélie et montrer que l'identification proposée 
par Raschi n'est pas admissible. 

Julien Weill. 



MANUSCRITS HÉBREUX 
DE LA BIRLIOTHÈQUE NATIONALE 1 



N° 1409. onw mis o, Œuvre d'Efraïm Laniado, comprenant : 
1° des homélies ('idtti) sur le Pentateuque; 2° des consultations 
rabbiniques ; 3° des commentaires sur les opinions de Maïmo- 
nide exprimées dans son Yad Hazaka ; 4° des explications sur 
les quatre Tourim. Manuscrit autographe. Écriture rabbinique 
syrienne, xvir 3 siècle. Titre refait. 132 ff . à 2 col. Papier fort. 

N° 1410. Recueil de sept traités de Cabbale, savoir : 1° sur le 
service liturgique du grand prêtre, par Moïse Cordovero, copié le 
29 juillet 1587 par son fils Guedalia ; 2° une pièce de vers en l'hon- 
neur de Moïse Cordovero, composée par Samuel Arche vol te ; 
3° un traité de Cabbale par Neftali Rachrach ; 4° un commentaire 
cabbalistique sur la Genèse et sur l'Exode, par Moïse ibn Nahman ; 
5° un commentaire sur les Cantiques du Sabbat, par Isaac Louria 
(■nst); 6* série de mystères, sur Nombres, xxi, 27, sur la lecture 
liturgique de la Tora, sur Exode, xv, 25, sur les « Tefillin de l'Éter- 
nel », sur la formation de l'homme ; 7° commentaire par Hayyim 
Vital sur l'étude de la loi sacrée. — Écriture rabbinique orientale ; 
uue intercalation (p. 5) et les trois derniers feuillets en écriture 
allemande moderne. 223 ff. in 4°. Papier. 

1. Voir Revue, LX1V, 163-6 ot 280-1, 



NOTES ET MÉLANGES 201 

N° 1414. Papiers de Phébraïsant René Adolphe, secrétaire du 
duc d'Orléans (fils du Régent) et du P. Houbigant. — F. 4 à 3 : 
Lettre au Duc sur le sens du mot u)en « chef ». — F. 4-6 : Discus- 
sion de l'opinion émise sur le Nouveau Testament par Kimlii, à 
propos de Jérémie, xxxi, 31-32. — F. 7-8 : Note sur la chronologie 
rabbinique, Père des Contrats et l'ère de la Création du monde. — 
F. 9-15 : Dissertation sur une Bible manuscrite, « qui est dans la 
bibliothèque de Mgr le duc d'Orléans ». Elle est aujourd'hui à la 
Bibliothèque nationale, fonds hébreu n° 20. L'auteur de cette Dis- 
sertation avait supposé, à tort, que la date de cette Bible, indiquée 
par le chiffre jcnnn 1(5)061 = 1301, était calculée d'après l'ère des 
Contrats (989 de l'ère vulgaire). Cette dissertation a paru dans les 
Mémoires de Trévoux, 1743, p. 1145-1170. — F. 46-21 : a Propo- 
sition », tendant à démontrer qu'Éliézer, l'intendant d'Abraham, 
était un prince de la deuxième dynastie des rois dÉgypte, que le 
patriarche emmena avec lui lorsqu'il quitta l'Egypte pour retourner 
dans son pays natal. — Fol. 22-23 : Remarques sur l'explication 
du Psaume xlv. — Fol. 24-32 : Polémique judéo-chrétienne, sous 
forme de dialogue, tendant à réfuter les arguments rabbiniques. 
— Fol. 33 à 36 : Description de bibles hébr. anciennes, mss. 
de l'ancien fonds, par le P. Houbigant. — 36 ff. petit fol. 

N° 4412. rttnn ou rtrrbo, « prière d'indulgence », en prose rimée 
et dont les strophes se suivent par ordre alphabétique. Ce feuillet, 
rapporté de l'Asie centrale par M. Pelliot, remonte probablement 
au vnr ou au ix e siècle de l'ère vulgaire ; voir Journal Asiatique, 
4913 (t. II, p. 439-475). Petit fol., défectueux du haut et du bas. 
Papier. 

N° 4413 A : Morceaux détachés de la Bible et de commentaires 
bibliques, ainsi que du Rituel journalier, ou des grandes fêtes. La 
plupart proviennent, à la suite d'échanges, des « Archives du 
Royaume » et remontent au règne de Philippe le Bel et à l'exil des 
Juifs de France sous ce monarque. 

1° Texte de l'Exode, xn, 23 à xxn, 1. Après chaque fin de verset, 
deux points, et à la fin de chaque péricope hebdomadaire trois fois 
la lettre s. Cahier de 8 ff. in -4°. Écriture carrée. Parchemin. 

2° Lévitique, xxv, 44, à xxvi, 35. Grand texte hébreu carré, à 
2 colonnes, sans intervalle entre les versets, écrit d'un seul côté. 
Il provient donc d'un rouleau du Pentateuque. Fol. Parchemin 
rogné à droite. 

3> Deutéronome, xxviii, 41 à 53. 1 f. in-4°, d'aspect semblable au 
précédent et de même destination. Parchemin. 
4° Josué, i, 1 à 13 ; texte vocalisé, écrit d'un seul côté d'un 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

feuillet in-4° à 2 col. En tète, l'abréviation 1£)* ^y (Ps., cxxi, 2). 
Parchemin. 

5° Premier et dernier feuillet d'un cahier qui avait contenu les 
cinq Meguillot ; texte vocalisé. Le premier feuillet contient une 
partie du Cantique des Cantiques (iv, 3, à vu, 5), et le dernier 
feuillet une partie des Lamentations (ri, 3-in, 29). Parchemin. 

6° Ezra, i, 1, à m, 1 ; texte vocalisé. 4 ff. in-4°. Papier. 

7° Décalogue (premiers mots de chaque commandement), dis- 
posé en deux colonnes pour figurer les Tables de la Loi, devant 
servir de frontispice à une arche sainte. En guise d'arceaux gémi- 
nés, le verset de Malachie (m, 22). 1 f. in fol., très gros caractères 
tracés à l'encre de Chine. Parchemin. 

8° Version arabe de la Genèse, chap. i (entier), par Saadia, 2 ff. 
in-4°. Écriture orientale. — Puis: Genèse, xxiv, 11-19; chaque 
verset, en hébreu vocalisé, est suivi de la version arabe, en 1 f. 
in-4°. Papier. Ce dernier, d'une écriture plus moderne, est détaché 
d'un fort cahier, paginé i"D. 

9° Commentaire de Raschi, depuis Jérémie, xxxn, 5, jusqu'à 
Ezéchiel, vin, 14; lacune au milieu. Le mot *robi (Jér., xxxn, 33) 
est traduit par le mot roman aaa-pBK, mal orthographié et vocalisé 
comme dans le ms. défectueux d'Oxford (Can. Orient., n° 62), tan- 
dis que l'orthographe correcte de ce mot, qui se trouve dans le ms. 
d'Oxford, f. Oppenheim34, a permis à Darmesteter de le transcrire 
exactement : Aprénant 4 . De même plus loin (sur Jér., xlix, 29), le 
lerme hébreu "twm est expliqué par le mot vieux français awa 2 , 
que Darmesteter a lu aynse. Écriture du xnr 3 siècle ; notes margi- 
nales. 2 ff. à 2 col., dont la dernière a été rognée sur toute la hau- 
teur. Parchemin. 

10° Rituel journalier, prières du matin. Morceau comprenant un 
paragraphe de la Mischna, i (Péa, i, 1), suivi du passage des 
Nombres, xxviii, 1-8, jusqu'au chapitre mischnique ittipE inra, et 
aux treize règles d'interprétation de R. Ismaël. 2 ff. in-4'. Par- 
chemin. 

il* Fragment des trviri "ipiOB, office du matin, Psaumes cxlv et 
c\lvi, précédés de trois versets : Ps. lxxxiii, 38 ; li, 17, et xxxv, 28. 
— La forme du b et du ïî est singulière. — If. in-4°. Papier. 

12° Fragment du même office. Ps. alphabétique xxxiv et Ps. xc. 
I I. petit in-4°, écorné. Papier. 

1. Gloses françaises de Raschi dans la Bible, p. 87. 

2. Les éditions ont ici un mot aSTS'JîN'SN, par suite d'une lecture corrompue, 
dépourvue de sens. 



NOTES ET MÉLANGES 293 

13° Fin de l'office du samedi matin, Moussaf, en écriture rabbi- 
nique. 1 f. in-24. Papier. 

14° Final d'un rituel journalier; formule cabbalistique de R. Juda 
Hassid, précédée et suivie de parties du traité Pirké Abot, cb. n. 

1 f. in-24. Papier. Petite écriture carrée. 

15» Autre final, intitulé ro^rai no, comprenant une portion de 
chacune des trois parties de la Bible, savoir : Genèse, i, 1-6 ; 
Isaïe, lxvi, 1-5; Ps. xxiv entier. 1 f. in-16, écrit d'un côté. Par- 
chemin. 

16° Poésies synagogales pour l'office du matin de Kippour ; 
premier et dernier feuillets d'un cahier comprenant les textes de 
la série de Pioutim qui a pour rubrique le verset ^txv Nb ■*» ; on y 
trouve la fin du morceau, dont les strophes commencent par le mot 
•^Dm, le onzième mot de ce verset. Puis on lit un morceau dont 
chaque strophe débute parle douzième mot, d**Wi, lequel manque 
dans les éditions Cjèo "ion m ïm tman, remarque W. Heidenheim, à 
ce propos). Puis vient un morceau également inédit d'un texte du 
même genre, qui a pour épigraphe ^nttn ^pes) pai ; il débute par 
les mots nbbpbi nsnnb t»m. 

17° Série de cinq Selihot inédites d'Eléazar de Worms, portant 
les n°* 174-178, nous ne savons de quelle solennité 1 , séparés parle 
refrain habituel nurp -^btt ba. Textes vocalises, en grande et belle 
écriture carrée. 2 fi. in-fol. Parchemin. 

18° Mezouza en deux exemplaires ; le second est incomplet. 
In 46. Parchemin. 

B. Talmud et commentaires. Homélies et légendes : 

1° Feuillet du Talmud, Berakhot, 36 a. Écriture rabbinique. 1 f. 
in-fol. à 2 col. troué. Parchemin. 

2° Feuillet de Hagiga, 20 a. Écriture rabbin, égyptienne. 1 f. 
in -4, défectueux de l'angle inférieur à droite. Papier. 

3° Feuillet de Girittin, 41 b. Écriture carrée, souvent à demi- 
effacée. 2 ff. à 2 col., dont un côté entaillé. Parchemin. 

4° Explications de Raschi sur Sota, Wa et b. 1 f. à 3 col., 
entaillé en deux endroits. Parchemin. 

5° Paraphrase d'Ascheri (ib'n'"i) sur Baba Batra, ch. i, § 1, avec 
notes intercalées dans le texte 2 . Écriture carrée, grands et petils 
caractères, 1 f. gr. fol. à 2 col. Parchemiu. 

6° Commentaire cabbalistique sur un passage de Makkot, 24 a, 

2 ff. in-4°. Papier. 

1. Zunz, Zur Literaturgesch. der synagog. Poésie, p. 315 et 321-2, note bien 
quatre de ces Seli/iot, non la cinquième. 

2. Cette identification et d'autres qui suivent sont dues à M. Isaac Herzog. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

"o Explication d'un passage de lierakhot, 3^, à tendance cab- 
balistique, T»©». Écriture orientale. 1 f. in-4°. 

8« Morceau du Db*an œtto. 1 f. petit in -4°. Papier. 

9° Commentaire chaldaïque sur le Cantique de Débora 1 f. 
petit in-4°. 

10° Homélie, en arabe, sur la fin du patriarche Jacob. 4 ff. in-4°. 
Parchemin. 

11° Final d'une autre homélie; apologie de Moïse. 1 f. in-4°. 
Papier. 

12° Commentaire, par un membre de l'école tossafiste, sur 
Schebouot, 23. Écriture du xin° s. 2 ff. in fol., cassés au milieu. 
Parchemin. 

13" Morceau du msr^n 'd, en arabe, probablement de Maïmo- 
nide. Fin du n° 192 et n° 193 complet de la série des préceptes 
positifs, nwy r i2. Écriture carrée orientale ancienne. 2 ff. in-fol. 
déchirés à gauche, rongés de vétusté. Papier. 

14° ûïtos rctp « histoire (légendaire) d'Abraham » avec Nemrod, 
en arabe. Écriture orientale syrienne. 3 ff. in-12. Papier. 

lo° Développement moral Le commencement et la fin man- 
quent. Écriture rabbin, orientale; encre pâlie. 1 f. gr. in-8°. 

16' a'n'-n rnsoin « gloses de R. Jacob b. Abraham », sur H oui- 
lin, 112 6 et 147 b. Écriture cursive allemande moderne. 1 f. in-4". 

17° Morceau du poème gpD m*p de Joseph Caspi. Écriture Ras- 
chi, un peu effacée. 2 ff. petit in-4". à 2 col. ; la dernière colonne 
est entaillée dans toute sa hauteur. Parchemin gris 

18° Partie d'un 'ttibn fnriB « clef des songes ». Premier et dernier 
feuillet d'un cahier. Même écriture que la précédente, mais plus 
ancienne. 2 ff. in-12, dont le premier est écorné en haut à droite. 
Papier. 

N° 1414. Diverses parties d'un traité de liturgie : a. Règles pour 
lire, à l'office du samedi matin, les péricopes du Pentateuque. 
b. Bénédiction après le repas, accompagnée de Pioutim. c. Ins- 
tructions pour YEroub et la Schehlta. d. Ordre des olïices du 
Kippour. e. Calendrier et chronologie, g. Commentaire sur les 
poésies de Kippour. h. Petites cérémonies familiales et bénédic- 
tions. Notes marginales. 

Au fol. 9 b, à propos de la constitution du calendrier hébreu, la 
date de la composition du présent volume se trouve en tête d'un 
tableau : *mm qbab r i Yo'i Turrab f a, « l'an 9 du cycle lunaire 264, 
ou l'an 6 vers le sixième mille », soit 5006 de l'ère juive — 1246 de 
l'ère vulgaire. — Écriture rabbin, du xm e siècle, 16 ff. petit in-4°, 
onlongs, brunis de vétusté. Parchemin. 



NOTES ET MELANGES 295 

N° 1415 : Linguistique, médecine; contrats, lettres diverses; 
mystique. 

1° Morceau du marttt, Dictionnaire de Menahem b. Saruk. La 
lettre y presque entière, depuis la syllabe te. Belle écriture carrée 
allemande, du xm e siècle, grands et moyens caractères. 1 f. in-fol., 
cassé au milieu, à 2 col. Vélin. 

2° Paradigme des sept formes du verbe en hébreu. Caractères 
carrés vocalises, modernes ; encre rouge, avec version latine inter- 
linéaire. 2 ff. in-4. Papier. 

3° Conjugaison du verbe "ips et du verbe ï-jbx Rouleau étroit de 
parchemin. 

4° Partie de grammaire hébraïque, en français ; anonyme. En 
tête : « Chapitre i, du discours en général ». Moderne. 5 ff. in-4°. 
Papier. 

5° Morceaux d'un traité de médecine, qui traite de la fièvre et des 
maladies de la peau. Écriture africaine. 2 ff. in -4°. 

6° Prière pour la guérison de Louis XV ; signée : Jacob Hayim 
Gomez Athias, à Bordeaux. Écriture carrée calligraphiée. 1 f. in-4°, 
papier fort. 

7° Fragment d'un livre de comptes, écrit de la même main que 
les « Livres de commerce du commencement du xiv e siècle », 
manuscrits à Dijon, publiés et analysés par Isid. Loeb (Revue, VIII, 
160-196, et IX, 21 50 et 187-213). Parchemin. 

8" Trois lettres d'affaires, de et à Nissim Aïsch Esch-Scharfi, en 
arabe. 1 pièce in-8° et 2 in-16 ; ces dernières mutilées. Vieille écri- 
ture africaine. 

9° Contrat d'achat par Samuel Aschmal et son frère Juda, ayant 
pour témoins Abraham Hassan et Isaac Harbona. Noirci et troué. 
Petite écriture cursive orientale (? du Maroc). 2 ff. in-4°, dont 
1 blanc. 

10° Contrat de mariage entre Natanel b. Josef et 'caaaw Jantez (?), 
fille de R. Moïse, à dwn, en date du mercredi 7 Nissan 5079 
(= 28 mars 1319). Belle écrit, carrée. 1 f. in-4°. 

11° Idem, entre Jacob b. Juda et Régina, fille de R. Josef b. 
Abraham, à Avignon, le lundi 11 Siwan 5226 (26 mai 1466). 

12° Idem, entre Meschoullam b. ïobia Aschkenazi et Simha, fille 
de M ,e Sabtaï, à Constantinople, le vendredi 15 Adar II 5342 = 
9 mars 1592 (tiré des plats de reliure d'un volume d'oeuvres de 
Caspi et d'Aristote). 

13° Idem, entre Isaac Lévy, fils d'Oury Feiss, et Vôgel, fille de 
R. Jacob Cohen, à Metz, le mercredi 9 Siwan 5599 (22 mai 1839) 
Signatures en écriture cursive allemande. 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

14> Quête au nom de la communauté des Sefardim à Hébroa, eu 
Siwan 5041 (mai-juin 1881), par le délégué Abraham Askenazi, dans 
le but de secourir les victimes de la famine en cette ville. 

15° Demande de subvention, adressée au baron Alph. de Roth • 
scbild par un comité de Tibériade, en faveur d'un projet de colonie 
agricole, datée du 3 Siwan 5643 (17 mai 1885). 

16° Pièces diverses, en prose et en vers, avec version italienne, 
par Quintino Ximeue Gopreti et par d'autres, adressées à M 1 ' Picque, 
docteur en Sorbonne, 1684-86. 

17° Six amulettes, savoir trois sur parchemin (1 in-fol., une 
longue bande et un morceau étroit) et trois autres sur papier, in-8°, 
dont uue avec transcription latine. 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



Festschrift zu Israël Lewy's siebzigstem Geburtstag. Herausgegeben 
von M. Brann und I. Elbogen. Breslau, M. et H. Marais, 1911; in-8° de vi + 
436 p.; partie hébraïque, intitulée bfcOlD" 1 mNBn : 211 p. 

La production scientifique de M. Israël Lewy pourrait être caractérisée 
d'un mot, le mot connu ""psi ap « une mesure seulement, mais pure ». 
En un temps où l'on écrit avec complaisance, ses ouvrages frappent par 
leur volume réduit, mais aussi par leur solidité et leur immense érudi- 
tion. Il était, juste que ses amis, ses admirateurs et ses élèves se réu- 
nissent pour honorer son entrée dans la vieillesse par un volume de 
mélanges. Ce beau volume, fort de 650 pages et auquel trente-cinq 
auteurs ont collaboré, contient plus d'une contribution de prix à l'his- 
toire et à la science du judaïsme et se distingue de toutes les autres 
publications de ce genre par son caractère en quelque sorte homogène, 
étant consacré presque exclusivement aux études talmudiques. Aussi, 
dans les remarques qui suivent sur les différents articles du volume, 
m'en suis-je essentiellement tenu à ce qui intéresse la littérature talmu- 
dique et rabbinique. 

L'étude de M. Krauss sur « les lieux de réunion des docteurs du Tal- 
mud » (Die Yersammlungsstâtten der Talmudgelehrten) s'occupe de 
l'état matériel des écoles à l'époque talmudique et plus particulièrement 
tannaïtique. Si instructif que l'article soit, je ne puis suivre le savant 
auteur en tous points. Quand Haschi affirme que les écoles étaient situées 
hors des villes (p. 19), cette assertion est appuyée, pour la Babylonie, par 
le récit de Riddouschin, 29 b, sur l'école Ci-an "'a) qui fut infestée par 
un démon, ce qui est le cas, comme on sait (v. Berachot, 3 h), des édifices 
placés en dehors des villes. Pour la Palestine, le fait est attesté par Fanec- 
docte de la vie de Hillel dans Yoma, 35 6, où le « gardien de l'école » 
(UJ"ii73n n^n n?ar::) doit être expliqué d'après Baba Mecia, 24 a. La ten- 
tative faite par R. Samuel Edels de l'identifier avec le « gardien » cité 
dans Berachot, 28 a, est insoutenable, car dans ce passage-ci il est ques- 
tion du « portier » (nnDH T/3VÛ) et dans l'autre du \»T773n ma ")HV«3 ; 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de plus, dans le texte de Brrachot, on fait très nettement ressortir que 
Rabban Gamaliel, sympathisant sur ce point comme sur d'autres avec 
l'école aristocratique des Schammaïtes 1 , ne permettait pas à chacun 
l'accès de l'école et avait, pour cette raison, placé un « portier » pour ne 
laisser entrer que ceux qui en avaient le droit. Rien ne nous autorise à 
admettre que la restriction de la liberté d'étudier existait du temps de 
Hillel. Le passage de Sanhédrin, 31 b, auquel se réfère M. Krauss (p. 20), 
n'a rien à faire en la matière : on y oppose l'école locale et l'académie 
placée sous la direction du Patriarche (TJ'in n^n) 2 et il est indifférent à 
la question que la première soit située à l'intérieur ou à l'extérieur de la 
ville. Les amoraïm babyloniens Rab et R. Aschi mentionnent dans Sab- 
bat, 11 a (dans Beracliol, 8 a, c'est le palestinien R. Simon b. Lâkisch), la 
prescription de construire les synagogues plus haut que tous les autres 
édifices de la ville, et pourtant M Krauss reconnaît lui-môme qu'en Baby- 
lonie les synagogues étaient situées hors de la ville ; dans tous ces pas- 
sages, tj désigne la ville qui possédait une synagogue à l'intérieur de la 
zone sabbatique. — L'explication qui considère NTainn comme une dési- 
gnation de l'école, explication donnée par Raschbam (cf. Raschi,suri?.ir., 
20 a), n'est pas seulement plus naturelle au point de vue philologique 
que celle de VArouch [s. u.), mais encore elle est plus vraisemblable au 
point de vue technique, étant donnée la situation indiquée des écoles; 
elle est également confirmée par Eroubin, m, 5 (a^n N3 un). — En ce 
qui concerne la célèbre école de Yabné, M. Kr. (p. 21) écarte avec 
raison l'interprétation aggadique de l'expression r^m 'va mifiN ; déjà 
R. D. Louria, dans ses notes sur Genèse rabba, lxxvi, 8, avait prouvé par 
ce passage du Midrasch qu'il y avait à Yabné un magasin de blé encore 
du temps de Rabbi, alors qu'aucune école n'y existait plus. — L'emploi 
de ïTWD pour désigner les a rangs » dans les écoles n'est pas tiré, comme 
l'affirme M. Kr. (p. 22\ de la vigne, car ce mot se trouve non seulement 
dans la description du Sanhédrin (Sanh., iv, 4), mais aussi dans Ber. f 
m, 2, et dans Yoma, 87 a, où on ne peut penser à une vigne ni réelle, ni 
symbolique. Il ressort de Baba Kamma, 1 1 7 r/ , que dans l'école de 
R. Yohanan, il y avait « sept rangs >> — "ni égale nvniD, de là l'expres- 
sion ÏTTH •>"-], Sota, 19 a et passages parallèles — et la même division 
existait dans les écoles des Gueonim d'après le Séder Olam zouta y éd. 
Neubauer, p. 87. Ces rangs se composaient à l'époque des Gueonim de 
dix membres chaque, de sorte que le texte de Meguilla, 28 b (non M. K., 
28 a), doit sans doute être pris à la lettre ; le chiffre de deux cent quarante 
membres pour une école n'est pas nécessairement une exagération ; il y 
a eu des écoles qui en comptaient beaucoup plus, v. Ketoubot, 106a. 
Mais si le nombre vingt-quatre ne doit pas être pris à la lettre dans ce 
passage, il signifie simplement « beaucoup », car ce nombre est usité ail- 
leurs pour désigner une grande quantité ; voir B. M , 84 a (NrT^lBp Y'D), 

1. Aboi li. Nathan, ni, 14 éd. Schccliter. V. Geiger, Jildische Zeilschrifl, VI, 
110 et suiv. 

2. Voir mes Geonica, I, 3. 



BIBLIOGRAPHIE 299 

Sanhedr., 102 a (*-om Y'3» '« et mm n'^bj ; Menahot, 93 ft (ïTUîpN 
n"S !"Pb), ainsi que ma remarque dans la Monatsschrift, LV, 666, et itay» 
!m:n, éd. Varsovie, J884, au chapitre de Y'D. — iM. Kr. croit (p. 24) que 
l'académie de Yabné se trouvait, pour des raisons politiques, en pleine 
campagne. Cette opinion est à rejeter, car non seulement on ne conçoit 
guère pourquoi les Romains auraient permis d'enseigner en plein air 
plutôt que dans une école 1 , mais encore M. Kr. se trompe en admettant 
que l'académie se trouvait exclusivement sous le ciel : le passage de 
j. Ber., iv, le, et surtout celui de j. M. K., m, 81 d, montrent l'exis- 
tence, à Yabné, d'un 13171 ma, qui doit avoir été un édifice considérable, 
à en juger par l'expression *iyyn ma ^I7:r \ Mais si les Romains 
voyaient d'un mauvais œil les tendances séparatistes des Juifs, ils 
auraient bien plutôt commencé par fermer le ~yin ma, d'où ceux-ci 
recevaient leur direction religieuse et politique. D'autre part, M. Kr. n'a 
pas remarqué que l'enseignement en plein air et notamment sous les 
arbres se constate à. différentes époques (j. Ber., 5 c; B. M., 22a), en 
sorte que le terme de * vigne de Yabné » se passe d'une explication par- 
ticulière, surtout si l'on considère que la Judée est un pays très riche en 
vignes. — Sûrement fausse est la traduction (p. 25) de "^ bïî ~iD81 par 
« président de la muraille» {Mauerv or stand), fonction qui n'est connue ni 
du Babli {B. H., 24 a), ni du Yerouchalmi (i, 57 b) ; dans les deux passages 
il est question du « chef de Gadara », titre qui correspond à peu près à 
notre maire 3 . --Il est fort douteux que le texte de Cantique rabba sur 
i, 2, dise que R. Éliézer ait utilisé un ancien stade comme école (p. 26); ce 
ne peut guère être le sens de zen "p73D. — L'emploi de pierres à la place de 
chaises paraît sous-entendu aussi dans j. Haguiga, m, 78 d ; mais je dois 
convenir que je ne comprends pas bien ce passage. — Dans les sources 
tannaïtiques, on ne mentionne nulle part l'étage supérieur de l'école; 
partout où il est question d'une rT"b3>, il s'agit de réunions qui ont eu 
lieu dans des maisons particulières : dans Sauh., lia, c'est la rp^b* du 
Patriarche*, tandis que pour nsa^a tT^b? {ibid.), il faut sans doute lire, 
avec la Tossefta de Sota, xm, 4 : nsara pïïV vn. Il est tout à fait 
invraisemblable que les célèbres « dix-huit mesures » aient été prises au 
cours d'une visite à un malade; contrairement à ce que dit M. Kr. (p 28), 
le mot "ip^D peut désigner n'importe quelle visite 3 ; cela résulte avec évi- 
dence de Soucca, u, 7, car R. Yohanan, que « les anciens des Scham • 
maïtes et des Hillélites » viennent visiter ("ipab), n'était pas malade : 

1. Pendant la persécution d'Adrien, il semble que c'était justement l'enseignement 
en plein air qui était le plus sévèrement défendu, v. Berachot, 616. 

2. Le passage parallèle du Babli (B. M., 59 6) a improprement '0"\112 71 ma. 

3. Peut être le ^Ij, biblique, situé en Judée. — Du reste, pour dire « président de 
la muraille », il ne pourrait y avoir que "nan CN"! ou TTS UN"), mais jamais bU3 '"1 
T». 

4. Les leçons hésitent entre R. Gamaliel et son père R. Simon. V. Rabbinowicz, 
ad loc. 

5. Voir Maïmonide sur Sabbat, i, 2. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

autrement il ne se serait pas trouvé dans la soucca 1 . Quant à la date de 
ces mesures, il est difficile de la déterminer ; M. Kr. aurait dû renvoyer 
au moins à la copieuse étude de Lerner (Magazin, IX). Il n'est pas pos- 
sible d'admettre, avec M. Krauss, que les docteurs se sont assemblés dans 
une maison particulière parce que l'école officielle ne fonctionnait pas 
alors. Même si l'on voulait accepter l'historicité de la notice d'après 
laquelle le Sanhédrin a été exilé de la « salle aux pierres de taille » qua- 
rante ans avant la destruction du Temple, cela n'a rien de commun avec 
les écoles des Pharisiens, et il est tout à fait impossible que, dans les 
années qui ont précédé la destruction du Temple, les Romains se soient 
souciés des écoles des Juifs. M. Krauss a des raisons pour tout ; il vous 
dira aussi pourquoi certaine halacha a été décidée par les Schammaïtes et 
les Hillélites dans la demeure de R. Yonatan b. Batyra. C'est, dit-il, qu'il 
s'agissait de la prescription des cicit, innovation nullement sympa- 
thique au peuple, comme nous le savons, et l'on voulut s'accorder 
d'abord sur les grandes lignes, avant de s'adresser au peuple. J'avoue ne 
pas être de « ceux qui savent » et je m'imaginais que la prescription des 
cicit se trouvait dans certain ouvrage passablement ancien, intitulé «les 
Nombres 2 » et ne constituait pas une innovation des écoles de Schammaï 
et de Hillel. Remarquons, à ce propos, que, dans la même circonstance, on 
décida une halacha relative au loulab : l'usage du loulab est-il donc auss 
une innovation des écoles rabbiniques, qui commencèrent par tenir là-des- 
sus une séance secrète? M. Kr. rejette toutes les responsabilités sur ces 
méchants Romains (p. 30). On trouvera tout naturel que certaine consul- 
tation sur la fixation de la néoménie ait eu lieu dans l'appartement du 
Patriarche 3 , si l'on considère que peu de docteurs possédaient les con- 
naissances astronomiques nécessaires au calcul du calendrier, de sorte 
qu'il était impossible de débattre une telle question en séance plénière. 
M. Krauss est d'un autre avis. Les délibérations eurent lieu dans l'appar- 
tement, au milieu du plus grand mystère, parce qu'on craignait l'oppo- 
sition des Romains Mais, demanderons-nous, si ce cas de R. Gamaliel 
s'explique par les circonstances politiques du moment, pourquoi a-t-on 
érigé en halacha que seuls ceux qui ont été désignés pour cette délibéra- 
tion peuvent y prendre part et personne d'autre? La réunion qui enten- 
dit, dans la maison de Goria 4 , une voix céleste proclamer l'éloge de 



1. V. ibid., il, 4 : n^TOH 1?3 T" 1 " 1 ^ 3 T^irt. 

2. Que le peuple n'ait pas observé cette prescription avec un soin particulier, on ie 
croira volontiers ; mais il y en avait bien d'autres que le peuple négligeait. 

3. M. Kr. est sur que c'était R. Gamaliel, mais v. Rabbinowicz, ad toc, d'où il 
ressort que la leçon 5 W 3TI3H est mieux attestée; il est parfaitement possible que 
Samuel le Jeune ait déjà été actif sous R. Simon b. Gamaliel le premier. 

4. Probablement identique avec le 'J'PT'in *p ÏT33n de Sabbat, i, 4, ce que con- 
firme surtout la leçon de la Tosscfta de Sota, xm, 3 : *p"ni3 *p mbjÔ. M. Kr. ne 
cite ni la Tossefta, ni la leçon Wii offerte par un manuscrit du Bitbli (apud Rabbi- 
nowicz). I)u reste, après 3£N OjDj, il faut l'indication d'une personne, non d'un lieu, 
de sorte que l'explication de N"H3 r\^n par Tychéon est totalement impossible. 



BIBLIOGRAPHIE 301 

Hillcl, aurait eu lieu dans une rr^b? parce que Jéricho était la résidence 
d'hiver de Hérode et que les Pharisiens ne pouvaient se réunir qu'en 
secret. M. Kr. en sait davantage encore : celte voix céleste fut entendue 
lorsque la direction spirituelle de Hillcl n'était pas encore reconnue 1 . 
Mais Josèphe dit justement le contraire : Hérode, par égard pour Hillel 
et Schammaï (ou Schemaya), dispensa les Pharisiens du serment, et c'est 
ce Hillel qui dut se cacher à Jéricho dans une maison particulière ! — La 
phrase rrbjn inry "TPM3 isb ">dn dans la bouche d'amoras palestiniens 
s'explique ainsi : certaines décisions graves étaient prises, non en séance 
plénière, mais dans une salle destinée aux délibérations importantes, 
ouvertes seulement aux membres les plus considérables de l'académie, 
peut-être aux docteurs munis de l'ordination (D^pT). — Les indications 
sur le jardin de l'école (m *ai Nn:a) sont insuffisantes. 11 aurait fallu 
d'abord renvoyer à Kiddouschin, 39 6, où il est dit clairement que Hab 
cultivait des légumes dans ce jardin, ce qui permet même à Raschi 
d'expliquer que ce jardin servait aux disciples pour en manger les 
légumes, puis à la N^mn (Menahot, 82 6), où se trouvait l'école prépa- 
ratoire à l'académie 2 . Scherira, dans sa Lettre, ne dit pas, comme l'af- 
firme M. Kr., que l'école était dans le jardin môme, car le mot ûnn peut 
parfaitement se rapporter à Sora, qui précède, et le gaon ne mentionne le 
jardin que pour expliquer comment Rab pouvait pourvoir à la nourri- 
ture de nombreux élèves, exactement comme le fait Raschi. Dans Neda- 
rim, 11 6, on mentionne le m *nn Naïup — déjà du temps de Rab — et 
dans B. B., 11 6, ainsi que dans Menahot, 33 6, les disciples de Rab décri- 
vent « le portique de l'académie » (an ^n~i snoss) comme une véritable 
maison d'habitation (x^'ïyiz ^;mrN). il n'est donc pas possible que le 
jardin lui-même ait constitué l'école. — Par m "»m NnN il faut entendre 
sans doute une « poutre de l'école » ; ce genre de bois était particulière- 
ment employé pour les poutres, v. Sabbat, 157 a, et l'explication de ce 
passage dans VArouch, s. v. Nns, et dans Raschi. — Les sièges dorés de 
l'école de Rab doivent leur existence à une double confusion. Graetz 
(Geschichte, IV 4 , 321) renvoie à la lettre de Scherira pour établir que 
R. Houna b Hiyya a succédé a R Juda, ce que Scherira indique en etl'et 
(éd.Neubaucr, p. 31), — quoiqu'il eût été plus exact de dire que R. Houna 
b. Hiyya fut, pendant la vacance qui se produisit dans la direction de 
l'académie de Poumbedita, à la tête d'une école particulière, qui jouissait 
d'une grande considération. Quant aux quatre cents sièges dorés, Graetz 
les a trouvés dans Bechorot, 31 a ; seulement il n'est question là que des 
sièges (^pron) ; l'or en a été fourni par Yebamot, 16a, grâce à une 
confusion de la anT b"Œ? riGto de R. Dosa b. Horkinas avec ces ^"pttr. De 
là Krauss : « C'est sans doute pour l'école de Sora que Houna b. Hiyya 

1. Mais dans la phrase suivante on dit exactement la même chose de Samuel le 
Jeune, qui n'a jamais été un chef de la nation! 

2. Kohut, s. y., donne la tradition des Gueonim sur le sens de ce mot; v. aussi 
Halevy, Dorot Harisch., III, 225 et s. 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

procura dos sièges d'or », avec Graetz comme source et la remarque : 
« d'après la Lettre de Scherira, ce que je n'y ai pas trouvé » ! Du moins 
Scherira et Graetz auraient pu apprendre à M. Kr. que ce R. Houna était 
un docteur de Poumbedita. — Sur irai ma, j'ai réuni les textes qu'il 
faut dans Geonica, I, 42 et suiv., ils peuvent servir à compléter les indi- 
cations de M. Kr. 

De son ouvrage en préparation Tradition und Tradenten, M. Bâcher 
nous donne le chapitre intitulé Vortragende Tradenten tannailischer 
Lchrsàtze in den amoràischen Schulen, dans lequel il énumère, dans 
l'ordre chronologique, les « rapporteurs » ainsi que les maîtres devant 
lesquels ceux-ci rapportent des enseignements tannaïtiques. Voici 
quelques observations sur cet article. La phrase 1T p U5"n employée par 
R. Yohanan (p. 2) ne signifie pas, dans j. Sabbat, 4 c, 1. 59 : « une telle 
halacha est-elle possible?» mais « y a-t-il sur cet objet une tradition 
tannaïtique? » Cette explication est appuyée par le Babli, Yebamot, 72 b, 
d'où il ressort que R. Yohanan a accepté la tradition qu'on lui commu- 
niquait et non, comme dit M. B., qu'il a critiqué l'enseignement tannaï- 
tique. La véritable explication du texte du Yerouschalmi est donnée par 
R. D. Louria dans ses Hagahot, ce qui paraît avoir échappé à Ratner. — 
Dans j. Yebamot, 9c (ainsi que Sabbat, 9c), il faut, contrairement à l'opi- 
nion de M. B. (p. 3), lire manNi et non mariai, car la première leçon 
fait seule jeu de mots avec ma*. R. Yohanan avait une grande prédilec- 
tion pour ces jeux; voir par exemple Houllin, iSb : KO" n 3 NO^, « mon 
beau-frère est bien hardi » ; ibid., 19 b : *nD3 "P3 (c'est ainsi qu'il faut 
lire à la place de D"iD3>), « l'étranger — c'est-à-dire le Babylonien 
R. Eliézer — a une opinion étrange » ; Bechorot, 18 b : an^ODa . . .rûDDiN 
(c'est la lecture de YArouch, s. v. m^aBD), « pendant que tu mangeais 
dans ta faim les fleurs des palmiers ». Je ne crois du reste pas que M. B. 
soit fondé à tirer manao de nan, car « tu es brisé » est une phrase 
incompréhensible et il vaudrait mieux dès lors considérer cette forme 
comme un etpeel de ~ia, « être dehors » : « Babylonien, dit R. Yohanan, 
tu as traversé à grand peine trois fleuves (pour venir en Palestine) et tu 
es tout de même encore dehors ». De l'expression « être dehors », il faut 
rapprocher non seulement l'hébreu yinatt [fm?] (Tos. Hag., n; Babli, 
15a ; Yerousch., 77 a), mais encore l'araméen tfrrna « fausse doctrine 1 ». 
— Je ne m'explique pas que M. B. puisse traduire mb pTiiBTa par «écouler 
en silence » (p. 12j, alors que ces mots signifient évidemment « faire 
taire quelqu'un ». — P. 15, la référence est tombée dans la note 2 ; lire : 
Pesahim, 100 a. 

L'article le plus étendu de ce volume est celui de M. Rosenzweig sur les 
m interprétations par al-tikrê » {Die Al-tikri-Deutungen), où l'auteur essaie 
d'établir les principes d'après lesquels ont été formulées ces interpré- 
tations. En dépit de l'abondance des matériaux qu'il nous offre, le résul- 

1. Voir mes Geonica, II, 10; Ilalevy, op. cit., III, 226 et suiv. A remarquer aussi 
que R. Yohanan se sert de l'expression "jab "OP. 



BIBLIOGRAPHIE 303 

tat final de son étude est fort maigre. Le Darkê ha-Schinouyim de Wald- 
berg 'Lcmberg, 1870) contient non seulement tous les principes qui sont 
appliqués dans les interprétations de al-tikré (non tikri, comme l'écrit 
M. IL), mais encore ceux qui ont été suivis pour d'autres interpréta- 
tions, avec modification des consonnes ou des voyelles. La désignation 
même de Al-tikré-Deutungen est à mon sens des plus malheureuses, car 
les règles herméneutiques qui sont à la base de ces interprétations sont 
souvent appliquées à propos d'interprétations qui ne sont pas introduites 
par la formule -npn bî*. Bien mieux, et M. R. l'indique lui-même (p. 219), 
les mêmes interprétations sont souvent introduites par "npn ?N ,rp:i np, 
etc.. ou n'ont pas ces formules; pourquoi donc chercher des règles 
herméneutiques spéciales pour les interprétations par al-tikré? Quand la 
Mischna de Berachot, ix, 5, explique les mots ^pNE b^a, dans Deutér., 
vi, 5, par '*Oi m M bsa, elle se sert exactement delà même règle hermé- 
neutique que l'école de R. Ismaël, qui interprète ùnNEtûm, dans Lévit., 
xi, 43, par onpaai {Yorna, 39 a) et, pour l'histoire de l'herméneutique, il 
est absolument indifférent que la formule *npn bN se trouve pour la 
dernière interprétation et non pour la première. La vue si fine de 
R. Akiba, 'im mp» Ï173 bfini»"' mp» 1 repose sur une interprétation du 
mot mp» ! , qui correspond exactement à l'interprétation du Sifré, Deu- 
tér.j 357, sur OD fcô, et c'est par pur hasard que dans ce passage on 
emploie "Hpn bt* et pas dans l'autre. Ce qui est vrai des interprétations 
de la Mischna l'est aussi de celles du Midrasch et du Talmud et un coup 
d'œil superficiel sur l'ouvrage de Waldberg suffit à se convaincre du bien 
fondé de mon assertion : les al-tikrê ne forment pas une catégorie à 
part. — Les explications que M. R. donne de chaque cas ne sont pas non 
plus toujours irréprochables. Tanhouma, Çaw, sur Lévit., vi, 37, explique 
nbirb minn nKT comme ïibl*b «b ÏTTinïi nNT, parce que le scheva se 
rapprochant du son a, nbirb se distinguait à peine phonétiquement de 
nbiy Nb. De la même manière, "pbinb est interprété, dans Ned., 10 6- 
11 a, comme "pbin «b, V. aussi M. Margolis, dans Am. Journal of. Sem. 
Lang., XXVI, 65, qui donne de nombreux exemples, tirés des Hexaples, 
de la transcription du scheva par a, p. ex. Xajjuxv C|*»b), XapiaXxT] (wnb), 
XaxoX (bob), etc. — Dans û^BIDia KbN û^stt) "npn b&[Mechilta, Beschal- 
lah, Amalek, i) 3 , tTÛlBttî est pour û^ais bu) ; le grec tuouoeç se trouve 
ailleurs sous les formes mura ,maiys et maïKO, ce qui permet d'ex- 
pliquer û^is btf) par "DT 3DU573. — M. R. n'est pas arrivé à donner une 
liste complète des phrases de al-tikré et j'ai quelques additions à v faire : 



1. M. Yoma, i. f. Mais il ressort de la Pesikta, éd. Buber, 157 6, que c'est une 
addition postérieure ; aussi manque-t-elle dans certaines éditions anciennes de la 
Mischna. Sur le caractère antichrétien de cette aggada, v. mon observation dans la 
Jewish EncycL, I, 308. 

2. Jeu de mots sur mp72, qui signifie « bain » et « espoir ». 

3. V. aussi Ehrentreu, dans Jahrbuch. jûd.-lit. Gesellschaft, IX, 43 et ma Hag- 
gada in den pseudo-hieronymianischen Quaestiones, p. 106. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1° MidraSth Schir ha-Schirim, éd. Ci r un h ut, 29 a, avec référence à 
Deutér.. xxviii, 10 : W-m tôft «ùinî *npn bfc* \ « et tous les peuples crain- 
dront ». 2" Aggadat Beréschit, éd. Buber, 126, sur Isaïe. xl, 27 : !"T»b ri"« 
■TOTi rittb tfbtf npjn nttsn, « ne lis pas : pourquoi dis-tu, Jacob? mais : 
pourquoi es-tu rebelle, Jacob"? » 3> Yelamrfénou, cité par le Yalkout sur 
Nombres, xxm. 7 : ib©ia tfbfc* iblbn "Hpn b«, « ne lis pas : sa parabole, 
mais : du sien ». 4* D'après une source midraschique, inconnue, le 
Pardès, Bosch ha-Schana, 49 d, cite cet al-tikré sur Cantique, m, 8 : instt 
rirrba * &ÔN mbr» "hpri bN mbiba, « de la terreur des nuits, ne lis 
pas : des nuits, mais : des sons du Schofar ». 5° Mahzor Vilry, 311, 
citant une source anonyme, sur Exode, xix, 3 : Nbx npa^ rnab "np^n bN 
n?y*> pab, « ne lis pas : la maison de Jacob, mais : la fille de Jacob ». La 
source est certainement Aggadat Beréschit, éd. Buber, 126 3 : 3py bï) Tria 
apa"» mab n72Nn na nnKsa baniû" 1 nosa 1T. 6° Barceloni, Commentaire 
du S. Yecira, 99, cite ce Midrascb sur Gen., xxxix, 1 : arhafi* mpn fj^àfe 
'iai mmpi "p-" 1 * 23 ! ou ie verbe Nnp^i du verset est rapproché de rmp 
« poutre », Nip, « dresser des poutres ». Cette interprétation est diffé- 
rente du al-tikré de Soucca, 10 a (le n° 56 de R.). 7*> Tanhouma, éd. 
Buber, II, 60 = Yalk. Makh. sur Psaumes, II, 258 : \ysfon \yo D*nnb 
Ù^IIJ 'pbnrrab l^mp ■ , É"W, est la source de l'interprétation û*nub n"N 
D^Vffib NbN, que R. cite d'après Orhot Hayyim, II. 15 '. 8° Pseudo-Raschi 
sur A6of, m, 3 : mBN isba mwà Hpn btf, avec référence à Ezéch., xli, 2, 
et application des « trois mères » à la triade « Pentateuque, Prophètes et 
Hagiographes » ou, d'après une autre explication, « Tora, Mischna, Tal- 
mud ». 9° Or Zaroua, II, 15 : ribtôi »b« risiai "npn ba 5 Nnsoina -iïï-.ni 
'lai rmpnpfci min 1 ÊPM bïî rnriDTSn Tn«J iTabn. Cette interprétation 
se trouve aussi bien dans la Pesikia, éd. Buber, 13 1 a, que dans Lament. 
r., sur iv, 15, mais sans la formule introductive "npn bfc*, qui, comme il 
a déjà été remarqué plus haut, n'importe pas au mode d'interprétation. 
10° R. Bahya b. Ascher sur Deutér., xxv, 2, cite cet al-tikré d'après le 
Yerouschalmi : ib^ésm Nbtf "lb-n&m n"N. Cette interprétation ne se trouve 
pas dans notre Yerouschalmi, mais comme la fin du traité Maccot y 
manque, il serait possible que la source de R. Bahya figurât dans la 
partie du traité que nous n'avons plus. Néanmoins le passage tout entier 

1. Je ne vois pas quelle difficulté l'éditeur a vue dans ce passage, qu'il efface ; ce 
n'est pas une raison parce qu'il manque dans les textes parallèles pour l' effacer. 

2. Faute d'impression pour nibb^a. 

3. La fin de cette aggada — Dieu est le fiancé de la Kenésset Israël, voir mes 
Legends of the Jews, III, 92 — y est appuyée d'une manière analogue sur Exode, 
xx, 20, 11103 étant dérivé de KU53j « épouser », — ce qui répond au "JD17Û Tlba de 
Buber. 

i. Le Tanhouma est aussi la source de Aggadat Beréschit, 33, où il ne faut pas 
corriger, avec Buber, ûrPTtë "lbn en D!TH3a iba. Le sens est que la mer se fendit 
à la vue du signe de l'alliance, lorsque les Israélites relevèrent leurs habits et que leur 
corps apparut. 

o. Sur cette désignation, v. ma remarque dans la Monatsschrift, t. LVII. 



BIBLIOGRAPHIE 30u 

est suspect pour deux raisons : d'abord, la formule n"N ne se trouve pas 
du tout dans le Yerouschalmi ; ensuite, Orhot Bayyim, I, 103 6, cite 
comme source de cette interprétation une consultation gaonique 1 . Il s'en- 
suit que « Yerouschalmi » désigne chez R. Bahya, non le Talmud de 
Jérusalem, mais, comme c'est souvent le cas chez les auteurs du moyen 
âge, un recueil halachique ou aggadique de caractère apocryphe et 
d'origine inconnue. L'interprétation de rPEJtfia par rPŒ nid, « il créa 
six » (à savoir : les quatre points cardinaux, plus le haut et le bas), ne se 
trouve pas seulement dans le Midrasch ha-Gadol (R., 251), mais aussi 
dans le Zohar, I, 15 b. Les Tikkouné Zohar sont consacrés en grande 
partie aux interprétations sur « les six » et il est extrêmement vraisem- 
blable que l'auteur du M. G. a utilisé ici une source mystique. 

La liste des al-tikré est précédée d'une étude en 12 pages sur l'histoire 
de l'herméneutique biblique. Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre sur 
cette importante question, mais je ne puis m'empècher de rectifier 
quelques indications erronées de l'auteur. Les mm^n "^niT ou rnzniB'i 
sont des allégoristes 2 et leurs interprétations portent toujours sur le 
texte même de l'Écriture, et non, comme l'affirme M. R. (p. 209), sur les 
notes placées dans les marges des manuscrits de la Bible. — Que Hillel 
ait été le premier à se servir des sept formules de logique pour l'inter- 
prétation de l'Écriture et à leur conférer une valeur officielle, Graetz le 
dit bien, mais non les sources citées (Tos. Sanh., vu ; Ab. d. R. Natan, 
37), où on rappelle seulement que Hillel, dans sa fameuse discussion sur 
l'offrande de l'agneau pascal le jour du sabbat, s efforça de soutenir son 
opinion en recourant a sept règles herméneutiques 3 . — Ce que M. R. dit 
des divergences de principe entre H. Ismaël et R. Akiba dans leurs inter- 
prétations de l'Ecriture est bien peu clair et il aurait dû renvoyer du 
moins à l'ouvrage de M. Hoffmann, Zur Einleilung in die lialachischen 
Midraschim. Ce qui est tout a fait inexact, c'est d'avancer (p. 214) que le 
principe (« formule » serait plus exact) "imb rr&n nmb -pt "parc? d"j>n 
remonte à R. Akiba ; si M. R. s'était donné la peine de consulter la Ter- 
minologie de M. Bâcher (s. v.), il en aurait trouvé des exemples pour 
R. Éliézer b. Hyrkanos, R. Eléazar b. Azaria, R. Ismaël et ses disciples. — 
L'origine de la aggada sur les quarante-neuf sortes d'interprétations 
bibliques doit être cherchée dans la légende des cinquante portes de la 
sagesse 4 , dont quarante-neuf ont été livrées à Moïse (cf. liosch ha-Schana, 
•iib). Les soixante-dix genres d'interprétations ne sont appuyés d'aucun 

1. Voir aussi la consultation du recueil Schaaré Teschouba, n° 16, avec la remarque 
de Hazan. Cf. Buber, n^lD^n Ù'ÔttJ"!"!*, p. 39, qui, ne connaissant pas la consulta- 
tion gaonique, admet le vrai Yerouschalmi comme source de R. Bahya. 

2. Voir ma notice dans la Jew> Encycl.,l, 405; Lauterbach, dans la Jew. Quart. 
Rev., New Séries, I, 291 et s., et 1. Lévi, R. É. .7., LX, 24. 

3. C'est le sens naturel des mots mVQ ">33 "OpT *ODb 1D"ïn> 

4. Alphabet de R. Akiba, Bêt ha-Midrasch, III, 16, a le chiffre de 5000 ! L'auteur 
du Hinnouch, command. positif 152, cite les soixante portes, ce qui est sûrement, ùno 
faute de copie* 

T. LXVI, N° 132. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

texte par M. H.; ils se trouvent dans Nombres r., xiv, et souvent dans le 
Zohar ; rien de commun, sans doute, avec les soixante-dix langues. 

Un des problèmes les plus difficiles de l'histoire de la Halacha est la 
question de savoir combien en est dû aux rabbins pris individuellement 
et combien à la masse de ceux-ci. M. Gh. Tschernowitz essaie de résoudre 
ce problème dans son article intitulé D^n "Pm npibrran nsnsn ; mais 
je dois dire qu'il ne l'a pas avancé d'un pas. Qu'on ait procédé à un vote 
avant de décider une halacha controversée, la chose est si évidente que 
c'est perdre son temps que de chercher à l'établir. Mais là où l'auteur 
juge tout de travers, c'est dans le cas de Beça, 20 b. Baba b. Boutta, 
quoique suivant généralement la tendance schammaïte, partageait, dans 
le cas en question, l'opinion des Hillélites et, pour bien en marquer la 
supériorité, il amena un grand nombre de personnes à faire le sacrifice 
défendu d'après les Schammaïtes. Soutenir que la foule accourue a pris 
part au vote des deux écoles n'est pas seulement invraisemblable en soi, 
mais encore contraire à la source citée par l'auteur. 11 y est dit que 
d'abord les Schammaïtes l'emportèrent (n"3 b? \a"3 biD d*p ma:*), de 
sorte qu'on voulut fixer la halacha conformément à eux, mais que, par 
suite de l'intervention de Baba, les Hillélites l'emportèrent et que la 
halacha fut fixée conformément à leur opinion (i^pi n^bu; "j-p rma 
Dm^n n^bri), d'où il résulte que l'expression }T ma a ne signifie pas, 
comme le dit M. T., « la réunion des voix », mais « l'opinion publique se 
tourna de leur côté ». L'attitude timorée de Hillel avait d'abord donné 
au peuple la conviction que les Schammaïtes avaient raison, mais l'inter- 
vention énergique de Baba en faveur des Hillélites causa un revirement 
de l'opinion publique, à laquelle les adversaires mêmes ne purent se 
soustraire, de sorte que, dans le vote qui suivit, la halacha fut décidée 
d'après les Hillélites. La relation est si claire qu'on s'étonne qu'elle 
puisse être mal comprise. — La distinction que fait M. T. entre les 
divergences fondées sur des traditions différentes et celles qui ont pour 
base des arguments de logique n'est pas neuve — Albo la connaît déjà, 
Ikkarim, III, 23 — mais elle n'est sûrement pas exacte ; v. Hoffmann, 
Der oberste Gerichtshof, p. 10. — Une opinion également fausse est que 
chacun avait le droit, aussi longtemps qu'il n'y avait pas eu de vote, de 
décider conformément à son opinion lorsque celle-ci n'était pas celle de 
la majorité. Le Yerouschalmi {Berachot, i, 3a) exclut l'hypothèse que 
R. Gamaliel ait pris une décision conforme à son opinion individuelle et 
cite les exemples de R. Akiba 1 , de R. Méir et de R. Simon, qui ne se 
laissèrent pas guider, dans des cas pratiques, par leurs opinions person- 
nelles, mais regardèrent celles de la majorité comme ayant seules auto- 
rité. — La règle D^snri robn D^m T>rp n'exprime pas simplement une 
préférence donnée à l'opinion de la majorité; c'est ce que montre NUlda, 
9 b, où Rabbi fait valoir exprès l'exception d'urgence ("prnn r\yw), sans 

1. Dans le cas de R. Akiba on procéda à un véritable Vote et ce cas montre combien 
M. T. est loin de la vérit' quand il soutient que ces votes étaient extrêmement rares. 



BIBLIOGRAPHIE 30? 

quoi il ne se serait pas permis d'adopter l'opinion de R. Éliézer, bien 
qu'on n'eût jamais été aux voix, comme on le dit formellement i . Il est 
vrai que, d'autre part, R. Gamaliel en voulut à R. Akiba, d'après T. 
Bcrachot, iv, 15, lorsque celui-ci employa en sa présence une bénédiction 
conforme à la formule prescrite par la majorité, mais différente de celle 
que lui-même avait fixée. R. Akiba s'excusa en disant : « Tu nous as 
enseigné qu'on doit suivre la majorité »; mais l'insistance de R. Gamaliel 
montre qu'il s'attendait à ce qu'il fût tenu compte de son opinion à lui. 
— La question a encore besoin d'être examinée à fond et on ne peut 
espérer une solution que d'une étude exacte des sources. Une demi- 
douzaine de textes suffisent à alimenter des considérations pour maga- 
zines, mais ne sauraient conduire à un résultat scientifiquement sûr. 

M. Perls étudie un point non moins important du domaine de la hala- 
cha pratique dans son travail sur « Minhag » (Der Minhag ira Talmud). 
La coutume est plus ancienne que la loi ou, pour parler plus exacte- 
ment, la loi n'est souvent que la coutume érigée en règle. De là les rap- 
ports étroits entre lahalachaetleMinhag. Toutefois il est dans la nature 
des choses que ces rapports ne soient pas toujours ceux de deux alliés, 
mais parfois ceux de deux adversaires. Aussi M. P. traite-t-il aussi bien 
du « Minhag à côté de la Halacha » que du « Minhag contre la Halacha » 
et il montre comment les Tannaïtes et les Amoras s'efforçaient de faire 
droit au Minhag sans faire tort à la Halacha. L'auteur a épuisé la docu- 
mentation, ou peu s'en faut, mais il n'a pas toujours bien mis en œuvre 
ses matériaux. Ainsi, il n'indique même pas que dans Pesahim, 51 a, il y 
a divergence d'opinions entre Abbayyé et R. Aschi sur le caractère obli- 
gatoire du Minhag palestinien ; le premier le met au-dessus de tout 
autre, mais non le second. Or, cette divergence reflète un chapitre 
important de l'histoire juive. Abbayyé accepte encore la règle de la sou- 
mission des Babyloniens aux Palestinens (p'na* inb piDi"0 "pNT |ra 
WTITO); de son temps la Palestine était restée le pays d'où émanait la 
direction spirituelle du judaïsme. Deux générations plus tard, quand 
personne ne pouvait plus contester l'hégémonie de la Babylonie, il eût 
été déraisonnable d'accorder tant d'importance au Minhag palestinien. — 
Le sens naturel de la règle formulée dans Pes., iv, 1, "nain -pb^ •prns 
nplbrwn ■'asa n:nzr> ban 'iDi Dipwn, est : on doit se conformer à la pra- 
tique rigoriste, mais sans donner par là occasion à des discussions ; les 
explications que le Talmud donne de ce passage {Mb) sont forcées. Maï- 
monide paraît avoir interprété la mischna comme je l'ai expliquée {Yad, 
Yom-Tob, vin, 20) ; M. P. suit naturellement le Talmud. — Ce n'est pas 
R. Scherira Gaon, comme le soutient M. P., qui a le premier invoqué le 
Verset de Deut., xix, 14 ('"Ol bina jpon Nb) à l'appui du caractère obliga- 
toire du Minhag ; le Midrasch Mischlê sur xxu, 28, le donne comme un 
derasch de R. Simon b. Yohaï. Il se trouve également chez Philon, II, 
v360 {De specialibus legibus, IV, 149) ainsi que dans le fragment, récem- 

1. Voir l'explication Correcte de Ce passage dans Halevy, Dorot Harisch., I, 290, 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment publié par Schechter, d'un écrit hérétique ; v. mon article Ëine 
unbekarmte judische Sekte dans la Monatsschrift, LV, 672. 

De mauvaises lunettes gâtent de bons yeux. L'étude de M. S. Zuckkr- 
mandel sur « la dispensation des femmes de certains devoirs religieux » 
{Die Befreiung cler Frauen von bestimmten religiôsen Pflichten nach 
Tosefta und Mischna) est une preuve éloquente de celte vérité. Les pré- 
tendues divergences entre la Mischna et le Babli, d'un côté, la Tossefta 
et le Yerouschalmi, de l'autre, touchant la dispensation des femmes des 
« prescriptions positives conditionnées parle temps » CjETnia TV09 m £73 
N73-I3) doivent justifier la théorie connue de ce savant, d'après qui la 
Tossefta représente la Mischna palestinienne, tandis que la Mischna 
actuelle ne serait que la métamorphose babylonienne de l'ancienne 
Mischna palestinienne. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner longuement 
cette théorie, défendue par l'auteur avec une grande perspicacité et une 
érudition immense. Il suffira de montrer comment M. Z., subjugué par 
son idée favorite, se met hors d'état de voir dans leur vrai jour les choses 
les plus simples. La Tossefta de Kiddouschin, î, 10, citée presque tex- 
tuellement dans j. KidcL, i, 64c, et, avec des variantes capitales, dans le 
Babli, 34 a, représente censément la mischna palestinienne, que le Babli, 
non content de l'éliminer de sa Mischna, aurait « corrigée » même comme 
baraïta pour la mettre d'accord avec son interprétation. Mais si le Babli 
a su, au moyen d'une simple correction, consistant à ajouter les cicith 
aux commandements positifs en question, accorder la baraïta avec son 
opinion, il n'avait aucune raison d'enlever tout le passage sur les cicith 
delà Mischna; cette correction aurait justement fait dire à la Mischna ce 
qu'exige, d'après le Babli, la halacha autoritative ! Dans Menahot, 43 6, 
le principal texte sur les prescriptions des cicith, le Babli, ne dissimule 
nullement que l'opinion défendue par lui sur nb">b moD est contestée 
par les collègues de R. Simon, et dans Kiddouschin, le Babli aurait rayé 
une phrase, modifié une autre, pour ne pas accorder que cette hala- 
cha est controversée entre R. Simon et ses collègues! On ne s'attendrait 
guère à trouver sous la plume d'un savant aussi compétent en Halacha 
que l'est M. Z., la remarque suivante : « Le passage de la Tossefta figu- 
rait, à mon avis, dans la Mischna; on ne voit pas pourquoi R. Juda 
ha-Nassi n'aurait pas fait place dans sa Mischna à la controverse entre 
R. Simon et ses collègues. » M. Z. ne sait-il donc pas que Ja Mischna de 
R. Juda ha-Nassi ne contient absolument rien sur les cicith ' ? et il aurait 
examiné une question de détail telle que l'obligation de cette prescrip- 
tion pour la femme ! La rédaction singulière de ce texte de la Tossefta 
aurait dû suffire à mettre M. Z. sur la voie. Après les mots J>"73 N">n ira* 
n^t» ...]"i5D y'T" «ba, on aurait attendu a"THttî 9'% mwz n7:iN il"-\ 

1. On sait que Maïmonide, sur Menahol, iv, 1, a déjà signalé ce fait remarquable, 
mais L'explication qu'il en donne n'est pas entièrement satisfaisante. La section Men., 
in, Viv, 4, est empruntée à un ancien recueil halachique, comme je me propose de 
l'établir prochainement. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

crn, mais non, comme notre texte porte : rpatrçïrt }73 CWn n^ns uî"n. 
Le Sifrè, Nombres, 115, a : nais ttî"n 3>»iz3tta D^tBan E|N rP3F2t D~b T.B3H 
maMEn 173 D v w'r! n». D'après ce texte, la divergence entre ces tannaïm 
n'aurait rien à faire avec la question de savoir si cicitk fait partie des 
commandements positifs à époque fixe, ce point n'étant contesté par 
personne ; seulement les collègues de R. Simon soutiennent qu'en vertu 
du mot Dnb, les femmes sont comprises dans cette prescription, tandis 
que R. Simon applique ici aussi le principe qui dispense les femmes des 
commandements positifs à époque fixe. Les amoraïm ne connaissaient 
plus la forme midraschique de cette halacha, comme il ressort de Mena- 
hot, 43 a, où elle est citée sous la forme « abstraite » : ...m^xa "pa^n ban 
'iDl D^iûa ; de là les tentatives du Babli, l. c, et du Yerouschalmi, Kid- 
douschin, t. c, pour mettre cette divergence des tannaïm en rapport 
avec la question de ïrb^b mors. La tossefta primitive de la mischna de 
Kiddouschin, i, 7, devait avoir, à l'école de R. Simon, le texte que nous 
donne le Babli, tandis que ses adversaires ne citaient que lephillin, lou- 
lab, schophar etsoucca comme exemples de prescriptions que les femmes 
sont dispensées d'accomplir ; ils n'y comptaient pas cicith, parce que 
c'était une exception à la règle et qu'une exception ne peut naturelle- 
ment pas servir à appuyer une règle. Quant aux amoraïm palestiniens, 
ils ne paraissent avoir connu que la règle de R. Simon dispensant les 
femmes de cicith ('"131 rp£">irn p a^:n na naiD EJ"-i), par quoi ils 
entendaient que les collègues de R. Simon considéraient cicith comme 
un commandement positif indépendant du temps (ï'j- tfbttJ y'73) ; ils 
furent amenés ainsi a introduire, dans la Tossefta, cicith parmi ces com- 
mandements, alors qu'en réalité cicith constitue une exception. Quand ce 
passage de la Tossefta eut été « corrigé » par l'addition de cicith, il deve- 
nait tout naturel d'ajouter la règle de R. Simon ('"iDt n^*iD ia"n) comme 
représentant l'opinion divergente. Telle est la genèse de cette tossefta, 
sous sa forme actuelle, qui remonte aux amoraïm palestiniens, tandis 
que le Babli (Kiddouschin, l. c.) cite la tossefta sous sa forme primitive, 
et il ressort de Menahot, 43 a, que le Babli connaissait encore la circons- 
tance dans laquelle R. Simon formula son opinion, ce que les Palesti- 
niens ne savaient plus. Pas plus que dans Kiddouschin, nous n'avons, 
dans Eroubin, x, 1, une rédaction babylonienne de la Mischna, dans 
laquelle les amoraïm babyloniens auraient éliminé le passage tt^Nn "in?* 
'ian qui se trouve dans la Tossefta, xi, 14, parce qu'il représentait, d'après 
leur interprétation, l'opinion que tephillin n'est pas une prescription à 
époque fixe (a"Tn Nb'O y"73 'pb^Dn), opinion contraire à la halacha adoptée 
par le Babli. Pour juger combien cette opinion est inadmissible, il suffit 
de considérer que, d'après le Babli, la divergence entre R. Gamaliel et 
son adversaire dépend du principe n"T lû' s TO *. Or, du moment que le 
Babli conservait dans la Mischna les paroles du préopinant (tanna 

\. Voir 96 6 : "p^çn^ fi*rmrn3 SON ; le Babli se décide donc en faveur de l'in- 
terprétation de la Mischna que le tanna kamma soutient Ï2"V£ contre la halacha. 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

kamma), bien qu'elles fussent contre la halacha reçue n"T "iab a'^ltt), il 
D'y avait aucune raison d'éliminer le passage *^Nn "ma, qui complète 
seulement l'opinion du préopinant en disant que ù""nffl aussi bien que 
ïwb doivent être considérés comme n"T. Mais indépendamment de ce 
fait, est-il concevable que les amoraïm babyloniens, qui n'ont encore 
jamais été accusés d'avoir eu l'esprit obtus, aient pu se méprendre sur le 
passage '"Ol tt)*wn *inN et l'aient rapporté aux paroles du préopinant, si, 
dans la mischna primitive, il suivait les paroles de R. Gamaliel, comme 
le soutient M. Z.? Au fond, voici ce qu'il en est. Un « rapporteur » cite 
aux Babyloniens la tossefta sur la mischna ô'Eroubin, xi, 1 ; mais, comme 
ces « rapporteurs » faisaient souvent, il omit de citer tout le passage de 
la Mischna et se contenta d'en rapporter le commencement : c'est-à-dire 
qu'au lieu de reproduire les paroles de R. Gamaliel, auxquelles se réfère 
l'addition de la tossefta, il cite seulement celles du préopinant, ce qui 
donnait à la tossefta le texte qu'elle a dans le Babli. Il était donc tout 
naturel que les amoraïm babyloniens rapportassent l'addition de la tos- 
sefta aux paroles du préopinant, dont l'opinion est d"t t:' s nïï>, et c'est 
pourquoi ils y trouvaient la halacha qui fait de tephillin un des com- 
mandements obligatoires pour les femmes. 

Ce qui est impardonnable de la part de M. Z., c'est qu'il attribue ses 
opinions hypercritiques à des autorités telles que R. Elia Wilna ou 
l'auteur du Noam Yerouschalmi. Il n'est jamais venu à l'idée du second 
d'avancer que le Yerouschalmi connaissait le passage ttTKH nrtN ; il 
dit même formellement : mstpa Nn^inn C0 3 73 W^i-pm. Quant à 
R. Elia Wilna, en observant "pa^is '"D ■piDVnpl b":n "£3*1 NEno D*r, 
il n'a voulu rien dire d'autre qm ce que ces mots expriment, à savoir 
que la discussion talmudique présuppose la thèse a"Tntt5 y"i2 rPX^afc, 
mais non que le Babli a modifié la Mischna parce qu'il adoptait l'opinion 
de R. Simon. — D'une manière générale, ce travail contient plus d'une 
inexactitude. M. Z. assure que la Tossefta ne cite jamais un amora, tandis 
qu'un amora, R. Josué b. Lévi, figure dans la Mischna. Mais, Sanh., 100a, 
où le dire de R. Josué qui se lit à la fin de la mischna est cité comme 
une « aggada palestinienne », montre que cette addition à la mischna 
était inconnue des amoraïm, comme la Mischna éd. Lowe et la remarque 
de Adeni sur ce passage prouvent que cette addition manquait dans des 
manuscrits corrects. Nous avons donc sûrement affaire à une addition 
du plein moyen âge 1 . Et voila une preuve du peu d'ancienneté de la 
Mischna! L'autre moitié de l'assertion n'est pas moins fausse, car la 
Tossefta — mais non la Mischna, qu'on le remarque bien* — mentionne 

\. Maïmonide, qui, dans son Introduction à la Mischna, compte R. Josué parmi les 
tannaïtes, parait être le premier auteur qui atteste cette addition. Le ms. de Munich 
h a m cette addition aggadique, ni la suivante. 11 ressort toutefois, de Nombres r., 
un, 16, que déjà pour l'auteur de ce Midrasch, la Mischna se terminait par les mots 

DT3Q3 M2V n« ■par 

2. Il faut naturellement mettre hors de compte le traité Abot, qui ne fait pas partie 
de la Mischna proprement dite. 



BIBLIOGRAPHIE 3H 

non seulement R. Gamaliel, le fils de R. Juda ha-Nassi, mais encore les 
fils de R. Gamaliel, Juda et Hillel 1 , qui étaient des contemporains de 
R. Josué b. Lévi et encore plus jeunes que lui. — La consultation gao- 
niqne sur Rab Abba dans certaines sources tannaïtiques se trouve dans 
ÏArouch, s. v. an et ^a», ce qui a échappé à M. Z. — Enfin, il est inexact 
que, dans mes Yerushalmi Fragments, le passage de j. Yom Tob, i. 60c, 
'iDT nntt ht N3N n"N, soit marqué par des points ; ce passage est repro- 
duit en entier à la p. 163 (le ms. a ^aa). M. Z. n'a pas vu que j'ai donné 
deux fragments différents de ce texte (p. 163 et p. 165) et que le passage 
en question, s'il est illisible dans l'un d'eux, se lit parfaitement dans 
l'autre. 

C'est aussi une étude de halacha historique que M. Bïichler nous donne 
dans son travail sur « les fiançailles juives » (Das jùdische Verlôbnis 
und die Stellung der Yerlobten eines Prlesters im 1. u: 2. Jahrh.), travail 
poussé à fond avec la sagacité propre à l'auteur. Il est intéressant de le 
voir établir que le fait d'étendre un vêtement sur un objet était encore à 
l'époque talmudique un signe de prise de possession. Mais je doute fort 
qu'il faille voir cette idée dans Exode r., xvm, 4 ("îmbia CiB) ; il est pro- 
bable que le mot mbù est une allusion à la gloire de la lumière divine, 
conformément à la conception connue qui représente la lumière comme 
le vêtement de Dieu [Gen. r., m). En tout cas, les passages d'Abot d. R. 
Natan, 8 et 23, n'ont rien à faire ici, car il s'agit d'une interprétation 
aggadique du mot ^tt employé par l'Écriture; dans le premier passage, 
ce mot est expliqué par q:a, par allusion à l'expression bien connue 
"rrJDr; ^j"d. Une autre interprétation de ^sa se trouve dans Y Alphabet 
de R Akiba {Bêt lia-Midrasrh, III, 59) : 113^731 itttn b* T"P n"apn rpan, 
texte cité par le Yalkout, I, 20, sans indication de source, ce qui a fait 
supposer a Epstein (HaEschkol, VI, 201) un Midrasch perdu. Je m'étonne, 
d'ailleurs, que M. Biichler ait pu éprouver quelque doute sur le sens de 
l'expression wba iïîhd dans un enseignement de R. Akiba, Kiddouschin, 
iSb et parallèles. La controverse entre ce tanna et R. Éliézer n'a de sens 
que si l'expression désigne les fiançailles. — Il n'est pas nécessaire de 
prouver que le père ne peut pas vendre sa fille après que son premier 
possesseur a eu avec elle des rapports conjugaux réguliers, c'est-à-dire 
après qu'il y a eu "pNiiaa et MôTa, car la halacha est constante : une fois 
mariée, la femme n'est plus en puissance de père ïTOKb *pN nNTUjUî 1"pd 
na mtiîV. Au surplus, le Talmud, Rid. y 18 6, explique formellement 
nrnbîa 'OIT comme "piai-pp. Aussi est-il difficile de croire que Raschi ait 
perdu de vue ces faits si simples dans Bechorot, 34 a. Il faut donc 
admettre ou bien qu'il a employé quelque peu inexactement, dans ce 
passage, Î1NU23T pour mznp"i, ou bien qu'il a traduit conformément à l'opi- 
nion mentionnée dans Kidd., I. c. {'y "pNVûa T\y) ; en tout cas, on ne 

i. Ni Gamaliel I er , ni Gamaliel II n'ont eu de fils ainsi appelés. 
2. Cf. Sifré, Nombres, 159, ces mots de R. Akiba : aNH ^na H7:"irP, qui suppo- 
sent déjà cette théorie. 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peut pas penser, avec M. B., a une succession d'actes telle que "p^VES *ny 
nsra ; la phrase dont se sert Raschi décrit par trois expressions la céré- 
monie de cette union spéciale. — Le texte de B. M., 104 «, paraît indi- 
quer que, dans l'ancien temps, le contrat de mariage (nairo) servait en 
même temps d'acte de mariage (1"Ma"np *IÛtt5), de sorte que Hillel était 
fondé à déduire du texte de la Ketouba le caractère spécial du mariage 
en question. Dans le livre de Tobit, vu, 13, le contrat de mariage parait 
aussi jouer en même temps le rôle d'instrument du mariage. Rosenmann, 
Studien zum Bûche Tobit, 17, et M. Bùchler, p. 122, s'étonnent que ce 
soit le père qui dresse l'acte et non le mari. Mais le Talmud {Kiddou- 
schin, 9a) sait aussi que la halacha qui fait écrire l'acte de mariage 
(TWip natD) par le mari, au rebours de tous les autres actes d'achat, qui 
sont écrits par le vendeur, est conforme à un usage postérieur, tandis 
qu'auparavant c'était le père qui, comme « vendeur », dressait cet acte 1 . 
— Sur la question de savoir si les contrats de mariage étaient écrits et 
remis dès les fiançailles CpD*nK) — M. Bùchler a réuni une copieuse 
documentation à ce sujet (p. 122-129) — il y aurait lieu de renvoyer 
encore à Riddouschin, 50 fr, où il est expressément rapporté qu'en Baby- 
lonie l'usage était variable : en certains endroits on écrivait les contrats 
de mariage après les fiançailles, dans d'autres c'était avant. En Palestine, 
l'usage paraît s'être établi à l'époque des amoras de donner une Ketouba 
à la fiancée; cf. j. Ked., II, 62 d : y»OVWn.« nno ttttrïp, où on sous- 
entend que la fiancée est en possession d'une Ketouba. 

Le dernier chapitre de l'étude de M. B. est consacré à une question 
aussi importante pour la halacha que pour l'histoire; il est intitulé : « la 
fiancée d'un aaronide et ses droits à la terouma ». Sans vouloir éclairer 
à fond ce sujet, ce qui m'entraînerait trop loin, je dois me borner à 
quelques brèves remarques. Le terme b^an dans Ned., x, 5, ne prouve 
rien en faveur de droits spéciaux du fiancé dans le cas en question, 
comme le dit M. B. (p. 131), car il est encore employé ailleurs par la 
Mischna, par exemple dans x, 1, 2, 3. La source biblique de ce droit est 
trouvée par la Halacha (v. le Sifré) dans Nombres, xxx, 7, ib^èô rpîin Vtt; 
de là vient la dénomination de bya, synonyme de iirw, mais qui, signi- 
fiant uniquement « mari », est préférable à UTN, qui peut se dire aussi 
bien pour le « mari » que pour 1' « homme » opposé à la femme. — Pour 
ce qui est de la mischna de Nedarim, x, 5, où M. B., contrairement au 
Talmud, lit nnrtïïïï, qu'il rapporte à mma, il a perdu de vue la Tosscfta 
de Ned., vi, 4, dont les mots Dlii a"^ nniïïttî in n«©31 maa bas sont 
sûrement pris à la mischna; ainsi la ïossefta interprète l'enseignement 

1. Cf. Tossafot, Kiddouschin, 9a, s. v. Nnab!"t, qui remarquent avec raison, 
contre Raschi, que la différence entre l'acte; de mariage et tous les autres actes de 
rente doit être considérée, d'après le Talmud, comme un « usage du pays •. En 
d'autres termes, nous qous trouvons, ici en présence d'un stade postérieur de révolu- 
tion, à une époque où le fait d'épouser une femme avait cessé d'être un achat. Cf. 
aussi Kidd., 16 « en liant, où l'on admet pourtant que, môme du point de vue 
« biblique d. l'acte de mariage esl écrit par le mari. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

de la Mischna exactement comme Le Talmud. La leçon ïinïitiittî dans la 
Mischna de Cambridge ne prouve rien contre l'interprétation du Talmud : 
dans la Mischna comme dans la Bible, la copule manque souvent devant 
le second membre de phrase, de sorte que nnizïiû peut-être compris 
comme s'il y avait nnÈfiâl. Bien mieux, il est probable que le Talmud ne 
pensait pas du tout à changer le texte de la Mischna; les mots qu'il 
emploie, 'ian nnniDtSl mman "^n, veulent dire seulement que nnïifflttî 
représente un cas distinct et ne fait pas partie de celui de mrna 1 . Quand, 
d'autre part, M. B. objecte à l'interprétation du Talmud que la veuve et 
la pubère sont séparées par nnïTDia et que la môme époque ne peut 
conséquemment être prescrite pour l'une et l'autre, il n'a pas tenu 
compte d'un fait assez simple. On distingue trois époques pour une 
nima : douze mois si les fiançailles ont eu lieu le jour de la puberté, 
trente jours si elle était pubère au moins un an avant les fiançailles et le 
temps qui manque pour compléter une année entière si elle était pubère 
moins d'un an avant les fiançailles 2 . Le rapprochement de nhina et de 
n:rbN serait donc certainement faux, et ce n'est pas sans raison que la 
Mischna mentionne d'abord le cas de mma. puis ceux de finmatZJ et de 
n:735N, pour lesquels l'époque est exactement déterminée 3 . - M. B. 
(p. 132) a une opinion inadmissible touchant la divergence entre R. Akiba 
et R. Tarphon. Si l'on admet que les fiançailles n'ont pas assez de force 
pour permettre à une Israélite (laïque) l'usage de la terouma, il importe 
peu que celle-ci lui fournisse la totalité ou seulement la moitié de sa 
subsistance. Il ne saurait être question non plus d'admettre que R. Akiba 
voulait voir la terouma traitée avec plus de sévérité que le prêtre 
R. Tarphon \ car, s'il en était ainsi, il n'aurait pas permis a la fiancée 
d'un aaronide de recevoir la moitié de sa subsistance en terouma. La 
véritable explication de cette divergence est si visible qu'il est étonnant 
qu'elle ait échappé à M. B. Par suite de leur impureté naturelle, les 
femmes ne sont pas en état d'utiliser elles-mêmes la terouma pendant un 



1. Ascheri, ad loc, a une leçon toute différente, car il affirme que le Talmud cor- 
rige nmCffil en ïinïTCJ'EÎ et que la Mischna parle d'une m 51 3 qui était pubère 
douze mois avant les fiançailles. M. B., qui renvoie à Ascheri, ne mentionne pas son 
explication, qui est fort semblable à la sienne. Ascheri a contre lui, outre la tradition 
concordante des anciens auteurs, le fait que nrntSÏÏ ne peut se rapporter qu'à 
1' « attente » après les fiançailles ; pour « passer un an comme mina », il aurait 
fallu nn^'C. 

2. V. Ketoubot, 57 6, les extraits de la Schitta sur ce passage, ainsi que Nedarim, 
à l'endroit cité. 

3. La Mischna commence par rHSia pour établir un lien avec la mischna de x, 2 
(où, du reste, il est question, à mon avis, de la femme mariée et non de la fiancée, 
comme le dit le Talmud, ad loc). 

4. M. B. l'appelle Schammaite sévère, ce qui est très douteux eu égard à j. Sabbat, 
iv, 35 b, où il est dit formellement qu'il ne suivait les Schammaïtes que pour deux 
halachot. Dans la Tossefta de Yebamot, i, 10, R. Tarphon représente aussi le point de 
vue schammaite dans la question de nar» ni2£. 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tiers du temps environ 1 ; de là l'opinion de R. Jnda b. Bâtira (Kiddou- 
se h in, S8b ; Tossefta, v, 1), d'après laquelle la fiancée du prêtre reçoit le 
tiers des aliments en houllin. Mais R. Akiba va encore plus loin et sou- 
tient que la moitié au moins doit en être houllin, car il serait très diffi- 
cile à la femme, même dans le temps de sa pureté, de se mettre en garde 
contre toute impureté lévitique ^mina NOûb nmittû D^ttJSfnB); dans 
ces conditions, elle a le droit de demander la moitié de ses aliments en 
houllin ". Il est inexact de dire, comme le fait M. B. (p. 134), que R. Juda 
partage l'opinion de R. Tarphon ; en réalité, il représente déjà le point de 
vue de la « dernière Mischna », tout comme son collègue R. Méir (Yeba- 
mot, 56 b) ; aussi défend-il à la fiancée l'usage de la terouma; seulement 
il est d'avis que ce n'est pas un devoir pour le mari de lui donner les 
aliments en houllin-, elle reçoit de la terouma, pour la valeur de laquelle 
elle achète des aliments ordinaires. Son collègue R. Simon b. Gamaliel, 
au contraire, tenant compte du bas prix de la terouma, exige que la 
femme reçoive en terouma le double, afin de pouvoir se procurer pour le 
prix qu'elle en retire les aliments dont elle a besoin. Si l'on considère 
que les disciples de R. Tarphon, comme R. Méir et R. Juda, connais- 
saient déjà la « dernière Mischna », qui interdit tout à fait à la fiancée 
l'usage de la terouma, il serait extrêmement invraisemblable en soi que 
R. Tarphon et R. Akiba s'en fussent encore tenus au point de vue 
d'après lequel les fiançailles donnent à la fiancée le droit de manger de 
la terouma. Il faut ajouter à cela, premièrement, qu'en ce qui concerne le 
droit du fiancé d'annuler les vœux de sa future, R. Éliézer connaît déjà 
la restriction des douze mois (Nedari.m, x, 5), ensuite que ni la Mischna, 
ni le Talmud de Babylone ne connaissent d'époque — en dehors de 
l'époque biblique, bien entendu — où l'usage ait encore existé de laisser 
manger la terouma à la fiancée aussitôt après les fiançailles. M. B. a donc 
toutes les sources contre lui quand il place (p. 134) la première restriction 
des droits de la fiancée à l'époque qui suit R. Tarphon. Il s'appuie sur 
l'histoire de R. Tarphon, qui se fiança avec trois cents femmes pour 
leur permettre l'usage de la terouma. Cette preuve est si faible qu'elle a 
à peine besoin d'être réfutée; outre que l'on conçoit fort bien, suivant la 
remarque de Weiss (Dor dor, I, 158), que la famine ait favorisé plus d'une 
dispense à une loi sévère — noter qu'il s'agit d'une mesure rabbinique — 
il est au plus haut point vraisemblable que ces femmes étaient pubères 
et n'auraient eu par conséquent qu'à attendre trente jours pour avoir le 
droit de manger la terouma. D'une manière générale, il y aurait lieu 
d'examiner si l'indication du Yerouschalmi sur la « Mischna antérieure » 
permettant sans plus de formalités à la fiancée la consommation de la 
terouma repose sur une tradition ou sur une combinaison. La seconde 

1. V. Berachot, 31a, touchant l'usage des Û^pS 'T, qui était sans doute observé 
dès l'époque tannaïtique. 

2. Mon explication est déjà indiquée par Raschi sur la mischna de Ketoubot, 57 a, 
et Maïmonide, Ischoul, xn, 3. Il s'ensuit naturellement que, même d'après R. Akiba, 
toute la suhsistance peut être fournie à la fiancée en terouma si elle y consent. 



BIBLIOGRAPHIE 315 

hypothèse est bien plus vraisemblable 1 , si Ton considère que certains 
Tannaïtes et même notre mischna' représentent le point de vue de l'ori- 
gine biblique de la défense de manger la terouma et qu'une telle opinion 
aurait pu difficilement se faire jour si une pratique contraire à elle avait 
encore existé à l'époque des tannaïtes. La correspondance entre Yoha- 
nan b. Bag-Bag et R. Juda b. Bâtira sur le droit de la fiancée a manger de 
la terouma s'explique très simplement ainsi : la pratique ne reconnais- 
sait plus ce droit, et tandis que Ben Bâtira ne voulait pas le contester 
au moins en théorie, Ben Bag-Bag soutient que la pratique suit exacte- 
ment la loi biblique, qui défend la terouma à la fiancée. C'est ainsi que 
celle discussion a été comprise par la plupart des amoras, à l'exception 
de Habina, qui essaie de l'expliquer d'une manière très forcée. Il se peut 
aussi que R. Juda b. Bâtira, qui vivait à Nisibis, où il n'y avait que de la 
« terouma rabbinique », ne reconnaissait la « dernière » mesure (H2UJ72 
tt3"nnN) que pour la Palestine, où il s'agit de « terouma biblique », tandis 
que R. Yohanan b. Bag-Bag ne voulait pas se rendre à cette distinction. 
Le Sifré Zoutta admet que la fiancée ne peut manger de la terouma que 
si son travail appartient au mari; M. B. n'a pas suffisamment fait res- 
sortir que c'est la un essai de justification de la Mischna antérieure. Le 
Sifré ne sait donc rien d'une Mischna encore plus ancienne, qui recon- 
naîtrait ce droit à la fiancée aussitôt après ses fiançailles. — La citation 
du Midrasch Hagadol sur Exode, xvi, 16, n'est pas tirée de la Mechilta de 
R. Simon, comme l'admettent MM. Hoffmann et Bùchler, mais du Com- 
mentaire de R. Hananel, ainsi qu'il ressort du Commentaire de R. Bahya 
h. Ascher sur ce verset. — Dans Séder Eliahou z., xvm, 20, Friedmann, 
Ben Bag-Bag, le disciple de Hillel, porte le nom de Yohanan. 
(A suivre) 

LOUIS GlNZBERG. 



Heniu Regnault, Une province procuratorienne au début de l'Empire 
romain. Le procès de Jésus-Christ, Paris, Alph. Picard, 1909 3 , in-8°, 
144 p. 

Cet ouvrage est, croyons-nous, une thèse de doctorat en droit," et la 
partie purement juridique en est solide et bien informée. L'auteur pense, 
et je pense avec lui, qu'à l'époque du procès de Jésus le sanhédrin juif 
n'avait pas compétence pour des causes capitales, que le procurateur de 
la province — véritable gouverneur — possédait le jus gladii à l'égard des 

1. Cf. Dùnner, sur Kidd., 10 6. Ses observations, ignorées de M. B., méritent pour- 
tant qu'on s'y arrête. 

2. Cf. Dùnner, t. c. , qui fait remarquer avec raison que dans la mischna de Yeba- 
mot, il est sous-entendu quelquefois qu'il est bibliquement défendu à la fiancée de 
manger de la terouma ; v. par contre Kidd., ni, 1. 

3. Je m'excuse du retard involontaire de ce compte rendu. 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pérégrins, que, par conséquent, le sanhédrin joua dans ce procès le rôle, 
non déjuge, mais d'accusateur, que, si le motif psychologique qui déter- 
mina l'accusation fut d'ordre religieux (blasphèmes, prétention messiani- 
que, etc.), le motif légal de la condamnation fut d'ordre politique (sédition, 
usurpation du titre de roi), que le supplice, comme la condamnation 
elle-même, ne s'explique que par la législation romaine et fut entière- 
ment l'œuvre des Romains. 

Tout cela a été établi bien des fois, notamment par Salvador, par 
Mommsen et par moi-même dans mon étude (restée inconnue de M. H.) 
« Josèphe sur Jésus ». Mais M. R. fortifie une thèse juste par une analyse 
minutieuse des textes juridiques, dont on lui saura gré. En revanche, son 
exégèse des textes historiques, qu'il s'agisse de Josèphe ou des récits 
évangéliques, témoigne d'une grande inexpérience. 

Dans le chapitre initial, beaucoup trop long (p. 5-41), où il étudie la 
condition de la Judée depuis la conquête de Pompée jusqu'à la déposi- 
tion d'Archélaùs, il commet divers contre-sens sûr les textes des décrets 
conservés par Josèphe ; le moins plaisant de l'affaire n'est pas la polé- 
mique qu'il institue à leur propos contre un « M. Weill », oubliant ou 
ignorant : 1° que M. Julien Weill n'est pour rien dans la traduction des 
livres XI-XV des Antiquités, due à M. Chamonard ; 2° que toutes les notes 
de ce volume — comme j'en ai prévenu expressément le lecteur— sont 
de ma plume. Après cette étourderie, comment s'étonner que l'auteur 
traduise (XIV, 8, 5) les mots xauxa syéveTO iizi 'Ypxavou par « ceci est 
l'œuvre d'Hyrcanus», que dans la traduction du célèbre rescrit d'Auguste 
(XVI, 6, 2), non content de passer les mots caractéristiques ex ie <ra66a- 
te''ou ex x£ àvoowvo;, il traduise xotvbv Tf|Ç 'Actaç par « l'ensemble de 
l'Asie » et èGTïiXoyûacûYjOr, par « écrit sur une colonne », et que, dans le 
même document, il voie « un remaniement de Josèphe » dans le titre 
donné à Hyrcan, àcy.cpcùç @eou G-Mstou, mots qui suffiraient à eux seuls 
k prouver l'authenticité savoureuse du morceau? 

Dans l'analyse du récit évangélique l'auteur s'est créé des difficultés 
aussi insurmontables qu'inutiles en voulant à tout prix expliquer quan- 
tité de détails sans valeur historique, qui ne doivent leur existence qu'à 
la libre fantaisie des narrateurs ou à leur désir de justifier certaines pro- 
phéties. Pis encore, il s'obstine (à prendre pour un document historique 
le quatrième évangile et s'évertue à en combiner les données avec celles 
des Synoptiques, avec quel succès et quelle vraisemblance on le devine. 
Les Actes des Apôtres ne sont pas mieux traités. Parce que Stéphane 
(Actes, vu, 41 raconte aux Juifs qu'Abraham est parti de Harran après la 
mort de son père, alors que d'après la Genèse, xn, 1, l'Éternel lui com- 
manda de quitter « la maison de son père », M. R. en déduit (p. 26) : 
t" qu'il y a contradiction entre ces deux textes (je ne l'aperçois pas); 
2" que « aucun juif n'ayant protesté » (ce trait n'est-il pas délicieux?), 
« nous sommes amenés à conclure qu'à côté du récit biblique existait 
une tradition différente communément acceptée ». 



BIBLIOGRAPHIE 317 

11 est fâcheux que ces taches — dont il serait facile de décupler le 

nombre — et une certaine absence de critique enlèvent beaucoup de son 

autorité à un travail d'ailleurs consciencieux et dont la thèse proprement 

dite mérite, je le répète, pleine approbation. 

Th. Reinach. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome Ll, p. 7, note. — J'ai relevé l'erreur de Bertholet, qui attribue 
au fils de Gamliel des Actes des Apôtres une parole que le Midrasch 
Vayikra Rabba, n, met dans la bouche de Simon tils de Gamliel II. Je 
signalais à cette occasion l'étrangeté du fait que ce Tanna citerait une 
opinion de la Mischna, c'est-à-dire d'un écrit composé après lui. En réa- 
lité, il faut rayer le nom de Simon b. Gamliel dans ce passage. Tout le 
morceau est un extrait du Tanna debé Eliahou (p. 36 éd. Friedmann) 
qui fait parler Élie le prophète. On voit comme il est difficile de traiter 
de l'histoire des idées religieuses sans le secours de l'histoire littéraire. 
C'est par ignorance également de l'origine de cette page de Vayikra 
Rabba que j'ai mentionné l'opinion de cet ouvrage sur l'efficacité de la 
lecture du chapitre du Lévitique, relatif au bélier du sacrifice quotidien, 
pour le salut du payen comme de l'Israélite, opinion qui tranche sur 
toutes celles qui se groupent autour du sacrifice d'Isaac. En réalité, 
l'auteur du Vayikra Rabba ignorait et cette idée et ce texte du Tanna debé 
Eliahou : la présence dans Vayikra Rabba de ce morceau, comme de 
plusieurs autres de même nature, est due à une interpolation tardive. — 
Israël Lévi. 

T, LXVI, p. 156. — La nouvelle édition anglaise du troisième volume 
du Golden Bough, qui a paru cette année, ne se distingue de la précé- 
dente, pour ce qui concerne Pourim, que par le rejet en appendice du 
chapitre relatif à Jésus. Les termes par lesquels M. Frazer explique la 
survivance possible du meurtre rituel dans des milieux juifs particuliè- 
rement arriérés sont atténués et l'auteur prend soin de dégager le 
Judaïsme de la solidarité de pareilles monstruosités, si elles sont 
prouvées. Mais il ne rejette pas la possibilité de semblables crimes, qui 



318 RÈVUË DES ÉTUDES JUIVES 

s'expliqueraient par une reviviscence de superstitions primitives. Aussi 
ne faut-il pas s'étonner que dans l'affaire Beilis le procureur général, 
dans sa réplique finale, ait produit à la barre comme le résultat de la 
science cette hypothèse, dont nous avons, croyons-nous, montré la fai- 
blesse. Cette exploitation d'une opinion exprimée par un savant aussi 
autorisé que M. Frazer, nous l'avions prévue et, si notre compte rendu 
trahit une certaine irritation, c'est que nous avions été surpris de la 
légèreté inattendue de l'auteur, qui ne craignait pas, pour les besoins de 
sa thèse, de fournir des armes à l'ignorance sectaire. M. Frazer, et l'on n'at- 
tendait pas moins de la noblesse de son caractère, surpris et indigné de 
l'emploi qu'on faisait de ses paroles, a protesté avec une véhémence cou- 
rageuse contre cette interprétation dans une lettre adressée au Times, n° du 
13 novembre 1913. — Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE 



Bernheeimer (Carlo). I. Sur le Recueil de Consultations appelé 3HT 

Û-'UÎDN . 98 

H. Le poète Saùl Caspi 104 

Ginsburger (M.). Samuel Lévy, rabbin en financier (suite) 111 et 263 

Kahn (Salomon). Les Juifs de la Sénéchaussée de Beaucaire (fin) 75 

Liber (M.). Les Juifs et la Convocation des Etats-Généraux (fin) 161 

Marmorstein (à). I. La réorganisation du Doctorat en Palestine au 

ui e siècle 44 

II . David Kimhi apologiste 246 

Martin (Jean). Une inscription romaine en Judée 54 

Poznanski (Samuel). Deux listes commémoratives de la Gueniza 60 

Régné (Jean). Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et Alphonso III 

concernant les Juifs (suite) 252 

Reinach (Adolphe). Noé Sangariou. Etude sur le Déluge en Phrygie et le 

synchrétisme judéo-phrygien (suite et fin) 1 et 213 



NOTES ET MÉLANGES 



Lambert (Mayer). Les Premiers et les Derniers Prophètes 136 

Schwab (Moïse). I. Le mot D^ttbN 1 38 

II. Manuscrits hébreux de la Bibliothèque nationale 290 

Sidersky (D.). Notes de chronologie biblique 134 

Weill (Julien). Une homélie énigmatique de Raba 285 



felBUÔGKAfcttlË 

Ginzbërg (Louis). Festschrift zu Israël Lewy's siebzigsten Geburtstag.. 297 

Lambert (Meyer). Etude de philologie sémitique, par Paul Jouon 156 

Lk\ i Israël). I. Le Rameau d'Or. Etude sur la magie et la religion, par 

J.-G. Frazer, trad. par R. Stiébel et J. Toutain 141 

II. ïalmud Babylonicum, Codicis hebraici Monacensis 95, 

phototypice éd. H. L. Strack 158 

Reinach (Th.). Une province procuratorienne au début de l'Empire 

romain. Le procès de Jésus-Christ, par Henri Régnault 315 

Additions et rectifications 318 

Table des matières 319 



ACTES ET CONFÉRENCES 

Allocution de M. Isidore Lévy, président n 

Procès-verbal de l'Assemhlée générale du 6 avril 1913 i 

Rapport de M. Ed. de Goldschmidt, trésorier ni 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, '■)'■), RI i. DOPLESSfS. 



, 



DS Revue des études juives; 
101 historia judaica 

t. 66 



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